Société

NBA 2019-2020, Superteams vs Superheroes

La NBA (National Basketball Association) a repris cette semaine après un été très mouvementé du côté des transferts. Les équipes présentes sur les côtes Est et Ouest ont particulièrement été gâtées durant la trêve estivale. Un changement peu surprenant quand on connait la polarisation économique des territoires en Occident. Tour d’horizon de ces transformations et de leurs implications sur les évolutions futures de la société dont le basket sert ici d’exemple.

Paul George, Russel Westbrook, Kemba Walker, Anthony Davis, Kyrie Irving, Kawhi Leonard, Lebron James, sept joueurs majeurs (All Star) de la grande ligue, ont rejoint des équipes situées dans de grands centres urbains riches ces deux dernières années. Ils viennent ainsi agrémenter des équipes présentent sur des territoires très peuplés et également gavés d’oseille. Bon nombre d’équipes se sont ainsi vu sinistrées en une paire d’année : Charlotte, Cleveland, Oklahoma City, San Antonio. Seul les Pelicans de la Nouvelle Orléans ont pu s’en tirer grâce à un tirage au sort très chanceux au niveau de la Draft. C’est bien simple : plus aucune ville en dessous du million d’habitants (ou presque) n’est prétendante au titre et certaines n’ont même plus une équipe suffisante ne serait-ce que pour atteindre les Play-offs.

Mais il faut également noter une concentration des talents dans deux équipes de Los Angeles et une de New York. Six des dix meilleurs joueurs de basket au monde jouent dans ces trois équipes. Quelque chose qui ne doit rien au hasard car pour cumuler ces talents très onéreux, il faut en avoir les moyens. Cela nécessite une forte population pour avoir un public conséquent, un territoire économiquement riche ainsi qu’une très bonne couverture médiatique.

Des déménagements également

Cela commence à dater mais l’équipe des Nets présentent dans le New Jersey a changé sa localisation pour rejoindre le désormais quartier chic de Brooklyn en 2012. Cet été, c’est l’équipe finaliste de Golden State qui a quitté la périphérie de San Francisco (Oakland) pour rejoindre le centre-ville avec une magnifique vue sur sa baie.

Des changements savamment orchestrés afin d’attirer un public au revenu bien supérieur et de vendre des places à des prix totalement inabordable pour le commun des mortels. Au nouveau Chase Center de San Francisco les places pour le premier match de la saison sont à 500$ de moyenne, la plus chère à 5000$ et la moins chère à 180$. Pour comparaison, les places à Indianapolis pour le premier match de la saison à domicile sont à 30$ de moyenne, avec 172€ en maximum et 8$ minimum. On peut donc remarquer que la place la moins chère d’un côté est supérieur à la plus chère de l’autre. Cela marque de manière très concrète l’instauration d’une NBA à deux vitesses.

Salle Chase Center dans le quartier de Mission Bay à San Francisco

Mégalopole contre péri-urbain

Ces transformations n’ont rien d’étonnant, elles ne sont que la conclusion logique d’une série de choix politiques plus ou moins diffus réalisés en Occident ces dernières décennies.

L’analyse du géographe Christophe Guilluy concernant la France peut ainsi être transposé sur d’autres territoires européens, voire d’Amérique du Nord. Les grandes mégalopoles attirent toute la richesse vers elles et appauvrissent, en retour, les zones périphériques et le rurales. Avec moins d’argent, moins d’emploi, moins de population, ces territoires n’ont plus aucune attractivité. Ils deviennent des zones désertes totalement abandonnées.

« Au nouveau Chase Center de San Francisco les places pour le premier match de la saison sont à 500$ de moyenne, la plus chère à 5000$ et la moins chère à 180$. »

De l’autre côté, les grands centres-urbains sont pris d’assaut, les populations s’y entassent et le prix pour y vivre ne cesse de grimper. Petit à petit, elles deviennent inabordables et invivables pour une bonne partie de sa propre population.

Le résultat est donc le même pour les citoyens que les joueurs NBA. Ils sont obligés de s’entasser sur le même parquet s’ils souhaitent progresser et les joueurs de second rôle basculent dans un anonymat frustrant en mettant leur carrière en jeu.

Portland et Milwaukee, la résistance

Au milieu de tous ces bouleversements, deux équipes portées par deux joueurs fidèles et intègres cassent la tendance de ces mégas structures. Toutes deux finalistes de conférence l’année dernière, ces équipes portent l’image nostalgique de joueurs collectifs, très engagés auprès de leur franchise et de la communauté locale. Ceux-ci pensent les victoires sur le long terme par la patience et le travail.

Ces deux villes ont pour trait commun d’avoir moins de 700 000 habitants mais surtout d’être connectées en profondeur avec leur périphérie. L’exemple type se trouve à Portland avec le principe des farm-to-table, c’est-à-dire d’un approvisionnement alimentaire provenant de l’agriculture à proximité. Ce genre d’organisation permet aux zones péri-urbaines de ne pas être simplement dépouillées par la ville centre mais, au contraire, de bénéficier de ses capacités économiques.

« Portland et Milwaukee portent l’image nostalgique de joueurs collectifs, très engagés auprès de leur franchise et de la communauté locale. »

Finalement, comme les étoiles, les villes supermassives apparaissent comme des trous noirs aspirant toute la vie autour d’elle lorsque d’autres plus petites et mieux organisées peuvent rayonner sur ses satellites. Espérons que Damian Lillard (Portland) et Giannis Antetokounmpo (Milwaukee), puissent remporter un titre cette année et envoyer un message cinglant d’échec aux « superteam » des côtes américaines.

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