Politique

Louis Blanc : la faillite du socialisme bourgeois ?

« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »

Comme bon nombre de ses confrères du XIXe siècle français (le « siècle des possibles » selon la formule d’Emmanuel Fureix), Louis Blanc est l’un des grands oubliés de l’histoire de ce socialisme qui n’était déjà plus utopique, mais qui se refusait encore à être scientifique. Il n’attire que peu les appétits de la récupération politique, qui lui préfèrent bien souvent les figures de Jean Jaurès et Léon Blum. Bourgeois, républicain et jacobin comme eux, Blanc n’aura pourtant de cesse de batailler entre une droite conservatrice qui raille ses idées sur l’association et une gauche radicale qui fustige son légalisme et son obsession pour la notion d’État. Depuis son exil de juin 1848, son nom reste attaché à un funeste échec : celui des Ateliers nationaux, et à une chape de honte : celle de la condamnation de la Commune. Son rapide passage au sein du gouvernement provisoire en 1848 en fera un des premiers penseurs socialistes à pouvoir traduire dans le réel un programme théorique, même si les résultats seront faibles et le prix à payer particulièrement lourd.

Un éveil à l’ombre de la Monarchie de Juillet

Le combat devant l’Hôtel de Ville le 28 juillet 1830, de Jean-Victor Schnetz

À l’image de nombreuses personnalités issues de la haute bourgeoisie du début du XIXe siècle (et dont Victor Hugo est sans doute la figure la plus emblématique), peu de choses prédestinaient Louis Blanc à la trajectoire qu’on lui connaît. Son père, inspecteur des finances du gouvernement de Joseph Bonaparte en Espagne (où il naît en 1811) et dont le paternel fut guillotiné sous la Révolution, et sa mère, sœur du célèbre rival de Napoléon en Corse, l’ambassadeur de Russie Pozzo di Borgo, confèrent à son frère Charles et lui une éducation brillante, mais aussi inspirée par un légitimisme des plus rigoureux. En 1830, après un passage en tant que boursiers par le collège de Rodez, Louis Blanc et son frère montent sur Paris, dans l’espoir d’y trouver une activité permettant de suppléer la mort de leur mère. À la prise de pouvoir de Louis-Philippe, la pension qui avait été accordée à leur famille sous la Restauration est supprimée, et les deux frères sont contraints à une vie de relative misère, Louis Blanc enchaînant les postes de copiste, comme en son temps Jean-Jaques Rousseau dont il dévore ÉmileLa Nouvelle Héloïse ou le Contrat Social. Ce déclassement brutal qui le jette soudainement dans les rangs d’une bourgeoisie étudiante désargentée — celle-là même que Balzac décrira plus tard dans les Illusions perdues — s’avère fondamental pour la suite de son évolution politique. Plus que tout autre chose, c’est son opposition à Louis-Philippe et aux institutions de la Monarchie de Juillet qui va structurer l’essentiel de sa pensée à l’approche de la décennie 1840.

Louis-Philippe a beau jeu d’avoir accepté le drapeau tricolore à son arrivée au pouvoir, il devient alors pour Louis Blanc (qui prend toutefois soin d’épargner l’opposition libérale), au-delà du système politique qu’il représente, l’incarnation d’une classe : celle de la bourgeoisie rentière et conservatrice, caste prédatrice et intrigante dont la banque de Jacques Laffitte et la matraque d’Adolphe Thiers deviennent les plus solides garantes.

Dans l’introduction de son Histoire de dix ans (correspondant à la séquence 1830-1840), il écrit : « La chute de Napoléon était préparée à Paris de longue main. Le peuple des faubourgs avait inutilement crié aux armes ; les hommes qui occupaient alors la scène politique firent distribuer, sur la place de l’Hôtel-de-Ville, des fusils sans cartouches, et sur celle de la Révolution, des cartouches sans fusils. Napoléon, qui aimait tant le peuple en uniforme, avait horreur du peuple en blouse : il en fut cruellement puni. Il eut contre lui, en 1814, la bourgeoisie qui pouvait tout, et pour lui, la population des faubourgs qui ne pouvait rien. […] Les hommes en veste, les hommes en haillons, voilà ceux qui se montrèrent prêts à combattre, prêts à mourir. Et ils n’avaient rien à défendre, ceux-là ! Mais les banquiers, les manufacturiers, les marchands, les notaires, les propriétaires de maisons, voilà ceux qui applaudirent à l’entrée des alliés ». Thermidoriens, partisans de Louis XVIII et thuriféraires de la monarchie louis-philipparde se rejoignent chez Blanc dans la même lutte historique : celle de la préservation acharnée de leurs intérêts.

Le quotidien de la capitale, encore fumante des barricades de 1830, l’avait mis en contact direct avec une industrie en plein essor et un prolétariat ouvrier paupérisé. Si sa carrière se fera ensuite essentiellement dans le journalisme, son passage à Arras comme précepteur de l’héritier des fonderies Hallette en 1832 (peu après les événements de la révolte ouvrière des Canuts en décembre 1831) l’autorise à se mêler concrètement à ce monde en décomposition et sans perspectives de rassemblement, dont l’éclatement n’a d’égal que le dynamisme capitaliste promu par les instances de Juillet. Rappelons que jusqu’en 1864, la France reste officiellement sous le régime de la loi Le Chapelier et du décret d’Allarde de 1791, qui proscrivent au nom de l’unité de la nation et de la nocivité des corps intermédiaires les organisations syndicales, mais aussi les corporations de métiers, le compagnonnage et les rassemblements paysans et ouvriers, et donc de facto, le droit de grève. Là est la grande contradiction que devra résoudre (sans succès) Louis Blanc, entre son désir d’organiser le travail des ouvriers contre l’atomisation individuelle et un jacobinisme qu’il hérite de son héros Robespierre, dont il dressera un portrait quasi-christique dans son Histoire de la Révolution française, écrite entre 1847 et 1862.

La Forge (Cyclopes modernes), d’Adolf Von Menzel, 1875

L’Organisation du Travail, l’échec d’un socialisme « par le haut » ?

En 1839, alors à la tête de l’éphémère Revue du Progrès, Louis Blanc publie L’Organisation du Travail (provisoirement mise à l’index par le gouvernement), opuscule d’une centaine de pages et réédité à de nombreuses reprises jusqu’en 1848, et qui lui assure un succès considérable dans les milieux ouvriers. Si l’objectif principal de l’ouvrage consiste à dresser le plan pratique d’une recomposition d’ensemble de l’espace social français à travers la valeur fédératrice du travail, les tenants les plus virils de la future orthodoxie marxiste verront dans sa première phrase la plus infâme des trahisons : « C’est à vous, riches, que ce livre s’adresse, puisqu’il y est question des pauvres. » Plus loin, Blanc écrit : « Cette démonstration faite, il en résultera clairement que tous les intérêts sont solidaires, et qu’une réforme sociale est pour tous les membres de la société, sans exception, un moyen de salut. »

Confirmé dans ses convictions par l’échec des révolutions de type insurrectionnel prônées par Auguste Blanqui, grand adepte des sociétés secrètes, Louis Blanc porte le projet d’un socialisme intégrant et légaliste qui s’incarne dans une négation absolue de la lutte des classes comme condition de l’émancipation des travailleurs. Pour lui, le système d’exploitation incarné par le capitalisme de la Monarchie de Juillet ne se personnifie pas dans des individus définis. Telles les descriptions du capitalisme américain que donnera plus tard John Steinbeck, il est un monstre incontrôlable qui, à long terme, se dressera à l’encontre des intérêts de ceux censés être ses plus zélés défenseurs. Là est le premier écueil auquel se heurtera Louis Blanc, puisque tout le principe d’association autour duquel il souhaite organiser la société repose sur un postulat : la collaboration active de ceux-là mêmes qui détiennent tous les mécanismes de production. Or, si Louis Blanc se révèle à ce moment très prisé des classes populaires, il est en revanche tenu en horreur à la fois par l’opposition libérale et la bourgeoisie conservatrice qui le considèrent comme un dangereux admirateur de la plèbe, mais aussi par l’extrême-gauche qui ne voit en lui qu’un réformiste naïf qui tôt ou tard sera à nouveau aspiré par sa classe d’origine.

« La concurrence est pour le Peuple un système d’extermination », proclame-t-il dans le même ouvrage. Anticipant les analyses de Karl Marx sur la notion d’armée de réserve du capitalisme (à savoir que les individus au chômage constituent une manne concurrente qui permet au producteur de contourner la négociation au salaire), Louis Blanc se propose de résoudre le problème par l’institution d’un droit au travail étendu, dont les fameux ateliers sociaux (et non Ateliers nationaux, qui ne seront pas de son fait) seraient la traduction concrète. Financés par un grand emprunt, ces ateliers seraient regroupés par spécialité sectorielle et formeraient les bras d’un immense appareil productif dont les mouvements seraient mis en coordination (mais non totalement contrôlés) par l’État. D’abord assurée par le gouvernement, leur direction serait ensuite administrée par les ouvriers eux-mêmes via l’instauration d’un principe électif au sein de chaque atelier social. Quant aux bénéfices, ils seraient répartis en trois branches : une pour les défavorisés (vieillards, enfants, infirmes…), l’autre pour les industries en difficulté, et la dernière pour financer les instruments des ouvriers désirant rejoindre l’association.

Si le système n’a jamais pu être mis en application à grande échelle, Louis Blanc n’en a jamais vraiment non plus perçu les limites : quelles modalités de l’intervention étatique dans les ateliers sociaux ? Qui décidera quoi produire, quand et à quel rythme ? Quel est le sens d’une « démocratie des ateliers » quand le pays reste politiquement régi selon une démocratie représentative bourgeoise qu’il ne remet jamais totalement en cause ? De plus, un fonctionnement durable de l’association suppose également une fuite en avant productiviste particulièrement prononcée, rejoignant ainsi la vulgate saint-simonienne et la fascination scientiste qui frappe alors une grande partie du mouvement socialiste. D’autant plus que son expérience des villes a pour corollaire de lui faire négliger assez largement les campagnes, dont les habitudes de travail beaucoup plus localisées sont moins compatibles avec le modèle des ateliers sociaux. Mais si point de blocage il y a, c’est avant tout parce que Louis Blanc essentialise le travail comme s’il était l’unique vecteur de lien social durable, là où les intérêts se tempèrent et la raison se déploie. Il le galvaude, le martèle comme s’il était une entité, l’écrit avec un « T » majuscule comme on sacralise une idole.

La mystique du droit au travail (qui tombe dans le piège mortel de s’inscrire dans la logique du capitalisme) sera même traduite dans un nouvel ouvrage de Louis Blanc, paru dès l’année 1848 et qui en 1880 fera l’objet d’une réponse cinglante de Paul Lafargue, dans son fameux Droit à la paresse : « Douze heures de travail par jour, voilà l’idéal des philanthropes et des moralistes du XVIIIe siècle. Que nous avons dépassé ce nec plus ultra ! Les ateliers modernes sont devenus des maisons idéales de correction où l’on incarcère les masses ouvrières, où l’on condamne aux travaux forcés pendant douze et quatorze heures, non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants ! […] Ce travail, qu’en juin 1848 les ouvriers réclamaient les armes à la main, ils l’ont imposé à leurs familles; ils ont livré, aux barons de l’industrie, leurs femmes et leurs enfants. […] Et cependant, les philosophes, les économistes bourgeois, depuis le péniblement confus Auguste Comte, jusqu’au ridiculement clair Leroy-Beaulieu ; les gens de lettres bourgeois, depuis le charlatanesquement romantique Victor Hugo, jusqu’au naïvement grotesque Paul de Kock, tous ont entonné les chants nauséabonds en l’honneur du dieu Progrès, le fils aîné du Travail. […] Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d’être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. » Là est l’une des raisons qui ont conduit le réformisme de Louis Blanc à l’impasse tragique qu’on lui connaît : l’architecture de la machine n’est jamais révolutionnée, mais simplement agrandie pour qu’un plus grand nombre d’individus puissent venir s’y broyer.

Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris, le 25 février 1848, de Henri Philippoteaux

Du Luxembourg aux martyrs de 1870, la révolution, l’exil et l’oubli

Ouverture de la Campagne des banquets, le 9 juillet 1847

Au-delà des problèmes internes qu’a soulevés sa théorie, Louis Blanc devra toujours faire face à un décalage : la virulence de sa critique de l’ordre établi, mais la timidité de la réforme qu’il propose, sa passion de la démocratie et son jacobinisme obsessionnel… Des années avant Jean Jaurès, il se retrouve face à une contradiction très similaire à celle qu’affrontera sans succès le futur député du Tarn : faire cohabiter son exigence du social avec la sacralisation aveugle de l’institution républicaine, fût-elle aux mains d’une bourgeoisie n’ayant absolument aucun intérêt à un changement réel du cadre. Si, en républicain sincère, il défend contre le suffrage censitaire (qui réduisait le corps électoral à moins de 250 000 personnes) le suffrage universel masculin et féminin, ainsi que la réduction de la journée de travail à 10 heures,  la rassurante stabilité que semble présenter l’institution ne fait toutefois que l’empêcher de trancher, et cet entre-deux finit très vite par lui coûter cher. En 1847, pour contourner l’interdiction de réunion décrétée par la Monarchie de Juillet, il participe à la Campagne des banquets, rassemblement hétéroclite de tout ce que la France comptait d’opposants à Louis-Philippe, y compris des membres de l’opposition dynastique comme Odilon Barrot (futur président du Conseil de la Deuxième République) qui ne croient aucunement aux vœux pieux qu’il jette dans l’Organisation du Travail.

Il apparaît qu’une fois accomplis la révolution de février 1848 et le renversement de Louis-Philippe, ce sont les mêmes personnages qui se retrouveront aux rênes du nouveau gouvernement,  les mêmes qui en mars nommeront habilement Louis Blanc à la tête de la Commission du Luxembourg (et surtout pas au ministère du Travail qu’il réclame), chargée de réorganiser le travail en France mais sans aucun budget, et donc sans aucune marge de manœuvre réelle. Alors à la tête du gouvernement provisoire, Alphonse de Lamartine, l’aède des Méditations poétiques, l’homme de Février, celui qui proclame la République mais refuse de l’associer au drapeau rouge, écrit dans son Histoire de la Révolution de 1848 : « Philosophes ou sophistes, aventuriers d’idées, ces hommes la plupart honnêtes, convaincus, fanatiques de leurs propres chimères, s’étaient lancés par l’imagination plus loin que le monde social ne porte les pieds de l’homme. » Plus loin, il déclare : « Louis Blanc, suivi d’Albert, circulait et pérorait aussi dans ces groupes. Son nom était alors immensément populaire. Il réunissait sur lui le double prestige du parti politique extrême que lui donnaient ses relations avec la Réforme et ses doctrines socialistes sur l’association. Ces théories fanatisaient les ouvriers par des perspectives qu’ils croyaient tenir enfin à la pointe de leurs baïonnettes. » On ne saurait guère être plus clair sur les sentiments et le mépris qu’inspirait Louis Blanc à ses camarades de 48.

N’osant probablement pas fragiliser la jeune République, il tombe dans le piège de Lamartine et se laisse enfermer dans une participation gouvernementale stérile qui ne vise qu’à l’écarter du centre réel du pouvoir (une position qui n’est pas sans rappeler celle qu’occupa un certain Arnaud Montebourg), alors que le gouvernement provisoire suscite la création des fameux Ateliers nationaux, parodie militarisée des ateliers sociaux de Blanc se rapprochant bien plus des workhouses à l’anglaise que d’un modèle associatif conséquent. Or, c’est leur suppression par la majorité conservatrice qui conduit aux émeutes ouvrières de juin 48 et à leur écrasement sous la botte sanglante de Cavaignac. Parmi ceux qui manient la matraque, on retrouve un certain Victor Hugo, maire du VIIIe arrondissement de Paris… Démis de ses fonctions en mai, contraint à l’exil en Angleterre (puisqu’il est soupçonné d’avoir participé aux émeutes et porte aussi le chapeau pour l’échec des Ateliers nationaux), il ne reviendra pas en France avant la chute du Second Empire, en 1870. Dans les années qui suivent son départ, il est mis en accusation par l’extrême-gauche, celle d’Armand Barbès et Auguste Blanqui, qui n’hésitent pas dénoncer ce qu’ils estiment être sa trahison à propos des événements de 1848, pointant sa collaboration avec le gouvernement provisoire et sa naïveté devant la bourgeoisie. Depuis sa cellule, Blanqui adresse aux exilés un Toast de Londres en 1851, où il écrit : « Ledru-Rollin, Louis Blanc, Crémieux, Lamartine, Garnier-Pagès, Dupont de l’Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! Liste funèbre ! Noms sinistres, écrits en caractères sanglants sur tous les pavés de l’Europe démocratique. C’est le gouvernement provisoire qui a tué la Révolution. C’est sur sa tête que doit retomber la responsabilité de tous les désastres, le sang de tant de milliers de victimes. Malgré les cris et les prières, il lance l’impôt des 45 centimes qui soulève les campagnes désespérées, il maintient les états-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison ! »

La disproportion de l’invective est à la hauteur du personnage, mais les faits restent les mêmes : le gouvernement a trahi ceux qu’il prétendait défendre. Pourtant Louis Blanc, effrayé par les alternatives à la centralisation en lesquelles il ne voit que les germes d’une anarchie destructrice qui brise l’unité de la nation, ne déviera jamais de son jacobinisme orthodoxe, même s’il a pu en éprouver tous les risques et les dérives. Depuis l’Angleterre, il adresse de violentes attaques à Victor Considérant, au municipalisme de Ledru-Rollin, et surtout à l’anarchisme fédéraliste de Pierre-Joseph Proudhon, avec lequel il engage une virulente controverse dans Proudhon et sa doctrine. Abolition de l’État, fédéralisme contractuel, démocratie locale et révolution par le bas ? Pures illusions pour Louis Blanc, qui ne font que saucissonner la France en communautés et instaurent le « code de la tyrannie par le chaos ». Il en va de même pour sa conception de la démocratie, d’un paternalisme assez prononcé et qu’il n’estime réalisable que dans le système représentatif (à condition toutefois que le mandat des élus soit révocable à tout moment) contre la démocratie directe. À ce titre, il reprend à son compte l’argument de Montesquieu : « le Peuple est admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité. […] Mais saura-t-il conduire une affaire, connaître les lieux, les occasions, les moments, en profiter ? Non, il ne le saura pas. » Aux martyrs de la Commune de Paris (plus volontiers attirés par Blanqui), il ne répondra pas autre chose à son retour en 1870. Sa défense de leur amnistie dix ans plus tard aura alors un goût des plus amers.

La Commune de Paris, vue de la Place Vendôme, 1871

Jeter la pierre à un seul homme n’est que l’apanage des lâches et des médiocres. Par son évolution, par son opposition virulente au capitalisme de Juillet, par son volontarisme et son sens du sacrifice (traduit dans un cruel exil de vingt ans), la sincérité de Louis Blanc ne faisait que peu de doutes. Ce qui fonde son destin, c’est le caractère profondément hybride et transitoire du personnage, entre un socialisme qui voudrait se débarrasser de ses utopies, revenir aux assises du réel, et un mouvement de fond qui a à cœur de dépasser l’hypocrisie de la démocratie molle prônée par les libéraux de son temps. Louis Blanc, c’est la grande hésitation du siècle à lui tout seul. Bourgeois il était, et bourgeois il est resté. Dirons-nous que son socialisme n’allait pas jusqu’au bout de sa logique ? Non, car son objectif n’était tout simplement pas le même. Là où certains voulaient la disparition des classes, Louis Blanc voulait leur réconciliation. Différence de degré. On l’a vu, les résultats ont été maigres. En comparant Blanc à Robespierre, Marx disait : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Si la tragédie de Louis Blanc est la farce, lui n’a probablement été que le dindon.

Nos Desserts :

  • Le texte complet de l’Organisation du Travail, disponible sur In Libro Veritas
  • La monumentale thèse de Benoît Charruaud, « Louis Blanc, la République au service du socialisme »
  • Pour l’équilibre, la vision plus nuancée du roi Louis-Philippe par l’historien Arnaud Teyssier

Catégories :Politique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s