Politique

Adlene Mohammedi : « L’Algérie doit exclure l’armée des champs politique et économique »

Né à Alger, où il a vécu jusqu’en 2005, Adlene Mohammedi est chercheur en géopolitique et l’auteur d’une thèse sur la politique arabe de la Russie postsoviétique. Il écrit aujourd’hui principalement sur l’actualité du monde arabe pour Middle East Eye, ainsi que sur le site Araprism qu’il dirige. C’est aussi un ancien contributeur du Comptoir. À l’occasion des soulèvements au cœur du Maghreb, nous avons décidé d’interroger notre compagnon de route passé afin de nous éclairer sur les évolutions du pays, les causes de son insurrection et le futur de ses rapports géopolitiques. 

Le Comptoir : Durant le Printemps arabe, l’Algérie s’est montrée beaucoup plus “calme” que certains de ses voisins. La décennie noire et ses répressions sont souvent soulevées comme raisons, ainsi que la politique de redistribution de l’argent de la manne pétrolière. Qu’est-ce qui selon toi a fait la différence cette fois-ci ?

60142123_10218468630085036_510575279672918016_nAdlene Mohammedi : La notion de “Printemps arabe” recouvre des réalités différentes. Le mouvement n’a pas vraiment épargné l’Algérie, comme on a tendance à le croire. Il y a eu des manifestations en Algérie en 2011, mais il faut bien avouer qu’elles n’ont pas eu l’ampleur des soulèvements tunisien et égyptien. La décennie noire et la redistribution expliquent en effet cette différence (autrement dit, plus de raisons de s’abstenir et moins de raisons de tout renverser), mais il y a trois autres facteurs qu’il ne faut pas négliger : la dépolitisation de la société par le pouvoir algérien (on a beau dire d’Alger qu’elle a été  “La Mecque des révolutionnaires” – étrangers, devrait-on ajouter –, le pouvoir algérien a muselé toute activité politique sérieuse depuis ses débuts), l’anti-impérialisme viscéral du peuple algérien (dont une certaine version a été entretenue par le pouvoir algérien pour justifier son autoritarisme) et la tournure que ce “Printemps arabe” a très vite prise (guerres en Syrie et en Libye).

En 2014, et indépendamment du contexte régional cette fois, une partie (très minoritaire) de la société algérienne s’est soulevée contre le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Il faut bien comprendre que la situation était exactement la même qu’en 2019 : un président incapable de s’adresser à son peuple (depuis son AVC de 2013) que l’on a voulu imposer au peuple algérien. Après un mandat entier dans ces conditions (un président absent et silencieux et donc un pouvoir qui assume pleinement son opacité, si je puis dire les choses ainsi), les dirigeants algériens ont cru devoir refaire le coup en 2019. Cette fois, l’humiliation devenait insupportable. Une nouvelle génération a émergé (qui n’a pas vraiment connu la “décennie noire”, ou si peu) et elle a pris les choses en main. Pour répondre clairement, je pense que l’absurdité de la situation était si ostentatoire (faire campagne avec un portrait) que les Algériens (même les moins politisés) ne pouvaient plus laisser faire.

« On a affaire à une révolution authentiquement populaire. On est loin de la révolution bourgeoise. On est davantage chez Hannah Arendt que chez François Furet. »

On a vu dans cette passivité une forme de dépolitisation du peuple algérien, traumatisé par les massacres passés et endormi par les subventions d’Etat. Mais ne voit-on pas dans ce soulèvement un retour sur la scène politique de masses cantonnées pendant longtemps à l’apathie ?

Comme je le disais, cette dépolitisation a été méthodiquement entretenue par le pouvoir algérien. Nous avons affaire à une cryptocratie qui a tout fait pour écarter le peuple algérien de la sphère politique. Une sorte de clandestinité assumée. Pire, disons que le pouvoir algérien a tout fait pour s’autonomiser du peuple algérien (et la manne pétrolière l’y aura aidé), pour lui substituer toute autre source de légitimité (comme l’armée). Si on ajoute à cela la bigoterie (entretenue par le pouvoir lui-même, malgré une posture anti-intégriste) et la manipulation des partis politiques – y compris d’opposition – (par l’entrisme ou la corruption) et des syndicats, on obtient une activité politique particulièrement médiocre (et des débats souvent médiocres).

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© Baya, peintre algérienne

Seulement, et c’est toute l’ironie de l’histoire, c’est le pouvoir algérien qui a pâti de cette dépolitisation. On s’est retrouvé avec un pouvoir incapable de maîtriser les codes les plus élémentaires de la politique (tel un sportif qui n’a jamais affronté d’adversaire ou une armée qui n’a jamais combattu) et un peuple algérien particulièrement dynamique. On peut en effet y voir un retour des masses cantonnées, écartées, muselées jusque-là. D’ailleurs, on a affaire à une révolution authentiquement populaire. On est loin de la révolution bourgeoise. On est davantage chez Hannah Arendt que chez François Furet. Dans son Essai sur la Révolution (1963), elle évoque une révolution qui “libère” les révolutionnaires professionnels (de la prison, de la bibliothèque ou de la brasserie). On peut dire que le peuple algérien a libéré sa bourgeoisie, ses hommes politiques, ses partis et même ses militaires (plus bavards que jamais). Et le risque d’une trahison de l’élite – parfois encline à transiger quand ses intérêts ne sont pas ceux du pays – n’est pas à exclure. Ce sont les collectifs de supporters de foot qui ont libéré les intellectuels (et qui ont même joué leur rôle à travers certains de leurs chants), et il ne faudra pas l’oublier.

L’armée semble avoir joué un rôle important après la déclaration de démission du président Bouteflika. Qu’est-ce qui a poussé l’état-major à prendre position ?

Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah a pris cette décision (en concertation avec son état-major) parce qu’il n’avait plus le choix. Il a sacrifié un “clan” (les Bouteflika, notamment) qu’il a systématiquement protégé jusque-là. Il a couvert (avec l’aura dont jouit l’armée) la réélection de 2014 et soutenait la réélection de 2019. Il est même membre du gouvernement (comme vice-ministre de la Défense, sachant que Bouteflika était ministre de la Défense). Il est allé jusqu’à menacer les manifestants pendant les premières semaines. Et puis soudain, il s’est autoproclamé porte-parole de la révolution algérienne (en déformant des revendications pourtant claires, les Algériens exigeant un nouveau régime politique et une nouvelle classe politique), sauveur du peuple algérien contre une “mafia” qu’il a protégée jusqu’à l’absurde. Il se protège lui-même, il protège les siens et il sacrifie quelques têtes pour apaiser un peuple algérien assimilé à une meute de charognards. Mais les Algériens ne sont pas dupes. Il est systématiquement visé dans les manifestations. Les arrestations multiples qu’il pratique actuellement sont un mélange de grossière propagande et de règlements de comptes suspects. C’est une énième privatisation de l’État algérien avec un chef de l’armée qui a ses réseaux, ses oligarques, ses médias et ses tristes partisans (au sein du pouvoir comme dans l’opposition).

« On est obligé d’imaginer un changement de direction sans l’appui (et la participation) de l’armée. Il faut bien se réveiller à un moment donné. »

Était-ce possible d’imaginer un changement de direction sans l’appui de l’armée ?

Je l’espère bien ! Malheureusement, une partie de l’élite algérienne n’imagine rien sans l’appui de l’armée. On a tendance à recourir systématiquement à l’armée. En ce qui me concerne, je pense tout le contraire : on est obligé d’imaginer un changement de direction sans l’appui (et la participation) de l’armée. Il faut bien se réveiller à un moment donné. L’armée est au pouvoir (pas seule) depuis 1962. Son bilan politique est catastrophique. Tu as parlé tout à l’heure de la “décennie noire”. C’est bien un régime militaire qui a plongé le pays dans cette décennie sanglante. C’est bien l’armée qui a ramené Bouteflika en 1999. C’est bien l’armée qui l’a maintenu même quand il ne pouvait plus gouverner. Et on devrait en plus y trouver une solution. L’Algérie a besoin d’exclure l’armée des champs politique et économique. La pression populaire a permis d’écarter plusieurs personnalités honnies (au premier rang desquelles Bouteflika), alors on est bien obligé d’espérer qu’elle écarte aussi l’état-major du champ politique. L’état-major, en Algérie, ce n’est pas la solution, c’est le problème. L’armée a pour mission de défendre le territoire national. Par ailleurs, il suffit d’écouter les discours du chef d’état-major pour se rendre compte que la politique n’est pas faite pour lui.

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© Baya

Quelles sont la puissance et l’influence de l’armée en Algérie ? Peut-on craindre qu’elle s’oppose aux résultats des élections comme ce fut le cas lors de la victoire du Front islamique du Salut (FIS) en 1991 ?

L’armée algérienne est le noyau dur du système politique algérien depuis 1962. Depuis le soulèvement du 22 février, nous avons vu toutes les couches superficielles du pouvoir algérien tomber et on est aujourd’hui confronté au noyau dur, à l’os : la tête de l’armée. Cela permet de dire, au passage, que Bouteflika n’a jamais écarté l’armée du pouvoir politique, comme on a pu le prétendre. Bouteflika est arrivé au pouvoir en 1999 grâce à l’armée et il part 20 ans plus tard à cause d’une décision de l’armée (et surtout sous la pression populaire). Bouteflika était le bras droit de l’un des fondateurs de ce pouvoir militaire (Boumediene). Aujourd’hui, on en a au moins fini avec ce mythe de la fin de la primauté du militaire sur le civil sous Bouteflika.

Concernant la seconde question, je ne comparerais pas la situation actuelle à celle du début des années 1990. Malgré tous les reproches que l’on peut faire aux dirigeants algériens de l’époque, on est obligé de concéder que certains étaient bien intentionnés : ils voulaient bousculer le pouvoir. Les dirigeants de l’ère Bouteflika n’ont jamais manifesté de telles intentions. Par conséquent, depuis le début des années 1990, l’Algérie n’a jamais eu d’élections sérieuses dont le résultat était susceptible d’être annulé. Les dirigeants actuels ont habitué les Algériens à une fraude systématique (faire élire un homme sans vie étant la pire des fraudes). Donc l’état-major peut manipuler une élection, tricher en amont pour ne pas avoir à annuler le résultat. Concrètement, la pression populaire rend ce genre de cas de figure difficile, me semble-t-il.

La fin de Bouteflika annonce aussi le déclin d’une classe de dirigeants issus de l’indépendance. Les nouveaux arrivants n’ont plus la légitimité d’avoir participé à ces événements. Comment décrirais-tu la nouvelle élite formée ces dernières décennies ?

Si certaines têtes (Bouteflika lui-même, le chef d’état-major, le président par intérim…) sont issues de l’indépendance, rappelons que les générations suivantes sont très présentes au sein du pouvoir. Ce dernier a même promu des cadres relativement jeunes, y compris au sein du gouvernement. Il faut donc relativiser la question générationnelle. Les jeunes (étudiants, lycéens, supporters de foot, artistes, chômeurs …) ont joué un rôle moteur dans cette révolution, c’est indéniable. Mais cela dépasse largement ce que l’on appelle “l’élite”. Pour ce qui est de cette dernière, je ne sais pas comment l’appréhender. Elle est hétérogène finalement. Les jeunes cadres, chefs d’entreprises, intellectuels, femmes et hommes politiques, parfois formés à l’étranger, sont très dynamiques. Mais encore une fois, je ne vois pas cela comme un simple changement générationnel au pouvoir. Cela ne suffirait pas. D’ailleurs, certains travers du pouvoir algérien n’ont pas épargné les élites algériennes. J’ai, par exemple, tendance à me méfier des élites qui confondent modération (et même compromission) et respectabilité. Celles qui font les yeux doux à l’état-major, qui font l’apologie de la constitution algérienne et qui invitent les Algériens à accepter le statu quo. Elles existent. En face, je vois des étudiants, des avocats, des cadres, des professeurs… qui font un travail remarquable. Le rapport de force se fera aussi au sein des élites.

« Les femmes ont joué un rôle central dans cette révolution et elles sont particulièrement mal traitées par le pouvoir algérien et par la société algérienne. »

Peut-on espérer, à la suite de ce soulèvement, un élargissement des revendications du peuple, vers des objectifs plus sociaux – et, pourquoi pas, de radicalisation de la démocratie ?

Je n’irais pas jusqu’à parler de démocratie radicale. Je peux en revanche dire que ce soulèvement peut charrier des causes qui dépassent la question du changement de régime. D’ailleurs, je vois des amies s’organiser en collectifs féministes actifs. Les femmes ont joué un rôle central dans cette révolution et elles sont particulièrement maltraitées par le pouvoir et la société algérienne. Leur combat, dans la foulée du soulèvement, est prometteur. La question de la justice sociale est aussi très importante. Elle est très présente dans les chants des supporters de foot, par exemple.

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© Baya

Pour ce qui est de la démocratie, c’est en effet une préoccupation de ce mouvement. Beaucoup d’Algériens réclament une constituante, par exemple. Ils veulent réécrire de nouvelles règles du jeu, imaginer, et c’est aussi très enthousiasmant. Ils ont été dépolitisés par un régime médiocre et cette éviction leur a finalement réussi. Depuis le 22 février, il est souvent question du régime politique à adopter demain (avec de multiples propositions, faites notamment dans le cadre d’ateliers ou de débats improvisés). Malheureusement, les gesticulations du pouvoir (et de son homme fort, le chef d’état-major) ont un peu pollué l’atmosphère. Les arrestations-spectacles ont détourné l’attention.

Même la question des équilibres régionaux (certains militent même pour un système fédéral) et de l’aménagement du territoire se pose avec une certaine acuité. Pour moi, on assiste aussi à un réveil algérois. Alger est une ville qui a été particulièrement maltraitée par le pouvoir algérien depuis 1962. J’ai évoqué les collectifs de supporters de foot tout à l’heure et je pensais essentiellement aux clubs algérois. Dans certains chants, on perçoit bien une volonté de défendre une ville malmenée.

En ce qui me concerne, et je ne suis pas le seul, j’ai tendance à penser que la question de la place de la religion dans la société devra se poser. Elle tient une place parfois écrasante, étouffante. Et le pouvoir algérien a largement instrumentalisé l’islam (et l’a rendu presque omniprésent) afin d’anesthésier la société algérienne. Je pense que le réveil doit concerner tout cela.

« On a actuellement besoin d’un mélange de pression populaire et d’organisation politique. »

En cas d’élections, la question se pose : existe-t-il une opposition politique suffisamment organisée, une diversité politique suffisamment ample et représentative pour permettre un véritable choix politique et des élections dignes de ce nom – surtout quand on sait que la politique de Bouteflika a vidé les partis de toute substance ?

Les dirigeants actuels ne sont ni très connus, ni populaires (quand ils sont connus), ni compétents, ni bienveillants. Dans ces conditions, j’ai envie de dire qu’ils sont très facilement remplaçables. Plus sérieusement, oui, toute l’opposition n’a pas été phagocytée par le pouvoir. Certaines personnalités sont appréciées et respectées. Je pense sincèrement que ce n’est pas une vraie question. Je dirais même le contraire. Certains opposants se mettent en scène alors qu’il n’y a aucune campagne en cours. Actuellement, on a surtout besoin de mettre en place une instance de transition qui aurait la confiance des Algériens. Il faut des gens dignes de confiance pour organiser une élection, et ce n’est pas le cas des dirigeants actuels. On a actuellement besoin d’un mélange de pression populaire et d’organisation politique. La priorité est là : faire émerger une instance qui ne soit pas suspecte. C’est après que l’on pourra parler d’élection, de constituante ou de débat. Pour l’instant, tout ce qui est organisé par l’actuel pouvoir n’a pas la confiance des Algériens. Cela implique une sortie du cadre constitutionnel et une défiance à l’égard du chef d’état-major. Ce dernier veut se présenter comme un arbitre au-dessus du régime algérien alors qu’il en est l’un des pires représentants.

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© Baya

J’insiste sur la sortie du cadre constitutionnel (nous parlons d’une constitution de dictature et pas d’une constitution qui mériterait d’être défendue) parce que ce cadre est devenu l’outil utilisé par le pouvoir (ce qu’il en reste) pour se maintenir. Cette transition hâtive (éviction du président, président du Sénat devenu président par intérim, gouvernement impossible à changer avant l’élection d’un nouveau président…) est une vaste blague, tout comme l’élection prévue le 4 juillet 2019. Nous assistons à une vraie mascarade. Évincer le président Bouteflika six ans après son AVC et espérer que ce “retard” ne coûte rien à ceux qui en sont responsables, c’est fort. Et je ne parle même pas des incohérences liées au respect même de la constitution. Et c’est pour cela que j’ai évoqué tout à l’heure le risque d’une trahison : une partie de l’élite (et cela concerne certains partis politiques, par exemple la principale formation islamiste) est encline à accepter cette transition, à accepter la main tendue du chef d’état-major. Pourtant, on a de bonnes raisons de questionner sa légitimité et son intégrité.

Qualifié par Le Monde de “plus francophile des présidents algériens” notamment pour avoir négocié avec tous les présidents de la Ve République, le départ d’Abdelaziz Bouteflika annonce-t-il un changement radical des rapports entre la France et l’Algérie – notamment eu égard à certains accords commerciaux ?

Non, je ne le crois pas. Abdelaziz Bouteflika n’a jamais été particulièrement francophile. Et le pouvoir algérien a toujours joué la carte d’un équilibre malsain : entre proximité avec l’État français et propagande anti-française. Je serais bien curieux de savoir où sont les symboles de sa francophilie en Algérie. Il n’était ni francophile ni anti-français. C’était un ambitieux capable de dire tout et son contraire. Par ailleurs, le pouvoir algérien, sous Bouteflika et depuis sa démission, a toujours entretenu un complotisme anti-français.

Les ruptures prioritaires dont a besoin l’Algérie ne concernent pas les relations avec la France. Les relations entre la France et l’Algérie sont très délicates. On oscille entre intimité et méconnaissance. Spontanément, beaucoup de Français ont manifesté leur solidarité avec les Algériens, ce qui montre bien que la situation en Algérie ne laisse pas indifférent ici. Les relations officielles sont, elles, décevantes. Il est devenu quasiment impossible pour un Algérien de venir en France, ce qui est parfois assez humiliant quand on connaît certaines histoires familiales. J’ai tendance à penser qu’un changement politique ne peut pas faire de mal à ces relations.

« Le caractère pacifique de la révolution algérienne est la meilleure protection contre les influences extérieures. C’est souvent la militarisation qui ouvre la voie aux ingérences. »

Le peuple algérien doit-il craindre l’ingérence de puissances étrangères, à commencer par l’ex-puissance coloniale qu’est la France, au sein de sa politique interne – et notamment dans un éventuel processus de transition ?

Le peuple algérien craint déjà les ingérences. J’ai envie de dire que c’est l’un des peuples les plus hostiles aux interventions extérieures. Le chef d’état-major a d’ailleurs brandi la menace de l’ingérence française. Une énième diversion. Comme s’il fallait être influencé par une puissance étrangère pour résister au summum de l’absurde ! Malheureusement, ces derniers mois, on a pu voir à quel point l’Algérie était peu connue en France. Le ministère des Affaires étrangères français a fait l’erreur d’applaudir des initiatives (encore absurdes) rejetées par le peuple algérien. Il en est de même pour les “experts” qui ont multiplié les contre-vérités et qui ont souvent fait l’apologie de Bouteflika. C’est triste. Mais cela s’explique : on ne fait pas assez de recherches sur l’Algérie en France et le pouvoir algérien, par son caractère clandestin, s’est rendu illisible.

Baya

© Baya

La principale menace extérieure concerne l’axe de la contre-révolution dans le monde arabe (Riyad-Abu Dhabi). Cet axe qui veut voir des régimes autoritaires partout dans le monde arabe, qui a soutenu al-Sissi en Égypte, qui soutient Haftar en Libye et qui soutient le pouvoir algérien. L’autre menace extérieure concerne le réseau des Frères musulmans, mais je pense que l’islamisme a peu d’espace politique (quand il n’a pas traumatisé les Algériens, il a collaboré avec le pouvoir). Je n’irais cependant pas jusqu’à écarter tout scénario islamiste car c’est un danger permanent (pour les partisans d’une Algérie diverse, du moins). Il se trouve que les classes populaires sont parfois sensibles à la rhétorique islamiste et que le sacré impressionne beaucoup une société algérienne qui demeure globalement conservatrice. On ne peut qu’espérer que l’actuelle révolution bouscule cela.

Le caractère pacifique de la révolution algérienne est la meilleure protection contre les influences extérieures. C’est souvent la militarisation qui ouvre la voie aux ingérences. Et là encore, je préfère compter sur l’intelligence de ce mouvement populaire algérien. C’est une affaire algéro-algérienne qui ne nécessite ni armées ni diplomates.

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