Société

Yves Bonnardel : « L’exploitation animale forme un système social et politique »

Yves Bonnardel est un militant antispéciste, se définissant comme égalitariste et libertaire. Il est co-auteur de l’essai Espèces et éthique, paru en 2001. À l’heure où l’affaire de l’abattoir d’Alès réinvite tragiquement la question animale dans le débat public, il revient pour Le Comptoir sur le rôle central de l’exploitation des animaux dans nos sociétés et sur la modification progressive du regard que nous leur portons. Voici la première partie de notre entretien.

Le Comptoir : Grâce à la mobilisation croissante de militants, on entend de plus en plus souvent parler de la question animale, notamment à travers le terme d’antispécisme. Comment le définiriez-vous, et pour vous, en quoi est-il un concept politique ?

Yves Bonnardel : Nos sociétés sont fondées sur l’exploitation animale. Il s’agit d’abord d’une exploitation matérielle : autrefois exploitation de la force de travail des animaux, elle est aujourd’hui essentiellement exploitation des produits de leur corps. Elle est aussi identitaire et idéologique : aujourd’hui comme hier, c’est notre identité en tant qu’humains qui nous donne de la valeur. Or, elle est valorisée aux dépens de l’animalité, c’est-à-dire, aux dépens des animaux réels, concrets, censés représenter l’idée d’animalité.

Tout comme le patriarcat ou l’esclavage forment des structures sociales et politiques élaborées, l’exploitation animale implique un système organisé d’appropriation des animaux et de leurs productions. Du simple fait qu’ils ne sont pas humains, ils sont des biens, des marchandises qui ont un prix. Ce système politique d’appropriation et d’exploitation peut s’appeler élevage, chasse, pêche : ce sont des pratiques définies socialement, encadrées juridiquement et défendues idéologiquement.

« Il s’agit d’éthique universaliste : les notions d’égalité, de justice qui sont mobilisées par Singer sont censées s’appliquer à tous et en toutes circonstances. »

L’exploitation animale, comme toute autre forme d’exploitation, implique l’existence d’une idéologie qui en est la transcription dans notre imaginaire et qui vise à la rendre acceptable moralement, à la banaliser, à la justifier, à l’entériner, et enfin à empêcher sa remise en question. C’est cette idéologie qu’on appelle le spécisme. Il s’agit d’une autre façon de nommer l’idéologie fondamentale de nos sociétés contemporaines, l’humanisme [i]. Ce système, spéciste ou humaniste, est celui dans lequel nous baignons dès notre naissance, à tel point qu’il nous apparaît dans l’ordre des choses. Il est normal, naturel, évident, sain, inévitable.

Il a fallu attendre des travaux importants de philosophie morale, dans les années 1970, pour qu’on commence à le remettre en question. En 1975, Peter Singer publie Animal Liberation, dans lequel il explique que la notion d’égalité, sur laquelle nos sociétés sont censées se fonder, ne peut pas être défendue avec logique si elle s’applique aux seuls humains, en excluant tous les autres animaux. Au contraire, elle ne peut qu’inclure l’ensemble des êtres sentients. L’égalité, précise­-t­-il, ne consiste pas en une description d’un état de fait, mais en une prescription de type moral : lorsqu’on dit, par exemple, que tous les humains sont égaux, on n’affirme pas qu’ils sont tous identiques, mais simplement qu’on doit tous les traiter de façon égale ou, comme le dit Singer, qu’on doit peser leurs différents intérêts sur une même balance, leur accorder autant de poids, indépendamment de la personne de qui ils sont les intérêts. De même, lorsque Singer affirme que tous les animaux sont égaux, il expose simplement que nous devrions prendre en considération leur intérêt  — à vivre et à vivre bien, à ne pas souffrir — au même titre que les nôtres.

Tout cela entre donc en confrontation avec l’humanisme ?

Il s’agit ici d’éthique universaliste : les notions d’égalité, de justice qui sont mobilisées par Singer sont censées s’appliquer à tous et en toutes circonstances. En conséquence de quoi, il serait logique de se battre pour que soient reconnues comme injustifiées et abolies les discriminations dont sont victimes les animaux, du fait qu’ils ne sont pas humains ou du fait qu’ils ne se voient pas reconnaître des qualités perçues comme essentiellement humaines, comme l’intelligence, la raison ou l’abstraction. De la même façon, et pour les mêmes raisons, que les discriminations intra­-humaines, racistes ou sexistes. Ces questions concernent l’organisation des sociétés dans leur ensemble et doivent être posées à un niveau sociétal et non purement individuel.

© Laurent Salles / L’Alsace

Cependant, le mouvement animaliste actuel répugne à poser le problème de l’exploitation animale comme un problème politique qui concerne chaque citoyen. Cette répugnance s’adresse surtout à la consommation de viande et de sous-­produits animaux. En revanche, concernant la corrida, la fourrure, les combats de coq, les cirques, l’expérimentation, le gavage, les militants adoptent spontanément une approche plus politique, en lançant des campagnes sur le long terme, en ciblant des adversaires, en réclamant l’interdiction.

Lorsque je parle ici de “politique”, précisons bien que je ne parle pas de politique politicienne, partidaire. Je fais référence à l’organisation de la cité (polis), de la vie collective, de la société : c’est-à-dire aux institutions, rapports sociaux, coutumes, lois, à la culture, et aux mouvements à développer pour changer notre structure sociale. Je parle de faire de la politique comme la font les syndicalistes ou les féministes, et, plus largement, tous les mouvements de contestation sociale. Bref, il s’agit d’analyser la complexité de ce que nous voulons voir disparaître, de réfléchir aux moyens à mettre en œuvre dans ce but et de réussir à nous organiser collectivement.

Pour qui n’en aurait pas conscience, quel est ce système d’exploitation animale dont vous souhaitez l’abolition ?

L’exploitation animale est massive, tellement massive qu’elle apparaît inconcevable : elle concerne des milliers de milliards d’animaux. Il s’agit essentiellement d’animaux marins, qui sont, eux aussi, des animaux sentients, qui éprouvent plaisir et souffrance, joies et peines, peur, angoisse, terreur. Ils constituent plus de 98 % de l’ensemble des animaux qui sont capturés ou élevés, puis tués, pour nous servir de nourriture humaine ou de fourrage animal.

« Les vertébrés terrestres sont 60 milliards à être tués chaque année pour nous servir de nourriture. »

La quasi-­totalité des animaux exploités restants est constituée des animaux vertébrés terrestres destinés à la boucherie. Ils sont 60 milliards à être tués chaque année pour nous servir de nourriture. Les autres animaux exploités, bien qu’encore extrêmement nombreux à souffrir, sont, par comparaison, en nombre dérisoire : en France, quelques 1 à 3 millions d’animaux sont sacrifiés pour l’expérimentation animale, quand 1 milliard de vertébrés terrestres sont abattus pour leur viande [ii].

L’exploitation des animaux résulte aussi de la consommation des “sous­-produits”. Les conditions d’exploitation pour produire des œufs ou des laitages sont les mêmes que pour produire des chairs. Les deux économies sont d’ailleurs liées : les animaux qui produisent œufs ou lait sont menés à l’abattoir dès qu’ils voient leur productivité baisser.

Vous avez précédemment évoqué une “exploitation idéologique”, en plus de l’exploitation matérielle. Qu’entendez-vous par là ?

Sur le plan symbolique, cela consiste à retirer toute importance aux animaux, en nous octroyant, par contraste, une valeur infinie. Notre puissance et notre domination à leur encontre nous ont permis de nous concevoir comme les maîtres du monde. Nous sommes des êtres supérieurs, ayant un droit à la vie découlant de ce statut, et symétriquement un droit de vie ou de mort, d’us et abus, sur tous les autres êtres sentients. Nous avons développé une vision extrêmement valorisée de nous-­mêmes comme super­prédateurs. Nous nous voyons comme le couronnement de la création, trônant au sommet de la chaîne alimentaire [iii]. elevage-intensif

La question de la consommation des chairs animales est ainsi une question cruciale. Elle semble être une pratique fondamentale de nos sociétés, extrêmement importante symboliquement et pratiquement. La viande trône au centre des repas, elle fait l’objet de conversations incessantes, et simultanément d’un tabou extrêmement fort : il est, en effet, extrêmement difficile, socialement parlant, de remettre en cause sa légitimité. Les populations tiennent à leur consommation de viande comme à nulle autre forme d’alimentation, et mettent en œuvre des moyens considérables pour la défendre, en énergie, en attitudes et en procédés discursifs.

C’est effectivement parce que la consommation de viande est une pratique centrale dans nos sociétés que l’utilisation des animaux pour la boucherie n’a émergé comme une problématique en soi qu’au cours de ces dernières décennies. C’est aussi parce que les enjeux — matériels (financiers notamment) et identitaires — sont extrêmement importants que le tabou sur la consommation de viande, qui touchait même les militants animalistes, n’a commencé à s’effriter que depuis quelques années. C’est sans doute également pour cette raison que la remise en question de cette consommation de chairs animales peine à se développer comme une question politique qui concerne l’organisation même de nos sociétés, et qui doit donc être résolue à cette échelle [iv].

« Sans ce déni de l’importance de ce que nous ressentons, les politiques de domination pourraient bien plus difficilement perdurer. »

La sensibilité à la cause animale et l’antispécisme ensuite, sont nés avec l’élevage intensif qui a poussé à son paroxysme la souffrance animale. Pensez-vous que ces questionnements sont corolaires à la modernité et qu’ils ne seraient pas apparus si l’agriculture était restée paysanne, avec plus de proximité avec les animaux ?

Il est très difficile de se projeter dans un monde parallèle qui aurait évolué différemment du nôtre. Je pense que la récente montée en puissance du souci pour les animaux n’est pas seulement liée au fait qu’on leur fait subir des vies monstrueuses dans les élevages. Elle procède aussi d’une évolution à long terme de nos sociétés, qui sont de plus en plus sensibles à la souffrance et, de façon générale, à ce qui est éprouvé, à ce qui est vécu subjectivement. Pour ma part, je ne savais rien des immondes méthodes de production modernes quand j’ai eu un déclic à l’âge de 13 ans, en prenant conscience soudainement que l’animal dont des membres trônaient au centre de mon assiette aurait aimé continuer à vivre au même titre que moi-même, et sans doute avec la même intensité. Je savais seulement, tout d’un coup, que sa vie comptait pour lui comme la mienne pour moi, et de même ses plaisirs et ses souffrances. Même élevés “à l’ancienne”, de façon “fermière” et extensive, j’aurais tout de même refusé de continuer à manger des animaux.

Norbert_EliasDe nombreuses sociétés, dont la nôtre évidemment, sont fondées sur un déni de l’importance de ce que nous éprouvons : la douleur, la joie, la peur, etc. Sans ce déni de l’importance de ce que nous ressentons, les politiques de domination pourraient bien plus difficilement perdurer. Je pense là aux dominations qui foulent au pied les intérêts fondamentaux de classes entières d’êtres, au profit d’intérêts bien plus frivoles des membres des classes dominantes. Je crois que toutes les civilisations fondées sur des dominations brutales opèrent, d’une façon ou d’une autre, une négation globale de l’importance de ce qui est vécu, ressenti, éprouvé. Or, la généralisation des échanges marchands au cours des cinq derniers siècles, en faisant reculer globalement les relations de dépendance personnelle (le servage, l’esclavage, la domesticité, l’appropriation des femmes [v]), a fait reculer la violence interpersonnelle et permis l’émergence lente et progressive d’un nouveau rapport au monde qu’on pourrait qualifier de tendanciellement “sensibiliste”. On accorde plus de prix à notre propre sensibilité qu’autrefois, et on fait plus attention à ce que peuvent éprouver les autres. Le fait a été fort bien documenté et argumenté par Norbert Elias, dans un livre de référence intitulé La Civilisation des mœurs, auquel je me réfère souvent dans mes propres analyses. L’évolution historique est très lente parce qu’elle se heurte en permanence à des freins liés, justement, aux divers ordres de domination qui structurent notre civilisation : capitalisme, patriarcat, élevage, etc.

Ceci dit, je pense que deux choses ont joué de façon importante dans l’évolution qu’on constate actuellement, qui veut que l’exploitation animale cesse d’être une évidence inquestionnée. Avec l’industrialisation de l’agriculture et des transports, on cesse totalement dans nos pays, à partir des années 1950, d’utiliser les animaux comme force de travail. Ensuite, comme vous le disiez, je crois que l’industrialisation de l’exploitation des animaux a accéléré le mouvement de prise en compte de leurs intérêts, en amenant des contradictions insolubles qui font entrer en crise notre rapport à l’animal.

« Le meurtre et la consommation de l’animal scellaient notre supériorité : sur eux, déjà, et sur ceux (et celles !) des autres humains qui n’y avaient pas accès. »

Jusqu’à récemment, le meurtre des animaux en vue de consommer leurs chairs était très chargé symboliquement et servait de marquage à notre domination humaine sur les autres animaux, sur la nature, sur le reste de la Création. Ainsi, la consommation de viande servait aussi à marquer son rang dans la société, ce qu’on nomme maintenant le standing et était autrefois un rang d’ordre — noblesse contre vilains —, puis de classe — bourgeoisie et petite bourgeoisie par rapport aux classes populaires — et, toujours, de caste ou de genre — marquage de virilité à l’encontre des femmes. Ainsi, avant l’avènement de l’idéologie égalitariste avec la Révolution française, la poursuite, la capture et le meurtre des animaux servait de symbole privilégié de la domination de la noblesse sur les autres ordres. La nuit du 4 août abolit notamment le privilège de chasse : désormais, ce sont tous les citoyens (masculins), et plus uniquement les nobles, qui peuvent chasser et tuer des grands mammifères. Le meurtre et la consommation de l’animal scellaient notre supériorité : sur eux, déjà, et sur ceux (et celles !) des autres humains qui n’y avaient pas accès. La viande était un marqueur féodal seigneurial tout autant que viril.

L’industrialisation de l’élevage, du meurtre, puis du “produit viande” lui-même, désindividualise totalement le rapport à l’animal et à la consommation de sa chair, et sape ainsi l’efficace de la consommation de viande en tant que symbole de domination, en tant que symbole d’une excellence — en tant qu’humains, en tant qu’hommes, ou en tant que membres de la classe possédante. Plus la viande devient un produit industriel comme un autre, plus l’individualité de l’animal mis à mort disparaît, moins le marquage de domination est possible : il n’y a plus rien à dominer, car l’individu animal a disparu sous la barquette de cellophane. Cette motivation pour consommer des chairs animales s’amenuisant, cela laisse la porte ouverte à la considération de ce que vivent les animaux eux-mêmes. Auparavant, il fallait justement qu’ils soient victimes, qu’ils soient vivants et sensibles, pour que l’acte de domination prenne sens. Notre propre valeur était affirmée par le fait que nous étions prêts à les priver du maximum, leur vie, pour des plaisirs personnels. Aujourd’hui que cet effet de marquage de domination est en recul, cet obstacle majeur à la prise en compte des animaux pour eux-mêmes perd de sa force et notre empathie spontanée pour tout ce qui ressent peut jouer de plus en plus.

Les connaissances scientifiques acquises à propos des animaux ont également aidé à modifier notre regard sur eux…

Oui, on a pu assister ces dernières décennies à une révolution de notre façon de considérer les animaux dans le domaine scientifique aussi. Pendant la majeure partie du XXe siècle, les scientifiques qui étudiaient les comportements des autres animaux, les éthologues, considéraient comme totalement ridicule et anti-scientifique de considérer les animaux autrement que comme des organismes agis par des déterminismes : gènes, pulsions, réactions à des stimuli. La prévention de l’anthropomorphisme jouait comme un interdit de considérer que les animaux pouvaient, tout comme nous, éprouver émotions et sentiments, et agir intentionnellement en fonction de fins propres, individuelles, et non purement d’espèce.

« Des êtres si semblables sur l’échelle de l’évolution sont effectivement semblables dans leurs capacités, y compris bien sûr mentales. »

Désormais, il est devenu impensable de ne pas faire sienne l’hypothèse que les animaux “fonctionnent” comme nous, qu’ils ressentent et pensent, se projettent dans des actions et des désirs. Aujourd’hui, on considère, au contraire, comme totalement antiscientifique de refuser l’hypothèse la plus immédiate et la plus logique, à savoir que des êtres si semblables sur l’échelle de l’évolution sont effectivement semblables dans leurs capacités, y compris bien sûr mentales. Cette évolution de la méthodologie en éthologie a révolutionné nos connaissances des animaux, de ce qui les motive — et non les agit — et de ce dont ils sont capables. Cela a des répercussions immenses, dont on n’est guère conscients pour autant. Il y a seulement dix ans, lorsqu’il s’agissait de “défendre leur beefsteak”, la plupart des gens affirmaient encore que “les animaux ne souffrent pas, ne pensent pas” : ce type d’argument a presque entièrement disparu aujourd’hui, on ne l’entend plus que de façon exceptionnelle, alors qu’il était systématique il y a peu.

Nos Desserts :

Notes :
[i] Cf. Collectif, Luc Ferry ou le rétablissement de l’ordre. L’humanisme est-il anti-égalitaire ?, éd. tahin party, 2002. Il y a à distinguer entre les deux sens du mot « humaniste », entre l’idéologie affirmant la suprématie humaine, et l’ensemble des valeurs morales positives que nous avons accolées de façon indue à l’humanisme : bonté, générosité, tolérance, démocratie, droits humains… Cf. David Olivier, “Pour un radicalisme réaliste”, Cahiers antispécistes n°17, 1999.

[ii] On trouvera les chiffres référencés sur le site http://www.viande.info/, et pour les poissons, sur le site de http://fishcount.org.uk. Cf. Alison Mood, “Combien de poissons sont pêchés par an ?” et “Le pire a lieu en mer”, dans les Cahiers antispécistes n°34.

[iii] Sur cette question, voir notamment Pour en finir avec l’idée de Nature… et renouer avec l’éthique et la politique, éd. tahin party, 2005.

[iv] Voir également à ce sujet la brochure de Pierre Sigler et Yves Bonnardel, “L’exploitation animale est une question de société”, disponible sur le site du Réseau antispéciste.

[v] Cf. Colette Guillaumin dans Sexe, Race. Pratiques du pouvoir et idée de Nature, éd. côté-femmes, 1992 [1978].

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5 réponses »

  1. Formidable. Merci. Je suis désespérée car je ne sais comment me passer de viande de toutes ces matieres animales que je voudrais ne plus consommer. Comment devenir végétarienne ??? Dur.

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