Politique

La lutte de classes est-elle toujours d’actualité ?

La fin du XXe siècle, avec l’effondrement du mur de Berlin puis la chute du « bloc soviétique », a été marquée par une apparente fin des idéologies. Le capitalisme a enfin vaincu et l’humanité a atteint ce que le politologue américain Francis Fukuyama appelait « la fin de l’histoire ». Les vieux antagonismes de classes disparaissent en même temps et les hommes peuvent vivre paisiblement de consommation et de croissance. C’est du moins le raccourci intellectuel qui s’est imposé. La réalité, plus complexe, a vu les sociétés occidentales – pour n’évoquer qu’elles – rester divisées entre dominants et dominés.

Autrefois concept-clé de la gauche, la « lutte de classes » semble peu à peu oubliée. Aujourd’hui, certains cadres du Parti socialiste peuvent désormais fièrement expliquer qu’ils n’y ont jamais cru – chose impensable au cours des années 1970 – et la « gauche de la gauche » semble, à quelques exceptions près, ne plus en faire la notion centrale de ses programmes politiques. Ainsi, comme le remarque le rédacteur en chef du mensuel Fakir, François Ruffin dans La guerre des classes[i], les mots « lutte », « classe » et « prolétariat » étaient totalement absents du programme présidentiel de Marie-Georges Buffet, candidate communiste en 2007. Ces notions ont certes refait surface en 2012 dans le programme du Front de gauche, L’Humain d’abord, mais sous des contours encore flous. Notre époque aurait-elle dépassé les vieux antagonismes de classes ?

« La lutte actuelle des prolétaires contre la bourgeoisie est la lutte de ceux qui ne possèdent pas les instruments de travail contre ceux qui les possèdent. » Pierre Leroux

La « dictature du prolétariat » : la vraie démocratie

Si le philosophe marxiste Louis Althusser fait remarquer à juste titre que le concept de « lutte de classes » peut remonter au XVIe siècle, rappelant les différentes catégories sociales établies par Nicolas Machiavel[ii], c’est au XIXe siècle qu’il prend ses lettres de noblesses. Il apparaît en premier lieu sous la plume du libéral François Guizot – président du conseil des ministres sous la monarchie de Louis-Philippe Ier. Il le développe dans son cours d’histoire moderne sur l’Histoire générale de la civilisation en Europe depuis la chute de l’Empire romain jusqu’à la Révolution française qu’il dispense en 1828 à la Sorbonne. Il avance que « le troisième grand résultat de l’affranchissement des communes, c’est la lutte des classes, lutte qui remplit l’histoire moderne. L’Europe moderne est née de la lutte des diverses classes de la société. » Cette idée est vite reprise par la plupart des historiens français de la Restauration dont Adolphe Thiers et Augustin Thierry. Il faut attendre Pierre Leroux pour que la « lutte de classes » entre dans le vocabulaire socialiste. On peut lire sous la plume du Français en 1832 dans La Revue encyclopédique : « La classe bourgeoise, la classe propriétaire, […] voilà donc l’adversaire. » Le socialiste récidive l’année suivante. « La lutte actuelle des prolétaires contre la bourgeoisie est la lutte de ceux qui ne possèdent pas les instruments de travail contre ceux qui les possèdent. » Les bases sont posées. Karl Marx ne tardera pas à en faire l’une des bases de sa théorie sociale.

« L’histoire de toute société jusqu’à la nôtre n’a été que l’histoire de la lutte des classes. » Cette phrase tirée du Manifeste du Parti communiste, co-écrit par Karl Marx et Friedrich Engels en 1848[iii], fait partie des plus célèbres citations de l’histoire du socialisme. Pour les deux Allemands, la « lutte de classes » correspond aux divisions de la société en plusieurs classes sociales[iv], dont les intérêts divergent. Un antagonisme entre la bourgeoisie, qui possède le capital, et le prolétariat, qui est contraint de lui louer sa force de travail, domine la société capitaliste. Cette lutte, pas nécessairement violente, se traduit chaque jour sur les lieux de travail du prolétariat. Pour Marx, elle ne prendra fin que le jour où la classe prolétaire, ayant acquis une « conscience de classe », mènera une révolution contre la bourgeoisie. Le prolétariat, classe dépossédée par excellence, ne pourra alors se libérer qu’en libérant l’ensemble de toutes les classes : en découlera une « société sans classe ». La « dictature du prolétariat » n’est que l’autre nom de la vraie démocratie. Cette conception guidera le mouvement ouvrier, au-delà même du communisme de Marx et Engels, de l’anarchisme à la social-démocratie, en passant par le syndicalisme révolutionnaire.

Aujourd’hui, un monde post-classes ?

Pourtant, la « modernisation » du Parti socialiste – dominant au sein de la « gauche » – dans les années 1980 l’a conduit à enterrer définitivement la lutte de classes au profit de combats dits « minoritaires » (antiracisme, féminisme, etc.). Les Solfériniens, mus par la volonté de conserver le pouvoir et leurs privilèges, ont suivi le courant de l’époque. Pour filer la métaphore, il règne depuis une trentaine d’années ce que le sociologue polonais Zygmunt Bauman appelle la société « liquide »[v]. Alors que la première phase de la modernité se caractérisait par des structures « solides », reposant sur des États-nations, des communautés, des croyances collectives et des institutions stables, tout s’est alors liquéfié. Le temps s’est accéléré, les États-nations ont été démantelés par la mondialisation néolibérale, les institutions fragilisées et les croyances collectives se sont évanouies. Tout lien social a alors disparu.

Ce bouleversement a laissé les individus seuls face au monde immatériel qui les entoure, donc face à eux-mêmes. « Pour Narcisse le monde est un miroir ; pour l’individualiste farouche d’antan, c’était un lieu sauvage et vide qu’il pouvait façonner par la volonté » relève le sociologue et historien américain Christopher Lasch[vi] : le basculement structurel de la modernité a pris un tournant anthropologique. À cela s’ajoute une vraie transformation sociologique. Le prolétariat s’est peu à peu décomposé pour laisser place à un nouveau « précariat », dont les employés sont la nouvelle figure, reflets des métamorphoses économiques à l’ère « post-industrielle ». Mais c’est surtout la montée des classes moyennes, due aux compromis entre capitalistes et travailleurs, qui semble invalider la lutte de classes[vii], aboutissant à une prétendue société homogène.

 « La disparition du conflit politique et social permet à l’oligarchie économique, politique et médiatique d’échapper à tout contrôle. » Cornelius Castoriadis

La lutte de classes existe et les riches la gagnent !

Cette homogénéité d’apparence masque à peine l’explosion des inégalités qui divisent la société comme jamais. Dans La Révolte des élites, Christopher Lasch explique que « l’évolution générale de l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des distinctions sociales, mais de plus en plus vers une société en deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir. »[viii] Un paradoxe dans un monde sans classe ! L’hypothèse de la fin du conflit social doit donc être écartée, comme le prouvent les propos de Warren Buffett, troisième fortune mondiale, qui déclare sans scrupule lors d’une interview à CNN en 2006 : « la guerre des classes existe, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la guerre, et qui est en train de gagner » (en anglais : « there’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning »). L’impression de fin d’antagonisme de classe ne serait, finalement, que le signe de son durcissement.

La mondialisation néolibérale, qui nous a fait entrer dans une « post-modernité liquide », marque une rupture dans la lutte de classes. Le compromis keynésien entre capitalistes et travailleurs des Trente Glorieuses – durant lesquelles une forte croissance assurait une hausse soutenue des salaires – a volé en éclat. Le combat est d’abord mené sur le plan idéologique : les disciples de Milton Friedman (les monétaristes) issus de l’École de Chicago ont imposé leurs dogmes économiques, donnant une nouvelle dimension à la lutte. En remplaçant l’objectif du plein emploi par la guerre contre l’inflation, les capitalistes remportent une première bataille. Car l’inflation, qui déprécie la valeur du capital au cours du temps, est le poison des possédants[ix]. Ce qu’on nomme « mondialisation » n’est avant tout que l’extension du champ d’exploitation de la classe dominante, menée dans le but de remédier à la baisse tendancielle du taux de profit devenue trop visible dans les années 1970[x]. En clair, les investissements capitalistes devenant moins rentables – chaque investissement rapportant moins de profit – la classe dominante préfère exploiter une main-d’œuvre moins coûteuse. Ainsi, la disparition ou l’affaiblissement des frontières, selon les cas, a permis à la bourgeoisie d’imposer son ordre partout, grâce aux libérations de marchandises et de capitaux, ainsi que la possibilité de mettre les salariés en concurrence aux quatre coins du globe. Les délocalisations et le chantage aux délocalisations permettent d’obtenir la docilité des travailleurs.

Land and Freedom de Ken Loach, un film sur la Révolution espagnole de 1936

Un prolétariat fragmenté, des élites unies

Dans le même temps, le narcissisme détruit toute conscience de classe. Preuve de la disparition de cette dernière : une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) révélait cette année que 66 % de la population française s’imagine appartenir à la classe moyenne – concept flou censé représenter artificiellement 50 % de la population[xi]. Conséquence : si personne ne croit appartenir aux dominés ni aux dominants (hormis les sphères les plus extrêmes), comment peut-il y avoir de vraies luttes ? Cette absence apparente d’antagonisme assure l’avantage à la bourgeoisie. « La disparition du conflit politique et social permet à l’oligarchie économique, politique et médiatique d’échapper à tout contrôle » expliquait Cornelius Castoriadis – leader de Socialisme ou barbarie – lors d’une interview[xii]. La mondialisation a aussi une autre propriété : celle d’inciter les peuples (entendu au sens plébéien, donc des classes populaires) à se replier sur eux-mêmes. La montée de la xénophobie un peu partout dans les sociétés occidentales (ainsi que l’islamophobie et l’antisémitisme) et des séparatismes en sont les conséquences. Sans parler des guerres entre classes dominées : classes moyennes inférieures contre travailleurs pauvres et travailleurs pauvres contre chômeurs. À titre d’exemple, une étude récente du Credoc révèle que 64 % des Français estiment que les chômeurs sont coupables de leur malheur. Finalement, le prolétariat international est fragmenté comme jamais, tandis que seules les élites de tous pays s’unifient.

Le résultat le plus visible est la déformation du partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, en faveur des seconds. Dans La Guerre des classes, François Ruffin note que la part des salaires a diminué de 9,3 % entre la fin des années 1980 et 2008 – chiffre qui a bien évidemment progressé grâce à la crise : d’après l’Observatoire des inégalités, le niveau de vie des 10 % les plus riches aurait augmenté de 3,2 % durant la période 2008-2011, contre une baisse de 4,3 % pour les 10 % les plus pauvres. Cette évolution est similaire dans tous les pays du « Nord »[xiii]. Le journaliste de Fakir s’efforce dans son ouvrage de relier baisse de pouvoir d’achat, hausse de chômage et perte d’acquis sociaux avec les gains exorbitants des élites. En sus, la lutte pour l’espace, mise en évidence récemment par le géographe Christophe Guilluy[xiv] ou par sa collègue Anne Clerval[xv], aboutit à l’expulsion hors des métropoles d’une large partie des classes populaires (ceux qu’il appelle les « petits Blancs ») et l’exclusion au sein de ces métropoles pour les personnes issues de l’immigration. Dans ces conditions, la « France d’en bas » n’a plus que deux alternatives : les ghettos aux conditions de vie déplorables, du côté de la France stigmatisée, ou le périurbain, du côté de la France des oubliés.

 « Si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes. » Christopher Lasch

Oublier les questions de sexe et de race

L’immense George Orwell, l’écrivain qui kiffait les « gens ordinaires »

Le réel nous oblige à reconnaître avec Castoriadis que « nous ne pouvons plus maintenir le prolétariat dans le rôle que lui assignait Marx en partant de l’idée que le procès de l’accumulation capitaliste allait transformer tout le monde en prolétaires industriels »[xvi]. Il faut alors déterminer un nouveau « bloc historique ». C’est-à-dire une nouvelle alliance de classes, susceptible d’être majoritaire et de renverser le système, tout en libérant la société[xvii]. La tentation du 99 % VS 1 % très à la mode ces derniers temps est à écarter. Car l’oligarchie ne se résume pas aux 1 % de super-riches, mais inclut tous ceux qui ont intérêt à maintenir ce système. C’est ce que Christopher Lasch nomme la« nouvelle classe »[xviii]. Dans La Révolte des élites, il la décrit ainsi : « Ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public. » Le sociologue américain remarque que « mis à part ses revenus en hausse rapide, la bourgeoisie aisée, le cœur de ces nouvelles élites, se définit moins par son idéologie que par son mode de vie, qui la distingue d’une manière de moins en moins équivoque, du reste de la population. (…) Ces groupes ne constituent une « nouvelle classe » que dans le sens où leur moyens d’existence reposent moins sur la possession de biens matériels que sur la manipulation de l’information et leur compétence professionnelle. » Par symétrie, Cornelius Castoriadis avance que « le seul critère de différenciation à l’intérieur de la masse des salariés qui demeure pertinent pour nous est leur attitude à l’égard du système établi ».

La transformation, la mondialisation et la « liquéfaction » de la société ont modifié en profondeur la société, d’un point de vue culturel et identitaire. La question des droits des minorités (ethniques, religieuses, sexuelles, etc.) a fait son irruption dans le débat. Un fractionnement des classes populaires en résulte. L’objectif égalitaire s’est donc mué. C’est ce que le philosophe américain Michael Walzer nomme « l’égalité complexe ». Mais pour que celle-ci voit le jour, le problème de l’universalisation des combats minoritaires doit être posé. Chaque combat ne doit pas être mené contre les autres, mais dans une perspective globale. Si la solution ne semble pas évidente au premier abord, elle est essentielle. Car, comme le notait Christopher Lasch dans La Révolte des élites, « si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes ».

Seulement, la lutte de classes ne garantit pas la fin du capitalisme. Robert Kurz, appartenant au courant marxiste allemand de la Wertkritik (« critique de la valeur »), fait remarquer que « la lutte des classes (…) en affirmant positivement le travail et le point de vue de la classe prolétaire, n’est en réalité qu’une lutte d’intérêts toujours constitués à l’intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes ». Les « gens ordinaires » de George Orwell – cette majorité de gens dont les intérêts semblent plus portés vers une existence décente que par une volonté de puissance – apparaissent donc comme les seuls pouvant rompre avec la socialisation marchande qu’impose au quotidien le capitalisme. Mais pour ce faire, il faudra trouver un langage commun à ce peuple (composé de travailleurs du privé, de la fonction publique, de travailleurs indépendants, d’hommes, de femmes, d’hétérosexuels, d’homosexuels, d’autochtones et de Français issus de l’immigration), l’intéresser au combat politique et social et enfin, la lutte doit s’enraciner dans ce que l’écrivain britannique appelait la « common decency », à savoir la pratique ordinaire de l’entraide, de la confiance mutuelle et des liens sociaux minimaux mais fondamentaux. Comment renouer donc avec ces sociabilité et solidarité élémentaires qui semblent nécessaires – mais pas suffisantes – pour bâtir le rêve de George Orwell : une société « libre, égale et décente » ? La question reste ouverte.

Nos Desserts :

Notes :

[i] François Ruffin, La Guerre des classes, Fayard, 2008

[ii] Louis Althusser, Machiavel et nous, Tallendier, 2009

[iii] Friedriech Engels et Karl Marx, le Manifeste du parti communiste, 1848

[iv] Marx en distingue sept dans les Luttes de classes en France : bourgeoisie industrielle, bourgeoisie commerçante, aristocratie financière, petite bourgeoisie, paysannerie, prolétariat, lumpenproletariat. Voir Karl Marx, Les luttes de classes en France, 1850

[v] Zygmunt Bauman, la Vie liquide, La Rouergue/Chambon, 2006

[vi] Christopher Lasch, la Culture du narcissisme, la vie américaine à un âge de déclin des espérances (The Culture of Narcissism – American Life in an Age of Diminishing Expectations, 1979), Climats, 2000

[vii] James Becker montre cependant que le marxisme ne se trouve pas invalidé par le déclin du prolétariat. Il attire notamment l’attention sur cette phrase de Karl Marx contre David Ricardo : « Ce que [Ricardo] oublie de souligner, c’est l’accroissement constant des classes moyennes qui se trouvent au milieu, entre les workment [ouvriers] d’un côté, le capitaliste et le landlord [propriétaire terrien] de l’autre. » Voir James F. Becker, Économie politique marxiste. Une perspectiveEconomica, (1980) et Karl Marx, Théories sur la plus-value

[viii] Christopher Lasch, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie (The Revolt of Elites and the Betrayal of Democracy, 1994), Climats, 1999

[ix] Dans l’Illusion financière, l’économiste jésuite Gaël Giraud fait une remarque très intéressante à ce sujet (même s’il ne parle pas explicitement de « lutte de classes ») : « On peut relire la construction européenne comme une vaste tentative pour privatiser l’accès au crédit (…). En quoi la phobie anti-inflationniste relève-t-elle de la privatisation du crédit ? Pour lutter contre l’inflation, la plupart des banques centrales agissent sur leur taux directeur, qui pilote le taux d’intérêt auquel les banques commerciales prêteront. La phobie inflationniste influence donc directement l’octroi de crédit. Revenons à l’argument qui légitime cette phobie : l’inflation nuît essentiellement aux détenteurs d’actifs nominaux (« les rentiers »). Or, assure-t-on, il convient de les ménager, car ce sont les profits des détenteurs d’actifs qui font la prospérité d’une économie. » Voir Gaël Giraud, l’Illusion financière, L’atelier en poche, 2013

[x] Le taux de profit représente le profit (ou « plus-value) rapporté au capital investi. La « baisse tendancielle du taux de profit » est l’une des contradictions majeures du capitalisme mise en évidence par Karl Marx dans Le Capital (1867). Cette propriété explique l’instabilité du mode de production capitaliste, régulièrement soumis à des crises de surproduction. L’Allemand considérait qu’il s’agissait « de tous points, la loi la plus importante de l’économie politique moderne ». Entre 1966 et 1979, les économies occidentales ont connu une baisse de ce taux très élevé (de l’ordre de 5 %).

[xi] Pour être plus précis, les classes moyennes en France comprennent statistiquement tous les individus situés entre les 30 % les plus pauvres et les 20 % les plus riches. En 2011, entraient dans cette catégorie : les célibataires gagnant entre 1183 à 2177 euros mensuels, les couples sans enfants gagnant de 2251 à 4280 euros, ou encore les couples avec deux enfants gagnant de 3122 à 5567.

[xii] Entretien avec Cornelius Castoriadis réalisé le 28 décembre 1992, avec Jocelyn Wolff et Benjamin Quénelle, publié dans la revue Propos, numéro 10, mars 1993. Repris dans Cornélius Castoriadis, Une Société à la dérive, entretiens et débats 1974-1997, Seuil, 2005

[xiii] Avec une particularité cocasse en France : l’essentiel s’est surtout opéré dans les années 1980 en plein pouvoir « socialiste », alors que le phénomène a été bien plus progressif (et parfois plus important) dans les autres pays occidentaux.

[xiv] Christophe Guilluy, Fractures françaises, Champs Essais, Flammarion (réédité 2013)

[xv] Anne Clerval, Paris sans le peuple. La gentrification de la capitale, Éditions La Découverte, 2013

[xvi] Pourquoi je ne suis plus marxiste ?, entretien avec Cornelius Castoriadis réalisé le 26 janvier 1974 de l’APL (Agence de Presse Libération). Repris dans Cornelius Castoriadis, Une Société à la dérive, entretiens et débats 1974-1997, Seuil, 2005

[xvii] Inventé pour le syndicaliste révolutionnaire Georges Sorel et popularisé par le communiste marxiste Antonio Gramsci, le terme « bloc historique » se définit comme une union de forces sociales vouée à devenir hégémonique dans la société.

[xviii] Celle-ci correspond grossièrement à l’alliance de la bourgeoisie et des « classes moyennes intellectuelles » généralement qualifiées de manière imprécise de « bobo » (pour bourgeois-bohème) ou de « petits bourgeois ». Ces dernières, moteurs du capitalisme « libéral-libertaire » post-soixante-huit selon Michel Clouscard, pourraient être définies comme la partie du salariat qui, dans le cadre de la division capitaliste du travail, est chargée de l’animation (versant culturel) et de l’encadrement (versant économique) du système. Voir Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction – Critique de la social-démocratie, Éditions sociales 1981, Réédition Delga 2006

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