Culture

Michel Onfray : Faut-il brûler l’art contemporain ?

Rebelle officiel et chouchou de la journaille, voici Michel Onfray. L’homme n’a, certes, pas que de mauvais aspects : son inclination de nietzschéen revendiqué à renverser les idoles est plutôt sympathique alors que la proverbiale « liberté d’expression » se résume souvent à l’expression « libre » des mêmes sottises et lieux communs que le voisin. Mais enfin, on le rangera parfois volontiers parmi ces penseurs médiatiques qui, à la façon de Pangloss de l’ère des mass merdias, s’échinent à faire savoir à qui-mieux-mieux leur avis sur tout… quand la sagesse ordonnerait de se taire. Exemple avec le double CD de sa niçoise conférence « Faut-il brûler l’art contemporain ? ».

Entre ici, cher public, et passe sous le fronton spinozien que grave solennellement Michel Onfray, juché en surplomb de toi : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Et écoute bien. Ici, il ne sera pas question de « tomber dans le binaire » et les écueils : d’un côté les vestales de la « religion de l’art contemporain » et de l’autre, les « réactionnaires ». Non, car Michel Onfray est au-delà de cet imbécile clivage, qu’il a su dégager en vertu de sa haute pénétration d’esprit.

S’affronter à des nains

Écoute, public, écoute : « il n’y a pas grand monde dans le spectre intellectuel, philosophique français pour défendre l’art contemporain ». Et Onfray d’égrener son chapelet de noms : Comte-Sponville, Bernard-Henri Lévy, Luc Ferry et Finkielkraut – dont aucun n’est pris au sérieux dans le monde de l’art… Ou l’art de se créer de dérisoires adversaires comme un boxeur se proposerait d’affronter des nains. N’importe si leur magistère en matière d’art n’est à peu près étendu qu’au lectorat qui se délecte par ailleurs du Figaro ou du Point – c’est dire…

Il ne serait pourtant pas idiot d’exposer les arguments de ces opposants à l’art contemporain pour les contester. Et, à plus forte raison, ceux d’un Régis Debray, d’un Jean Clair ou du « dernier Baudrillard », qu’il se contente de balayer d’un revers de phrase et sans plus d’examen, pour labelliser tout cela « réactionnaire », comme on jetterait indifféremment ses croûtes de pain dans la poubelle.

Mais enfin, passons sur cela. Passons aussi sur l’absence de définition de l’objet « art contemporain » (la « datation » ne fait pas l’unanimité chez les historiens de l’art, mais nous voyons grosso modo de quoi il s’agit). Passons encore sur cet oubli d’importance : la simple possibilité d’une critique radicale (et, par exemple, de gauche ou socialiste ou anarchiste) de l’art contemporain qui n’appelle aucune nostalgie d’un prétendu ordre ancien, seulement l’exigence d’une nourriture pour habiter et combattre le présent(éisme), contempler le passé, envisager l’avenir. Passons sur toute absence de référence à des théoriciens importants de l’histoire de l’art moderne ou contemporain. Passons, passons.

Du crépuscule des idoles au plein-jour des imposteurs

Pour commencer, Michel Onfray donne d’abord un long résumé de l’histoire de l’art (qui s’étire sur tout le premier disque), s’attardant à raison sur ce passionnant, jubilatoire et trop méconnu épisode des Arts incohérents (les curieux et amateurs du dadaïsme iront lire à grand profit ce site consacré à ce mouvement précurseur de gais persifleurs). Puis d’expédier les raisons du succès de l’art contemporain après Duchamp, éclairant à la lumière de son nietzschéen flambeau le mystère de cet éminent Sphinx du XXe siècle. Pourquoi pas ? Comme l’écrit Alain Boton (lisez donc cet excellentissime article), « à chacun son Duchamp ».

Ben Vautier : c’est à peu près toujours aussi médiocre et sot depuis bientôt 50 ans, mais enfin, au moins cela fait-il rire – ce dont beaucoup de cons, tant, pour rien, payés comptant, ne sauraient se vanter.

Il finit par aboutir à un vague exposé de l’art contemporain, dont ne surnage en fait pas grand-chose – et il est certain que 1h30 de conférence ne permet pas de venir à bout d’un si vaste sujet. Clémence rengainée, évaluons le contenu de cette conférence. Que nous dit Michel Onfray sur l’art contemporain ? Quelle lumière celui qui s’est fait profession d’allumer des feux de joie au crépuscule des idoles peut-il apporter ? Va-t-il frapper les statues des idoles inquestionnées et des princes de sottise de la modernité et de l’art contemporain, de préférence « avec un marteau ? » Que nenni.

Que nous dit-il, donc ? D’abord – et cela est juste – qu’on ne peut critiquer que ce que l’on connaît. Mais, que répond-il justement à cet homme du public qui estime qu’« on prend les gens pour des cons » et qui exprime un rejet de connaisseur (il fait référence à Hans Hartung, Bernar Venet, Piero Manzoni, Ben, la FIAC) ? Que répond-il à la légitime interrogation de cet homme qui souligne qu’il n’y a parfois plus rien à quoi se raccrocher dans l’art moderne (ce que Jean-Philippe Domecq nomme une « réserve d’effets » intrinsèque à l’œuvre, c’est-à-dire indépendante des amphigouris théoriques) ? Et bien, tout comme les catéchumènes et évangélistes du milieu de l’art et des musées (étudiants, théoriciens, journalistes, impayables médiateurs caquetant avec morgue la doxa bien apprise, etc.), Onfray répond – à côté de la plaque – puis fait comprendre que son interlocuteur est un béotien : « vous pouvez dire j’aime, j’aime pas, ça me plaît ou ça me plaît pas – il faut avoir de bonnes raisons ». Et toc ! Ou encore : « avant le jugement de goût, il faut une pédagogie et une éducation au jugement de goût ». Et re-toc !

Cela ne manque d’ailleurs pas de saveur, alors qu’il dénonce lui-même les « subversifs officiels » (qu’il ne nomme pas) et le chantage au « vous n’y connaissez rien » : « je pense qu’il y a un discours aujourd’hui élitiste, hyper-élitiste, hyper-aristocratique, très anti-démocratique, de quelques-uns qui veulent conserver l’art contemporain pour eux, qui ne veulent pas partager, qui ne veulent pas dire que l’intérêt dans la production d’une œuvre, c’est qu’elle puisse circuler, faire sens, aider, secouer, ébranler les gens, et qu’on puisse, à partir de telle ou telle œuvre d’art, réfléchir, s’interroger ».

Quoi d’autre ? « La mort de Dieu, au XIXe siècle correspond également à la mort du Beau […] c’est-à-dire à la mort de cette idée qu’il n’y aurait de l’art que quand il y aurait de la beauté. Si la beauté et la divinité entretiennent un certain type de relation, un certain type d’intimité, il faut bien que, quand l’un meurt, l’autre meure également ». Il faudrait, alors, s’interroger sur l’œuvre de bien des artistes où la religion entre assez peu en compte, comme, au hasard, dans la majorité de la peinture du Siècle d’Or hollandais (protestantisme aidant, et quand bien même, nous dit-on, il existerait un arrière-plan moraliste protestant aux scènes de gueuseries et autres natures mortes), ou bien les œuvres si diverses de Jacques Callot, d’Antoine Watteau ou d’Honoré Daumier. Mais enfin, admettons que même l’art profane, avant la « mort de Dieu », fût contaminé par cette sordide exigence de beauté. Notons, au passage qu’il faut attendre longtemps avant qu’il cite, lapidairement, quelques noms de l’art contemporain : Maurizio Cattelan (sur lequel mon amie Nicole Esterolle a déversé son délicieux acide d’ironie), Panamarenko, Wim Delvoye, Raymond Hains, Orlan, Eduardo Kac. Baste !

Piazza Affari, Milan. Maurizio CATTELAN

Poulain de l’écurie du grand bourgeois Emmanuel Perrotin, fils-à-papa détenteur d’une galerie éponyme à rayonnement international et symptomatique de la sottise de l’art contemporain (interrelations entre grand capital financier, institutions étatiques, critique orthodoxe et provoc sans contenu et artistes vides d’intérêt : Xavier Veilhan, Sophie Calle, Takashi Murakami, Claude Rutault, Wim Delvoye), Maurizio Cattelan est l’auteur de nombreuses œuvres « provoc » de cet acabit. Un apport capital au débat social, à la démocratie ; un art qui aide à penser le monde.

De la pédagogie, voilà ce qu’il vous faut !

Quoi encore ? De même que les inlassables « experts » économistes à gages (au hasard : Elie Cohen, Alain Minc, Nicolas Baverez, feu Jacques Marseille, le divin et donc immortel Jacques Attali, etc.) qui, à longueur de tribunes et d’émissions de débats, racontent que les Français ne veulent pas de réforme, non pas par choix raisonné mais par manque de pédagogie (i.e. la pédagogie de la soumission), Onfray explique qu’il faut de la pédagogie, qu’il faut enseigner l’art contemporain à l’école, le promouvoir dans les villages, avec des cirques itinérants, etc. Comme si cette logique n’était pas déjà à l’œuvre, à travers des foires d’art, à travers le Beaubourg Mobile, à travers les envois de collégiens perplexes dans des « centres d’art » où leurs professeurs sont bien en peine de dire ce qu’il y a d’artistique dans les artefacts présentés…

claude-rutault

Avec Claude Rutault (poulain de Perrotin lui aussi), la sottise savante atteint le comique nanardesque : Nicole Esterolle a dit l’essentiel à son sujet, et avec humour.

« Ça peut être incompréhensible à la plupart, mais, si on explique, si on raconte, si on est dans la pédagogie, alors je crois qu’on peut comprendre l’art contemporain, l’aimer – ce qui est encore plus intéressant – et puis surtout le juger », dit-il donc. Sauf que, justement, que fait-on lorsqu’on se trouve d’autant plus affligé de la nullité que l’on a compris de quoi il en retournait ? On se résout à rejoindre malgré une absence totale d’affinité le camp des vilains réactionnaires ? Ou bien exige-t-on que des critères de jugement soient énoncés, indiqués ? Ne comptez pas sur Onfray, en tout cas, pour vous offrir des rudiments de la « langue » artistique ou tenter d’esquisser une définition de l’art. Au demeurant, pour citer Yves Michaud, l’art est à présent « à l’état gazeux », diffus, insaisissable… indéfinissable, en somme, car les théories de la modernité et de la postmodernité se sont évertuées à dé-définir l’art (Harold Rosenberg).

Que dit-il encore ? Que l’art contemporain « est une langue qui fait sens quand on l’apprend ». Et, ailleurs, que « l’art contemporain est devenu “archipélique” ». Or, s’il ne donne aucune définition de l’art contemporain, c’est précisément parce que ce n’est pas une langue, mais un archipel de langages – et de langages souvent autistiques, c’est-à-dire parlés par un seul (ce qui exige donc qu’on en passe par son crâne et sa vision et les justifications verbeuses pour approcher le sens arbitraire qu’il a conféré à ce qu’il expose, niant par là-même toute possible communication, toute altérité), selon la notion de « mythologie personnelle » (dont la véritable naissance remonte aux élucubrations théoriques des premiers temps de l’art non-figuratif, mais dont le concept est daté aux années 50). Kandinsky n’écrivait-il pas dès 1910 : « l’artiste, en général, n’a que peu à dire. Il lui suffit d’une nuance insignifiante pour se faire connaître » (Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier) ?

Celui qui a signé une biographie sur Albert Camus a pourtant dû lire son discours de réception du Prix Nobel, où il exposait : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas se séparer ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle ».

De fait, il n’y a pas « une langue » à apprendre qui serait celle de l’art contemporain dans son ensemble et qui aurait des codes communs, puisque la règle c’est qu’il n’y a pas de règle. Car comment expliquer que des objets aussi divers que ceux de Frank Stella, Donald Judd, Hanne Darboven, les vidéos/performances de Pipilotti Rist ou Marina Abramović, les transformations chirurgicales d’Orlan ou encore l’exhibitionnisme de Sophie Calle ou de David Nebreda, appartiennent à la même catégorie « Art » que les toiles de Zdzisław Beksiński, de Zoran Mušic ou de Peter Doig ? Comment, en effet, débattre sur l’art contemporain sans même tenter d’y apporter une définition ?

Michel Onfray, enclin à proposer une histoire alternative de la philosophie – d’ailleurs très accessible –, enclin également à contester l’enseignement académique ou dominant sur ce terrain-là, que n’applique-t-il cette même approche à l’art moderne et contemporain, qui a aussi son histoire officielle, son académisme, etc. ? (Et ses dessous des cartes : voyez, par exemple, « Quand la CIA infiltrait la culture » ou bien « L’art s’explose » ; ou encore Comment New York vola l’idée d’art moderne d’Yves Guilbaut).

Il souhaite « que les gens s’emparent à nouveau de l’art » : « Mon aspiration serait que vous puissiez aller à la FIAC, et qu’à la FIAC vous puissiez librement dire “ça, ça me plaît ; ça, ça ne me plaît pas ; j’aime ceci, j’aime cela”, indépendamment de l’argent ». Or, lorsqu’une personne s’en est emparé et lui dit qu’il n’aime pas ceci ou cela, il ne s’attarde pas à examiner la légitimité du rejet et lui applique le même traitement expéditif et commode qu’à Jean Clair ou Régis Debray… qui pourtant soulèvent de pertinentes questions. Déjà en 1979, Bernard Ceysson, à l’occasion d’une exposition sur l’art des années 30 constatait que « tout artiste s’écartant de la voie royale du progressisme avant-gardiste est déclaré passéiste ou académique ». N’est-ce pas tout aussi limité et limitant d’envisager l’histoire de l’art à l’aune des avant-gardes qu’il le serait d’envisager Mai 68 à travers la révolte estudiantine seulement ?

Questionner l’art en tant qu’il est un phénomène social

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Carré blanc sur fond blanc de Malevitch, 1918. « J’ai brisé la frontière de la couleur et j’ai débouché sur du blanc », disait-il. Et bla, bla, blart.

Il est intéressant de rappeler combien, à travers l’histoire et a fortiori depuis le XVIIe siècle, les disputes intellectuelles ont pu être vives relativement au statut de l’art, son rôle et ses missions, son rapport à la société, son devoir d’édifier, de « plaire et instruire » selon la doctrine classique, ou bien d’armer les esprits selon les conceptions révolutionnaires (entre autres). Or, l’inane respectabilité idolâtre de l’art et de l’artiste, exaucée et acceptée depuis que Kandinsky s’en est fait le prophète, mérite d’être questionnée. Car, malgré toute cette inepte tradition solipsiste d’un art qui ne s’intéresse qu’à lui-même (de Malevitch, Mondrian ou Władysław Strzemiński jusqu’à Ad Reinhardt ou Frank Stella, et tout un tas d’avatars du « dernier tableau »), l’art est infiniment plus divers que ce qui apparaît dans nos musées, et dont les générations futures riront sûrement plus encore que des Pompiers du XIXe siècle que, par catéchisme bien appris, nous devrions détester sans examen au profit des gentils impressionnistes que tout le monde aime (comment détester ce qui est beau, parfois sublime comme les Nymphéas de l’Orangerie… et vide de propos ?). Et surtout, il est capital de cesser de poser l’art comme un phénomène tout à fait extérieur aux choses de la société, à plus forte raison alors même que depuis un siècle l’un des mots d’ordre n’a cessé d’être « abolir la frontière entre l’art et la vie ». L’art est évidemment discutable, et pas uniquement pour des raisons internes à celui-ci, mais aussi en raison de ce qu’il représente, valide, préfigure, amplifie, légitime. Et cela n’a rien à voir avec la censure et la réaction, mais avec la simple et saine confrontation d’opinion qui devrait caractériser une démocratie, ce que rappelait Cornelius Castoriadis avec insistance lorsqu’il évoquait le modèle athénien.

Motherwell - (1953-1954) - Elegie à la République espagnole No.34

Élégie à la République espagnole, n°34, de Robert Motherwell (1953-1954). Tellement plus swag que Combats de deux bâtons noirs contre deux œufs noirs et plus rebel rebel. Sauf que cette peinture prétendument engagée fit la tournée de l’Europe avec d’autres peintures expressionnistes abstraites, grâce aux capitaux de la CIA pour promouvoir un art « libre » face au péril communiste.

Pour énoncer que les critiques de l’art moderne et contemporain sont nécessairement réactionnaires, il faut ignorer que le communiste René Magritte ironisait sur l’art abstrait (« L’art non figuratif n’a pas plus de sens que l’école non enseignante, que la cuisine non alimentaire, etc. »), ou que le révolutionnaire George Grosz dénonçait férocement les billevesées de l’art « pur » et le « romantisme technique du Bauhaus » (entre bien d’autres cibles, dans ses pamphlets de 1925). Il faut également rejeter le scepticisme de personnes guère soupçonnables d’accointances fascisantes ou réactionnaires comme, au hasard, José Ortega y Gasset (dès 1925), Ernst H. Gombrich, Claude Lévi-Strauss, Michel Leiris, Octavio Paz, Yves Bonnefoy, Cornelius Castoriadis, Hannah Arendt (La Crise de la culture) ou Roger Caillois (« Picasso, le liquidateur »). Il faut oublier les débats vifs et passionnés sur l’art abstrait, sur le rôle de l’artiste et son engagement, les pertinentes questions philosophiques qui se sont posées tout au long de l’histoire de l’art et qui jamais ne se sont résumées à « réactionnaire ou progressiste », sorte de déclinaison savante de « êtes-vous plutôt slip ou caleçon ? ».

Il s’avère d’ailleurs qu’il y a souvent plus de matière à s’interroger avec les prétendus « réactionnaires » (qui ne le sont pas tous, loin s’en faut) que chez les thuriféraires de l’art contemporain. Exigence de sens, d’intelligibilité, de retour au savoir-faire, interrogation morale. Oh ! le catéchumène de gauche crie « au moralisme », « au réactionnaire », oubliant qu’une gauche se posant des questions morales a existé : sans remonter à Jaurès, il y avait, par exemple le Mitterrand des années 70, tout comme il y a aujourd’hui Mélenchon.

De tout cela, Michel Onfray ne parle pas – par omission ou par manque de temps ? Sans doute les deux. Or, ces questions mériteraient qu’on les examine, et c’est peu dire.

CD : Michel Onfray, « Faut-il brûler l’art contemporain ? », éd. Frémeaux et Associés, prix indicatif : 25€.

Nos desserts :

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8 réponses »

  1. Merci pour ce compte rendu pertinent que je découvre grâce à N Esterolle .J ajouterais que m Onffray n est pas vraiment philosophe donc inutile de lui tenir rigueur de n avoir aucune idée bien neuve ni profondément pensée .Il est une sorte d historien de la philo prise » à rebrousse pensée « pour se faire remarquer (mis en avant par les médias .)Cela semble important pour lui de se mêler d art .Je me souviens d une de ses conf retransmise sur france Culture (!!!!)ou il mentionnant que Spinoza n avait pas écrit d esthétique ….Propos ahurissant quand on connaît un peu Spinoza et un peu l esthétique ..Là ce jour là je me suis dis qu il allait se mêler de ce qui ne le regardait pas .(je peins depuis 30 ans ,pas pour me distraire , c est mon métier)quand je lis grâce à vous ce fragment de phrase de’Onffray . »….a partir de telle oeuvre d art ;;réfléchir , s interroger … »La seule réponse même si elle n est guère correcte c est « ta gueule « ..Parce que la peinture c est l art du silence , l art invite au silence intérieur et monsieur le nietzchéen de salon a oublié que « ce qui doit être expliqué ne vaut pas grand chose « ..(Nietzsche)……LES ARTISTES NE DOIVENT PLUS SE LAISSER PENSER .

  2. je suis tombé par hasard sur le bouquin de N Esterolle à la librairie. Le côté vengeu(se)r masqué(e) m’a gonflé. Je cherche sur Google et tombe sur votre blog. Bon tout le monde a le droit d’avoir son opinion et de l’exprimer, du moins jusqu’en 2017, apparemment. Outre la bataille des citations, sorties de leur contexte comme toute citation, ce qui revient à étaler sa confiture, je ne comprend pas très bien en quoi le fait que la CIA se soit servi de l’art abstrait vous dérange ? Est-ce que cela enlève quelque chose à la qualité graphique des œuvres ? Ou alors il faut revoir votre histoire de l’art, et il ne restera plus grand monde. Deuxièmement comme l’art contemporain vous semble gazeux pouvez-vous au moins dater dans de solides références au moins la période qui vous parle et les œuvres qui vous sidèrent. Parce que du Esterolle je peux en tartiner tous les matins, ce n’est que de la critique à couvert, un sport national (moi j’aurais pas fait comme ça), mais bon. C’est quand et c’est quoi votre truc ???

    • Bonjour,

      Concernant le « côte vengeu(se)r masqué(e) » qui vous « a gonflé », je ne peux répondre de ce que fait Nicole Esterolle et vous concerne de voir avec elle.

      Concernant le fait que la CIA se soit servi de l’art abstrait ne me dérange pas en soi. Ce qui me dérange, c’est le sort exceptionnel réservé à des toiles qui, si on ne vous avait pas mis dans la tête que ce sont des merveilles, ne vous le paraîtraient pas. Cela s’appelle la bataille pour l’hégémonie culturelle. Et les USA l’ont gagnée : je vous renvoie notamment à Serge Guilbaut, « Comment New York vola l’idée d’art moderne » et à Frances Stonor Saunders, « Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle ». C’est-à-dire que l’art étasunien abstrait a gagné sa place d’honneur dans les livres d’histoire pour 90% à la faveur d’intérêts géopolitiques et symboliques, ce qui était d’autant plus commode que ces oeuvres étaient vides de discours, de contenu, arbitraires comme l’est l’art abstrait (vous savez, ce dont Grosz le révolutionnaire dénonçait les « argonautes du néant » et dont Magritte le communiste se moquait en disant que « [l]’art non figuratif n’a pas plus de sens que l’école non enseignante, que la cuisine non alimentaire, etc. »), donc d’autant plus aisément manipulables comme symbole de liberté et blablabla. On n’est sorti de l’hagiographie qu’en 1983 avec Serge Guilbaut, ce qu’il explique d’ailleurs au début de son livre. Ce qui n’empêche pas que la place centrale occupée par cet art-là dans l’histoire officielle et orthodoxe n’a pas encore été réévaluée pleinement. Maintenant ce qui me « dérange », mais qui est largement ignoré, c’est que non seulement la politique de la CIA a signifié la promotion de cet art néantifiant étasunien-là (écartant, d’ailleurs, la production figurative MODERNE infiniment plus passionnante que ces jeux sans enjeu, intellectualisés — et dont Clement Greenberg lui-même dira à la fin de sa vie son scepticisme : « fin 1973, [il] donnait à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne une conférence, la dernière, où, condamnant la pauvreté du minimalisme et de l’abstraction en général, il se livra du même coup à l’autocritique des thèses qu’il avait soutenues durant sa vie. Curieusement, on ne cite jamais, en France, où elle a cependant été traduite, cette conférence, dernier état de sa pensée », J. Clair, La Responsabilité de l’artiste, p. 103), mais elle a été accompagnée d’une politique économique de marginalisation de l’art figuratif révolutionnaire. José Antonio Mobil Belteton, intellectuel guatémaltèque, a ainsi dans son essai Evolucion de la plastica y sus vinculos con la hisstoria inmediata del pais 1954-2000 rappelé que la CIA avait soutenu économiquement l’art abstrait de façon à créer un marché marginalisant l’art figuratif civique d’inspiration « révolutionnaire » (dans la lignée de Rivera ou Siqueiros). Il est vrai que l’art abstrait a cet avantage de ne rien signifier que lui-même, quand bien même à renfort de discours parfois d’une longueur infinie (cf. Malevitch sur son carré blanc sur fond blanc) on peut évidemment conférer le sens qu’on y veut bien selon la tradition de l’art non figuratif qui confond bien sûr liberté et arbitraire. D’ailleurs, c’est parce qu’il s’est rendu compte de la voie de néant et de l’impasse où le conduisait cette démarche qu’il est revenu à la figuration à la fin de sa vie.

      Même si l’on considère comme génialissime l’art de Pollock, càd en récitant l’hagiographie de Clement Greenberg et Harold Rosenberg gravée dans le marbre, et sans plus d’examen réellement personnel, dites-moi en quoi Pollock serait supérieur à Mathieu par exemple? En quoi l’école de NY aurait apporté quelque chose de plus ou dépassé ce que, plus ou moins à la même époque, produisaient Riopelle, Zao Wou-ki, Wols, Fautrier, Hartung, et autres tenants de l’abstraction, notamment lyrique. Du reste, quels critères autres que la nouveauté — ne me parlez pas de « l’audace » ou du « chamanisme » de Pollock, de grâce ! — justifiraient leur place dans l’histoire de l’art, dans l’histoire PROGRESSISTE de l’art qui confond l’histoire des avant-gardes et l’histoire de l’art tout court, chose que dénonçait Bernard Ceysson en 1979 ainsi : « (…) à l’exception des maîtres mythiques de l’art moderne, Picasso, Braque, Léger, Matisse, des surréalistes, Magritte surtout, et des pop’artistes reconnus dès qu’apparus comme avant-garde, tout artiste s’écartant de la voie royale du progressisme avant-gardiste est déclaré passéiste ou académique ».
      70 ans après, que reste-t-il d’autre que le fait de savoir, par exemple dans le cas de Pollock ou bien de Rauschenberg, que personne ne l’avait fait avant? Dites-moi.

      Quant à l’art contemporain qui me « semble gazeux », je vous renvoie seulement à l’essai de M. Yves Michaud, référence qui vous a échappé.

      Enfin, pour « dater » la période, je crois avoir été clair dans l’article en écrivant ceci :
      « Passons aussi sur l’absence de définition de l’objet « art contemporain » (la « datation » ne fait pas l’unanimité chez les historiens de l’art, mais nous voyons grosso modo de quoi il s’agit) », car Michel Onfray, qui donne cette conférence, ne date en effet pas l’objet dont il parle.

      Maintenant, si vous attendez de ma part que je fixe un cadre chronologique à l’objet « art contemporain », on peut tout-à-fait fixer les dates suivantes :
      – 1962 : naissance de Fluxus
      – 1969 et l’exposition de Harald Szeemann, « Quand les attitudes deviennent formes » à la Kunsthalle de Berne,
      – 1972 : l’exposition « Mythologies personnelles » de Christian Boltanski,
      – 1983 et la création de la bureaucratie de la création en France.

      (Ces dates n’en étant que quelques-unes signalant une dynamique plus générale où l’on ne peut pas oublier d’inclure l’art minimal étasunien, Nam June Paik, Fluxus, l’apparition de la performance avec des Chris Burden, Vito Acconci, l’art conceptuel, etc.)

      Et cela étant précisé en sachant que les origines plus lointaines remontent aux premiers ready made de Duchamp et, de façon plus générale, à sa vie même où s’ancre toute la postérité du non-art du siècle (body art, installation, conceptuel, etc.), voire à l’art abstrait en tant qu’il donne cours à une débauche de textes conceptuels : Mondrian, Malevitch et Kandinsky formant la sainte trilogie initiale.

      Pour rappel, voilà tout de même ce qu’énonçait Dieu-le-Père Duchamp de la descendance qu’il a engendrée : « Ce néo-Dada qui se nomme maintenant Nouveau Réalisme, Pop’Art, assemblage… est une distraction à bon marché qui vit ce que Dada a fait. Lorsque j’ai découvert les ready-made, j’espérais décourager ce carnaval d’esthétisme. Mais les néo-Dadaïstes utilisent les ready-made pour leur découvrir une valeur esthétique. Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté », Lettre à Hans Richter, 10 novembre 1962.

      Maintenant, avant de prendre congé, je me contente de vous renvoyer vers deux lectures sur Duchamp :
      – « Merde à Duchamp », chez Nicole Esterolle (mais dont elle n’est pas l’auteure) : http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/
      – Cette introduction d’abord publiée sur la Revue du MAUSS qui annonçait un excellent livre d’Alain Boton sur Duchamp : https://blablartcontempourien.wordpress.com/2012/08/16/marcel-duchamp-alain-boton/

      Bonne lecture.

  3. je me suis régalée , enfin de quoi penser, et drôle!!! ça fait du bien je croyais être un peu seule , je vois que non ouf… merci, tout n’est pas désespéré.

  4. oui faut bien rigoler ! Je commence tout juste « La bouffonnerie de l’Assez »… Les mots sont des haches chez Nicole, mais je les pense nécessaires ces haches de bucherons poilus…L’approche radicale, vu les enjeux, me semble (Moi ! le froid-distant-serein-mégalo-camarade !) indispensables, parce que nos aspirations au bon, au beau…taratata sont notre ordinaire dérisoire…et vive la bonne santé dans nos culottes et nos plis sublimes d’interrogations…

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