Société

Débat PMA/GPA, comment l’émotion est instrumentalisée

Comme toujours, les oppositions socialistes au Progrès sont mélangées à dessein avec les positions réactionnaires. Une réduction bien instrumentalisée pour cacher la réalité. Les révolutionnaires souhaitent un autre monde et non une réforme de celui-ci. Comprenant que le capitalisme corrompt tout, même le meilleur, les prises de position réellement socialistes ne cherchent pas à cacher la poussière sous le tapis. Dernière mise à jour du système, le post-modernisme s’apparente au « stade ultime du capitalisme ». Une société fragmentée, nerveuse, inégalitaire et irréconciliable dont le « débat » autour de la PMA/GPA est un des révélateurs.

Si la rationalité n’a jamais été suffisante pour comprendre la complexité du réel et le rapport de l’homme à son environnement, elle a permis de créer un langage commun à partir duquel on puisse se comprendre et échanger. La science (même sociale), sans rationalité, ne serait qu’un terreaux obscurantiste d’intuitions et de superstitions. Le froid concret de l’expérience, de l’analyse et de la méthodologie scientifique n’aboutit pas à une objectivité parfaite mais en recherche malgré tout le chemin et, par là même, l’ouvre.

L’universalisme, les questions d’émancipations individuelles et collectives sont un tout cohérent basé sur l’idée d’une égalité fraternelle entre les hommes. Le capitalisme ayant besoin d’individus asservis à leurs désirs, le langage et la culture ont petit à petit pervertis ces éléments d’origine, basculant les sociétés de la raison collective et universelle à « ses raisons », c’est-à-dire ses motivations individuelles. Par là-même, la disparition de la rationalité et de sa rigueur a transformé les sociétés en une foire aux névroses exprimées et assumées, rendant l’homme à la fois tyran et esclave de lui-même, soumis à ses émotions. Elle permet aussi à cette société de tolérer des écarts de richesse qu’aurait indigné Jean-Jacques Rousseau.

« Quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, & nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. » Rousseau, Du contrat social, chapitre XI

La post-modernité a donc transformé nos émotions personnelles en vérités universelles qui permettent au législateur de réglementer petit à petit tous les rapports sociaux en lieu et place d’un regard éclairé sur les situations sociales. Ressentir est un droit, l’imposer aux autres est devenu, pour certains, un métier : on les appelle influenceurs, social justice warrior ou présidents d’association communautaire.

La post-modernité a donc totalement balayé ce rapport (presque) neutre au monde et donc universel et égalitaire qu’offrait la rationalité. Doucement mais sûrement, l’espèce humaine se sépare en plusieurs déclinaisons (faisant songer à la répartition du Meilleur des mondes d’Huxley) qui correspondent au ressenti personnel dans la chaîne de production :

  • L’homo deus (cf. l’ouvrage de Yuval Noah Harari) (les très riches), celui du transhumanisme, qui par le pouvoir de l’argent se transformera au gré du développement technologique en demi-dieu. Et en tant que demi-dieu sont et seront les créateurs ou plutôt les designers du monde ;
  • L’homo economicus (le haut de la classe moyenne), qui calcule ses choix et ses positions au gré de ses intérêts personnels sans aucune vision à long terme ;
  • L’homo communitatis (le bas de la classe moyenne), qui ne peut trouver sens et consistance à son existence que dans l’appartenance à une communauté. On peut voir ici la résultante de l’absence de sens universel qui détourne l’instinct grégaire social de l’homme en une version appauvrie. C’est une position défensive qui ne cessera de s’estomper au profit de ses deux voisines ;
  • L’homo sclavus (les plus défavorisés), une déclinaison d’esclave obligée de servir pour survivre, de s’adapter à toute demande. Ce sont, par exemple, les emplois de chauffeur Über ou de livreur Delivroo.

La PMA/GPA représente un cas d’école qui nous permet d’utiliser notre dichotomie :

  • Homo deus, créateur et fournisseur de la demande en PMA et GPA ;
  • Homo economicus, client ;
  • Homo communitatis, publicitaire ou contre-publicitaire ;
  • Homo sclavus, sous-traitant.

La PMA et la GPA ne sont pas immorales intrinsèquement. Permettre à des individus de pouvoir enfanter malgré des difficultés physiques ou sociales pourraient même être considéré comme une forme de justice comme l’accès au soin pour les plus fragiles. Ce qui peut paraître immoral, c’est le système dans lequel la PMA et la GPA vont prendre place. Très concrètement, on voit actuellement des enfants rendus parce qu’ils ne font pas l’affaire. On voit des mères porteuses qui ne peuvent pas garder l’enfant quand elle change d’avis (les esclaves ne possèdent rien, encore moins le droit de toucher aux intérêts personnels des riches). Les fermes de génitrices sont un exemple de l’horreur siégeant derrière cela. Et cela ne semble pas prêt de s’améliorer.

Ces déclinaisons peuvent être d’ailleurs récupérées pour analyser d’autres domaines comme celui de la haute-technologie par exemple. Dans le cas des téléphones portables, ils enrichissent les puissants, ils facilitent la vie des bourgeois et les esclaves, quant à eux, s’entassent dans des usines et des dortoirs pour les concevoir.

Homo communitatis, le dindon de la farce

Au milieu de ça, homo communitatis s’époumone dans un débat inter-communautaire stérile. Les « tradis » vous diront que la PMA/GPA est contre-nature. Une position hypocrite pour des religions qui ont voué aux gémonies le droit naturel au profit du droit positif. Il n’y a qu’à voir la position de la plupart des religions sur la sexualité et le prêche de l’abstinence pour s’en convaincre.

« La post-modernité a transformé nos émotions personnelles en vérités universelles qui permettent au législateur de réglementer petit à petit tous les rapports sociaux en lieu et place d’un regard éclairé sur les situations sociales. »

Les progressistes quant à eux, vous parlerons de sens de l’histoire, des libertés individuelles (coucou homo economicus), sans même se rendre compte que la GPA conduit à une généralisation de l’emprise d’autrui sur le corps féminin. En effet, la société patriarcale est déjà très pro-GPA puisqu’elle permet aux hommes de s’assigner une productrice de bébés, chose que le matriarcat ne faisait pas. La GPA actuelle n’est donc qu’une généralisation de cette pratique à tous ceux capable de payer et à terme une interdiction à ceux qui n’en sont pas capable. L’une de nos parlementaires, élue par les homo economicus, commencent d’ailleurs à évoquer la possibilité de mettre une barrière économique à l’entrée de la parentalité concernant la PMA. Difficile de tenir une position plus réactionnaire.

Ici, homo communitatis joue le jeu de sa destruction. En ne comprenant pas les forces sous-jacentes, il se condamne à sa disparition en étant confondu avec ces deux catégories voisines sans saisir le rapport de force qui se joue. Les progressistes ne comprenant pas qu’ils font ici le jeu des bourgeois, les traditionnalistes ne comprenant pas le statut de ceux qu’ils défendent. Pour bien comprendre les choses, il suffit d’observer la réversibilité de ces positions. Les tradis seront par exemple contre les minimas sociaux et les progressistes pour. Ils jouent ainsi, à tour de rôle, leur fonction désuète d’opposition droite/gauche à laquelle 75% des français ne croient plus, à raison. De toute façon, homo communitatis est appelé à être aspiré dans l’une ou l’autre déclinaison adjacente. Cette déclinaison s’apparentant à la classe moyenne, son épaisseur déclinera au fur et à mesure que les polarités économiques s’accentueront.

Seule une mutation de cette catégorie, d’homo communitatis vers homo socialis, du combat communautaire au combat social, pourra permettre une vraie résistance de cette catégorie au système qui souhaite la polariser.

Homo deus, le nouveau designer

Il faut surtout comprendre que cette organisation quadripartite ne s’organise pas d’elle-même par le hasard des choses. Elle est la résultante d’un choix délibéré de l’hyper-classe de se détacher du reste de l’humanité. En témoigne, ces quartiers sécurisés aux États-Unis, les Gated Communities, ainsi que les projets de Cité État Offshore pour les ultra-riches. Dans le concept marxiste, il s’agit de la classe bourgeoise.

Au reste, la classe prolétaire se répartie selon ses niveaux de ressource. La classe moyenne supérieur, embourgeoisée, préfère, quant à elle, collaborer avec la bourgeoisie pour en retirer des privilèges. Il s’agit d’Homo economicus. Tout en bas, il y a ceux obligé de collaborer pour survivre, le lumpen prolétariat (homo sclavus), qui également fait peser une crainte de déclassement sur le bas de la classe moyenne. Et enfin, toujours à part, le bas de la classe moyenne (homo communitatis), qui historiquement est celle la plus encline à résister et à porter la révolution. En effet, ne jouissant pas des privilèges d’homo economicus et possédant un peu de sécurité financière, ils ont à la fois la motivation et la sécurité pour se risquer à une confrontation.

« Les progressistes vous parlerons de sens de l’histoire, des libertés individuelles, sans même se rendre compte que la GPA conduit à une généralisation de l’emprise d’autrui sur le corps féminin. »

Il faut donc les manipuler, utiliser cette colère et la détourner sur d’autres sujets. Rien de plus simple, il suffit de faire appel au passé. Les femmes en voudront aux hommes de les avoir asservies dans les tâches ménagères. Les anciens colonisés en voudront aux occidentaux de les avoir esclavagés. Et, « nouveauté zemmourienne », les occidentaux en voudront aux immigrants de les avoir acculturés.

Pendant ce temps-là, le train des réformes antisociales, profondément réactionnaire au sens marxiste, passent. On ne compte plus désormais la longue suite d’acquis sociaux perdus depuis les trois derniers gouvernements, faisant en sorte qu’homo communitatis disparaisse dans ses catégories voisines, devenant ainsi un larbin de luxe ou miséreux. Car au final, c’est bien de cela qu’il s’agit : homo deus utilise son pouvoir pour faire de la vie des autres soit un paradis, soit un enfer, selon leur degré de soumission à leur idéologie, à leur discours et à leur désir.

Bienvenue à Gattaca (1997)

Universalisme, je crie ton nom !

Et pour tout dire, un peu dans le désert. Ce qui apparaît dans le schéma indiqué dans cet article, c’est qu’en l’absence du langage universel que permettait la rationalité, les mots ne nous permettent plus de résister. Arc-bouté sur leur ressenti de classe sociale, les individus deviennent incapables de se comprendre et de pouvoir négocier. Ainsi les sobriquets seront distribués au gré des positionnements par rapport à l’échelle de classe et non par rapport à une relation rationnelle au réel. Ceux montrant du doigt les 1% les plus riches seront traités de complotistes et/ou de populistes. Ceux profitant de leur positionnement social favorable seront appelés bobos et hypocrites. Mais surtout cette absence de rationalité déplace ces questions du terrain politique à celui moral. Chacun considérant que son camp est tributaire du bien et que les autres sont des infâmes malfaisants à faire taire.

« La position socialiste, sur tous les sujets, pourrait se résumer ainsi : refuser que l’homme soit la variante d’un calcul marchand. Une position qui se veut pour tous les hommes et donc universel. »

Le débat pour ou contre la PMA/GPA montre clairement l’absence actuelle de rationalité dans ce discours et comment les masses sont manipulées. Seul les affects comptent et s’entrechoquent naïvement sans aucune forme d’intelligence opérante. Personne n’a à aucun moment écouté les arguments de ses opposants car ça n’a jamais été le but de ces échanges. Tout est fait pour créer de la division et de l’affrontement. La société n’a donc ici pas évolué, il n’y a pas de progrès mais un simple arbitrage. Cet arbitrage sera d’ailleurs remis en question lorsque le bras de fer verra les opposants gagnés. C’est ainsi que l’on peut observer avec l’arrivée de Trump au pouvoir qu’un ensemble « d’avancées » peuvent être défait.

La position socialiste ne peut pourtant pas tolérer une énième réification du corps humain et ceci n’a aucun rapport rationnel avec l’homophobie. C’est seulement le lien d’affect avec la difficulté de procréation des homosexuels qui peut rendre cette position prétendument homophobe. Et les choses ne peuvent alors plus prendre sens s’il s’agit de savoir s’il faut privilégier l’affect des homosexuels, des enfants élevés dans des familles monoparentales (légalisation de la PMA pour les femmes seules) ou des mères porteuses en Inde. Si les choses doivent prendre sens, ce serait de voir l’infâme cynisme de l’esprit marchant s’étendre sur tous ces domaines. Car la vraie raison de l’opposition socialiste à la PMA/GPA, telles qu’elles sont envisagées, tient non pas dans l’opposition à la technologie ou à l’évolution des mœurs et encore moins à un changement des structures familiales, mais au fait que l’on soustrait l’enfant à quelqu’un, au père biologique dans le cas d’une PMA, à la mère porteuse en cas de GPA (PMA et la GPA, bien qu’impactant très différemment les deux sexes, sont de nature équivalente). Cette soustraction sera alors monétisée et permettra une plus-valus aux entreprises vendant ces services. Or, la position socialiste, sur tous les sujets, pourrait se résumer ainsi : refuser que l’homme soit la variante d’un calcul marchand. Une position qui se veut pour tous les hommes et donc universel.

Si les catégorisations sont toujours hasardeuses, elles sont nécessaires pour comprendre les systèmes sous-jacents et la dialectique qui y est à l’œuvre. Il s’agit ici de pouvoir s’observer et par la même de gagner en objectivité sur sa propre situation et celles des autres. Ainsi, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, un socialiste sera pour la GPA : « le jour où une milliardaire acceptera de porter l’enfant d’une femme pauvre ».

Nos Desserts :

 

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2 réponses »

  1. Le propos de l’article PMA/GPA est intéressant et ouvre sur une réflexion pertinente. Dommage qu’il soit rédigé en volapük, ce qui en obscurcit le propos. En français courant, réduit au tiers, avec des concepts identifiables et une syntaxe française ça serait une contribution majeure. Et on voit mal ce que la référence à Zemmour et aux imprécations des bien-pensants vient faire là-dedans. on aurait pu citer l’un des acteurs majeurs de la dérive socialiste F. Hollande, et son compère Valls.

    Cordialement Marco Polli +4179 745 44 89

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  2. « La PMA et la GPA ne sont pas immorales intrinsèquement. Permettre à des individus de pouvoir enfanter malgré des difficultés physiques ou sociales pourraient même être considéré comme une forme de justice comme l’accès au soin pour les plus fragiles. »

    Une femme qui se fait engrosser sans avoir l’intention de reconnaitre le père est un des archétypes de l’immoralité depuis la nuit des temps.
    La PMA pour toutes c’est la même chose avec la différence exorbitante que l’Etat est complice de l’immoralité.

    « Permettre à des individus de pouvoir enfanter » : voir a procréation comme une chose individuelle est immoral car c’est aliéner définitivement l’enfant à la volonté d’un ou plusieurs individus, et par dessus le marché l’aliéner à la technique. Ce qui créera un monde de violence inimaginable.

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