Shots et pop-corns

Les pop-corns

Au Comptoir, on aime beaucoup le cinéma, surtout après un weekend chargé. Comme on est des serveurs sympas, on vous propose de partager avec nous ces moments de convivialité en vous offrant quelques uns de nos films préférés tous les dimanches après-midi. Comme on est quand même là pour cultiver la révolution dans les cœurs et dans les esprits, on tâche de vous proposer une sélection qui n’endorme pas trop, mieux, qui attise la flamme.

[Ces films n’ont évidemment pas été réalisés gratuitement alors, si vous avez le budget pour aider leurs réalisateurs à continuer, on vous encourage à vous les procurer par des canaux qui les rémunèrent.]

La loi de la banane

Mathilde Damoisel signe un documentaire qui raconte les débuts de l’histoire d’amour entre le capitalisme et les agences de communication dans le prisme de la banane. On y comprend que le Capital a assis sa domination en Amérique centrale en se substituant au service public et en soumettant ainsi populations et gouvernements. Le documentaire rappelle l’article de Jean-Baptiste Mallet paru au Monde diplomatique où il raconte l’histoire du capitalisme via le ketchup. La conclusion est quasi-unanime : les multinationales n’ont que faire des conséquences de leurs actes et n’hésitent pas à créer le chaos pour leur profit. Dans le cas de la banane, la collusion entre le politique et les intérêts privés de la United Fruit Company a ainsi donné lieu à cinquante ans de guerre civile. Édifiant à l’heure où il n’est même plus nécessaire de montrer que les Gafa dominent le monde tant c’est devenu une évidence et où le service public et les droits de travailleurs sont réduits à peau de chagrin pour favoriser encore et encore l’accumulation du Capital.

Le documentaire est disponible en location sur le site d’Arte.

L’Enfance d’Ivan

Pour son premier long-métrage, récompensé du Lion d’or à la Mostra de Venise, Andreï Tarkovski suit les aventures cruelles d’un jeune garçon éclaireur dans l’armée russe. Les marques de son cinéma y sont déjà : des images d’une puissante beauté, un goût prononcé pour la contemplation et une mise en scène poétique des difficultés de l’existence.

Le Casanova de Fellini

Venise XVIIIème Siècle. Le carnaval annuel bat son plein. Parmi la foule, un homme masqué reçoit un pli mystérieux qui l’enjoint de se rendre à un rendez-vous coquin. Giacomo Casanova, dépouillé de son masque de Pierrot, fait la connaissance d’une charmante nonne qui l’invite à faire l’amour devant les yeux de l’ambassadeur de France, son amant, caché derrière une fresque. Sur le chemin du retour, le célèbre séducteur est arrêté par les autorités et mis en prison. Un soir de pleine lune, il parvient à s’en échapper et quitte l’Italie. Commence alors pour Casanova un long périple à travers quelques grandes villes d’Europe dans lesquelles sa renommée le précède régulièrement et l’oblige à enchaîner les exploits amoureux.

L’An O1

Jouissif, L’An 01 est le témoignage filmé d’une France où tout le monde aurait décidé de tout arrêter en même temps. Réalisé par Jacques Doillon, Alain Reisnais et Jean Rouch comme un reportage sur le monde depuis le moment où un pas de côté collectif est décidé, jusqu’à son effectivité et les réactions des autres pays, ce film est celui du début d’une ère nouvelle sans Capital ni production. On y reconnait nombre d’acteurs et personnalités français des années 1970 (Coluche, Miou-Miou, Jacques Higelin, le Splendid, l’équipe de Charlie Hebdo, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil…) qui forment un seul personnage principal, le peuple. L’An O1 permet de se débrider l’imaginaire en mettant en scène un genre de décroissance malicieuse en actes. « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés — avec réticence — que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire “Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’an 01, et maintenant une page de Mécanique céleste”. »

Tous au Larzac

Réalisé par Christian Rouaud et sorti en 2011, Tous au Larzac est devenu l’une des références pour la mémoire de la lutte mise en branle par 103 paysans du Larzac entre 1971 et 1981 contre l’extension du camp militaire. Non violente et menée de concert entre locaux et néo-arrivants (dont José Bové à l’époque) dans le causse, cette lutte emblématique a été remportée contre l’État et ses décideurs déconnectés de toute réalité de terrain par ceux qui voulaient que le Larzac reste un lieu de vie plutôt qu’un camp d’entrainement à la mort. Le film-documentaire retrace le chemin parcouru, les difficultés d’une bataille au long cours et nous offre les mots de ceux qui l’ont emprunté. Le monde d’aujourd’hui aurait bien besoin de s’inspirer de l’intelligence collective mise en place par des individus qui n’avaient rien demandé et que le gouvernement aurait aimé faire passer pour négligeables.

La version matérielle du film est à commander sur le site larzac.org.

Earthlings

Violemment antispéciste, Earthlings ne peut laisser indifférent. Librement diffusé en ligne, ce documentaire militant est un compte-rendu en images et sons du traitement réservé aux animaux dans le système économique capitaliste et industriel que nous connaissons. Il est divisé en cinq parties plus difficiles à regarder les unes que les autres : animaux domestiques, nourriture, vêtements, divertissement et science. Film référence pour les vegans, il n’est pas une ode au végétarisme pour autant, simplement une manière de ne plus jamais pouvoir regarder indifféremment les paquets de viande lyophilisés, vidés de leur sang et ainsi rendus neutres de toute souffrance par la grande distribution.

À l’occasion de l’anniversaire des dix ans de sa sortie, le film dans sa version originale a été mis en libre diffusion par la société qui l’a produit, NationEarth.

 

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