Politique

Conversation avec un macronien : plongée hypnotique dans l’extrême-centre

Il y a un peu plus d’un an, nous publiions au Comptoir un portrait d’Emmanuel Macron, alors banquier-ministre et déjà responsable de plusieurs saillies verbales ne laissant guère d’équivoque sur sa vision du monde. Dès sa nomination à l’Économie en 2014, nous avions compris que, derrière le visage de ce Ryan Gosling en solde, se cachait l’une des arnaques politiques les plus rondement menées de notre temps. Afin de comprendre l’engouement qu’il suscite – et aussi un peu par masochisme –, Noé Roland a lancé une discussion avec une connaissance qui soutient sa campagne avec ferveur. Reportage au cœur de l’extrême-centre.

La candidature de Macron à l’élection présidentielle de 2017, bien vite adoubée par les grands médias, a fini de me convaincre que ce parvenu était bel et bien notre ennemi politique numéro 1 pour cette prochaine échéance politique. Parce qu’il se présente comme le candidat de l’Europe avant tout. Parce qu’il souhaite intensifier le libéralisme dans tous les domaines. Parce qu’il est en passe de rassembler les libéraux de droite et de gauche au sein d’un grand mouvement anti-populaire. Et enfin – et c’est peut-être encore plus inquiétant – parce qu’il semble jouir d’un écho favorable, souvent au prétexte que l’hégémonie culturelle de la droite et de l’extrême-droite n’autoriserait personne à faire la fine bouche. Le schéma de pensée est simple – et même simpliste : face à la faillite d’un Parti socialiste moribond et à un Mélenchon jugé trop radical, voter En Marche, « c’est moins pire, quand même ». Voilà, en gros, le théorème électoral qu’on entend déjà bruire dans certaines bouches, et le vote utile qu’on nous sermonnera de respecter d’ici quelques semaines.

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Il y a quelques jours, je parcourais un article de Gaël Brustier paru sur le site Slate, qui présentait Macron comme « l’intellectuel organique du nouveau capitalisme », à savoir celui des jobs à un euro, d’Uber et des délires numériques de la Silicon Valley. L’ambition du candidat serait donc de développer un nouveau discours idéologique – on pourrait même parler d’une nouvelle mythologie – permettant de régénérer notre système capitaliste en bout de course, en tentant d’amener les masses à adhérer à une forme renouvelée de ce dernier. Après lecture, j’ai eu envie de discuter de cet article avec quelqu’un, mais pas nécessairement quelqu’un qui aurait été d’entrée d’accord avec moi. C’est alors que j’ai pensé à solliciter Daniel, l’ex-colocataire d’un de mes meilleurs amis (et dont le prénom a été modifié). On s’est croisé deux ou trois fois lors de festivals ou chez lui, notamment un soir au cours duquel nous avions eu un échange cordial mais vigoureux sur l’Union européenne et la place des États-nations en son sein. Je n’étais pas d’accord avec lui, et je ne le suis toujours pas. Épisodiquement, on s’adonne d’ailleurs toujours à ces vaines joutes verbales qui parsèment les “murs” Facebook.

Désormais colleur d’affiches et distributeur de tracts pour Emmanuel Macron dans un département du sud de la France, Daniel m’apparaît comme un bon adversaire politique, en cela qu’il a ce que l’on peut appeler une vision du monde. J’ai donc décidé de lui envoyer l’article de Brustier et d’entamer une conversation par écrans interposés, dont je vais tenter de vous transmettre l’essentiel en vous garantissant d’emblée un relatif manque d’objectivité.

Contre l’État et les syndicats, en marche pour plus de liberté aux patrons

D’entrée, Daniel s’avère plutôt d’accord sur un constat : Macron tente bel et bien de faire venir vers lui les déçus du PS ou de LR, cassant le bipartisme sauce Ve République. Les rats quittent le navire, comme on dit. C’est d’ailleurs ce qui le déçoit un peu, mais il paraît ne pas en tenir rigueur au candidat, qu’il qualifie vite de « sincère ». Je me sens alors obligé de répondre.

©Catoune

©Catoune

Moi : « C’est bien justement sa sincérité qui fait de lui mon ennemi politique ! Le mec tente quand même de créer une sorte de front libéral afin de casser notre système de protection sociale, ça se voit bien qu’il s’en fout du bien-être de la majorité ! »

Daniel : « Sauf que notre système n’est pas libéral ! La crise des subprimes, par exemple, a été en grande partie causée par une intervention de l’État dans le marché de l’immobilier. »

Moi : « Notre système est néo-libéral, et l’UE et Macron nous dirigent vers l’ultra-libéralisme. Ça fait des années que les libéraux et les libertariens tentent de convaincre tout le monde que la France est un pays quasi-communiste. Il n’en est rien, et c’est pas parce que les recettes libérales sont appliquées durement partout ailleurs qu’elles doivent nécessairement s’imposer chez nous. Tu tombes dans le piège du relativisme qu’ils nous tendent. Quant à la crise des subprimes, elle a été créée par un système qui repose sur de l’argent fictif avant tout. »

Daniel : « Mais les communistes disent aussi qu’on vit dans un système libéral, ce qui est faux. Il y a collusion d’intérêts entre des grands patrons qui possèdent le capital et des gouvernements qui verrouillent le système. On ne sera pas d’accord, car pour toi, la solution c’est plus d’État, pour moi, c’est moins d’État. »

Nous voilà donc au cœur de la pensée macronienne, dont le fait premier est une méfiance envers l’État. Rien de neuf sous le soleil, jusque-là, puisqu’on nage en plein dans les théories des néo-libéraux Hayek et Friedman. Certes, l’État n’a pas que des qualités – les manifestants contre la loi Travail, dont j’ai fait partie, en savent quelque chose – mais doit-on, pour autant, jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Moi : « Plus d’État, plus d’État… Pour le moment, on va dire. On vit une crise effroyable, c’est pas le moment de laisser les gens se démerder seuls et généraliser l’auto-entrepreunariat. Moi, je suis davantage pour l’autonomisation progressive de communautés réduites (à l’échelle d’un État, d’une région, d’un village… qu’importe). Je me positionne clairement contre la mondialisation économique, parce que la théorie libérale ne peut pas fonctionner pour et entre des pays qui ont des histoires et des économies différentes. Et je ne vois pas pourquoi il faudrait abattre toutes les protections que notre système a mis en place pour s’harmoniser avec les autres. Et puis, ce qui intéresse Macron, ce n’est clairement pas la France, c’est l’Europe dont il rêve de faire un espace sur le modèle américain. Ça fait des mois qu’il est cul et chemise avec le Medef et qu’il appelle à créer une Silicon Valley en Europe pour contrer Google : c’est ça, son utopie à lui. »

Daniel, tentant de noyer le poisson, lâche alors cette phrase hallucinante : « Je ne peux pas te laisser dire que le Medef est libéral. C’est un syndicat qui défend les intérêts du patronat, point. Tout comme la CGT défend l’intérêt de ses cotisants. La CGT n’est pas le Parti communiste pour autant. Regarde FO à Marseille, ils savent très bien s’arranger avec Gaudin quand ils en ont besoin. Ne compare donc pas un syndicat à un parti. »

Moi : « Le Medef est le syndicat des grands patrons, il ne défend pas les intérêts du petit patronat. Ils n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent. Ensuite, dans ce que tu dis, tu fais totalement abstraction de la lutte des classes : il est bien évident que le Medef a un intérêt certain à travailler avec les puissants et les partis politiques. Tout comme la CGT, d’ailleurs, sans doute, c’est une simple question de rapport de force. Tu es pour la fin des syndicats ? C’est quand même l’une des dernières armes qu’il nous reste pour faire respecter un tant soit peu le Code du travail, même si elle n’est malheureusement plus prise au sérieux par le plus grand nombre. »

Daniel : « Non, je ne suis pas pour la fin des syndicats, mais pour qu’on reprenne conscience de leur nature. Le parti politique défend des intérêts généraux, le syndicat des intérêts particuliers. En France, ce sont les syndicats qui écrivent le Code du travail, et c’est une dérive. »

Fait marquant numéro deux dans la pensée macronienne : la méfiance envers les syndicats, donc.16422289_1823373847922797_914755451081829565_o

Contre le collectif, en marche pour plus d’individualisme

Moi : « Mais du coup c’est mieux de laisser Macron exploser le Code du travail, c’est ça ? »

Daniel : « Je n’ai jamais respecté le Code du travail dans ma vie professionnelle, pas même une seconde. C’est un texte qui peut s’appliquer à certaines catégories fragiles, mais pas uniformément à toutes les branches, c’est absurde. Et les syndicats n’en ont rien à foutre des travailleurs, ils ne bossent que pour ceux qui sont syndiqués et font la loi dans les entreprises. »

Moi : « Mais quand tu regardes, il y a toujours eu la loi et une pratique de la loi, non ? Dans et hors travail, c’est pareil : c’est pas pour autant qu’il faut cracher sur les syndicats qui ont justement la mission de défendre les travailleurs. En fait, tu inverses totalement le problème : évidemment que plus personne n’est défendu par les syndicats si personne n’est syndiqué et s’y intéresse. Et puis, même sans parler de loi et de syndicalisme, il y a dans la nature humaine des personnes qui cherchent à écraser et d’autres qui se font écraser. En France, la culture syndicale est moribonde, mais c’est pas un prétexte pour ôter tout moyen d’action à la seconde catégorie ! »

Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage…

Daniel me répond : « Tu as un tel mépris pour l’homme… »

Moi : « Rien à voir avec du mépris, c’est de la lucidité ! J’ai juste conscience que l’âme humaine est ambivalente. L’homme est capable du meilleur comme du pire, lis Dostoïevski, tu comprendras… »

Daniel : « Toi, tu souhaites forcer le meilleur : tu veux contraindre l’homme à être bon. Moi, je fais un pari : je laisse le choix à l’homme d’être bon ou de ne pas l’être. En pariant sur le fait qu’il fera le bon choix. La dérive capitaliste que tu pointes est liée à ça : une déresponsabilisation des responsables dans les structures. Face à un vrai choix, l’homme, s’il est responsabilisé, fera le bon choix, s’il entretient un rapport humain avec la personne concernée par le choix. »

On attaque là les fondements philosophiques du libéralisme : une quasi-divinisation de l’individu, marqueur très fort de la pensée économique depuis toujours, qui s’est, d’ailleurs, considérablement infusée au PS depuis les années 1980. Ce qui dérouterait sans doute jusqu’au philosophe Jean-Claude Michéa, c’est que ce libéralisme-là tente de revêtir un visage humain : l’homme est bon par nature, et toutes les structures doivent être explosées pour lui permettre, enfin, d’accomplir le Bien sans entraves. Une sorte de champignon hallucinogène qui permet un éternel déni de réalité.

Moi : « Tu mets de côté la question des rapports de force réellement existants et l’individualisme rampant de nos sociétés. Ta théorie marcherait si tout le monde était capable d’avoir une éthique personnelle, si on avait une morale commune, mais on en est loin. Regarde, elle ne marche même pas aujourd’hui, alors qu’on est supposé vivre dans un pays qui prône la fraternité dans sa devise. »

Daniel : « L’étatisme a contribué à détruire cette morale commune et n’a jamais réussi à la créer ! »

Moi : « Faux. Le libéralisme a tué toute idée de morale ou d’éthique parce qu’il a basé toute sa philosophie sur le fait que Bien et Mal n’existent pas, sur un refus de choisir. Pour moi, cette façon de relativiser ne peut qu’attiser les plus bas instincts de l’Homme, à l’exact inverse de la société bisounours que tu me décris. Qu’est ce qui permettrait aux individus de faire le bon choix ? Qu’est-ce qui les empêchera de se dire : “Personne ne me regarde, je peux faire toutes les saloperies que je veux” ? »

le-style-margaret-thatcherDaniel : « Non, le libéralisme, ce n’est pas ça. C’est encourager l’homme à développer ses bonnes vertus : responsabilité, honnêteté, mesure, prévoyance. Les individus feront des choix guidés par leurs intérêts. Peut-être qu’ils se tromperont, mais ils essayeront de faire au mieux. Et dans une société, faire au mieux, c’est s’adapter aux autres. »

Depuis vingt minutes, Daniel fait montre d’une mauvaise foi fantastique. Une des caractéristique de l’électorat Macron ? Sans doute pas dans sa majorité, mais force est de constater que l’ancien ministre de l’Économie est entouré de quelques idéologues qui repeignent l’Histoire en rose pour assurer un bel avenir aux banquiers. Margaret Thatcher, héroïne néo-libérale des années 1980, ne disait-elle pas que « la société n’existe pas » ?

Daniel reprend : « Si tu fais des saloperies, tu finis seul, triste et pauvre. Personne, au fond de lui, n’a envie de finir comme ça. Faire selon les intérêts de chacun, c’est faire selon son propre intérêt. Là où je bosse, suivre mes intérêts, c’est bien bosser, bien répondre aux attentes des chercheurs, ne pas faire ce que je veux. »

Moi : « Oui mais tu rapportes tout à toi, là. Tu es peut-être quelqu’un de bien, et je suis sûr que ta théorie fonctionnerait s’il n’y avait que des gens comme toi, mais tu sous-estimes la noirceur de l’âme de certains humains, ou au moins, leur appât du gain ! »

Daniel : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui portait cette noirceur. Des gens tristes, aigris, oui, mais personne de véritablement méchant. »

Moi : « Tu te mets des œillères ou quoi ? On en rencontre tous les jours. Ton candidat est un candidat bisounours et passe-partout. »

Nouvel argument stupéfiant de Daniel : « C’est un candidat qui croit en l’homme. Si tu penses que l’homme est mauvais, je suis triste pour toi. »

Voilà votre serviteur rejeté vers la fange des pessimistes, des bas-du-front, des Schtroumpf grognon, ceux qui ne savent pas se réjouir des petits plaisirs de la vie et qui créent sans arrêt des histoires.

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Moi : « Tous les candidats te diront qu’ils croient en l’homme, c’est pas un argument. C’est même une des pires esbroufes que j’aie entendues pour parvenir à faire passer un programme foncièrement injuste et anti-humaniste, qui déteste l’homme et ses travers, qui veut mettre fin aux métiers, aux corporations, à tout ce que l’homme a créé depuis des siècles ! On ne fait pas d’humanisme en faisant table rase de tout. Un candidat comme Mélenchon – avec les réserves que j’entretiens sur certaines de ses positions – est tellement plus intéressant, avec sa volonté d’imposer un seuil d’enrichissement maximum, par exemple. Ça ne me paraît pas aberrant à l’époque dans laquelle on vit, qui est une époque d’illimitation. »

Daniel : « C’est inapplicable dans le monde dans lequel on vit. »

J’ai senti comme un fléchissement à ce stade de la conversation. Comme un doute, qui a provoqué son utilisation de l’argument définitif du « There is no alternative ».

En marche pour quelle alternative ?

Moi : « Bien sûr que c’est applicable. Il faut avoir la volonté de le faire et avoir le courage de dire que c’est foncièrement immoral de vouloir devenir milliardaire quand d’autres crèvent dans la rue. Macron dit tout le contraire : voilà pourquoi c’est peut-être mon pire ennemi politique par les temps qui courent. Bref, si jamais Macron était notre prochain président, par pitié, aiguise ton esprit critique, tu en auras besoin ! »

Daniel : « Il n’a jamais été question de le perdre ! Quand il commence à faire de la démago de bas étage sur certains sujets, ça me saoule. Quand il s’entoure de jeunes aux dents longues sortis de Sciences Po en faisant passer ça pour du renouvellement, ça me saoule. Mais je ressens une fraîcheur dans l’approche des problèmes de société qui renvoie dans les cordes tous les apparatchiks que j’ai pu côtoyer dans mon engagement. »

Enfin une faille dans le tableau idyllique que Daniel me peignait depuis quelques dizaines de minutes. Une faille très éloquente, puisque mon interlocuteur m’avoue ici à demi-mot que tout cela n’est qu’une question de style, de « fraîcheur », une manière d’être. Et sans doute que tous les arguments qu’il a évoqués depuis le début sont de bonne foi. Sans doute croit-il vraiment que Macron est l’homme de la situation. Mais il finit tout de même, malgré lui peut-être, par revenir à la raison : non, derrière la façade humaniste s’entretiennent les sempiternelles tractations politiques entre clones.

Moi : « Mais regarde de qui il s’entoure déjà : tous les ratés de gauche et de droite le rejoignent. Tu peux y ajouter Minc, Attali, et pas mal de businessmen. Je suis sûr que même les candidats à la primaire PS le rejoindront, d’ailleurs. Ça va être un carnage s’il est élu ! »

Daniel : « J’espère qu’il arrivera à les dégager. J’ai d’ailleurs été approché par un candidat PS, soutien de Valls : j’ai été naïf au début, l’approche de ces gens-là est infecte. Mais j’ai confiance en Macron : il est suffisamment malin pour ne pas se lier les mains avec des crevards dont le candidat n’aurait pas gagné la primaire. Il est vraiment très fort. »

Moi : « Tu le mets sur un piédestal! »

Daniel : « Il recrutera du neuf et du moins neuf aussi, sans doute, mais je pense qu’il est sincère. »

Moi : « La sincérité se monnaye une fois les élections passées, tu verras… »

Deux visions du monde diamétralement opposées venaient de s’affronter. La mienne – conserver les structures existantes en les améliorant – et celle de Daniel – abandonner au fur et à mesure l’idée même d’État-nation et faire table rase de tous les “archaïsmes” de la société. On retrouve dans ce soutien de Macron les idées-forces de la théorie libérale traditionnelle auxquelles s’ajoute une volonté d’intensifier l’individualisme qui caractérise déjà nos sociétés, en allant vers un pouvoir régalien réduit à néant. Avec un soupçon de culte de la personnalité pour un homme récemment débarqué en politique, qui ânonne de véritables prêches à la gloire de la modernité capitaliste, avec une voix qui oscille entre le timbre d’un petit marquis hollywoodien et celui d’un curé converti aux lois du Marché.

Mon ami se défendait d’être ultra-libéral tout en ayant parfaitement intégré tous les éléments de langage du capitalisme cool, celui que Todd avait dernièrement qualifié de « fascisme rose ». Si « révolution » il y a chez Macron qui aime se décrire comme « progressiste », celle-ci porte à l’évidence les habits neufs de l’idéologie libertarienne.

Comme le dit très justement Gaël Brustier, « il ne s’agit pas d’un jeu électoral lié à une simple ambition personnelle. Emmanuel Macron a une fonction et est chargé d’une mission. » Loin d’être un candidat modéré, l’ancien ami de François Hollande nous promet donc un capitalisme européen sans foi ni loi, qui pourrait advenir par un coup d’État bancaire par les urnes – avant d’installer durablement, sans nul doute, un coup d’État permanent.

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8 réponses »

  1. Encore ! Encore !
    Merci pour ces échanges respectueux trop rares malheureusement, où les idées sont discutées et non disputées !
    Dommage de ne pas être allé plus loin sur le seuil d’enrichissement maximum ! C’est clairement un argument qui a fait basculé quelque chose comme vous le remarquez justement je pense. J’aime insister également sur les principes/valeurs des programmes/idées des candidats plus que sur les propositions précisent qui ont mille fois le temps d’être modifiées une fois au pouvoir : inisister sur le principe de limiter les excès d’enrichissement en période de crise et d’augmentation des inégalités permet de contourner le problème du « ce n’est pas faisable ». Quand on veut on peut, on peut toujours trouver une solution, il faut d’entendre sur l’objectif. Ici clairement Macron ne veut pas de limite et seul Mélenchon en propose une (qui n’est pas déraisonnable il me semble d’ailleurs, applicable je sais pas ce n’est pas mon Jon, moi je vote pour une idée via un candidat). Je serai curieux de savoir ce que votre ami répondrait précisément à cette remarque sur l’idée/le principe.

  2. Salut, je n’ai pas fini la lecture mais il y a un intéressant renversement des opinions , le libéralisme fais justement le pari que l’homme est mauvais mais que le « laisser-faire de marché » permettrait de faire émerger l’intérêt général. Il me semble que votre ami comme beaucoup de libertarien font comme si la société n’existait pas, comme si en ôtant tout obstacle législatif nous pourrions négocier d’homme à homme. Mais cette mythologie a tellement colonisé notre imaginaire qu’elle nous ait devenue indépassable ! Pourtant, les rapports de forces existent et un petit tour dans le monde de la mafia permet de comprendre que le libertarien est bercé d’illusions… Au pire ce sera la guerre de tous contre tous, au mieux ce sera un néo-féodalisme économique où de puissants seigneurs de la guerre économique asserviront le reste de l’humanité car ces seigneurs possèdent déjà presque tout : le pouvoir de création monétaire, la possibilité d’appointer des milices de mercenaires et dans le même temps des cohortes de techniciens et d’avocats qui produisent du droit et de la norme. J’aimerais bien savoir comment ces libertariens vont faire pour casser de tels empires ???? Les Grecs se posent d’ailleurs la question et ils n’ont pas encore de réponse !
    Personnellement, je ne crois ni à l’Etat, ni au marché c’est pourquoi je milite pour une véritable démocratie direct avec tirage au sort parmi l’ensemble des citoyens. Mes sources d’inspiration pour créer les nouvelles institutions qui permettront de générer un nouveau rapport au monde, ni celui des libertariens, ni celui des étatistes, sont david van reybrouk, francis dupuy-déri, jacques testard, dominique rousseau, jacques elllul, rené girard et pour ce qui est des ateliers constituants, étienne chouard.
    Pour clore, les libertariens me semblent fort archaiques en ce sens qu’ils font une confiance aveugle dans une idéologie déjà ancienne et surtout comme dans les religions archaiques, ils ont un bouc émissaire : l’Etat. Abattre l’Etat, ne permetta pas de faire émerger une société des égaux mais renforcera les pouvoirs qui sont en concurrence avec lui.
    J’aime bien faire un parallèle de notre époque avec la Révolution française : https://heseesevileverywhere.wordpress.com/2016/09/22/les-plus-riches-patrons-se-donnent-en-modele-de-vertu-wealthiest-pretend-to-be-virgins/
    pour moi Macron, comme les bourgeois au XVIIIème, cherche à prendre le pouvoir sur les aristocrates de la républiques, vieux dinosaures de la politique et ou du pouvoir économique… bref, pour arriver à leur fin ces nouveaux puissants se font passé pour plus peuple que les autres mais le peuple serait bien trumpé…

  3. Débat qui ressemble à beaucoup de ceux que j’ai moi-même eu. Le noeud du problème étant quand le libéral affirme : « [Ils disent] qu’on vit dans un système libéral, ce qui est faux. Il y a collusion d’intérêts entre des grands patrons qui possèdent le capital et des gouvernements qui verrouillent le système. »

    Pour un libéral, le fait qu’il y ait une caste homogène de privilégiés (multinationales, finance, politique, médias de masse) qui dirige tout et décide de tout, est la preuve qu’on ne vit pas dans un système libéral, puisque la concurrence libre et non faussée n’est plus possible et que l’action individuelle du petit entrepreneur est entravée. Mais quiconque a fait un jour une partie de monopoly comprend qu’une situation de concurrence libre ne perdure jamais. Il y a toujours ceux qui finissent par accumuler plus vite que les autres, créer des monopoles et au final, posséder le monde et en écrire les règles (en empruntant aux autres pour que le jeu puisse continuer).
    Dans le monde réel, le premier tour du Monopoly n’a même jamais eu lieu, car dès le départ, il y avait d’un côté les possédants et de l’autre les exploités. C’est pour occulter cette réalité, et entretenir leur foi délirante, que les libéraux se racontent en boucle les récits légendaires des soit-disant « self-made man », sensés avoir construit par eux-même, individuellement, leur fortune.

    Nous sommes bien dans le libéralisme réellement existant, dans une situation aussi proche que possible de celle voulue par les libéraux. Car le libéralisme qu’ils fantasment est une pure Utopie qui, par définition, jamais ne pourra être.

    Intéressant aussi, de voir que les leaders libéraux sont des gens qui mènent des vies tout sauf libérales : ils bénéficient de passe-droits en tout genre, bénéficient de l’appartenance à l’élite et jouissent de tous les avantages liées à cette appartenance (carrière, capital culturel et financier, réseau important, etc.). Et, comme le constate les Pinçon-Charlot, c’est bien cette caste très jalouse de son collectif, hyper protectionniste pour eux-mêmes, qui prônent l’individualisme forcené et la compétition féroce, aux marées de pauvres travailleurs du monde entier.

  4. Pour mettre un peu d’eau dans le vin du libéralisme, je fais la distinction entre un « libéralisme national » et un « libéralisme mondialisé ».

    Qui peut regretter aujourd’hui la concurrence entre Orange, SFR, Free et Bouygues ? Est-ce que l’emploi, la qualité de vie des français serait meilleur avec un seul acteur France Telecom ? Comment ne pas demander une libéralisation du rail quand je vois la qualité de service déplorable de la SNCF et les prix TGV !
    J’approuve une grande partie des mesures de l’Ifrap sur la mauvaise gestion de l’état et des administrations publiques.
    Je pense que dans pas mal de secteur on manque de libéralisme national : d’où la vision d’un pays communiste qu’il faut libérer.
    Mais tout cela n’est possible car il y a au niveau national une puissante autorité régulatrice qui est l’Etat : code du travail, protection social (chômage, maladie, retraite, sécurité) et environnementale.

    Mais comment continuer a soutenir un libéralisme mondialisé clairement prôné par UE entre autre ? Ou les états sont mis à concurrence sur le social, l’écologie et la fiscalité.
    De ce point de vue, je suis très anti-libéral. Je ne veux pas de routiers d’Europe de l’Est obligé de faire des heures de folie, de ne pas rentrer chez eux le week end… Je ne veux pas avoir dans mes rayons de supermarché uniquement des cornichons indens ou des asperges chinoises… Je ne veux pas du monopole mondiale des GAFAM sur les nouvelles technologies… Je ne veux pas d’une immigration encouragée pour occuper les emplois non délocalisables : restauration, ménage, batiment… ou on sait que la main d’oeuvre sera plus docile (sans compter les problèmes d’assimilation impossible que cela provoque).

  5. @ZZeria « Qui peut regretter aujourd’hui la concurrence entre Orange, SFR, Free et Bouygues ? » Les salariés de France Télécom par exemple, parmi lesquels nombreux se sont suicidés durant les restructurations et l’arrivée d’un management plus « compétitif » dans l’entreprise.

    En fait, c’est facile de faire appel aux consommateurs pour justifier le libéralisme. Mais c’est un peu vite oublier que la plupart des consommateurs sont aussi des producteurs, des travailleurs. Plus les coûts se réduiront, plus le pouvoir d’achat du consommateur sera augmenté par le jeu nivellant de la compétition, et plus la vie du travailleur se durcira, plus se dégraderont ses conditions de travail, plus diminuera sa rémunération, et moins, au final, il pourra consommer. Sans oublier, bien sûr, que le produit/service pâtit énormément de cette mise en concurrence. Vendre un ersatz de mauvaise qualité fabriqué dans des conditions douteuses est toujours plus facile que de vendre un produit de qualité qui respecte l’environnement comme le travailleur qui le produit.
    Le libéralisme ne bénéficie, à la fin, qu’aux propriétaires des moyens de production : ceux qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre.

    Cela ne veut pas dire qu’il faut bannir toute forme de concurrence. Ruskin prônait, par exemple, la régulation des prix au niveau des corps de métiers : ainsi, un même service, qu’il soit bon ou mauvais, serait toujours payé au même prix (ce qu’il appelait « le prix juste », fixé par les corps de métiers). Cette régulation à première vue désavantageuse pour le bon travailleur, l’est beaucoup moins si on imagine que le consommateur choisira plus volontiers, à tarif équivalent, le meilleur des services, laissant le mauvais travailleur désoeuvré.

    Par ailleurs, je ne comprends pas bien en quoi les arguments qui sont valables dès que l’économie dépasse les frontières du pays, deviennent invalides à l’intérieur desdites frontières. Pourquoi privilégier les produits français aux produits indiens ou chinois, si ceux-ci sont moins chers et plus « compétitifs » ?

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