Politique

Pierre Bance : « Nous devons soutenir le mouvement kurde »

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants arabes et kurdes, et les YPG (Unités de protection du peuple), ont annoncé le 17 octobre 2017 avoir repris la ville de Rakka à l’organisation État islamique. Afin d’obtenir un éclairage sur la situation politique, sociale, et militaire des Kurdes, nous avons interrogé Pierre Bance. Docteur d’État en droit et directeur des Éditions Droit et société de 1985 à 2008, il publie ses différents travaux sur le site Autre futur. Il est également l’auteur d’une somme conséquente sur le Kurdistan, « Un autre futur pour le Kurdistan ? », qui ne se limite pas à la seule question kurde mais propose une réflexion d’ensemble sur les idées de municipalisme libertaire et de confédéralisme démocratique.

Le Comptoir : Pour commencer, pourriez-vous nous rappeler quelles sont les situations historique et géopolitique passées et présentes du territoire sur lequel se déroule la lutte que mènent les Kurdes ?

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Pierre Bance : Sans remonter à l’Antiquité comme le ferait Abdullah Öcalan, pour comprendre la situation actuelle, il convient de revenir à la Première Guerre mondiale. L’Empire ottoman s’est allié à l’Allemagne, ce qui s’est révélé être une erreur dans la mesure où la défaite des forces austro-allemandes entraîna son démantèlement. Dans ce contexte, les Français et les Anglais décidèrent de reconfigurer la géographie politique du Proche-Orient dans les accords Sykes-Picot du 16 mai 1916. Les Kurdes, malgré les promesses qui purent leur être faites ou qui leur seront faites, en firent les frais. Le Kurdistan fut partagé entre quatre pays : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Aucun de ces pays ne reconnut aux Kurdes une pleine citoyenneté et tous nièrent leur culture. Aujourd’hui, les Kurdes sont partout en lutte. En Turquie contre le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, en Iran contre la République islamiste, en Irak contre le gouvernement central, en Syrie contre Bachar al-Assad, l’État islamique et les milices pro-turques.

Nous avons appris le mois dernier que la Fédération démocratique de Syrie du Nord venait de s’enrichir d’un nouveau canton du nom de Shehba. Cela représente-t-il un espoir de voir le territoire kurde enfin réuni, ou la présence de forces turques sur ces différents territoires est-elle encore un frein trop important à cette avancée décisive ?

La Fédération a pris corps le 29 décembre 2016 avec le vote, par une assemblée constituante, du Contrat social de la Fédération démocratique de la Syrie du Nord. Une loi du 27 juillet 2017 sur la division administrative l’accompagne. Elle intègre dans la Fédération les territoires libérés d’al-Shahba et la réorganise en trois régions et six cantons : la région de Cizîre (cantons de Quamişlo et d’al-Hasakah) ; la région de l’Euphrate (cantons de Kobanî et de Tel Abyad) ; la région d’Efrîn (cantons d’Efrîn et d’al-Shahba).

Ce redécoupage dont la principale raison est électorale ne change rien à la situation militaire et au rapport de force. La Turquie continue d’occuper une poche entre la région de l’Euphrate et celle d’Efrîn. Elle tente même actuellement [octobre 2017, NDLR] d’encercler Efrîn en installant des milices nationalistes et islamistes au nord d’Idlib.

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Dans votre livre, vous accordez une place très importante aux travaux de Murray Bookchin, anarchiste et militant écologiste radical américain. On le comprend aisément : Abdullah Öcalan a fait infléchir la ligne de son parti, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), après l’avoir lu. Pourriez-vous nous exposer quelle était la pensée de Murray Bookchin, et en quoi son apport à la théorie radicale, notamment via le concept de municipalisme libertaire, a permis de faire infléchir la ligne du PKK ?

Dans les années 1990, le PKK fait un double constat d’échec. Le marxisme-léninisme n’est pas en mesure de combattre efficacement la modernité capitaliste et le bilan du socialisme réel de l’URSS, des démocraties populaires comme de la Chine est calamiteux au regard de l’ambition libératrice du communisme. Enfin, la constitution d’un État-nation kurde reproduira tous les défauts d’un État, il ne rendra pas les Kurdes plus heureux et sera un facteur supplémentaire de troubles nationalistes au Proche-Orient.

Öcalan lit les écrits de Murray Bookchin en prison où il se trouve depuis 1999 et où il est actuellement à l’isolement. Le modèle de société proposé par Bookchin l’intéresse. Son municipalisme libertaire repose sur un schéma classique de l’anarchisme dans lequel des communes autonomes se fédèrent. Mais, il l’enrichit de deux éléments. Le premier est l’importance que doit prendre l’écologie dans la révolution car si l’on ne protège pas la nature, l’homme n’a pas d’avenir. C’est aussi ce que pensaient Élisée Reclus et quelques autres à la fin du XIXe siècle. Le deuxième est celui d’une révolution par marginalisation progressive de l’État jusqu’à sa disparition grâce à la multiplication des communes autonomes et leur auto-organisation fédérative. Cette dernière proposition est assez proche du gradualisme révolutionnaire qu’exposa Malatesta en 1925.

La reconversion idéologique, officiellement annoncée en 2005 par Öcalan, ne s’est pas faite sans difficulté et l’on sent, au Rojava, un décalage entre les adhésions au confédéralisme démocratique et les textes ou pratiques institutionnels. Il faut pondérer ce jugement en considération de la situation de guerre et, indépendamment de la guerre, de la difficulté de passer d’un régime patriarcale, étatique et capitaliste à une fédération libertaire sans État.

C’est une question qui ne peut entraîner de réponse monocausale, c’est néanmoins une question qu’il faut poser : pourquoi les Kurdes réussissent-ils, là où tous les autres semblent échouer ? Öcalan soumettait l’idée selon laquelle toute alternative émancipatrice ne saurait faire l’impasse sur l’élargissement de la démocratie, or, l’exercice même de ce que nous sommes tenus d’appeler “démocratie” semble se réduire de plus en plus sous nos latitudes.

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Pour les raisons évoquées ci-dessus, on ne peut pas dire qu’ils ont réussi là où les autres ont échoué. En Syrie du Nord, dans la charte du Rojava comme dans le nouveau Contrat social, toutes les institutions étatiques restent en place : assemblée législative, pouvoir exécutif, cour constitutionnelle, etc. La question est de savoir si ces institutions sauront s’effacer devant le mouvement social et ses communes le moment venu. Rien ne permet de le dire à l’écoute des discours et prises de positions officielles. L’urgence de la situation politico-militaire renforce l’aspect étatique de la Fédération qui recherche une reconnaissance internationale de manière à participer aux négociations de paix pour y faire valoir l’intérêt d’un État fédéral syrien dans le cadre des frontières actuelles.

Le confédéralisme démocratique se limite-t-il exclusivement au territoire kurde, ou se propose t-il de se faire universalisable ? L’anthropologue américain David Graeber ne cesse de proclamer que ce qui se passe au Rojava « pourrait devenir un exemple pour le monde ». Pourtant, il semblerait bien que les différents mouvements d’opposition au capitalisme, tels que les mouvements des places, ayant accouché de Podemos en Espagne et d’une souris en France soient tout bonnement incapables de se structurer d’une manière similaire à ce que réalisent les Kurdes.

Öcalan, comme tous les responsables kurdes, conçoit le confédéralisme démocratique comme une idée universelle. Le fait que tous les mouvements sociaux dans les pays arabes ou les démocraties occidentales sombrent dans le politique n’est que la réplique d’un mouvement habituel de récupération politicienne, étatique et capitaliste par manque de volonté, de capacité ou de maturité du mouvement pour concevoir une fédération sans État à la place du vieux monde. David Graeber a raison de dire que le Rojava « pourrait » devenir un exemple, mais on n’en est pas là. La Fédération de la Syrie du Nord n’est elle-même pas à l’abri d’une dérive étatique pour devenir, au mieux, une sorte de social-démocratie libertaire.

« La question est de savoir si les institutions sauront s’effacer devant le mouvement social et ses communes le moment venu. »

L’un des enjeux majeurs pour les Kurdes semble être de parvenir à convaincre les populations non-kurdes de l’intérêt que présente le confédéralisme pour l’ensemble des peuples habitant cette zone géographique. Quels sont les moyens dont ils disposent et de quelle manière cette volonté est-elle perçue par celles-ci ?

Si l’on écarte les moyens répressifs qui ne sont pas imaginables dans le cadre du confédéralisme démocratique, il ne reste qu’à persuader les différentes communautés ethniques et religieuses de l’intérêt de vivre en paix, d’être égales en droits, de mettre en place un système communal qui les intègre dans la Fédération et réponde à leurs attentes. La chose est difficile car, même chez les Kurdes, les traditions patriarcales, tribales et religieuses restent fortes et, sur le plan théorique, ne sont pas compatibles avec le confédéralisme démocratique. Les représentants des différentes populations en ont bien conscience et savent qu’ils ont à mener un travail politique de longue haleine. Alors faudra-t-il imposer par la loi ? Par exemple, le canton de Cizîre (Jazira) a adopté un décret-loi du 1er novembre 2014 qui prend des dispositions générales de protection de la femme et énonce un certain nombre de droits révolutionnaires pour des sociétés patriarcales. Citons : l’interdiction de la polygamie, des mariages avant dix-huit ans et des mariages forcés ; l’organisation du mariage civil et l’annulation de la dot ; l’égalité des sexes devant l’héritage ; l’égalité des salaires et les congés de maternité. Les témoins rapportent que les choses ne vont pas de soi et que parfois les médiateurs ou les juges doivent se résoudre à quelques arrangements acceptables dans la mesure où la femme donne librement son accord.

Vous accordez également une place très importante aux processus législatifs, au projet de constitution ; à l’ensemble des règles permettant la vie en commun, pour le dire plus simplement. N’est-ce pas paradoxal que des combattants se revendiquant d’une tradition libertaire choisissent de recourir à une forme de parlementarisme ?

La démocratie représentative et la séparation des pouvoirs du parlementarisme occidental, telles qu’on les retrouve dans la charte du Rojava et le Contrat social, n’ont rien à voir avec la démocratie directe fondée sur l’assemblée générale de la commune. L’assemblée communale ou les assemblées fédérales, constituées de délégués révocables à tout moment et dotés de mandats précis, exercent à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. La décision prise par la commune est mise en œuvre elle-même, plus précisément par les commissaires désignés en son sein, non par un gouvernement. Dans le même ordre d’idée, on pourrait soulever la question du militarisme au Rojava franchement dérangeante pour un libertaire, celles du culte de la personnalité et de la domination d’un parti tout aussi dérangeantes, même si, chaque fois on peut trouver une explication dont la seule valeur est d’être justifiée par le contexte. Oui c’est paradoxal, donc inquiétant.

Il est maintenant notoire que le Rojava reçoit un soutien nord-américain afin de lutter contre Daech. Peut-on craindre que l’autonomie de ce territoire soit bafouée par les États-Unis, à terme ?

Depuis la bataille de Kobanî, fin 2014-début 2015, l’appui militaire américain a été déterminant dans la victoire puis dans la reconquête territoriale. Les Kurdes ont parfaitement conscience que, d’une part, les États-Unis n’agissent que dans leurs intérêts et n’ont aucune sympathie pour le confédéralisme démocratique. Que, d’autre part, si leurs intérêts se modifient, ils les laisseront tomber comme ils l’ont fait partout ailleurs. Encore récemment dans l’est de la Syrie en arrêtant leur soutien à une milice de l’opposition syrienne libre parce qu’elle n’avait pas rempli sa mission d’atteindre la frontière irakienne avant les troupes de Bachar al-Assad. Par ailleurs, ils n’ont jamais caché leur opposition au fédéralisme en Syrie sans rien proposer d’autre. Mais, ils peuvent là aussi changer d’avis.

Tandis que le mouvement social français peine à s’organiser, et que ses différents acteurs – aussi bien les partis que les groupes, les militants anarchistes que les militants “simplement” anticapitalistes, etc. – semblent ne jamais parvenir à faire fi des divisions qui sont les leurs, comment expliquer que les Kurdes, là encore, réussissent là où nous échouons inlassablement ?

Le contexte de guerre civile favorise l’union sacrée. Celle-ci est-elle solide ? Il ne faut pas négliger la force politique et militaire que représente le Parti de l’union démocratique (PYD) comme facteur d’unification plus ou moins contraignant. Il existe aussi une opposition nationaliste kurde proche du gouvernement du Kurdistan d’Irak qui n’a pas dit son dernier mot et qui pourrait convenir aux occidentaux comme aux Russes selon les circonstances. Je ne pense pas qu’il faille chercher au Rojava une explication de notre impuissance mais le Rojava comme le municipalisme libertaire pourraient donner des idées de réorganisation aux parties prenantes de l’anticapitalisme sur une base communaliste ouverte plutôt que sur le modèle organisationnel et idéologique d’un parti ou de groupes affinitaires.

« Si l’on ne protège pas la nature, l’homme n’a pas d’avenir. »

La question de l’écologie est centrale dans la réflexion et de Murray Bookchin et d’Öcalan. Qu’en est-il réellement, sur le territoire du Kurdistan ?

La préoccupation écologique est certaine au Kurdistan et on la retrouve dans tous les secteurs de l’économie. Toutefois, les efforts pour avoir une agriculture raisonnable et une industrie propre se heurtent à la réalité du moment liée à l’embargo dont souffre le Rojava. Aussi les paysans comme les communes agricoles utilisent-ils des engrais chimiques et des semences génétiquement modifiées faute d’avoir des intrants naturels. Autre exemple, l’absence de raffineries modernes contraint au raffinage artisanal du pétrole polluant et dangereux pour la santé.

La figure de la combattante kurde est mythifiée, en Europe. À juste titre, puisque nombreuses sont les Kurdes à s’être engagées dans la lutte contre Daech. Seulement, nous ne savons somme toute que peu de choses du rôle occupé par les femmes qui ne prennent pas part à ce combat. Öcalan a produit une riche réflexion autour de cette thématique, qu’il appelait « jinéologie »

L’instrumentalisation de la femme par la propagande kurde, notamment avec la gravure de mode fusil à la main, n’est pas moralement acceptable bien que politiquement efficace. Cela étant, dans tous les secteurs de la société, les femmes jouent un rôle important. Dans toutes les institutions civiles ou politiques les postes de responsabilité sont partagés entre un homme et une femme. Sur le terrain militaire, mesure-t-on qu’une femme de trente-six ans, Rojda Felat, commande les 45 000 miliciennes et miliciens des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans l’opération de reprise de Rakka. Que sur le terrain politique comme dans la société civile de fortes personnalités font entendre la voix des femmes, ainsi Hadiya Yousef à la co-présidence de l’Assemblée constituante, Foza Yousef à la co-présidence du conseil exécutif, Ilham Ahmed à la co-présidence du Conseil démocratique syrien (MDS pendant politique des FDS) et bien d’autres. Cette personnalisation, comme pour les hommes, nourrit le danger bureaucratique. Les comités de femmes peuvent intervenir dans tous les débats politiques, toutes les institutions pour défendre la cause des femmes. Le Contrat social leur reconnaît le droit à une justice propre. Les femmes peuvent constituer des entreprises de femmes, des villages de femmes… L’émancipation de la femme est la réussite la plus visible de la transformation de la société au nord de la Syrie répondant à l’idée d’Öcalan qu’il n’y a pas de révolution si elle n’est accompagnée d’une révolution des femmes.

Le bon sens enseigne que tout ce qui a un début a une fin. Le conflit opposant les Kurdes à leurs multiples adversaires finira par s’estomper. Dès lors, que peut-on craindre, tout autant qu’espérer, lors de la résolution du conflit ?

Est à craindre que le sort des Kurdes de Syrie soit abandonné à Erdogan et al-Assad enclenchant une nouvelle guerre civile à l’issue incertaine.

À supposer que l’autonomie des régions du nord de la Syrie soit reconnue dans le cadre d’une constitution fédérale syrienne, est à craindre que les institutions proto-étatiques mises en place au Rojava n’enclenchent pas le processus de leur dissolution dans un système communaliste et, qu’au contraire, l’État se renforce au travers d’un État régional dans un État fédéral aux pouvoirs plus ou moins restreints. Alors, dans un événement paradoxal, la société civile se révoltera-t-elle, au nom du confédéralisme, contre les autorités issues de ses rangs ? Contre un État du Rojava devenu hostile ? Les communards de Syrie chercheront-ils à appliquer les stratégies d’Öcalan et de Bookchin pour substituer la commune autonome à l’État kurde ?

Rien de tout cela ne se produira. La paix revenue, l’autonomie des régions du nord de la Syrie sera internationalement reconnue au sein d’une Syrie démocratique fédérale. Le processus de construction d’une société sans État se mettra en route et, par l’exemple, le fédéralisme se développera dans tout le Kurdistan, dans tout le Moyen-Orient et partout ailleurs.

C’est pour cela que malgré toutes les réserves que l’on puisse faire sur le processus suivi actuellement pour aller vers le confédéralisme démocratique tel que l’a décrit Öcalan, on doit soutenir le mouvement kurde. Le soutenir, sans romantisme révolutionnaire, sans exotisme révolutionnaire lesquels nous donneraient bonne conscience parce qu’incapables de lui emboîter le pas.

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3 réponses »

  1. les gauchistes qui continuent de faire la propagande d’une opération de guerre lancée par les nord-américains, anglais, turcs, saoudiens et qataris!

    ah-ha! un ministre du régime qatari a avoué, confessé, expliqué ce qu’il s’est passé en Syrie depuis 2011!

    http://www.zerohedge.com/news/2017-10-24/bombshell-nsa-memo-saudi-arabia-ordered-attack-damascus-international-airport-us-kno

    http://www.zerohedge.com/news/2017-10-28/shocking-viral-interview-qatar-confesses-secrets-behind-syrian-war

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