Shots et pop-corns

Les pop-corns

Au Comptoir, on aime beaucoup le cinéma, surtout après un weekend chargé. Comme on est des serveurs sympas, on vous propose de partager avec nous ces moments de convivialité en vous offrant quelques uns de nos films préférés tous les dimanches après-midi. Comme on est quand même là pour cultiver la révolution dans les cœurs et dans les esprits, on tâche de vous proposer une sélection qui n’endorme pas trop, mieux, qui attise la flamme.

[Ces films n’ont évidemment pas été réalisés gratuitement alors, si vous avez le budget pour aider leurs réalisateurs à continuer, on vous encourage à vous les procurer par des canaux qui les rémunèrent.]

In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni de Guy Debord

Le sixième et dernier film de Guy Debord décrit la société de consommation et d’aliénation capitaliste, s’appliquant à mettre en évidence la condition d’esclaves modernes. En plus d’être un des films les plus désinvoltes à l’égard de la société moderne, il livre de manière incisive les quelques étapes de la vie de l’homme qui a, en un an, énoncé les sujets de lutte pour un siècle (hommage à Ivan Chtcheglov), dresse à la fois le tableau affligeant de cette société en guerre contre ses propres possibilités, et l’autobiographie où le regret n’a pas sa place. L’aspect est austère (noir et blanc, utilisation d’images fixes le plus souvent, voix narrative monocorde, écrans blancs qui durent plusieurs minutes).

Le titre du film est une locution latine dont l’origine est ancienne, mais incertaine, faisant référence aux papillons de nuit qui tournent autour de la chandelle avant de s’y brûler, et qui signifie : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ». C’est aussi un palindrome, c’est-à-dire un texte qui se lit dans les deux sens. Ce palindrome a été repris et intégré par la suite par Umberto Eco dans son roman Le Nom de la rose (1980).

La dialectique peut-elle casser des briques ? de René Viénet

La dialectique peut-elle casser des briques est un film se rattachant au mouvement situationniste initié entre autres par Guy Debord. Il s’agit du détournement d’un film de kung-fu chinois (唐手跆拳道, 1972) dans lequel des pratiquants de taekwondo coréens s’opposent à des oppresseurs japonais. Le détournement cinématographique est une pratique visant à récupérer un film déjà réalisé et commercialisé en changeant le discours des personnages (post-doublage). Le dialogue original est remplacé par un autre dialogue, généralement à portée humoristique.

Le scénario détourné relate comment des prolétaires tentent de venir à bout de bureaucrates violents et corrompus grâce à la dialectique et à la subjectivité radicale. La violence est finalement choisie du fait de l’incapacité des bureaucrates à suivre un argument logique.

Le dialogue contient de nombreuses allusions à des révolutionnaires anticapitalistes (Marx, Bakounine, Wilhelm Reich), et évoque au passage des thèmes contemporains : conflits syndicaux, égalité des sexes, mai 68, gauche française et les situationnistes eux-mêmes.

La Ricota de Pier Paolo Pasolini

Troisième des quatre sketches du film Rogopag sorti en 1963. Un réalisateur reconnu tourne une version de la Passion du Christ. Sur le plateau entre les prises, les acteurs passent le temps. L’un d’entre eux, Stracci n’a qu’une idée en tête : trouver à manger… Le film déclencha un énorme scandale, accusé « d’insulte à la religion d’état » et vaudra à Pasolini l’un des nombreux procès et condamnations qui parsèmeront sa vie d’artiste et d’intellectuel. Scandale plus scandaleux que le film lui-même, mais qui en dit long sur les forces réactionnaires, les mentalités hypocrites et le pouvoir du Vatican dans l’Italie du boom économique. Alberto Moravia dira : « L’accusation était celle d’insulte à la religion. Beaucoup plus juste aurait été d’accuser le réalisateur d’avoir insulté les valeurs de la petite et moyenne bourgeoisie italienne. »

L’Enfance d’Ivan de Tarkovski

Pour son premier long-métrage, récompensé du Lion d’or à la Mostra de Venise, Andreï Tarkovski suit les aventures cruelles d’un jeune garçon éclaireur dans l’armée russe. Les marques de son cinéma y sont déjà : des images d’une puissante beauté, un goût prononcé pour la contemplation et une mise en scène poétique des difficultés de l’existence.

Andreï Roublev de Tarkovski

Dans cette biographie d’un peintre d’icônes religieuses, Tarkovski réalise un portrait réaliste mais grandiose de la Russie du XVème siècle, et livre une méditation sur le conflit religieux, le rôle de l’art et la puissance de la nature.

Leçons de ténèbre de Werner Herzog

Ce film relate les conséquences de la Guerre du Golfe et plus particulièrement sur l’incendie de 732 puits de pétroles koweïtiens par les forces irakiennes. Utilisant une musique religieuse et une narration détachée, le documentaire essaie de transporter le sujet barbare de la guerre dans une autre dimension, poétique et méditative.

 

Le Casanova de Fellini

Venise XVIIIème Siècle. Le carnaval annuel bat son plein. Parmi la foule, un homme masqué reçoit un pli mystérieux qui l’enjoint de se rendre à un rendez-vous coquin. Giacomo Casanova, dépouillé de son masque de Pierrot, fait la connaissance d’une charmante nonne qui l’invite à faire l’amour devant les yeux de l’ambassadeur de France, son amant, caché derrière une fresque. Sur le chemin du retour, le célèbre séducteur est arrêté par les autorités et mis en prison. Un soir de pleine lune, il parvient à s’en échapper et quitte l’Italie. Commence alors pour Casanova un long périple à travers quelques grandes villes d’Europe dans lesquelles sa renommée le précède régulièrement et l’oblige à enchaîner les exploits amoureux.

L’An O1 de Jacques Doillon

Jouissif, L’An 01 est le témoignage filmé d’une France où tout le monde aurait décidé de tout arrêter en même temps. Réalisé par Jacques Doillon, Alain Reisnais et Jean Rouch comme un reportage sur le monde depuis le moment où un pas de côté collectif est décidé, jusqu’à son effectivité et les réactions des autres pays, ce film est celui du début d’une ère nouvelle sans Capital ni production. On y reconnait nombre d’acteurs et personnalités français des années 1970 (Coluche, Miou-Miou, Jacques Higelin, le Splendid, l’équipe de Charlie Hebdo, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil…) qui forment un seul personnage principal, le peuple. L’An O1 permet de se débrider l’imaginaire en mettant en scène un genre de décroissance malicieuse en actes. « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés — avec réticence — que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire “Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’an 01, et maintenant une page de Mécanique céleste”. »

Tous au Larzac de Christian Rouaud

Réalisé par Christian Rouaud et sorti en 2011, Tous au Larzac est devenu l’une des références pour la mémoire de la lutte mise en branle par 103 paysans du Larzac entre 1971 et 1981 contre l’extension du camp militaire. Non violente et menée de concert entre locaux et néo-arrivants (dont José Bové à l’époque) dans le causse, cette lutte emblématique a été remportée contre l’État et ses décideurs déconnectés de toute réalité de terrain par ceux qui voulaient que le Larzac reste un lieu de vie plutôt qu’un camp d’entrainement à la mort. Le film-documentaire retrace le chemin parcouru, les difficultés d’une bataille au long cours et nous offre les mots de ceux qui l’ont emprunté. Le monde d’aujourd’hui aurait bien besoin de s’inspirer de l’intelligence collective mise en place par des individus qui n’avaient rien demandé et que le gouvernement aurait aimé faire passer pour négligeables.

La version matérielle du film est à commander sur le site larzac.org.

Earthlings

Violemment antispéciste, Earthlings ne peut laisser indifférent. Librement diffusé en ligne, ce documentaire militant est un compte-rendu en images et sons du traitement réservé aux animaux dans le système économique capitaliste et industriel que nous connaissons. Il est divisé en cinq parties plus difficiles à regarder les unes que les autres : animaux domestiques, nourriture, vêtements, divertissement et science. Film référence pour les vegans, il n’est pas une ode au végétarisme pour autant, simplement une manière de ne plus jamais pouvoir regarder indifféremment les paquets de viande lyophilisés, vidés de leur sang et ainsi rendus neutres de toute souffrance par la grande distribution.

À l’occasion de l’anniversaire des dix ans de sa sortie, le film dans sa version originale a été mis en libre diffusion par la société qui l’a produit, NationEarth.

La loi de la banane de Mathilde Damoisel

Ce documentaire qui raconte les débuts de l’histoire d’amour entre le capitalisme et les agences de communication dans le prisme de la banane. On y comprend que le Capital a assis sa domination en Amérique centrale en se substituant au service public et en soumettant ainsi populations et gouvernements. Le documentaire rappelle l’article de Jean-Baptiste Mallet paru au Monde diplomatique où il raconte l’histoire du capitalisme via le ketchup. La conclusion est quasi-unanime : les multinationales n’ont que faire des conséquences de leurs actes et n’hésitent pas à créer le chaos pour leur profit. Dans le cas de la banane, la collusion entre le politique et les intérêts privés de la United Fruit Company a ainsi donné lieu à cinquante ans de guerre civile. Édifiant à l’heure où il n’est même plus nécessaire de montrer que les Gafa dominent le monde tant c’est devenu une évidence et où le service public et les droits de travailleurs sont réduits à peau de chagrin pour favoriser encore et encore l’accumulation du Capital.

Le documentaire est disponible en location sur le site d’Arte.

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