Politique

Sixtine d’Ydewalle : “L’exposition ‘Vive la Commune !‘ vous plonge dans l’ambiance du Paris communard”

Sixtine d’Ydewalle est doctorante, sa thèse porte sur les questions de démocratie directe et de municipalisme libertaire, des révolutions du XIXe/XXe siècle aux Gilets jaunes de Commercy. Elle est par ailleurs la co-organisatrice de l’exposition « Vive la Commune ! » qui se déroule en ce moment au Point Culture du Botanique situé à Bruxelles. Une exposition à caractère à la fois pédagogique et militant, qui va se déplacer à travers la Belgique pour commémorer les 150 ans de la Commune de Paris de 1871, et qui devrait faire un passage en France. Nous lui avons posé quelques questions, sur son exposition et sur cet événement fondateur du socialisme libertaire, qui demeure aujourd’hui un exemple en matière de justice sociale et de participation active du peuple à la politique.

Le Comptoir : Peux-tu nous présenter l’exposition « Vive la Commune ! » en deux mots ?

Photo : © Galaad Wilgos

Sixtine d’Ydewalle  : Nous l’avons organisée dans le double but de rendre hommage aux communards et communardes qui ont, l’espace des quelques semaines, rêvé et vécu un monde plus égalitaire et solidaire, et de faire la lumière sur ces idéaux et actions qui inspirent toujours aujourd’hui. Au départ, cette exposition fait partie d’une série dont le concept est de montrer des endroits où se sont passées des luttes importantes, en tout cas des moments importants d’une certaine lutte, avec des photos actuelles des lieux où elle s’est déroulée, sur lesquelles des dessinateurs apposent ensuite leur dessin illustrant l’événement passé – histoire de voir ce que le lieu est devenu, et parce qu’on n’a presque aucune trace de ce qui s’est passé à l’époque. C’est un concept – les « photographies dessinées » – qui vient du photographe de l’exposition Karim Brikci, qui a déjà mis ça en pratique avec Manu Scordia, un des dessinateurs de l’exposition, pour les 50 ans du parti des Black Panthers. Là on a réfléchi « c’est l’anniversaire de quoi bientôt ? », on a vu que c’était les 150 ans de la Commune, et il se trouve que je travaille dessus en parallèle pour ma thèse, de fait depuis un an et demi on s’est beaucoup renseigné dessus, on a fait les photos en juillet passé et les dessinateurs ont travaillé dessus depuis septembre.

Le collectif qu’on a créé sur ce concept s’appelle « Never forget », il a pour principe de se rappeler des luttes passées et il y aura plein d’histoires à venir : d’abord il y a eu les Black Panthers, là c’est sur la Commune, ensuite ce sera sur la répression meurtrière de la police française contre les Algériens en Octobre 1961. Cette expo a donc pour objectif de vous plonger dans l’ambiance du Paris communard et de vous faire découvrir ou redécouvrir un épisode important de l’histoire ouvrière et sociale de nos régions.

« Ce qui marque l’événement du sceau de la démocratie directe, c’est que le peuple est constamment présent dans les affaires politiques : il se réunit tout le temps. »

Pourquoi la Belgique alors que la Commune de Paris n’est pas a priori un événement belge ?

Ces expositions ont évidemment une portée internationale vu que nous sommes aussi allées aux Etats-Unis où nous avons bossé notamment sur la lutte des mineurs au Colorado ou le premier mai à Chicago. On peut imaginer même le faire pour les cent ans de la révolution espagnole de 1936 en 2036. On va cependant exposer « Vive la Commune ! » en France, à Commercy, lieu emblématique de la démocratie directe expérimentée par les Gilets jaunes. Par ailleurs, il faut savoir que pour les quinze ans de la Commune à Liège, le groupe anarchiste local avait lancé une manifestation et un meeting public qui se sont transformés en émeute dans les quartiers bourgeois. L’émeute s’est alors répandue dans toute la Wallonie, pour finir par mener aux insurrections ouvrières de 1886 qui ont mené aux premières lois sociales – tout en ayant été réprimées dans le sang.

Qu’est-ce qui distingue la démocratie communarde de la démocratie classique, représentative ?

On parle souvent de démocratie directe pour la Commune de Paris… Le Conseil de la Commune a été créé parce qu’il y avait un vide politique, c’est-à-dire que le gouvernement s’est retiré sur Versailles, et le Comité central de la Garde nationale a organisé des élections à Paris. En voyant ça, on peut se dire que ce sont des élections, donc de la démocratie représentative. Mais il y a déjà une différence : pour Paris c’est déjà différent parce qu’à l’époque il n’y avait pas de Conseil communal élu, c’était un préfet désigné par le gouvernement. Par ailleurs, il n’y en avait pas dirigé par des ouvriers ou des gens situés à gauche, donc c’est un peu la première fois que le Conseil est composé d’autant d’ouvriers, d’artisans, de petits commerçants, de journalistes élus.

On associe souvent la démocratie directe à la pratique du mandat impératif et révocable. Bien qu’on appelait à la pratique du mandat révocable, on remarque cependant que les élus n’ont jamais été vraiment révoqués. En revanche, il y a eu des instances de mandat impératif, à savoir un mandat précis donné à la personne élue, qui peut être révoquée lorsqu’il n’est pas suivi. Il y a eu quelques occurrences de cette pratique, notamment lorsque le Comité de salut public a été élu : la minorité qui y était opposée avait quitté la Commune en protestation, signalant que c’était pour elle le début d’une dictature. La minorité du IVe arrondissement a dû alors faire face à ses électeurs qui lui ont donné le mandat impératif de revenir à la Commune – à l’unanimité moins un ! Il y a donc eu quelques occasions de pratiquer le mandat impératif et la révocabilité mais en 72 jours les Parisiens n’ont pas eu l’occasion de vraiment le mettre en pratique.

Ce qui marque réellement l’événement du sceau de la démocratie directe, c’est que le peuple est constamment présent dans les affaires politiques : il se réunit tout le temps, il se réunit dans les clubs qui peuvent rassembler des centaines à des milliers de personnes, où il peut mettre la pression sur la Commune, faire valoir des résolutions votées là ; il se réunit dans les Chambres syndicales, dans la Garde nationale, dans les assemblées de quartier qui ont une vie locale très active. Le peuple est tout le temps en train de discuter des affaires politiques, il lit la presse à haute voix, on débat, etc. Ce qui est complètement nouveau car on nous a toujours habitué à voter tous les quatre/cinq ans et puis c’est tout. C’est donc là que réside la différence : la politique est vue comme l’affaire de tous, même des femmes, hyper-actives dans les clubs alors qu’elles n’avaient pas le droit de vote. Dans ces clubs, on adoptait des résolutions en faveur des droits des femmes, on mettait la pression sur la Commune pour d’avantage de droits, l’égalité des sexes, etc.

Photo : © Galaad Wilgos

Les élus de la Commune étaient-ils vraiment représentatifs de leurs électeurs ? A-t-on vraiment vu des travailleurs élus par exemple ?

Ce qui est certain, déjà, c’est que les moins représentés furent les bourgeois, qui n’avaient pas été beaucoup voter – les arrondissements les plus riches étant ceux qui avaient le moins participé aux élections, beaucoup s’étaient retirés sur Versailles. Les élections du 26 mars ont eu un taux de participation de plus ou moins 50 %, en sachant que beaucoup de gens avaient fui Paris ou avaient été tués durant le siège – ce qui en fait finalement un bon taux de participation. Et un taux très important dans les quartiers populaires, de surcroît. La faible représentation des quartiers riches s’explique aussi parce que beaucoup de républicains modérés n’étaient pas d’accord avec l’insurrection, et considéraient qu’ils ne voulaient pas en faire partie, et ont donc quitté le conseil de la Commune.

Il y avait beaucoup de gens lettrés, des journalistes, des médecins, des avocats, mais il y a eu aussi 25 ouvriers, 15 gardes nationaux. Sachant que presque tous les hommes de Paris étaient des gardes nationaux depuis le début de la guerre avec la Prusse. Ce n’est donc pas statistiquement représentatif, mais c’était déjà beaucoup plus représentatif que la plupart des gouvernements, d’aujourd’hui ou d’alors. Je rappelle d’ailleurs le texte du Comité central qui appelait les citoyens à voter pour des gens qui vivent les mêmes conditions qu’eux !

Photo : © Galaad Wilgos

Quelles ont été les impasses de la démocratie communarde ?

Au-delà de la question militaire – ils n’ont pas pu survivre à cause de la répression, leurs militaires n’étaient pas des militaires de métier, et puis la Garde nationale ayant été démocratisée, de nombreux officiers ont été démis de leurs fonctions et un a même démissionné en réaction aux remises en question constantes de ses ordres – il y a certaines choses qui peuvent être questionnées d’un point de vue démocratique. Par exemple, au début, les séances n’étaient pas publiques, ce qui pouvait poser problème à un peuple qui veut la démocratie directe, être là et intervenir de manière permanente. Le 9 avril, après des discussions, ces séances sont devenues publiques, sans doute suite à la pression populaire. Il y a aussi la liberté de la presse : la répression était employée contre les organes de presse hostiles à la Commune, mais on a vu aussi des sanctions de journaux pas forcément hostiles à cette dernière.

Beaucoup critiquent aussi la fusion des pouvoirs exécutif et législatif : il y avait le Conseil communal qui était élu, neuf Commissions thématiques (sur le modèle des ministères : éducation, travail, etc.) et une Commission exécutive. Et là c’était des élus à la fois membres du Conseil et délégués ou membre de la Commission. Cela posait problème en terme de temps : ils avaient une à deux réunions du Conseil par jour, tout en gérant leur commission et leur propre arrondissement. Cela faisait beaucoup de concentration de pouvoir, car les personnes qui exécutent les décisions étaient les mêmes que celles qui les prennent. Dans le communalisme à la Murray Bookchin, il y a une distinction entre prise de position politique et administration de ces décisions, où la prise de décision doit être la plus démocratique possible (celle de l’Assemblée populaire) et l’administration doit être faite par des délégués et déléguées dotés d’un mandat impératif et révocable.

Enfin, il y a évidemment le Comité de salut public, qui est quand même le gros point noir de la Commune. Il y en a qui disent que c’était nécessaire pour sauver la révolution. Mais donner les pouvoirs les plus étendus, sans les définir, à cinq personnes est relativement problématique d’un point de vue de démocratie directe.

Photo : © Galaad Wilgos

Quelques mots à propos de la volonté de faire la démocratie en dehors des institutions politiques ?

Au niveau militaire par exemple, la Garde nationale, avant même la Commune, avait décidé d’élire ses officiers de manière démocratique, ainsi que son Comité central. Elle avait ainsi organisé une assemblée de 2 000 personnes le 24 février pour décider de ne pas se laisser désarmer. Le 15 mars la Garde a ensuite voté pour élire ses chefs dans un Comité central. Ce n’était donc plus le gouvernement qui choisissait les chefs de la Garde nationale, comme cela a toujours été le cas. Il y avait par ailleurs énormément de discussions en son sein, et là pour le coup la révocabilité était énormément pratiquée.

Au niveau du droit, je peux juste dire que la Commune a rendu gratuit l’accès à la justice par exemple. Les notaires étaient considérés comme des fonctionnaires d’Etat, et puis la Garde nationale, plus démocratique, gérait toute la police. Il n’y avait pas de cumuls des mandats théoriquement possibles, il y avait un plafond des traitements des fonctionnaires. Après je n’ai pas assez exploré ça. Et puis il y avait un énorme vide juridique car l’administration était partie…

Enfin, il y avait bien révocabilité au niveau des associations coopératives ouvrières qui géraient les ateliers. Il y a eu un décret de la Commune qui disait qu’on (la collectivité ouvrière employée) pouvait réquisitionner les ateliers abandonnés par les patrons, qui étaient alors indemnisés. Il y a donc eu un énorme travail de répertoriage des ateliers abandonnés, des outils de travail, des ouvriers et ouvrières au chômage (c’était les chambres syndicales qui faisaient beaucoup ça, et beaucoup de femmes ont aidé aussi par ailleurs).

Photo : © Galaad Wilgos

L’une des raisons qui a permis la Commune c’est aussi que la Garde nationale, d’une armée bourgeoise composée des personnes capables de se payer des armes, s’est ensuite muée en armée populaire avec en son sein toute la population (masculine) armée. Que peux-tu nous dire de la question militaire et plus précisément de l’armement populaire ?

Il faut déjà savoir qu’il y a 215 bataillons sur 240 qui sont restés dans la Commune, donc 25 sont quand même restés fidèles à Versailles – les bataillons les plus bourgeois évidemment. La demande était de ne pas avoir d’armée permanente mais juste la Garde nationale – composée d’une grande partie des citoyens. La Commune a aboli l’armée permanente, dès le début, tout en faisant une réquisition pour que les gens rejoignent la Garde nationale – il y avait donc une autre forme d’armée de conscription, mais il s’agissait d’une armée populaire, car le peuple faisait lui-même sa défense externe, et aussi sa police et gérait lui-même les problèmes internes comme l’ivrognerie.

« Je suis plutôt partisane de l’usage de milices populaires sous contrôle de l’assemblée populaire qui y met des grandes lignes et face à laquelle elles doivent rendre des comptes. »

Quant à la question de l’armement du peuple en général…  Aux Etats-Unis, la question ne se pose évidemment pas – et Bookchin qui a théorisé le communalisme était clairement pour le port d’armes et l’idée de milice populaire. Mais en Europe c’est assez différent je pense. Maintenant, est-ce qu’on parle d’un armement uniquement durant le mouvement révolutionnaire, ou une fois que la révolution est atteinte. C’est encore une autre question, car bien qu’il faille à mon avis pouvoir se défendre face à la contre-révolution, en dehors cela pose d’autres problèmes. Personnellement, je peux l’imaginer mais uniquement dans des structures démocratiques, et pas dans un corps complètement séparé comme c’est le cas de l’armée et de la police actuelles. Quand on voit le Rojava ou le Chiapas, cependant, on voit bien qu’il y a une structure démocratique puis une structure militaire parallèle, mais cette dernière rend des comptes à la structure démocratique. Et donc pour moi le but c’est qu’il y ait vraiment ce contrôle démocratique, même s’il faut évidemment qu’il y ait du métier car la question militaire demande de vraies compétences. Enfin, il faut savoir si l’on parle de l’armée à l’extérieur ou de la gestion de problèmes internes. En ce qui concerne ces derniers, je suis plutôt partisane de l’usage de milices populaires sous contrôle de l’assemblée populaire qui y met des grandes lignes et face à laquelle elles doivent rendre des comptes (donc à l’opposé de la police actuelle que même l’exécutif ne peut parfois plus gérer).

Photo : © Krasnyi Collective

On sait que les femmes ont eu une place prépondérante durant la Commune. Peux-tu nous en dire un mot ? Et est-ce qu’il y avait vraiment des « pétroleuses » à l’époque ?

La présence des femmes durant la Commune est clairement très importante, elles étaient présentes à tous les niveaux, dans les clubs notamment où elles ont dû se battre pour pouvoir entrer – et ont même créés des clubs uniquement féminins – et où elles étaient parfois en majorité comme dans certaines séances du Club des prolétaires. Elles étaient oratrices dans les clubs afin de demander davantage de droits : elles ont ainsi voté une résolution pour le droit au divorce par acclamation dans un club, et elles ont obtenu de la Commune une égalisation des salaires entre instituteurs et institutrices ; plusieurs femmes ont par ailleurs créé l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés qui organisait les femmes pour pouvoir être ambulancières, cantinières, et qui était un lieu vraiment actif pour les femmes. Les femmes se sont aussi battues pour entrer dans les comités de quartier – il y avait après tout 60 % d’ouvrières à l’époque, donc quand on parle de réquisition des ateliers abandonnés, c’était évidemment énormément de femmes.

Le 2 avril les Versaillais attaquent, des gardes nationaux furent exécutés. Le lendemain il y eu une grosse manifestation des femmes (au moment où les fédérés partaient pour Versailles) qui a rappelé la manifestation où, durant la Révolution française, des femmes étaient allés chercher Louis XVI à Versailles. Enfin il y en a eu beaucoup qui sont allés se battre sur le front, comme Louise Michel et d’autres qu’on connait moins. Sur les barricades, il y avait même une barricade entièrement féminine à la Place Blanche, à Montmartre – qui a tenu plusieurs heures, même si Montmartre est vite tombé. Les femmes se sont donc bien battues aux côtés des hommes – et parfois c’est même elles qui donnaient l’impulsion ! Elles travaillaient en étroite collaboration avec la Commission du Travail de la Commune : Léo Frankel, qui y siégeait, disait d’ailleurs que le travail des femmes était le plus exploité et que sa réorganisation était donc une priorité. Le lien entre inégalités hommes-femmes et inégalités sociales générales était donc clairement fait à l’époque.

Après, il y a eu évidemment énormément de dénigrements à l’époque : un peu comme pour les « tricoteuses » de la Révolution française [NDLA : des femmes qui tricotaient à l’Assemblée nationale pour mettre la pression sur les hommes], on a inventé le concept de « pétroleuses » pour dénigrer l’implication des femmes en politique. Mais autant c’est vrai que des femmes ont tricoté durant les séances de l’Assemblée pendant la Révolution française, autant les pétroleuses sont un mythe total. Bien qu’il y ait eu des incendies à Paris, généralement pas à l’aide de lampes à pétrole – et parfois causés par les obus des Versaillais – ceci demeure un mythe créé dès les premiers jours de la répression, pour dénigrer l’investissement des femmes en politique, et puis pour pouvoir mieux les condamner après – avec une image de la femme ouvrière sale allant abimer les beaux bâtiments de Paris. Il faut lire à ce sujet le livre d’Edith Thomas récemment republié, qui déconstruit cette invention et retrace le rôle des femmes durant la Commune.

On sait que l’une des causes de la révolution était un sursaut patriotique face à l’envahisseur… Mais en même temps la Commune se voulait universaliste et faisait de nombreuses proclamations en faveur de l’Humanité. Quelle était la vision de l’internationalisme de la Commune ?

C’est évidemment une situation difficile : la gauche et l’extrême-gauche étaient contre la guerre contre la Prusse avant qu’elle soit menée, dans une volonté de refus de tuer d’autres travailleurs, mais une fois la France entrée en guerre les choses ont changé. Il faut déjà savoir que la Prusse était un Empire, que la France venait à ce moment-là de quitter le régime impérial et qu’il y avait donc la peur de voir le remplacement de la République par un nouvel Empire. Il y a clairement un sentiment patriotique, mais de défense : défense de la République, défense contre les envahisseurs, donc défense externe, mais aussi interne contre les éléments les plus modérés ou les monarchistes. Cela n’est donc pas à mon sens du nationalisme. En outre, on voit bien qu’il y a une question de classe au-delà de la question nationale : alors qu’elle n’a pas réussi à vaincre les Prussiens, l’armée française était prête à vaincre sa propre armée pour exterminer la révolution.

Il y avait du reste beaucoup de membres de la Commune qui étaient aussi membres de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) donc il y avait clairement une volonté internationaliste dans la Commune, qu’on n’imaginait pas uniquement au niveau d’un pays – Marx avait d’ailleurs envoyé plusieurs officiels à Paris. Enfin, il y avait la question d’élire un étranger au moment où Léo Frankel s’était présenté : on a décidé alors de donner la citoyenneté à n’importe quelle personne qui sert la Commune, peu importe sa nationalité. Il y avait pas mal d’officiers polonais, d’étrangers, etc. Au niveau du communalisme, il y avait enfin la volonté de détruire l’Etat-nation pour y substituer une fédération des communes – une Commune des communes, qui regrouperaient toutes les municipalités françaises qui auraient chacune une Commune (il y en a eu, mais malheureusement très éphémères).

Photo : © Galaad Wilgos

Quel événement aujourd’hui se rapproche le plus de la Commune de 1871 à ton avis ?

Il y a déjà clairement le Rojava, dans sa volonté d’auto-gouvernement et sa situation de résistance face à un oppresseur (les Turcs). Il y a là clairement une volonté de s’organiser démocratiquement, donc c’est assez avancé même si menacé par la Turquie. Il y a le Chiapas, même si ses principes ne sont pas basés sur le communalisme de Bookchin, cela inspire les communalistes eux-mêmes – mais leur situation géographique est assez différente, car elle est coupée du reste de la nation, retirée dans la jungle. Je travaille, pour ma part, plutôt sur des groupes qui agissent au sein même d’une société capitaliste et de l’Etat-nation, sans être retirés, et là je pense à l’exemple de Commercy. La révolte des Gilets jaunes a été interprétée, là, comme une aspiration à plus de démocratie directe. Des personnes ayant lu Bookchin y ont alors diffusé des idées favorables au municipalisme libertaire, par exemple l’idée d’Assemblée des assemblées qui a été proposée par un des GJ qui avait lu Bookchin et qui était en contact avec un camarade de Rojava. Au final, malheureusement, les GJ n’ont même pas eu une place à la mairie et puis la covid-19 a complètement cassé la dynamique.

Photo : © Lundi.am

Quel est l’itinéraire de l’exposition ?

Jusqu’au 18 avril au Point Culture de Botanique à Bruxelles ;

20 avril au 20 mai : Herstal ;

21 au 28 mai : au local DK à Saint-Gilles avec un cycle de conférences/théâtres/chorales/parcours/…

Ensuite peut-être que l’on ira à Mons en juin, et nous comptons aller, pour les reclusiennes [NDLA : événements autour du géographe libertaire et communard Elisée Reclus], à Sainte-Foy-la-Grande.

Enfin nous irons à Commercy notamment à l’occasion du passage des zapatistes, avec un gros événement autour de l’idée d’autogouvernement.

Et puis sinon on aimerait être là pour la Fête de l’Huma si elle a lieu, pour celle de Lutte Ouvrière, peut-être à Manifiesta [NDLA : équivalent belge de la Fête de l’Huma, organisée par le parti communiste PTB] à Bruxelles, etc.

Photo : © Galaad Wilgos

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3 réponses »

  1. je pensais que les « amies et amis de la Commune de paris  » présentaient la pièce « Le rendez vous du 18 mars » qui raconte l’histoire de la Commune avec l’intervention de 11 personnage !

  2. « La Commune n’est pas morte » en effet car présente dans bien des pensées de ceux souhaitant une transformation de la société. Au point que j’avais éprouvé le besoin de rédiger un texte, « Les Communards », que l’on peut retrouver présenté (avec un enregistrement très… »artisanal ») sur le blog « Bribes d’infos », dans la section « invités ». Vous pouvez, si vous le souhaitez, « repiquer » l’ensemble.
    Marius.

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