Société

Du bon usage des « stars »

Envoyer Cassel, la sympathique Foresti et, voyons large, quiconque est réputé « star » nettoyer les plages ou désamianter les vieux immeubles serait une excellente mesure. Ceux qui planchent aujourd’hui sur les « programmes » des candidats aux prochaines élections présidentielles feraient bien d’y songer.

Ne revenons pas sur le foin passé de la cérémonie dite « Des Césars ». L’honnête-homme se pique et se piquera toujours de ne tenir aucun compte des orgies dégoutantes de la jet-set, feraient-elles comme celle-là couler des litres de salive et d’encre.

Permettez toutefois quelques remarques générales et de pur bon sens, que l’on est stupéfait de n’avoir à l’époque lues nulle part – ou presque.

1) Somme-t-on les braves gens de s’ahurir toutes affaires cessantes quand, par exemple, deux cantinières ont des mots ? Quand telle histoire de fesses, sordide éventuellement, secoue les coulisses d’un salon de coiffure ? N’est-il pas pénible, insupportable, que le moindre début de rififi chez ce qu’il est convenu d’appeler « people » prenne automatiquement valeur de fait national ? Le Premier Confinement fut paroxysmique en la matière, et l’on se souvient comme la presse s’est instamment souciée de nous donner force nouvelles de Joey Starr ou d’Arielle Dombasle – et comme il a semblé important à d’aucuns de nous décrire dans les colonnes du Monde la vue depuis leur cottage.

2) Pourtant, au fond : Qu’est-ce qu’un acteur ? Un chanteur ? Un comique ? Un présentateur ? Un Youtubeur ? Pas grand chose. Ils n’ont que l’importance qu’on leur donne et on leur en donne trop. Il y a même grand scandale, pensons-y, à ce que chacun consente, comme on consent à la pluie ou au vent, au répugnant traitement de faveur accordé à ces gens. Prestige symbolique indu (nos héros personnels seraient plutôt les pompiers), pognon rutilant (mais que rétribue-t-on au juste ?) et passe-droits de tous ordres… en quel honneur ? Quand ils violent, on leur offre les raffinements d’une polémique sur l’art. Quand ils ont fui une vie ordinaire, ou plus rude (« de quartier », par exemple…), il faut qu’on les admire dans une pose « radicale », oublieux qu’ils sont d’un principe élémentaire : quiconque en croque en est. Oui : revêtir un smoking, une robe de soirée et aller serrer la main molle, se frotter à la joue grasse de ce vilain petit monde, c’est déjà participer, c’est faire corps, tout révolté et provocateur que soit le discours qu’on aura pour l’occasion griffonné.

Un individu sain ne saurait se rendre à la cérémonie des Césars – ou autre sinistre cirque – qu’avec la troupe et muni d’un mandat d’arrêt.

3) Qu’ils réalisent leurs films et jouent dedans, soit. Il y en a même parfois d’un peu bons. Qu’on les laisse également tout leur soûl écrire, chanter, danser, on sait parfois fermer les yeux . Mais que cela ne leur donne pas le droit, pitié, au train de vie immonde d’un Beigbeder Frédéric, cas pioché au hasard. Écrire de méchants livres ne devrait jamais conférer à quiconque le privilège de dépenser chaque soir le revenu médian du pays en cocktails. Pensons un instant, pour nous faire une idée, au salaire d’une ATSEM ou d’un infirmier.

Il faut bien qu’il y ait art, dirons-nous. Certes ! Mais alors rétribué décemment, c’est à dire quelque part entre la disette scandaleuse de certains bons artistes et les milliards concédés aux « people » . Fêtes du cinéma également, du livre, de tout ce que l’on veut et tant qu’on veut, mais sous forme, s’il vous plaît, d’humbles noces où le quidam aurait son couvert.

4) Un gouvernement sage et pondéré mettrait son zèle à ce que les marquis du spectacle cessent sur le champ de se rouler comme cochons dans l’or. Au bon Moyen-Âge, on jetait à l’amuseur des pelures d’oignons, méditons-le. Il fut aussi un temps où l’on ne signait pas les œuvres ; quels bons de géants nous ont donc propulsés jusqu’à l’époque où des téléspectateurs interdits contemplent en grande religion Michel Drucker et ses invités fêter le jour de l’An ? Pire : jusqu’à celle, plus fraîche, des comptes Instagram de gens qui n’ont à offrir que leur lifestyle, admiré, consommé avec gourmandise par des millions d’âmes perdues ?

C’est vrai, on admet, les « stars » nous distraient, et apportent par là – dirait Alain Minc –  quelque plus-value. Mais si maigre ! Il tarde qu’on exige une bonne fois de ces petits messieurs qu’ils participent enfin à la vie de la communauté, qu’ils cessent de se comporter comme ce gros colocataire repu de bière et de pizza qui laisse rangement, courses et nettoyage aux autres, sous prétexte d’amuser la galerie.

Alors, vite : qu’on apporte à Dujardin une serpillière et qu’on mette Despentes à la plonge. Par égard magnanime pour leur possible talent (on est quand même un peu sensible), qu’on leur octroie prioritairement un T3 lumineux aux Tarterets. Un rez-de-chaussée irait très bien.

Et qu’on admette une bonne fois qu’une société qui hisse à de tels sommets économiques et symboliques ses amuseurs publics n’en est pour autant ni plus gaie, ni plus éclairée, ni plus artiste. Loin de là.

Nos Desserts :

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2 réponses »

  1. « Despentes à la plonge », j’adore…
    Que voilà un bon coup de vent dans les bronches. Comme disait mon père « ça mange pas de pain, et ça bouche un trou ».
    Ceci dit, les gens en redemandent et les envient. La roborative révolution attendra des jours plus secoués, de ceux où on a même de quoi se payer l’abo à la Toile, ou une séance de ciné. De ceux où on glisse dans la file des restaux du Coeur. Et même ceux-là ne bougent, peut-être même encore moins que les autres. Situation difficile…

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