Italo Calvino (1923-1985) a noué une relation particulière avec la France. Il s’installe à Paris en 1967 et y fréquente toute l’intelligentsia de son temps, se liant particulièrement avec Queneau et intégrant le groupe de l’Oulipo. D’abord quelque peu boudé par la critique dans l’hexagone, l’édition de ses romans par le Livre de Poche lui apporte une relative popularité auprès du public francophone. Mais aujourd’hui, même si l’essentiel de son œuvre est traduit en français, Calvino ne bénéficie d’aucune anthologie et il semble effacé des mémoires. Engagé politiquement, observateur des mutations économiques et sociales de son temps, le romancier et critique italien n’a-t-il plus d’autre intérêt que d’être un témoignage du passé ? À l’occasion du centenaire de sa naissance, nous proposons de redécouvrir un auteur dont la pensée reste particulièrement stimulante et fertile pour les combats anticapitalistes de notre temps.
Italo Calvino naît à Cuba, de parents italiens. Son père est agronome et sa mère enseigne la botanique. Il reçoit une éducation laïque et antifasciste. Fortement marqué par son milieu, Calvino mène des études d’agronomie à Turin, puis à Florence.
Il a vingt ans quand, en 1944, il rejoint les Bridages Garibaldi, groupes de combat organisés par le Parti Communiste Italien (PCI). Comme toute sa génération, il restera très marqué par l’antifascisme. Malgré des réticences à l’égard de l’Union soviétique, Calvino adhère dès 1944 au PCI, qui est alors « la force la plus active et la plus organisée ». Une de ses premières lectures théoriques est L’État et la révolution (1918), de Lénine. Calvino raconte que cette découverte « servit à absorber dans l’idéologie communiste mes aspirations à l’origine anarchistes, anti-étatiques et anticentralisatrices ».
De retour à l’université de Turin, il se réoriente vers des études littéraires. Turin est l’« objet d’un choix » de sa part, notamment en raison de la présence d’« ouvriers révolutionnaires qui s’organisaient comme classe dirigeante déjà au tout début de l’après-guerre » et comme capitale « des intellectuels antifascistes qui ne s’étaient pas abaissés au compromis ». Encouragé par Cesare Pavese, Calvino commence à écrire, remportant un premier prix littéraire dès 1946.
Une vie d’engagements politiques
Jusqu’en 1957, les activités politiques et littéraires de Calvino sont étroitement imbriquées. L’auteur l’exprime explicitement, qui dit aspirer à « vivre en mettant ensemble les raisons de la littérature et celles du communisme » ou, encore, qu’il est attiré par le communisme par le fait que ce dernier porte en lui « l’insertion de la culture à tous les niveaux ».
Calvino participe ainsi à écrire la geste héroïque de la résistance communiste italienne. En 1948-1949, il est le rédacteur de la troisième page de L’Unità, organe officiel du Parti communiste italien (PCI), fondé en 1924 par Gramsci. Par la suite, il y collabore régulièrement. Ses ouvrages comportent de multiples références à Hegel, à l’homo faber comme à Marx (La Journée d’un scrutateur). En 1952, à l’occasion de la publication du Vicomte pourfendu, il explique : « Le problème de l’homme contemporain (de l’intellectuel pour être plus précis), pourfendu, à savoir incomplet, ‘’aliéné’’, était important pour moi. »
Calvino ne s’engage pas seulement par ses écrits. Il est délégué par le PCI pour participer au Festival de la Jeunesse, à Prague, en 1947, et au Congrès mondial des partisans de la paix, à Paris, en 1949. Il voyage en URSS, en 1951. Calvino s’implique aussi dans des tâches de militant de terrain. La Journée d’un scrutateur est directement inspirée de son expérience. De même, il a été candidat pour des élections locales, « pour que la liste soit complète » (Présentation de La Journée d’un Scrutateur), en 1953, et il sera encore scrutateur en 1961. Il écrit, au sujet du personnage principal du Scrutateur : « Il était inscrit au Parti, pour cela oui, et bien qu’il ne pût se dire un militant de choc (son caractère l’inclinait vers une vie plus méditative), il ne reculait pas quand il y avait à faire quelque chose qu’il jugeait efficace et de son ressort. »
Membre du Comité fédéral de Turin, Calvino appelle à s’engager politiquement. Soutien de Togliatti, il exprime la « passion civique », la « passion pour l’action » de sa génération, éprouvée dans le feu de la résistance antifasciste.
L’intervention de l’Armée rouge à Budapest en 1956 le déstabilise. Pour lui, « le stalinisme se présentait comme le point d’arrivée du projet du Siècle des Lumières […]. C’était au contraire la défaite la plus absolue ». Il quitte finalement le PCI à l’été 1957, « sans bruit », ne souhaitant pas polémiquer avec ses camarades. La cause de son départ est la déstalinisation trop lente du Parti (mise en scène dans « La Grande Bonace des Antilles »). Il rencontre Georg Lukács, qui apporte « la confirmation de nos espoirs d’un communisme régénéré ». Il participe avec Antonio Giolitti à une tentative de refondation politique, mais Calvino refuse de le suivre au PSI. En 1960, dans « Le communiste pourfendu », il explique : « Nous, les communistes italiens, nous étions schizophrènes […]. Une partie de nous-mêmes était et voulait être le témoin de la vérité […] ; une autre partie de nous-mêmes justifiait les torts, les violences, la tyrannie du Parti, Staline, au nom de la Cause […]. Voilà pourquoi le dégel, la fin du stalinisme, nous ôtait un poids terrible de la poitrine […]. Notre personnalité dissociée pouvait enfin se recomposer. » De fait, en 1968, le PCI condamnera l’invasion de Prague. Mais Calvino de se demander, en 1980, si le l’« autobus raté » en novembre 1956 pourra jamais être rattrapé.
À partir de 1957, Calvino n’est donc plus engagé dans une structure partisane. En 1968, il refuse un prix littéraire richement doté et commence une période d’érémitisme (« Ermite à Paris »), « à l’écart, mais pas vraiment très loin ». Mais Calvino écrit, dans sa lettre de démission, que « sa dissidence avec le Parti était devenue un obstacle à toute participation politique ». Si Calvino n’est plus encarté, il ne déserte donc pas le champ du combat politique, comme en témoigne son œuvre.
Internationaliste, Calvino voyage beaucoup : États-Unis (invité pour des séminaires), Iran, Japon, Mexique… Il se rend à Cuba en 1964, où il rencontre Ernesto Che Guevara. Il s’installe à Paris en 1967. Là, il participe au séminaire de Roland Barthes à la Sorbonne. Il se rapproche de Raymond Queneau et intègre l’Oulipo. Il reçoit une certaine reconnaissance en France, étant récipiendaire de la Légion d’honneur (1981) et étant nommé directeur d’études à l’EHESS. Il décède en 1985.
Une œuvre aux nombreuses ramifications politiques
Pour Calvino, le fil conducteur de ses œuvres est que ses héros font face aux « aliénations et [aux] réductions imposées à l’homme contemporain ». Il a régulièrement dit la nécessité de l’engagement et il se montre critique et moqueur envers les intellectuels déconnectés de la réalité sociale. Il aspire à écrire de la fiction, mais de la fiction en prise avec la réalité, non pas les apparences et l’écume de la réalité, mais ses enjeux profonds. C’est ainsi que quelques grands thèmes parcourent ses œuvres.
Les analyses des mutations socio-économiques
Refusant les dogmes, Calvino veut observer la réalité de son temps : « Les historiettes de Marcovaldo commencent quand la grande vague ‘’néoréaliste’’ montre les premiers signes de reflux : les thèmes que les romans et les films de l’après-guerre avaient amplement illustrés, comme la vie de ces pauvres qui n’ont pas de quoi remplir leur casserole au déjeuner et au dîner, risquent de devenir des lieux communs pour la littérature, même s’ils restent largement actuels dans la réalité […]. Peu à peu, l’atmosphère du pays change […]. L’euphorie (et l’illusion) naît alors du ‘’miracle économique’’, du ‘’boom’’, de la ‘’société d’opulence’’. En littérature aussi l’actualité change : ce n’est plus la misère qui est dénoncée, mais un monde dans lequel toutes les valeurs deviennent de marchandises à vendre et à acheter, où l’on court le risque de perdre le sens de la différence entre les choses et les êtres humains, et où tout se trouve évalué en termes de production et de consommation » (postface à Marcovaldo ou Les Saisons en ville).
Pour rendre compte de l’émergence de ce monde nouveau, Calvino a envisagé l’« idée de composer une espèce de cycle qui aurait pu s’intituler : À mi-siècle » (Présentation de La Journée d’un Scrutateur). Pour lui, les années 1950, sont celles d’un « changement d’époque ». S’il n’est pas allé au bout de ce projet, il a abordé de nombreux aspects de ces mutations socio-économiques dans ses écrits : spéculation immobilière (La Spéculation immobilière), publicité qui envahit l’espace public, supermarchés comme temples de la marchandise (Marcovaldo ou Les Saisons en ville), rapports d’intérêts camouflés en rapports humains (une des marques du fétichisme capitaliste) ou, encore, vacuité des médias.
Contempteur farouche du consumérisme, il écrit dans un conte urbain : « À six heures du soir, la ville tombait aux mains des consommateurs. Durant toute la journée, le gros travail de la population active était la production : elle produisait des biens de consommation. À une heure donnée, comme si on avait abaissé un interrupteur, tout le monde laissait tomber la production et, hop ! se ruait vers la consommation » (Marcovaldo ou Les Saisons en ville).
Calvino dénonce même la malbouffe, avec sa verve habituelle, mêlée d’ironie : « C’était en un temps où les aliments les plus simples recelaient des menaces insidieuses et relevaient de la fraude. Il n’était pas de jour où le journal ne révélait des choses épouvantables à propos du panier de la ménagère : le fromage était fait de matière plastique […] ; dans les fruits et légumes, le taux d’arsenic des insecticides était plus élevé que celui des vitamines ; les poulets étaient engraissés avec certaines pilules synthétiques. » Ce constat amène le bonnasse Marcovaldo à prendre cette résolution : « Tous mes efforts, se promit-il, devront tendre à pourvoir ma famille d’aliments qui ne soient pas passés par les mains suspectes des spéculateurs. » (Marcovaldo ou Les Saisons en ville)
En voyage aux États-Unis, Calvino dénonce de même l’essor de la publicité, de la consommation, du « racisme de masse », des « trottoirs trempés de sang » des anarchistes et des ouvriers à Chicago. Il écrit avoir peu de sympathie pour le pays, « pays colonial où l’on a éliminé le peuple colonisé », sorti de New York (« ma ville »), tout en faisant part de son trouble face à Las Vegas, « pleine de fric et vulgaire, et tout le monde s’amuse réellement, ensemble, entre deux avions ». Près de Santa Fe, à l’inverse, il rencontre des Indiens, qui « vivent dans une sorte de communisme primitif et les efforts des autorités pour leur apprendre les avantages de l’initiative privée sont vains ».
Des prises de parti politiques
Calvino s’engage également dans divers comités et groupes anti-fascistes. Son premier roman, Le Sentier des nids d’araignée, est fondé sur son expérience de la guerre de partisans. La Journée d’un scrutateur est « un pamphlet contre un des aspects les plus absurdes de notre démocratie », « un manifeste contre la Démocratie Chrétienne » (Présentation de La Journée d’un Scrutateur).
Dans une posture assez commune aux intellectuels de gauche de son temps, Calvino dénonce les horreurs de la guerre (Le Vicomte pourfendu) et le « cauchemar du futur atomique » (Présentation de La Journée d’un Scrutateur). Enfin, il s’intéresse aux marges (urbaines comme rurales), aux exclus, aux fugitifs (Le Vicomte pourfendu et Marcovaldo ou Les Saisons en ville), aux aliénés (La Journée d’un Scrutateur).
« En voyage aux États-Unis, Calvino dénonce de même l’essor de la publicité, de la consommation, du « racisme de masse », des « trottoirs trempés de sang » des anarchistes et des ouvriers à Chicago. »
L’homme et la nature
Un thème récurrent chez Calvino est le rapport de l’homme à la nature. Il est très présent dans Marcovaldo comme dans Le Baron perché (dans les arbres), par exemple. C’est ainsi que Marcovaldo s’attache à une plante : « Le cœur lui manquait à l’idée de devoir se séparer de sa plante, de son arbre, de son enfant, maintenant qu’il l’avait si bien aidé à grandir : il lui semblait qu’il n’avait jamais eu de sa vie autant de satisfactions qu’avec cette plante-là. »
Et qu’un jour : « Il se baissa pour attacher ses chaussures et regarda mieux : c’étaient des champignons, de vrais champignons qui étaient en train de pousser au cœur de la ville ! Marcovaldo eut le sentiment que le monde gris et misérable qui l’entourait regorgeait soudain de richesses cachées et qu’on pouvait encore attendre quelque chose de la vie, en plus du salaire horaire contractuel, des contingences, des allocations familiales et de l’indemnité de transport. »
Calvino critique tant les dégradations environnementales que la perte des liens avec la nature (cycle des saisons ou alternance jour/nuit, de moins en moins vécus, notamment). En 1958, il publie une nouvelle intitulée Le Nuage de Smog, qui montre la saleté s’insinuant partout, transformant même les personnages. C’est que l’auteur aspire à « retrouver sur la page l’harmonie avec la nature, perdue dans sa réalité ».
La reliure plutôt que la clôture
Les thématiques travaillées par Calvino l’ancrent nettement dans la gauche anti-capitaliste. Elles restent particulièrement d’actualité. Mais Calvino peut aussi, et surtout, nous inspirer par ses méthodes et ses démarches.
Le doute constructeur
Calvino est habité par le doute. Il se refuse aux pensées fossilisées. Pour lui, l’artiste ne doit certes pas refuser l’engagement. Mais il doit assumer sa fonction, qui est celle du décentrement, afin de dévoiler les apparences, d’éclairer quelques aspects du fétichisme de nos sociétés.
« Calvino pense que les classiques littéraires ont une charge subversive, en ce qu’ils s’opposent aux logiques du marché et ne sont pas des « consommables » »
Suivant les intentions de Lukács, qu’il a rencontré, il s’exprime dans ses œuvres essentiellement sur le mode de l’implicite. Il cherche moins à imposer des certitudes qu’à nourrir un doute constructeur : celui qui nous aide à rester lucides quant au monde qui nous entoure et à rester clairs sur les valeurs qui motivent nos actions.
Calvino évite ainsi deux pièges. D’une part, il se refuse à une forme de fausse neutralité bourgeoise, de relativisme anesthésiant. En 1983, il explique à des étudiants de Pesaro : « Je prends garde à ce qu’on ne puisse pas finir par interpréter une histoire d’une manière qui s’opposerait à ma pensée. » Mais, à l’inverse, il se garde du dogmatisme. Il aspire non pas à dire à ses lecteurs ce qu’ils doivent penser, mais à les aider à penser. Aux mêmes étudiants, il ajoute ainsi : « L’amusement est une véritable fonction sociale, cela correspond à ma morale […]. Je ne suis certes pas le seul à penser de cette manière […]. Bertold Brecht soutenait que la première fonction sociale d’une œuvre théâtrale était l’amusement. En d’autres termes, je pense que l’amusement est une affaire sérieuse. » Dans la postface à Marcovaldo, en 1966, il écrit : « Dès que le récit acquiert une signification, dès qu’il tourne à l’apologue, l’auteur [lui-même] bat en retraite avec son art caractéristique de l’esquive (persuadé que les véritables significations d’une histoire sont celles qu’un lecteur sait trouver en y réfléchissant pour son propre compte), et il s’empresse de dire que tout cela n’était qu’un jeu. »
Calvino bouscule, intrigue, étonne, partage ses perplexités ; il oblige à se poser des questions. Quant aux réponses, c’est à nous de les trouver. C’est aussi ce qui rend son œuvre toujours actuelle. Car depuis le XIXe siècle, les enjeux restent les mêmes : exploitation par le salariat, place des femmes, nationalismes, rapport à l’environnement, rapport aux technologies… Mais le contexte a changé. Mêmes questions, nouvelles réponses.
Effacer les frontières
Calvino préfère la porosité à la coupure. Il n’oppose pas, par exemple, nature et culture (Le Baron perché), mais il les imbrique, à l’image des pages du Tasse qui s’envolent et s’accrochent aux arbres comme des feuilles (Le Vicomte pourfendu) ou de la ville de Marcovaldo, dans laquelle la nature parvient toujours à s’insinuer (Marcovaldo ou Les Saisons en ville).
Il se plaît à brouiller les frontières des paysages, aussi bien entre ville et campagne qu’entre ager (terres cultivées) saltus (terres sauvages) : « Il était difficile de comprendre si elles appartenaient à la nature sauvage ou aux carrés d’un jardin aromatique. » (Le Vicomte pourfendu) De même, il n’oppose pas l’homme à l’animal. Bien de ses personnages portent une part d’animalité.
Sa vision du siècle des Lumières n’est pas celle d’une Raison qui s’impose à toute autre forme de rapport au monde. Magie, sorcellerie, miracles, fantastique sont très présents dans ses œuvres. Chez beaucoup de personnages, on se prend à douter des limites conventionnelles entre raison et folie (Le Vicomte pourfendu, La Journée d’un Scrutateur).
Dépasser les fausses oppositions
Si Calvino se refuse aux frontières, c’est qu’il adopte une approche dialectique, d’inspiration marxiste. Il loue le passé, mais se refuse au passéisme. Il explique, dans Marcovaldo : « La critique adressée à la ‘’civilisation industrielle’’ s’accompagne d’une critique tout aussi franche à l’égard de tout rêve d’un retour au ‘’paradis perdu’’. L’idylle ‘’industrielle’’ est visée en même temps que l’idylle ‘’champêtre’’ : non seulement un retour en arrière serait impossible, mais encore cet ‘’en arrière’’ n’a jamais existé ; c’est une illusion. » Ainsi, il ne rejette pas le machinisme, pas plus qu’il n’en fait la promotion. Mais il dénonce son usage aux services d’intérêts particuliers.
De même, Calvino n’oppose pas une ville ou une modernité nécessairement négatives à une campagne ou un passé nécessairement positifs (Marcovaldo ou Les Saisons en ville comme les dernières lignes de La Journée d’un Scrutateur). Dans Les Villes invisibles, il montre au contraire toutes les facettes de l’urbain, variables selon les configurations sociales et susceptibles de nourrir les rêves et les imaginaires.
Cette même démarche se retrouve dans le rapport de Calvino aux classiques (Pourquoi lire les classiques). Comme Lukács, il se refuse à voir dans Virgile ou Balzac de simples auteurs représentants de leur classe sociale. Leurs œuvres portent des universaux qui les dépassent et sont mobilisables pour le combat intellectuel au service de l’émancipation des classes aliénées. Comme Lukács, également, Calvino pense que les classiques littéraires ont une charge subversive, en ce qu’ils s’opposent aux logiques du marché et ne sont pas des « consommables ». Enfin, la fiction permet d’imaginer d’autres possibles et interroger le réel (Si par une nuit d’hiver un voyageur).
Pour Calvino, ce qu’il faut, c’est changer de monde pour sortir du capitalisme. Le retour en arrière sert à prendre élan pour sauter dans un nouvel horizon.
« Si Calvino se refuse aux frontières, c’est qu’il adopte une approche dialectique, d’inspiration marxiste. »
Attentif aux mues de son temps, Calvino n’est pas resté figé sur des postures. Mais il n’en a pas moins gardé un cap, celui de la recherche permanente de chemins d’émancipation.
Loin d’être crépusculaire, la parole de Calvino reste vive. Qu’on l’entende, par exemple, quand il définit, dès 1960, le communisme comme « l’exigence que la richesse du monde ne soit pas gaspillée, mais organisée et qu’on la fasse fructifier raisonnablement dans l’intérêt de tous les hommes vivants et à venir ».
Et qu’on médite sur ces lignes de La Journée d’un scrutateur : « Pour lui comme pour beaucoup d’autres, acquérir de l’expérience avait signifié devenir quelque peu pessimiste. D’un autre côté, il y avait la loi morale qui veut que l’on continue à faire son possible, jour après jour ; en politique aussi bien qu’ailleurs, si l’on n’est pas un sot, ce sont ces deux principes-là qui comptent : ne pas se faire d’illusions et ne pas cesser de croire que tout ce qu’on fait peut être utile. »
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- Quatre émissions dédiées à l’écrivain italien sur France Culture
- Émission consacrée au Vicomte pourfendu sur France Inter
- Recension du Baron Perché sur le site de Zone Critique
- Un colloque à venir sera consacré à « Calvino et la politique après 1957 » (7 novembre 2023)
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Merci de nous faire redécouvrir cet auteur. Dans mes souvenirs de collège, il était un aimable conteur, ce qui se révèle finalement très réducteur !