Politique

Grève des cheminots : on a été voir une AG de l’intérieur

Tant de choses ont été dites au sujet des cheminots depuis l’annonce du début de leur grève que j’ai voulu aller à leur rencontre. Plutôt que de les voir un par un et d’en brosser un tableau général par la suite, je me suis rendu à l’une de leurs AG (assemblées générales, dans le jargon), conscient qu’il s’agissait là du meilleur moyen d’en rencontrer assez pour avoir une vue générale de ce qu’ils sont, ce qu’ils réclament et ce qu’ils sont prêts à mettre en œuvre pour l’obtenir. Qui plus est, il serait primordial que chacun, s’il le peut, se rende en AG, afin de faire sentir aux cheminots qu’ils ne sont pas seuls, mais aussi que leur parole trouve un écho auprès de la population. On se souvient qu’en 1968, le pouvoir ne craignait rien tant qu’une alliance entre ouvriers et étudiants, et qu’il aura tout fait pour l’entraver. Alors que cet événement s’apprête à souffler ses 50 bougies, à nous de savoir allumer un nouveau brasier.

Mercredi 4 avril. Il est encore très tôt lorsque je monte dans le bus qui me conduira à la gare Matabiau, lieu où je sais que se tiendra l’AG de ce jour. Les bus toulousains – il est possible que cela soit le cas ailleurs en France – ont cette spécificité que chaque usager ne manque jamais de remercier le conducteur au moment d’en descendre. Un « merci, au revoir » de bon aloi dans cette société marchande où l’on prend soin de ne jamais créer d’échanges avec son voisin ; qui plus est lorsque ledit voisin offre un service tarifé. Si cette coutume perdure, c’est qu’il est facile d’engager le dialogue, me dis-je. Ce que je ne manque pas de faire.

« Macron, il réussit toujours »

Le pouvoir parle d’un taux de 50 % de soutien aux cheminots dans l’ensemble de la population française, à l’heure où j’écris ces lignes. Nul doute que cela augmentera, il faut du moins l’espérer. Personnellement, je dirais que plus de 90 % des gens avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger sentent bien le danger que cette mesure renferme, avec comme horizon certain, la volonté d’attaquer les retraites très prochainement, et qu’ils se trouvent donc opposés à cette réforme. Question de paradigme, évidemment : je ne côtoie que très peu de banquiers d’affaires. D’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, la première personne avec qui j’ai échangé ce jour-là était retraitée. Après un échange relativement lapidaire, il ne manque pas de m’avertir : « Il faut vous battre, là. Ce que fait Macron est grave », ce à quoi je rétorque : « Ce que Macron essaye de faire ». Sa réponse claque comme un fouet : « Macron n’a jamais essayé. Il réussit. Toujours. Au début du mouvement contre la loi Travail, personne ne pensait qu’il la maintiendrait, sa réforme, et on a vu le résultat ». Pas faux.

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L’AG se tenait ce jour-là devant les locaux de la direction technique régionale, situés près de la médiathèque toulousaine. Alors que je poireaute devant la grille, un homme vient à ma rencontre. Cheveux blancs, rire clair, l’œil vif. Nous patientons ensemble en échangeant quelques mots ; mots sur lesquels je reviendrai plus tard puisqu’il fut de ceux qui prirent la parole ce jour-là, pendant l’AG. Enfin, l’un de nous se décide à entrer à l’intérieur de l’enceinte et nous retrouvons les cheminots, grillant quelques cigarettes dans l’attente qu’enfin la réunion débute.

J’estime le nombre de personnes présentes ce jour-là à une petite centaine. Si je prends le soin de préciser « petite », c’est qu’à en croire un cheminot, « il y en avait deux fois plus hier ». Je lui demande pourquoi, à son avis, certains n’ont pas répondu présent aujourd’hui, et sa réponse fuse, marmonnée entre des dents serrées : « On a voté hier à la fin de l’AG. Pour savoir si la grève devait être perlée, reconductible, tout ça … On a voté et le vote a été annulé. Ça en a dégouté pas mal. Les syndics sont déjà en train de se tirer dans les jambes. La direction en profite. » Je retiens un rire cynique et pas du tout de circonstance et constate que justement, les délégués syndicaux installent le matériel sonore, que les cheminots encartés déploient leurs drapeaux et collent leurs étiquettes sur leurs poitrines, et qu’enfin, les prises de parole commencent.

AG cheminote syndicale…

Le discours syndicaliste est connu. Moins que le discours patronal ou politique, mais il l’est. J’ai choisi de ne pas m’appesantir sur cet aspect de l’AG et de ne le relater que sommairement. J’ai choisi de le faire en conscience, et pour plusieurs raisons. La première, et non des moindres, est d’une simplicité confondante, qui ne manquera pas de faire sourire ceux qui sont coutumiers de l’exercice. En effet, alors que le groupe de mots « convergence des luttes » était dans toutes les bouches pendant les discours, plusieurs délégués n’ont pu s’empêcher d’avoir des mots, les uns et les autres étant en désaccord quant à la suite qu’il convenait de donner au mouvement. De cette convergence des luttes, il faudra bien parler. Fantasmée par les uns, réalisable pour les autres, utile au plus haut point ou décriée comme étant un spectre politique, elle agite les esprits et échauffe les discussions. Le principal problème posé par − et pour − la convergence des luttes est le pari que l’on fait qu’une lutte trouvera plus de force en s’accolant à une autre, plutôt qu’en restant sur le terrain qui l’a vue naître, et croître. La convergence des luttes est un pari politique, et un coup de dés stratégique. On a vu récemment en Guyane que, parfois, elle permettait une réelle accélération (voire, une radicalisation) d’un mouvement social et pouvait conduire à la victoire. D’autres éléments historiques conduisent à plutôt la redouter… Cette convergence, surgie d’un appareil théorique léniniste, doit donc être vue pour ce qu’elle est, et certainement pas crainte pour ce qu’elle n’est pas, et ne saurait être. En appeler à la convergence des luttes comme un perroquet ne saurait conduire qu’à l’impasse, tandis que refuser d’agréger à une lutte particulière toutes les luttes qui l’environnent est un défi. Dès lors, se pose la question de la jonction entre les différentes luttes. De ce qui les sépare. De ce qui les rassemble. De ce qui les fait se désirer, même.

On le comprend aisément, la mise est de taille et les gains peuvent être colossaux. C’est pourquoi il nous faut nous emparer collectivement de cette question, et ce dès à présent. Miser sur l’autonomie d’un mouvement social, à l’heure de la triangulation incarnée et de l’ingénierie sociale devenue loi est un sérieux pari dont rien ne saurait laisser présager l’issue.

Plusieurs choses méritent donc toutefois d’être rapportées du discours syndical. Il convient de noter que tous, sans exception, ont eu un mot afin de remercier les étudiants présents lors de la manifestation de la veille. Cela s’entendait dans les phrases, se voyait sur les visages : que l’isolement dans lequel le pouvoir cherche à les placer se réduise de jour en jour leur procure un sentiment de fierté et de soulagement. Ce que l’on comprend parfaitement. Seul, on ne manque pas d’aller plus vite ; ensemble, on va plus loin, et on peut répondre présent dans la durée.

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L’un des syndicalistes, après avoir rappelé qu’un cheminot sur deux était en grève la veille, et qu’un cadre sur trois l’était également, prend le soin de dire quelque chose que tous les cheminots semblent savoir parfaitement, mais qui reste sagement entre les murs de l’institution : la direction dispose de moyens de tricher. D’abord, il faut savoir que lorsqu’elle compte les grévistes, elle ne compte que ceux qui ne se sont pas du tout rendus au travail. Or, un nombre conséquent de cheminots, ou même de cadres de l’entreprise, choisissent de faire grève quelques heures dans la journée. Cela peut prêter à sourire, mais qu’on imagine seulement la complexité que requiert la mise en circulation d’un train et l’on comprend bien que, si la moitié des effectifs font grève la moitié du temps, l’efficience de la machine sera de fait réduite proportionnellement. Ensuite, il rappelle à l’audience qu’ils se doivent d’être prudents en déclarant leurs jours d’absence. En effet, depuis 2007, la loi contraignait certains salariés à se déclarer grévistes quarante-huit heures à l’avance. Ceci afin de laisser plus de manœuvre aux entreprises concernées pour organiser leur bon fonctionnement, tout en faisant fi du personnel gréviste. Cela concernait donc aussi bien les conducteurs de trains, les aiguilleurs, que les cheminots. Or, en novembre 2017, la SNCF a étendu cette obligation, en incluant de fait près de 30 000 employés supplémentaires : personnels chargés de la maintenance des voies et des trains aussi bien que salariés préposés à l’information aux voyageurs. Après avoir demandé plus de précisions à l’une des personnes présentes, il m’est possible d’affirmer que cela représenterait ainsi pas loin d’un tiers des effectifs de la SNCF.

Enfin, le syndicaliste termine en déclarant que si un vote devait se voir une fois de plus bafoué, « on n’hésitera pas à faire constater ça par un huissier ». Assertion suivie d’un tonnerre d’applaudissements.

À ce moment, un cheminot s’approche de moi et me demande si je travaille pour la presse. Peu convaincu par ma réponse négative, il insiste en désignant mon carnet, sur lequel je gribouille ce que j’entends. Après lui avoir expliqué que je comptais faire un reportage pour une revue en ligne, il me dit qu’il aura quelque chose à me raconter juste après les prises de parole. Les discours des délégués syndicaux s’enchaînent : discours techniques sur la dette de la SNCF, sur les moyens de mener la grève… Tandis que tout le monde assure qu’« il y en a marre », cette bonne entente s’envole dès qu’il est question de stratégie.

… et AG transversale

Les délégués syndicaux finissent par passer le micro à l’assistance. Un léger moment de flottement s’installe avant qu’un premier cheminot se décide. Puis un deuxième. Enfin, la parole se libère et n’est plus seulement syndicaliste, ou du moins syndicalisée. L’un d’eux évoque notamment une arrestation qui s’est faite la veille, après la manifestation, par la BAC. Je ne saisis pas le nom de la personne, mais je comprends qu’il s’agit d’une militante toulousaine bien connue, et lorsqu’après l’AG, je vais le voir afin qu’il me donne son nom — Aurélie-Anne Thos — une femme présente près de nous m’explique en détail l’arrestation, qu’elle a vue de ses yeux. Elle me raconte qu’elle a vu plusieurs membres de la BAC se diriger vers l’étudiante, la pointer du doigt explicitement, pour enfin la conduire à l’écart de la manifestation. Le soir même, le pouvoir parlera « d’exhortation à commettre un délit ». Accusation qui, semble-t-il, a depuis été requalifiée en simple « outrage ». Lorsque je fais remarquer à cette personne qu’il s’agit presque de ce que l’on pourrait qualifier de police politique, elle m’arrête et me rétorque : « Pas presque. On est dedans. Totalement. »

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« Il faut aller à la rencontre des gens, dans la rue. Je ne connais pas encore l’issue du scrutin, mais je pense qu’on fera grève dimanche [8 avril] et, plutôt que de rester chez nous, allons sur les places discuter avec les gens, les sensibiliser. Faut casser la distance entre les gens et nous. Ce n’est que de cette manière qu’on fera pencher la balance et qu’on parviendra à atteindre une masse critique de soutiens suffisante pour faire infléchir le pouvoir. » Lorsque les gens ordinaires s’adressent à d’autres gens ordinaires, ces derniers – de manière totalement instinctive – ne manquent jamais d’en appeler au bon sens. À tort ou à raison. Or, en pareil cas de figure, il est évident qu’il convient au premier chef de dé-cloisonner le mouvement social et d’aider à ce qu’étudiants et cheminots se rencontrent, étudiants et cheminots certes, mais aussi les personnels hospitaliers, les éboueurs, les militants associatifs… En un mot, tous ceux qui sont attaqués de manière violente par le gouvernement Macron. Aussi vrai que le macron désigne une particule d’une taille de l’ordre de celle d’un grain de poussière, la tâche qui nous incombe est de comprendre que son pouvoir est de fait limité à ce qu’il incarne, c’est-à-dire peu de choses, que son autorité est remise en cause depuis le début puisque nous avons affaire à un président mal élu, et par défaut qui plus est ; et que nous aurions tout à gagner à le lui rappeler. Tandis que j’échange à ce propos avec une femme à côté de moi, j’entends d’une oreille la personne qui tient le micro rappeler l’existence d’une cagnotte en ligne destinée à soutenir financièrement les cheminots. J’accorde toute mon attention à ce qu’il dit, tant ce qu’il relate est d’une importance cruciale. Ce financement participatif, puisque tel est son nom, a atteint à ce jour la somme de 400 000 €. Ce n’est pas rien. La somme est colossale, et elle n’a pu le devenir que parce qu’un nombre conséquent de gens ont mis la main à la poche. Ce qu’indique une personne proche de moi dans l’assistance : « Faut que les gens nous aident. La direction va tout faire pour tirer les salaires vers le bas pendant la grève, ou pour ne pas les payer du tout. C’est primordial que les gens soient là. Faut qu’on se mette en contact avec les acteurs du mouvement social. Pas que pour le pognon. Une cantine solidaire, par exemple, ça aurait de la gueule. »

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La prise de parole suivante est sans doute celle qui aura été la plus applaudie. « Je suis déçu de pas avoir connu 1995. » La date demeure vivace dans la mémoire des cheminots : avec trois semaines de grève non-stop, la France connaissait alors son plus grand mouvement social depuis mai 1968. L’attaque gouvernementale d’alors, c’était le fameux « Plan Juppé ». Une volonté de boucher le trou de la Sécu (la Sécurité sociale a ceci de particulier qu’à en croire le discours patronal et politique, elle est née trouée : les physiciens ne manqueront pas d’y trouver un objet d’étude intéressant), via un allongement de la durée de cotisation pour les fonctionnaires, des frais d’hospitalisation moins bien remboursés, et toute une série de mesures antisociales que ne renierait pas la bande à Macron. À ce joyeux projet humaniste s’ajoutait celui de restructurer la SNCF, avec la fermeture de gares et de lignes non rentables. Déjà. « Vous avez été forts en 1995. J’en vois là, qui l’ont faite, la grève de 1995. Il faut recommencer. Il faut qu’on ait notre 1995 à nous. Que les cheminots de demain se disent la même chose que ce que je me dis aujourd’hui : “j’aurais aimé connaître le mouvement de 2018”. » Coup double pour ce cheminot : faire reposer la lutte sur un socle historique en appelle à la nostalgie, et donc, à ce qui est éternel pour le cœur ; tandis qu’exhorter les cheminots d’aujourd’hui à reproduire, voire à amplifier, le combat d’alors, revient à en appeler à leur fierté, à ce que les tripes d’un homme contiennent de plus combatif.

« Lorsqu’un cheminot fait ses courses, il passe devant une caissière qui est une travailleuse, et lorsque celle-ci prend le train, elle a besoin de ce cheminot même : qu’on ne s’y trompe pas, nous sommes tous des travailleurs et ce que Macron attaque, ce sont bien les travailleurs. Il faut rappeler cette évidence : il faut faire de la pédagogie ! »

S’avance alors sur l’estrade un homme aux longs cheveux détachés, le visage barré d’une épaisse paire de lunettes. Originaire d’Italie, il dit ne savoir que trop bien ce qu’implique une bataille du rail perdue ; là-bas, le réseau ferroviaire est dans un état de délabrement avancé et les usagers sont confrontés à de multiples incidents. Il embraye sur la nécessité d’union, et la façon de construire cette convergence, rappelant que : « Les patrons et les hommes politiques, ils la font, cette convergence, eux. » Convergence qu’il pratique dans les faits, puisqu’il est venu avec d’autres étudiants en lutte distribuer des pains au chocolat (… des chocolatines, toutes mes excuses) et du café aux cheminots.

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Enfin, l’homme avec lequel j’avais attendu prend la parole, et après avoir indiqué à l’audience qu’il est un retraité de l’Éducation nationale, il dresse le parallèle entre la situation des cheminots d’aujourd’hui et ce qu’avait connu le Royaume-Uni lorsque Margaret Thatcher avait affronté une grève des mineurs − qu’elle avait remportée. Cette grève eût une importance cruciale, qu’elle conserve encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif anglais et dans leurs pratiques de lutte. Rappelons brièvement ce qu’il en fut : dans les années 1970, le Royaume-Uni est le mauvais élève européen. Les grèves se succèdent, concernant tous les milieux professionnels : dockers, électriciens, postiers, mineurs… Au début des années 1980, un projet de restructuration des mines est avancé. Trop chères, pas assez rentables, et produisant un charbon dont le coût est excessif : le parallèle avec 2018 est facile à établir. Commence alors la grève la plus longue que le Royaume-Uni ait connue depuis 1926. Margaret Thatcher ne lâche rien, consciente qu’il s’agit là d’une occasion unique de défaire le « socialisme non démocratique », c’est-à-dire le syndicalisme, après avoir vaincu le « socialisme démocratique » dans les urnes. À l’époque, on a comptabilisé près de 33 000 piquets de grève. Les affrontements sont nombreux et résultent de la stratégie d’Arthur Scargill, un militant syndical, basée sur les « flying pickets ». C’est un système ingénieux : les grévistes qui en faisaient partie étaient choisis parmi ceux qui avaient une réelle connaissance des luttes, sur le terrain, et étaient payés par le syndicat même. Qu’importe : l’opinion publique assiste au spectacle d’affrontements d’une rare violence, et dans le même temps, ne ressent pas dans sa chair l’arrêt du travail des mineurs. En effet, le pays continue de fonctionner, malgré la grève. Les dégâts sont alors irréversibles. Dix mille défections chez les grévistes en 1985. Cela s’amplifie, et finalement, la grève cesse brutalement en mars. Les mineurs n’ont rien obtenu, et tout perdu : la culture de la grève a disparu dans le Royaume-Uni et les mineurs perdent tout simplement toute visibilité politique. Le journaliste Owen Jones parlera ainsi du « chant du cygne du mouvement ouvrier britannique ». Est-il utile d’insister sur l’enjeu symbolique que revêt alors la lutte menée aujourd’hui par les cheminots français ?

Cela étant dit, qu’on ne s’y trompe pas : si la bataille du rail est cruciale afin de faire reculer – pour les plus frigides – le gouvernement Macron (d’autres parlent de le faire tomber), elle est dans le même temps savamment mise en spectacle par ceux-là mêmes qui en profitent pour multiplier les attaques envers le corps social dans son ensemble. Rappelons que la ZAD est aujourd’hui même (le 9 avril 2018) évacuée de façon totalement illégale, à l’aide d’un dispositif militaire inouï, par le pouvoir en place. Rappelons également que dans la configuration qui est alors la nôtre, il serait plus qu’intéressant d’unir symboliquement et physiquement zadistes, habitués aux pratiques de lutte, et cheminots. Des passerelles doivent se faire, afin que la résistance s’organise et soit à même de durer. Rappelons que le taux de suicide chez les paysans est abrutissant, au regard du pourcentage de la population qu’ils représentent de nos jours. La logistique zadiste, l’appui alimentaire des paysans, et la connaissance des luttes des cheminots : voilà un trio qui aurait de la gueule, à n’en pas douter !

Le retraité de l’Éducation nationale rappelle ensuite qu’il ne faut pas « laisser les cheminots seuls ». Ce qu’il expose avec une brillante analogie : « Lorsqu’un cheminot fait ses courses, il passe devant une caissière qui est une travailleuse, et lorsque celle-ci prend le train, elle a besoin de ce cheminot même : qu’on ne s’y trompe pas, nous sommes tous des travailleurs et ce que Macron attaque, ce sont bien les travailleurs. Il faut rappeler cette évidence : il faut faire de la pédagogie ! » Qui lui donnera tort ? Il s’agit bien d’une guerre de classes, et nul besoin d’emprunter le matériel marxiste et d’en utiliser le langage théorique pour comprendre que les plus riches s’en prennent aux plus démunis.

La dernière intervention est celle d’un usager. Il propose de créer un collectif d’usagers, qui pourrait aider à la distribution de tracts ou à d’autres tâches ingrates mais d’une impérieuse nécessité. Les cheminots opinent du chef, une fois de plus. Le micro, enfin, est lâché. Les délégués syndicaux appellent à voter pour la suite du mouvement, et tout le monde se dirige vers les boîtes en carton prévues à cet effet. Je note d’ailleurs que lors de ce vote, chacun vote dans une boîte séparée, selon son affiliation professionnelle : TER, EIC… Ce qu’une personne ne manque pas de souligner : « Il s’agit de créer des moyens d’assembler un mouvement hétérogène et le chemin emprunté lors des votes semble ne pas s’y engager. Il faut qu’on en parle entre nous, le système du vote doit impérativement être repensé. Les syndicats sont nécessaires, puisqu’ils disposent d’outils pensés en vue de ce type de bataille, mais il faut que le mouvement dispose d’une réelle autonomie et surtout, qu’il dépasse le cadre strict desdits syndicats. »

Je retrouve alors la personne qui était venue vers moi. Ce qu’il m’explique, je ne l’avais jamais entendu dire auparavant dans le cadre de la SNCF. Il me raconte comment son entreprise n’hésite pas, pendant les grèves, à faire appel à la main-d’œuvre étrangère des filiales qui viennent de fait travailler sur les sites français. Une guerre de classe, disais-je. Tandis que le dépouillement est en cours, j’écoute avec attention les discussions autour de moi. Elles ne disent qu’une chose, même si elles le disent de façon parfois différente : les cheminots sont décidés à ne rien lâcher. Ils sont conscients de l’importance symbolique de la lutte qu’ils mènent. J’ai entendu beaucoup d’entre eux dire qu’il était impératif de tenir afin que le gouvernement ne prenne pas le risque d’attaquer les retraites une fois de plus. Je tiens tout de même à souligner un dernier point : je n’ai entendu aucun d’entre eux parler de ses privilèges. Je n’ai vu aucune Rolex. J’ai vu des gens en colère fumer des cigarettes roulées, et je n’ai vu personne allumer un cigare en évoquant la retraite qu’il prendrait à La Baule. Si vous le pouvez, rendez-vous en AG.

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6 réponses »

  1. A mon avis, l’opinion publique « risque » dans ces douze prochains mois de se faire entendre. L’action légitime des cheminots aurait tendance à réveiller la population, elle est donc un point de départ. Il n’est pas question du succès des cheminots mais de celui de la majorité des français. En ce qui concerne le sujet mafieux qui est évoqué dans « 15 ANS DE MAFIA », c’est un autre combat qui s’engage mais qui peut avoir une incidence sur la liberté des français. C’est celui du « système » qui trouve dans la nouvelle classe politique une proie de choix. La méconnaissance des réseaux en France et du bouleversement de l’équilibre que cherchait « l’ancienne classe politique » est un handicap supplémentaire pour ceux qui pensent tout maitriser. A suivre donc … sans se faire d’illusion.

  2. Un nouveau Mai 68? Espérons que non, si c’est pour accoucher de « penseurs » à la Cohn Bendit. Mais un Mai 2018 pour faire renaître une république sociale digne d’un programme du CNR amélioré, alors oui. Les luttes actuelles, en plus de celle des cheminots, ne peuvent que le constater chaque jour, de plus en plus: elles affrontent le totalitarisme de l’UE, « construction » gérant en nos colonies l’immondialisation capitaliste. De nos jours, même réclamer du PQ pour les chiottes, c’est faire face à cela. Faire face à une « Europe » qui a parfaitement atteint ce qu' »elle » visait: imposer le droit des actionnaires à disposer des peuples. Reconquérir souverainetés populaire et nationale est donc une nécessité pour tous les peuples et encore plus pour les travailleurs et l’action syndicale.
    Méc-créant.

  3. tant qu’on auras pas sortis nos flingues les choses se termineront « as usual  » et ce flingue qu’on auras pas sortis ils nous le fourrereons dans le cul !

    • Pourquoi faire couler le sang ? Je doute fort d’une Révolution mais ce qui pourrait marcher se serait de séquestrer l’Assemblée nationale vu que les séquestrations de patrons fonctionnent pas mal dans les conflits sociaux.

      • RECOMMENCER APRES …CONNERIES.la seule chose qui pourrait , eventuellement , ne pas recourir aux flingues c’est la fessée cul nu pour les delinquants elus , et televisé !

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