Le Comptoir : Quatre-vingt ans après sa disparition, Simone Weil jouit encore d’une forte popularité auprès du public. À quoi sert le groupe Facebook que tu lui as consacré ? Qui attire-t-il ?
Alexis Dayon : Il s’y échange, outre les livres audio et présentations pédagogiques que j’y poste moi-même à intervalle régulier, des citations, questions, discussions, articles, ainsi que des dates pour divers événements culturels entourant la pensée de Simone Weil : des conférences, colloques, lectures, représentations théâtrales, etc. Le groupe n’est que modérément actif (j’ai moins de temps pour l’entretenir que je ne voudrais). Mais je suis heureux d’y voir interagir des lecteurs variés : certains très confirmés, quelquefois adhérents de l’Association pour l’étude de la pensée de Simone Weil, non seulement lecteurs de Weil elle-même, mais de ses plus fins commentateurs (Robert Chenavier, Florence de Lussy, Emmanuel Gabellieri, etc.) ; d’autres débutants, qui demandent des conseils pour aborder ses écrit ; certains très à gauche, d’abord intéressés par ses écrits ouvriéristes et anticolonialistes ; d’autres plus conservateurs, davantage travaillés par ses écrits chrétiens ou par sa philosophie de l’enracinement ; et ceux, bien sûr, qui l’ayant longtemps fréquentée et beaucoup lue, savent que ces pans de sa pensée sont indissociables et qu’ils parlent d’une même voix.
Simone Weil, c’est à la fois une vie menée selon une quête quasi sacrificielle de la vérité et de la justice, mais aussi une pensée foisonnante, qui aborde nombre de sujets (le travail, la mystique, la lutte sociale, le pouvoir, l’enracinement…) Comment as-tu connu Simone Weil et pourquoi t’a-t-elle tant intéressé ? Quel aspect de sa pensée te parle le plus ?
La lecture de Simone Weil m’a été recommandée lorsque j’étais en licence par ma professeure de philosophie médiévale, Julie Casteigt, dans le cadre d’un cours qui mettait en relation la mystique rhénane du XIIIe siècle et une série de conférences de Johann Fichte sur la béatitude. A priori rien à voir, donc ! J’avais dix-sept ans, et j’étais philosophiquement tiraillé : il y avait, pour faire simple, un idéaliste chrétien en pleine crise mystique adolescente qui se battait dans ma tête avec un matérialiste athée, d’obédience marxiste à penchant spinoziste.
Il me fallait choisir, en somme, entre un désenchantement du monde qui me paraissait moralement invivable (car qu’y a-t-il à aimer ici-bas si, regardé lucidement, ici-bas n’est qu’une masse de forces aveugles jetées les unes contre les autres au hasard d’une nécessité mécanique brutale et absurde ?) et une foi qui, devant l’examen critique, m’avait tout l’air de l’espèce la plus épaisse de déni − épaisse, et vile aussi : car je me voyais distinctement ignorer le souci de la vérité pour me consoler dans des pensées que je jugeais moi-même fabriquées et faibles. Je lisais David Hume ou Bertrand Russell, et leur trouvais résolument plus de force argumentative que je n’en trouvais en moi. Dans le même temps, l’image du Christ en croix priant pour ses bourreaux (« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! ») puis désespérant de Dieu (« Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ») me paraissait une image accomplie de la condition terrestre ; elle ne laissait de m’emplir d’un sentiment tragique qui résonnait à travers toute la Création et qui me faisait savoir du fond des os, non seulement que j’aimais le Christ, mais que c’était quelque chose du Christ que j’aimais dans tout ce qui m’était cher ici-bas.
Il résultait de cette situation une alternance pénible de fébrilité, d’amertume et de mélancolie. Ce fut, j’imagine, parce qu’elle perçut et comprit quelque chose du trouble qui m’animait, que Mme Casteigt m’a mis La pesanteur et la grâce entre les mains. Ce fut la rencontre philosophique la plus instantanément bouleversante de ma vie. Ce que je lisais là n’était ni de papier ni d’encre, mais de lumière. Certaines pages me révélaient, sous la forme de pensées éclatantes d’évidence et admirablement formulées, des choses qui gisaient en moi à l’état de pressentiments informes et obscurs. D’autres me mettaient face à des intuitions neuves dont l’audace me désemparait ; dont les effets de sens étaient si amples et transversaux qu’ils pouvaient, d’une même formule, éclairer des phénomènes physiques, sociaux, historiques, esthétiques, biologiques, spirituels et moraux.
Parmi les éléments qui ont le plus vivement retenu mon attention à la première lecture : la notion d’« athéisme purificateur » ; celle de « décréation » ; celle de « metaxu » ; sa « mystique du travail » ; la beauté comme remède à l’absurdité ; l’affirmation : « L’homme voudrait être égoïste et ne peut pas » ; son dualisme (non de substance, mais d’ordres au sein de la substance) entre l’ordre naturel de la pesanteur comme domaine réservé de la force, et l’ordre surnaturel de la grâce comme domaine réservé de l’attention, où la force se suspend.
Dans la foulée, j’ai acheté Attente de Dieu, et ce fut L’amour de Dieu et le malheur qui m’empoigna comme aucun texte ne l’avait fait auparavant et comme aucun ne l’a fait depuis. Des pages dont la profondeur philosophique le disputait à la beauté littéraire (des pages à la fois rêches, épurées, sans manière, mais vibrant d’une compassion et d’un amour amples comme l’univers), étaient en train de concilier sous mes yeux, avec une déconcertante facilité, une conception déterministe du monde et la destination surnaturelle de l’âme. La remarque géniale selon laquelle la rencontre et la séparation sont deux modalités de l’amour (l’une dans la présence, l’autre dans l’absence) signifiait que le cri montant de la créature contre l’inanité du monde et le silence de Dieu était une manifestation de l’amour de Dieu, mais vécu sous le rapport de la séparation. Le christianisme que je voyais là − ce christianisme du retrait et de l’absence de Dieu, pour lequel tout est spirituellement accompli dès la Croix, avant même la Résurrection − n’avait nul besoin d’entrer dans un pugilat perdu d’avance contre la science et le désenchantement du monde. Il faisait du désenchantement du monde le point d’appui essentiel de son amour, de sa foi, et (chose merveilleuse ? chose folle ?) de sa gratitude.
« Avec ″La pesanteur et la grâce″, ce que je lisais là n’était ni de papier ni d’encre, mais de lumière. Certaines pages me révélaient, sous la forme de pensées éclatantes d’évidence et admirablement formulées, des choses qui gisaient en moi à l’état de pressentiments informes et obscurs. »
Du même mouvement, cela en faisait un christianisme tout à sa place au milieu du doute athée. Puisque dans la pensée de Weil l’amour de Dieu (qui se confond tout à fait avec l’amour du bien) est libre même de la nécessité de son existence1. Dieu est ce qu’il convient d’aimer, qu’Il existe ou n’existe pas. En un sens, il est sous un certain rapport presque plus convenable d’aimer Dieu en s’appliquant à penser qu’Il n’existe pas, car alors on est empêché d’attendre des contreparties. Le passage enfin où elle explique que le Verbe n’est pas autre chose que le déchirement de notre séparation d’avec Dieu, dont l’amour surmonte la distance infinie ; que de ce Verbe, la création toute entière n’est que la vibration ; que c’est cette vibration que nous entendons dans la musique suprêmement belle ou dans le silence lorsque nous avons appris à l’entendre : ce passage, cela fait quinze ans que je ne cesse d’y revenir sans être capable de l’épuiser.
Dans les années qui ont suivi, mon versant marxiste m’a fait porter un vif intérêt aux textes de La Condition ouvrière, aux Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, à la Méditation sur l’obéissance et la liberté, à L’Iliade ou le poème de la force, à Luttons-nous pour la justice ?, etc. J’ai trouvé en Simone Weil une philosophe politique de tout premier ordre, penseuse originale du travail ou de l’oppression. J’ai trouvé féconde sa conception de la justice comme consentement mutuel ; de même, sa conception de la liberté comme capacité à gouverner son activité par la pensée. Mais la rencontre s’est faite d’abord par les écrits spirituels chrétiens.
Tu es professeur de philosophie en terminale. Weil est désormais au programme depuis l’année scolaire 2020-2021. Comment as-tu accueilli cette nouvelle et quelle œuvre as-tu choisi de faire étudier à tes élèves ?
Simone Weil est entrée au programme à la rentrée de l’année 2020-2021. Nous avons su que ce serait le cas l’année d’avant. 2019-2020 était la dernière année scolaire avant la disparition des filières L, ES et S en série générale, et mes collègues m’avaient fait la gentillesse de me laisser la Terminale L pour l’année. Ma réaction immédiate a été de choisir L’Iliade ou le poème de la force comme œuvre intégrale pour ma classe de L. Ça n’était pas très réglementaire, puisque je le faisais avec un an d’avance, mais je savais que personne ne m’embêterait pour cela ; puis eh, comme dirait l’autre : « Les préceptes ne sont pas donnés pour être pratiqués, mais la pratique est prescrite pour l’intelligence des préceptes. » De toute manière, mars 2020 a fini par arriver, et la fin de l’année scolaire a été atomisée par la pandémie.
Malgré cela, ce fut une première tentative pédagogique très concluante. Dans la configuration d’après la réforme Blanquer, j’ai choisi de conserver L’Iliade ou le poème de la force pour les élèves de l’option Humanités, littérature et philosophie, dans le cadre de la séquence Histoire et violence, où ma collègue de littérature et moi-même reprenons l’étude du texte chaque année avec une étude du film Princesse Mononoké — l’Iliade écologiste d’Hayao Miyazaki. C’est une séquence qui rencontre un très franc succès auprès des élèves. J’emploie aussi, parfois, Réflexion sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu dans le cadre de la séquence Éducation, transmission & émancipation.
Par ailleurs, en philosophie tronc commun, j’ai fait étudier la Méditation sur l’obéissance et la liberté, ainsi que des extraits de La personne et le sacré, Condition première d’un travail non servile, Du temps, Luttons-nous pour la justice ? — cela fluctue selon l’année, mais ça prend plutôt très bien, et permet de travailler des notions aussi variées que la société, la justice, la morale, la religion, le sujet, la perception… et, bien sûr, le travail.
Pourtant, longtemps l’Éducation nationale a tenu Weil à l’écart des programmes. Pour quelle raison, selon toi ?
Oh, je ne peux que conjecturer là-dessus. Mais je crois qu’il a simplement fallu le temps que ses œuvres s’imposent. Le programme de philosophie n’est pas renouvelé tous les quatre matins ; la précédente mouture avait presque vingt ans, je crois ? Or, il me semble que c’est surtout dans la décennie 2010-2020 qu’on a vu fleurir les opuscules de Simone Weil dans les librairies (avec un emballement lorsqu’elle est entrée dans le domaine public). En 2023, plus grand-monde n’aurait l’idée d’ignorer Weil parmi les auteurs majeurs de la philosophie française du XXe siècle. Mais je ne suis pas persuadé que ç’ait été le cas il y a vingt ans.
Enfin, je peux me tromper, je ne suis pas assez âgé pour avoir une vue suffisamment large sur la question. Mais lorsque j’étais à la fac, à la fin des années 2000, aucun professeur n’avait l’air de connaître sérieusement Simone Weil en dehors de ma professeure de philosophie médiévale férue de mystique rhénane, de ma professeure de philosophie antique qui était platonicienne, d’un professeur de philosophie du vivant spécialiste de Nietzsche et de Schopenhauer et, peut-être, une spécialiste de Montaigne et Descartes. Le reste du département était peuplé d’une moitié de bergsoniens et d’une moitié d’hégéliens et de marxistes, qui devaient les uns et les autres regarder Weil comme l’illuminée curieuse débusquée par Camus — et il vaut la peine de souligner qu’Albert Camus, lui, jouit d’une bien piètre reconnaissance dans le milieu universitaire en philosophie. Pour sa part, il n’est toujours pas entré au programme.
Simone Weil parle-t-elle encore à des lycéens de dix-huit ans aujourd’hui ?
L’Iliade ou le poème de la force est un succès chaque année. Montrer aux élèves de quelle façon le propos que Weil y déploie n’est pas seulement un commentaire du poème d’Homère, ni même une étude sur la guerre, mais une analyse fondamentale des effets de la force, de ce fait extensible à la géopolitique, à l’exploitation capitaliste, à l’oppression sociale, au harcèlement scolaire, aux relations amoureuses abusives, etc. — cela saisit assurément l’attention d’adolescents, et leur parle de leur monde. La métaphore de la vitre dans Luttons-nous pour la justice ? 2, l’analogie entre l’oppression et le viol qu’elle en tire, la définition de la justice comme « consentement mutuel » formulée à cette occasion, trouvent un écho substantiel. Auprès des filles notamment.
Les écrits sur le travail, également, font leur effet. Il est commun, dans le lycée où j’exerce, que des élèves aient déjà occupé un emploi saisonnier agricole ; leur expérience personnelle leur offre des choses à dire sur les passages que nous lisons. Le fait que Weil soit allée se frotter au travail en usine et au travail des champs avant d’écrire à leur sujet, lui vaut un respect a priori auprès de ceux — ils sont nombreux — qui tiennent en estime la conformité de la pensée et des actes.
« En 2023, plus grand-monde n’aurait l’idée d’ignorer Weil parmi les auteurs majeurs de la philosophie française du XXe siècle. »
Tu tiens une chaîne YouTube, Alètheia, qui « s’inscrit dans la tradition du socialisme chrétien », où tu as enregistré sous forme audio des œuvres de Simone Weil. Comment t’est venue cette idée ? Crois-tu qu’il faille aujourd’hui miser sur le format audio plutôt que sur l’écrit ?
Maintenant que j’ai bouclé l’enregistrement et la présentation de L’Enracinement, qui était le plus gros morceau, l’essentiel est disponible : les plus importants textes de Londres ; les articles contre le colonialisme ; la presque totalité des écrits spirituels de Marseille ; L’Iliade ou le poème de la force ; les textes sur les cathares et l’inspiration occitane ; les réflexions sur le totalitarisme et la guerre ; les articles et lettres de La Condition ouvrière ; ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale ; ses poèmes ; quelques écrits de jeunesse. Il me faudra encore enregistrer : ses réflexions marseillaises sur la science ; Science et perception dans Descartes, son mémoire de fin d’études ; la Lettre à un religieux ; La Connaissance surnaturelle ; et quelques autres textes épars.
Pour certains, il faudra que je réenregistre, car il y en a (notamment parmi les premiers) qui sont lus mal, ou trop lentement, ou enregistrés avec du mauvais matériel. Il y a, enfin, des textes que je n’enregistrerai pas. Soit parce qu’ils ne ne prêtent pas à être lus à voix haute : le Journal d’usine ; les passages trop parcellaires des Cahiers ; Venise sauvée, qui est faite pour être jouée sur scène. Soit parce qu’ils relèvent davantage de l’intimité que de la production philosophique ou littéraire : sa correspondance familiale. Soit, pour un texte en particulier, parce que j’en rejette moralement le contenu et que je refuse de lui prêter ma voix : Bases d’un statut des minorités françaises non chrétiennes et d’origine étrangère.
Ce travail a débuté en avril 2020, lorsque j’ai enregistré un audio de L’Iliade ou le poème de la force. Initialement il s’agissait d’un pur outil pédagogique à l’usage de mes élèves, il y en a toujours pour lesquels la lecture n’est pas un passage évident, surtout lorsqu’il s’agit de livres exigeants avec une syntaxe élaborée. De ce qu’en disent les élèves qui ont eu recours à mes audios, ils les écoutent généralement avec l’écrit sous les yeux : cela leur sert surtout à entendre le phrasé et permet à ceux qui ont le plus de difficultés de ce côté-là d’appréhender plus aisément la structure des phrases, donc le sens du texte.
Mais j’ai éprouvé moi-même une grande satisfaction à cet exercice. Lire à voix haute est plus exigeant que de lire dans sa tête : trouver le phrasé adéquat requiert plus de vigilance, une compréhension plus fine de ce qu’on lit ; cela crée une intimité de la lecture, une présence du texte, qui devient une chose plus sensiblement corporelle. La joie que je retire quand je m’applique à lire un texte aussi bien que je peux, est avant tout d’être charnellement imprégné par de la pensée ; de me sentir plus durablement affecté et refaçonné par le texte.
Enfin, et j’en suis heureux, la démarche a été jugée utile. Par des gens qui trouvent commode ou agréable qu’on leur fasse la lecture pendant qu’ils sont dans les transports, font leur vaisselle ou promènent le chien. Mais aussi par des gens empêchés de lire eux-mêmes, que ce soit à cause de problèmes de vue, d’attention, d’analphabétisme, ou autre. Il y a un peu plus d’un an, une dame m’a écrit pour me dire que mon enregistrement de La pesanteur et la grâce l’avait suivie plusieurs mois, le temps d’une hospitalisation difficile. Disons que cela rassure : le temps que j’ai pu passer à enregistrer n’a pas été employé en vain !
Quelle œuvre de Simone Weil conseilles-tu à quelqu’un qui voudrait découvrir sa pensée ? Et quelle est l’œuvre que tu préfères personnellement ?
Quantité de lecteurs ont découvert et continuent de découvrir Simone Weil par La pesanteur et la grâce. Quoique ce ne soit pas à proprement parler un ouvrage de sa main, mais une compilation de ses cahiers marseillais par Gustave Thibon, cela demeure une porte d’entrée merveilleuse.
Il s’agit aussi de savoir qui est le lecteur, et ce qu’il vient chercher :
- À qui veut découvrir la mystique : il faudrait recommander Attente de Dieu, pour y lire les lettres au Père Perrin, L’amour de Dieu et le malheur, Formes de l’amour implicite de Dieu.
- À qui veut découvrir la philosophe du travail : il faut recommander La Condition ouvrière, et conseiller d’y porter une attention particulière à Expérience de la vie d’usine, La vie et la grève des ouvrières métallos, La condition ouvrière, La rationalisation et, par-dessus tout, Condition première d’un travail non servile.
- À qui veut découvrir la philosophe politique de l’oppression : je ne saurais recommander de façon assez appuyée de commencer par Méditation sur l’obéissance et la liberté, texte aussi bref que décisif ; puis de se diriger vers L’Iliade ou le poème de la force, Allons-nous vers la révolution prolétarienne ? et Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.
L’Enracinement, quoique ce soit probablement son ouvrage le plus fameux, prend la forme d’un testament intellectuel et d’un livre somme qui ressaisit toutes ses réflexions antérieures. Il est, à cet égard, sans doute préférable de le garder pour la fin.
Mais le meilleur conseil qu’on puisse donner au lecteur qui veut découvrir Simone Weil serait ceci, peut-être : piochez l’un de ses textes courts parmi ceux que je viens de mentionner, lisez-le en ligne, et si votre intérêt est piqué au vif, procurez-vous le Quarto édité par Gallimard. Presque tout l’essentiel y est (les seuls absents sérieusement à déplorer sont La personne et le sacré, la Note sur la suppression générale des partis politiques, Condition première d’un travail non servile, et la dernière partie de L’amour de Dieu et le malheur, achevée à Casablanca). Ceci à part, le travail d’édition de Florence de Lussy est admirable, et le défi de faire tenir en un volume une biographie de Simone Weil, la quintessence de ses écrits et des présentations concises et utiles, est relevé haut la main.
En ce qui me concerne, deux textes se détachent comme ceux auxquels je suis le plus souvent revenu : L’Iliade ou le poème de la force (à mes yeux le chef-d’œuvre que Simone Weil a dédié à l’étude de la pesanteur) et L’amour de Dieu et le malheur (à mes yeux le chef-d’œuvre qu’elle a dédié à l’étude de la grâce).
Nos Desserts :
- Retrouvez la chaîne YouTube d’Alexis Dayon et le groupe Facebook Simone Weil : œuvre & pensée
- Au Comptoir, nous vous proposions un entretien avec Geneviève Azam, qui nous parlait de Simone Weil et de sa relation au travail, ainsi qu’un article de Coralie Pages sur le même sujet
- Avec George Orwell et Simone Weil, nous plaidions pour un socialisme vraiment populaire
- Une série d’émissions consacrées à Simone Weil sur France culture
Notes :
1 Dans deux passages des cahiers de Marseille, repris dans La pesanteur et la grâce, elle écrit : « La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi : en ce sens l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort. » Et : « Quand Dieu est devenu aussi plein de signification que le trésor pour l’avare, se répéter fortement qu’il n’existe pas. Éprouver qu’on l’aime, même s’il n’existe pas. »
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