Société

Guillaume Meurice : Une endive en colère

Un animal dont raffolent les stations chics : le caustique. On verra assez bien l’oiseau en se rappelant feu Stéphane Guillon… Cynisme emprunté, allure de noceur fatigué, air « je me comprends », propos plus conventionnels qu’un épisode de « Petit Ours Brun », mais enrobés toutefois d’un humour réputé noir. L’usage, quand on fait intervenir le caustique, est qu’il coudoie un présentateur austère (Léa Salamé par exemple) se pinçant les lèvres et frémissant d’une audace « borderline » que lui-même n’oserait pas. Petite mise en scène qui indique que oui, l’auditeur rosissant peut s’enfoncer tout de bon dans son fauteuil et savourer la transgression ; le tour de manège sera d’autant plus ébouriffant que scintillent à l’entrée de la foire tous les labels et licences le certifiant aux normes. Mais voyons un instant un caustique très en vue, Guillaume Meurice, et plus précisément un billet « dérangeant » signé par lui dans Siné Mensuel.

« Je suis un peu grognon », introduit Meurice sur Twitter, laissant chacun reconnaître la lointaine patte de Dieudonné (« taquin »), à qui soit dit ici les comiques volent beaucoup, Foresti et Ferrari les premiers, comme le feraient des pilleurs de tombes (Dieudonné, soit dit encore, qui est tout à fait l’un des leurs, mais disqualifié pour faute de goût et fort chagrin de l’être). On emprunte donc les mimiques d’un répudié fameux, en prenant bien garde d’en désamorcer la charge, et se donne l’air à peu de frais d’un « qui dérange ».

Ne nous étendons pas sur le méchant style d’un papier qui dit entre les lignes, mais au feutre, quelque chose comme « regardez-moi écrire ! Admirez comme je provoque les académismes ! Il y a même des gros mots ! » et doit probablement en épater d’aucuns. Allons de suite au propos.

« Dérangeant » : le lisant, Valeurs Actuelles y est immédiatement allé de son haut-le-cœur, tapant comme c’est sa manière parfaitement à côté – et offrant à Guillaume Meurice une preuve de plus qu’il bouscule un ordre établi qu’on devine fait de militaires, de curés et de pharmaciens. D’ailleurs, l’article s’en prend aux commerçants. On ne se méprendra du reste pas sur les adversaires déclarés (pour ne pas dire affectés, dans les deux sens du terme) de cette « gauche « -là : que Pascal Praud, par exemple, réclame le renvoi de Guillaume Meurice n’est à entendre que comme une des saillies insignifiantes de la guerre Pepsi/Coca.

« Grognon » contre les commerçants, donc, car, dixit, ils « chouinent », appellent à l’aide, eux dont Meurice sait très bien, lui (beau-frère restaurateur ?), qu’ils sont tous acquis aux idées du MEDEF. L’affaire est vite pliée : le petit commerçant, les mains encore sales d’avoir voté Macron, Fillon, sinon pire, exigeant, le salaud, que ses locataires payent leur loyer et que sa maison ne soit pas squattée par des punks, toujours enclin à prôner la responsabilité individuelle et à vomir l’Etat, meurt sous les mesures sanitaires, le dit, proteste, se suicide parfois, et amuse par-là Meurice. Tout cela serait – analysé par Meurice avec ses moyens de Meurice – hypocritement libéral.

« Quelle est la fonction objective d’un Guillaume Meurice ? Souligner des « positions dominantes » factices, caduques ou secondaires pour mieux asseoir les véritables. »

Le libéral veut en effet réduire l’Etat à ses fonctions régaliennes. Il dit que trop d’Etat tue l’entreprise, et par « entreprise », il entend « toute entreprise », ce que disant, il ment. Votre buraliste et Amazon, le patron d’un petit restaurant et Burger King, kif-kif… Quiconque, Meurice en tête, ajoute foi à pareille ânerie tombe dans un panneau grossier. Ne nous leurrons pas : certains petits entrepreneurs y croient, voire, on en a tous tâté, sont de francs exploiteurs bercés au struggle for life. Mais… le discours est une chose, l’intérêt concret une autre. Meurice ignore sans doute que bien des employés, bien des chômeurs ou « auto-entrepreneurs » tiennent, car le Divertissement (c’est à dire sa partie) le leur martèle sans cesse, le discours du self made man (qu’ils ne seront jamais), honnissent les services publics (dont ils bénéficient), convoitent le train de vie de la jet set (qui leur nuit), et expulsent à l’occasion (bien qu’en l’espèce eux-mêmes enfants d’immigrés) des Rroms manu militari.

Privatiser les profits, socialiser les pertes vaut pour les banques, certes et re-certes, mais quel énorme, quel grotesque contre-sens que d’appliquer la formule aux PME ! Et quelle indécence, pour un amuseur d’Etat, de parler de « position dominante » à propos des restaurateurs, libraires ou coiffeurs !

Mais au fond, pourquoi les commerçants ? D’une part, parce que chacun a ses petites bêtes noires ; les Arabes et les fonctionnaires pour Valeurs Actuelles, les flics et les commerçants pour France Inter. On lutte là contre Pierre Poujade – dont le spectre, comme chacun sait, hante l’Europe – et, n’est-ce pas, on a comme cela quelque chose du Juste. On est presque Brassens ou le Duvivier de Panique (1946), on croque, n’est-ce encore pas, les ridicules des braves gens – dont on sait, nous, quels collabos ils sont tous en puissance. Et peu importe, finalement, que le pouvoir d’un Monsieur Homais et son poids dans la machine soient de nos jours bien piètres, comparé, par exemple, à n’importe quel spécimen médiatique…

Donc, d’autre part, et même surtout, s’en prendre aux commerçants car tracer soi-même les frontières de la dialectique permet de s’installer tranquillement du bon bord. Dire « les » patrons est bien commode… On met le cafetier dans la même équipe que Zuckerberg et on cache sous le tapis notre propre fonction objective. Or, question : quelle est la fonction objective d’un Guillaume Meurice ? Réponse : souligner des « positions dominantes » factices, caduques ou secondaires pour mieux asseoir les véritables. Le reste n’est que décorum.

L’honnête homme se défiera ainsi toujours du caustique, du dérangeant assermenté, dont la posture n’est désinvolte que dans l’exacte proportion où ses propos lèchent in fine toujours le cul des Grands. Car si des raisons électorales et de communication, bien sûr, le leur interdisent, n’ayons aucun doute sur le fait que n’importe quel grand fauve économique ou politique aurait pu écrire le pénible papier de Meurice – le style en plus, peut-être.

Nos desserts :

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20 réponses »

  1. Encore un papier contre meurice. Encore un qui suit la mode, publié à propos.
    Encore une fois, avec des appels à l’intelligence du lecteur, et sous couvert d’un humanisme un auteur qui dit, qui dicte quoi penser.
    Laisser les honnêtes gens se faire leur avis au lieu de donner des leçons. Peut être alors y aura-t-il de la cohérence dans vos propos et votre position. Remettez vous en cause, c’est toujours salvateur.

    • Pas d’accord avec vous. La mode ? Quelle mode ? C’est tout le contraire ! Meurice et son propos implicite vole de victoires gagnées d’avance en fausses batailles d’idées et s’il a un réel talent de chroniqueur (personnellement je l’aimais bien sur certains points) tire quasi continuellement sur les ambulances. N’est pas Coluche ou Desproges qui veut (ou même Dieudonné, insupportable dans ses excès mais autrement il plus doué). Et le problème est que sous couvert d’humour « transgressif » ce petit Monsieur est en fait en permanence du côté du manche. Et il officie un peu sur France Inter qu’on pourrait souhaiter plus objective, plus honnête intellectuellement, vu que c’est un peu censée être une radio de service public.. aussi qu’un plus modeste et moins visible chroniqueur décortique un peu tout ça relève pour moi de la légitime défense. Merci François Marha !

    • Cet article d’oú transparait l’orgueil et le mépris des gens qui ne suivent pas la même route me dégoûte. La nausée se dispute au désespoir de lire ces critiques boursouflées de redondance et de bêtise crasse.

  2. Franchement mauvais cet article !
    Une pseudo analyse écrite par un pseudo journaliste… Encore un rescapés de Galla et Paris match.
    Rends toi service et change de boulot François !

  3. Je ne sais pas si ce « doc » à été pondu ou vomi par son auteur.
    Ça utilise des mots faussement compliqués et savants pour se dédouaner et tenter de justifier des calomnies et mensonges odieux… Comparer meurice à dieudonné… Et ce dernier à Florence foresti… Je ne sais ce que tu fume mais ça te rend pas lucide François marha, faut arrêter de jouer les journalistes et retourner s’instruire :une chance que les écoles restent ouverte !

  4. Très bon papier et si certains ont du mal à en comprendre les termes, ajoutons y l’humour salutaire : la dialectique est effectivement plus simple avec leur petit comique de pacotille (le petit Meurice) de comprendre le monde et ses complexités : il y a les gentils libertaires de gauche of course et les vilains capitalistes de droite. Simple, basique comme dirait l’autre !

  5. Encore un papier a charge contre Meurice, encore un de la bien pensance., je suis un simple citoyen et comme tout les citoyens je deteste que l’on me dise qui est correct et qui ne l’ai pas…. Vous le donneur de lecons bien planqué. Le pseudo journaliste a la bote de votre redacteur en chef, aucun travail d’investigation, vous ne prenez aucun risque, la critique est tres facile… …. Le jour ou vous prendre antant de risque que Meurice pour faire votre boulot, ce jour lá vous lui arriverez peut-être a la cheville!

  6. L appelation comptoir est un bon choix et j ignore de quel mauvais picrate, votre ballon de sirop vous inspire autant d amalgames et de haine. A titre personnel je dois bientôt effectuer un sevrage alcoolique, je vous conseille de faire de même, a défaut d hygiène de vie ,au minimum pour une hygiène de l esprit.

  7. Et bin puisque votre avis ne fait pas l’unanimité, je viens contribuer à l’équilibre. Moi je suis tout à fait d’accord !! Franchement ras-le-bol de cet humour bobo donneur de leçons, les chroniqueurs se font critiques des politiques (avec raison souvent), et des électeurs, alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce que vivent les gens.
    Trop facile de se moquer et de faire passer les gens de la rue pour des abrutis, quand on vit dans sa bulle d’intelligentsia parisienne à l’abri de tout.

    Le seul que je respecte est PEB, parce que 1. il a des avis réellement originaux, et 2. il est vraiment drôle contrairement à Meurice (l’humour étant évidemment un sujet très subjectif!)

  8. Quand on croit avoir la foi dans quelqu’un
    Il est douloureux de la voir attaquée
    Mais c’est comme ça qu’on s’améliore
    Et qu’on améliore ses jugements
    Depuis que j’ai pleuré la mort de Coluche
    Il n’y a presque plus personne qui m’a fait rire ou sourire
    C’est triste, mais c’est pas Meurice qui pourra m’aider

  9. Ecrire de manière alambiquée n’est pas un gage de rigueur intellectuelle.
    Cet article est quasiment incompréhensible, et clairement l’auteur brouille son propos, car ne reste de la lecture pénible qu’un goût très amer.
    L’aigreur manifeste de l’auteur est la seule chose qu’on retient. Attaquer sur le fond, et critiquer la forme parfois discutable des propos de Guillaume Meurice (qui abuse de la mauvaise fois) aurait été plus intéressant.

  10. L’article est très clair et s’intéresse autant au fond (commerçants) qu’à la forme (style Meurice).
    Beaucoup de commentaires ici ressemblent par contre à une réaction épidermique. Comme si on avait touché une icône sacrée.

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