Société

Robert Culat : « Dans la Genèse, Dieu prescrit à l’homme une nourriture végétalienne »

Robert Culat est prêtre catholique dans le diocèse d’Avignon. Passionné de black metal, il est aussi l’auteur de deux traités portant respectivement sur la question animale chez les pères de l’Église et dans la Bible. Nous avons parlé avec lui de l’anthropocentrisme de l’Église, du pape François et de la question végétalienne.

Le Comptoir : Dans Méditations bibliques sur les animaux, (L’Harmattan, 2016), tu mènes une critique de « l’anthropocentrisme despotique ». La position chrétienne est souvent qualifiée d’anthropocentriste elle-même, comment te situes-tu dans ce paradoxe ?

Robert Culat

Robert Culat : Il faut bien voir de quel anthropocentrisme on parle. Il y a une critique très forte des milieux écologistes, depuis les années 1970, qui porte sur la Bible, et sur le rôle qu’elle a joué en mettant l’homme au sommet de la Création. Cette critique se focalise en général sur le verset 28 chapitre premier de la Genèse, « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et assujettissez-la […] »

Le pape François lui-même, dans son encyclique Laudato si, critique – sans le remettre en cause – l’anthropocentrisme, ce qu’il appelle un anthropocentrisme déviant, despotique. Et il reconnaît humblement qu’on a eu, pendant des siècles, une mauvaise interprétation de ce fameux verset 28 de la Genèse. Car si ce procès est réel dès lors qu’on se base sur l’histoire de l’Église, on ne peut le baser sur la Bible.

« Dans le verset 29, Dieu donne la nourriture aux animaux et aux hommes. Or il s’agit d’une nourriture végétalienne. »

Mais ce verset 28 de la Genèse, qui octroie à l’homme la domination sur le monde, est quand même très explicite ?

La Bible est un livre hyper complexe. D’un point de vue strictement littéraire, sans parler de la foi, c’est un livre qui a été rédigé sur onze siècles d’histoire, par des auteurs très différents, dans des contextes très différents. Donc interpréter un livre de ce genre, ce n’est pas si facile. Et le plus grand risque, face à la Bible, c’est de se tromper. C’est facile de sortir un verset, et de dire, « le méchant verset 28 » !

Pourtant, le fameux verset 28 ne peut pas uniquement s’interpréter comme « régalez-vous, c’est à vous ! Sans aucunes règles, sans aucunes limites ! » Pourquoi je dis ça ? Parce qu’il est directement suivi du verset 29.

Et ce verset je l’appelle le verset méconnu, le verset oublié, car il est très peu commenté par les pères fondateurs de l’Église, comme je le démontre dans mon second livre (Le paradis végétarien – méditations patristiques, L’Harmattan, 2016), où j’ai essayé de retrouver tous les commentaires de ce verset. Alors qu’ils commentent la Bible verset par verset, la plupart d’entre eux le zappent, passant du verset 28 au verset 30.

Le paradis de Lucas Cranach l’ancien (1472-1553)

Dans le verset 28, Dieu donne la terre à l’homme et à la femme. Dans le verset 29, Dieu donne la nourriture aux animaux et aux hommes.

Or il s’agit d’une nourriture végétalienne : «  Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. » On comprend pourquoi on n’en parle pas. Et on comprend dès lors que la domination de l’homme sur le monde ne peut être despotique.

« Cultiver, garder ? Il n’y a rien de plus écologique, comme expression. »

Dans le premier chapitre de la Genèse, tu perçois donc un anthropocentrisme chrétien, pour ainsi dire, écologique. Quel rôle doit tenir l’homme vis-à-vis du monde, dans cette lecture ?

Dans le second chapitre de la Genèse, c’est une image beaucoup plus humble de l’homme qui est donnée. Même si l’homme donne aux animaux leurs noms, l’idée de domination est beaucoup moins présente. Dans le jardin d’Eden, Dieu dit à l’homme et la femme, « cultive, et garde le jardin ». L’homme est vraiment présenté comme l’agriculteur. Même si le récit végétarien n’est pas explicite dans le second chapitre, il reste présent.

Cultiver, garder ? Il n’y a rien de plus écologique, comme expression.

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1 réponse »

  1. L’homme a toujours chercher à faire correspondre la réalité avec ce qu’il croit et non ce qu’il croit avec la réalité. Chercher tout ce qui lui permet d’affirmer ce qu’il pense pour asseoir ce qui le mène. Dieu n’est qu’un prétexte pour lui faire croire qu’il a raison de croire.

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