Politique

Laurent Bouvet : « Recréer du commun, c’est se remettre à faire de la politique »

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et directeur de l’Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès. Il a récemment publié « L’Insécurité culturelle – Sortir du malaise identitaire français » (éditions Fayard). Dans cet ouvrage, le politologue tente d’expliquer le malaise des classes populaires françaises sous l’effet de la mondialisation et leurs traductions électorales (notamment la percée du Front national).

Le Comptoir : Karl Marx et Friedrich Engels écrivaient que l’« insécurité perpétuelle » est ce qui distingue « l’époque bourgeoise de toutes les précédentes »[i]. La résolution du problème de l’insécurité – qu’elle soit « culturelle », « sociale » pour reprendre l’expression  du sociologue Robert Castel, ou au sens strict – peut-elle faire l’économie de la critique du capitalisme comme « fait social total » ?

Bouvet

Photo © Margot L’Hermite

Laurent Bouvet : Certainement pas. L’insécurité culturelle, telle que je l’analyse dans mon livre, renvoie précisément aux conditions actuelles du capitalisme et des rapports de forces qu’il induit dans une société comme la nôtre. C’est une forme d’insécurité qui vient s’articuler, de manière complexe, avec l’insécurité économique et sociale, ainsi qu’avec l’insécurité au sens classique ; c’est une insécurité qui met en jeu les modes de vie, le rapport de chacun et des groupes sociaux à ce qu’ils sont vis-à-vis des autres, à la fois au plus près d’eux, et par rapport au monde lointain, aux représentations vraies ou fausses, réelles ou fantasmées, qu’ils s’en font. Elle est donc très liée à la mondialisation et à ses développements subséquents, notamment à la violence du terrorisme djihadiste actuel.

Il est donc indispensable, si l’on veut bien combattre les différentes formes d’insécurité qui, encore une fois, sont toutes liées et interdépendantes les unes des autres, de mettre en cause les formes actuelles de la mondialisation, qu’il s’agisse de la financiarisation de l’économie capitaliste et du développement des inégalités de revenus, ou bien de la menace islamiste qui pèse en particulier sur nombre de sociétés arabes et qui déstabilisent aussi l’ensemble de nos sociétés.

Selon vous, la gauche reste prisonnière de l’« économisme », en concevant tous les faits sociaux comme des faits économiques. Pourtant, depuis les années Mitterrand, le PS semble avoir abandonné la grille de lecture marxiste au profit d’une forme de culturalisme, comme l’indiquait la fameuse note du think tank Terra Nova intitulée « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? »

L’économisme, ce défaut commun du marxisme et du libéralisme, dénoncé notamment par des auteurs tels que Antonio Gramsci (lire ici) ou Karl Polanyi (lire là), consiste, dans sa forme triviale actuelle, à penser qu’on peut résoudre les difficultés dont souffre la société française par des mesures économiques. C’est une illusion. À la fois parce que la situation économique échappe très largement à l’action politique nationale, ce qui est un résultat de la mondialisation et de l’intégration européenne – on en voit les effets chaque jour – et parce que, plus fondamentalement encore, nombre des difficultés que traverse le pays ne sont pas solubles dans l’économie.

« Il est donc indispensable si l’on veut bien combattre les différentes formes d’insécurité (…)  de mettre en cause les formes actuelles de la mondialisation. »

C’est le cas des questions dites culturelles que je mentionnais plus haut à propos de l’insécurité culturelle : qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? Que faisons-nous et que voulons-nous faire ensemble ? Qu’est-ce qui nous est commun au-delà de tout ce qui nous différencie ? L’amélioration de la situation économique et sociale permettrait bien évidemment de répondre plus confortablement qu’aujourd’hui à de telles questions. Il faudrait davantage de ressources à redistribuer, davantage d’égalité sociale et territoriale, notamment. Mais cela ne suffit pas. On le voit d’ailleurs dans d’autres pays, plus prospères que le nôtre, comme la Suisse, l’Autriche ou les pays scandinaves, où se pose aussi la question des difficultés qu’on appelle identitaires. Et dans ces pays, il existe des partis proches du Front national.

Pour répondre plus directement à votre question, il faut décrire ce qui s’est passé en une trentaine d’années au sein de la gauche française (et pas seulement au PS). C’est une forme de double illusion : une illusion maintenue d’abord sur la prévalence d’une maîtrise de la politique économique, alors que l’abandon de la souveraineté du pays en matière économique, et ce au profit de l’Union européenne, a été continu. Ce qui donne soit un discours d’orientation social-libéral, d’adaptation et de réforme structurelle, soit un discours plus classique d’augmentation de la dépense publique, qui tourne à vide. Et les citoyens ne croient plus dans ces discours, si bien que la grille de lecture économiciste perdure mais… elle aussi, à vide.

Or, pour compenser ce vide laissé par un discours sans réalité, toute une partie de la gauche s’est tournée vers le culturalisme qui est, en fait, une forme active et normative de multiculturalisme, et ce afin de rendre les minorités (de genre, ethno-raciales, d’orientation sexuelle…) le plus visibles possible, et si possible dans les politiques publiques (école, ville, égalité homme-femme…) au nom de la lutte contre les discriminations que subissent les membres de ces minorités. Si bien que, au sein de la gauche, la lutte pour l’égalité sociale s’est peu à peu transformée, tant de manière discursive que dans l’action publique (au gouvernement notamment), en une lutte pour la reconnaissance identitaire des minorités dans l’espace public.

Le problème, outre que l’efficacité d’une telle orientation pour lutter contre les discriminations peut être interrogée, c’est que cela a créé une forme de rabougrissement sociologique de la gauche. Une grande partie de son électorat traditionnel — disons, pour simplifier, l’électorat qui est issu des catégories populaires et moyennes — ne s’est plus sentie représentée et défendue, ni économiquement ni « culturellement ». Cette transition sociologique au long cours a conduit à une fragilité politique de la gauche qui est importante : non seulement parce que la moindre division à gauche (et celles-ci sont nombreuses à propos des questions économiques et sociales) risque de mettre à mal tout l’exercice du pouvoir, mais surtout parce que le socle électoral nécessaire à la victoire a été très réduit.

SarkoPendant la décennie 2000, après l’échec de 2002 face à Jean-Marie Le Pen, durant laquelle cette transition est arrivée quasiment à son terme – la note de Terra Nova de 2011 que vous citez étant la formalisation explicite de cette longue évolution –, seules l’abstention et les triangulaires avec l’UMP ont permis au PS de gagner localement. En 2012, il a fallu la figure repoussoir d’un Nicolas Sarkozy pour permettre à la gauche de l’emporter. Mais on a pu constater depuis que cela ne suffisait pas pour gouverner dans la durée et que les contradictions revenaient très rapidement. Aussi rapidement que les électeurs mobilisés une fois repartent très vite dans l’abstention, notamment.

Les contradictions dans la fameuse « nouvelle coalition progressiste » dessinée par Terra Nova (femmes, jeunes, diplômés, banlieues…) sont ainsi très vite apparues au moment des discussions sur la « loi Taubira » et ses suites, notamment entre « musulmans de gauche » et militants pour les nouvelles formes familiales ou le développement du « genre ». En clair, l’arc multiculturaliste qui devait servir de substitut électoral à la gauche pour relayer les catégories populaires et moyennes s’est vite brisé. L’idée d’égalité étant d’ailleurs totalement étrangère aux intérêts spécifiques des groupes culturalistes supposés le constituer.

Plus grave encore, une telle « transition sociologique » des idéaux de la gauche, en ce qui concerne un électorat marqué territorialement, comme on l’a vu en particulier lors des municipales de 2014, conduit une partie de celui-ci directement dans les bras du FN. Le sentiment d’abandon, voire de punition (on peut penser aux impôts qui ont considérablement augmenté depuis 2012 pour les catégories moyennes), est exploité à plein par le parti lepéniste, et ce tant sur le plan économique qu’identitaire. Au programme, le rejet de la mondialisation et de l’Europe, la garantie de l’efficacité de la relance économique par la dépense publique et par la fermeture des frontières, et la « préférence nationale », par exemple, en ce qui concerne la protection sociale. Le passage de 20 à 30 % des intentions de vote pour le parti de Marine Le Pen en deux ans est un phénomène particulièrement frappant, surtout quand cela se vérifie aux différentes élections.

On voit bien ici l’articulation et l’intrication même entre enjeux économiques et enjeux culturels, comme je le soulignais plus haut à propos de l’insécurité culturelle.

L’« insécurité culturelle » apparaît souvent comme un concept identitaire pour défendre les « petits Blancs ». Dans votre ouvrage, vous relevez cependant que les populations issues de l’immigration peuvent également en être victimes. Dans le fond, ces dernières n’en seraient-elles pas les premières victimes ?

CaptureL’expression « insécurité culturelle » est victime de la manière dont son « inventeur », le géographe Christophe Guilluy, l’a proposée dans le débat public : il en parle comme d’un « concept » (c’est le mot qu’il emploie) appliqué aux « petits Blancs » de la « France périphérique » pour reprendre le titre de son dernier essai.

Ce n’est pas du tout ma démarche, même si j’ai tenu à reprendre son expression (qui, pour moi, n’est en rien un concept dans la mesure où il n’y a aucune théorisation), car je trouvais qu’elle décrivait bien un certain nombre de représentations que nos concitoyens se font de la société française contemporaine. Et, en effet, lorsqu’on observe de près ces représentations, on s’aperçoit que des populations a priori très différentes, ou du moins que certains chercheurs ou responsables politiques se plaisent à opposer, témoignent des mêmes préoccupations en termes d’insécurité culturelle.

Ainsi, les « petits Blancs » du « périurbain subi » s’expriment-ils souvent de la même manière que les populations issues de l’immigration vivant dans les « banlieues » (au sens médiatique général du terme). Ils parlent d’abandon et d’oubli de la part du « haut » de la société, des responsables politiques et économiques, des médias… Ils vivent la relégation territoriale et les difficultés économiques et sociales de la même manière. Seule l’expérience de la discrimination ethno-raciale les distingue finalement.

Or, qui oppose ces populations politiquement ? Qui présente leurs intérêts comme antagonistes ? Précisément ceux qui y trouvent la satisfaction de leur propre intérêt, politique. C’est le cas bien évidemment du FN et d’une partie de la droite, qui se range du côté des « petits Blancs » en expliquant qu’ils ont été défavorisés dans les choix de politiques publiques (école, ville, solidarité…) au profit des habitants des banlieues. Mais c’est aussi le cas d’une partie de la gauche et de l’extrême-gauche, aidée en cela par tout un ensemble de chercheurs bien plus militants que scientifiques, qui expliquent exactement la même chose à ces derniers, en désignant cette fois le « petit Blanc » ou le « Français de souche » comme l’artisan de tous leurs malheurs – depuis la colonisation jusqu’aux discriminations actuelles.

Je pose donc une question simple à travers mon usage de l’insécurité culturelle comme outil de compréhension de la société : qui a intérêt à maintenir chaque population dans son « jus » identitaire, dans son « enclos » suivant le mot terrible et méprisant d’un ancien directeur-adjoint de Libération, et donc qui a intérêt à maintenir une forme de guerre permanente des identités ?

« Des populations a priori très différentes, ou du moins que certains chercheurs ou responsables politiques se plaisent à opposer, témoignent des mêmes préoccupations en termes d’insécurité culturelle. »

Dans votre livre, on semble retrouver l’idée que le FN prospère sur les angles morts de la gauche. Souscrivez-vous à ce que Jean-Claude Michéa nomme « le théorème d’Orwell », qui stipule que « quand l’extrême-droite progresse chez les gens ordinaires, c’est d’abord sur elle-même que la gauche devrait s’interroger » ?

George Orwell

Totalement ! C’est le cœur de ma démarche « politique ». J’essaie de susciter quelques questions à gauche. Et au vu des réactions que cela suscite, ce n’est pas gagné ! Toute une gauche a abandonné, depuis trente ans, le combat idéologique contre le FN en pensant qu’il suffisait de faire de la morale – et de faire la morale aux électeurs du FN ou à nos concitoyens tentés par le vote FN. Cette attitude non seulement a été d’une totale inefficacité politique – on le constate tous les jours – mais, de surcroît, elle est devenue insupportable à bien des gens très au-delà de l’électorat du FN. S’entendre dire toute la journée que l’on pense mal et pis encore que l’on vote mal… sans que rien ne soit proposé comme alternative ou même comme explication, c’est tout simplement indécent.

C’est pourtant l’attitude de toute une gauche (et extrême-gauche) politique et intellectuelle. Et cette attitude continue aujourd’hui, en dépit de son échec patent.

Vous expliquez, dans votre livre, que le Front de gauche est inaudible auprès de l’électorat qu’il vise parce qu’il apparaît trop « multiculturaliste » et « immigrationniste » – notamment lors du fameux discours prononcé par Jean-Luc Mélenchon à Marseille durant la campagne de 2012. Mais le Front national n’est-il pas avantagé naturellement dans un contexte où le débat est phagocyté par les questions identitaires, sécuritaires et immigrationnistes, alors que la dénonciation du capitalisme faite par la gauche radicale ne semble plus à l’ordre du jour ?

JEAN-L~1J’ai simplement constaté que la différence de résultat électoral entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 – et entre le FdG et le FN depuis – s’explique moins par les propositions économiques qu’ils font, car il y a de nombreux points communs entre leurs programmes respectifs (critique de la mondialisation, du capitalisme et de l’Union européenne, relance par la dépense publique…), que par leurs divergences marquées sur les questions « identitaires » (immigration, frontières, islam…).

Le programme lepéniste de fermeture des frontières à l’immigration et de « préférence nationale » — notamment pour les prestations sociales — permet de rendre plus cohérente, sinon crédible, la proposition protectionniste et keynésienne. Il me semble que c’est là que se joue la différence électorale entre les deux partis.

Je vous renvoie donc la question : pourquoi le FdG n’arrive-t-il pas à imposer que le débat se fasse d’abord sur les questions économiques, et pourquoi n’arrive-t-il pas à convaincre les électeurs, des catégories populaires entre autres, qu’il propose la bonne réponse à leurs préoccupations ? Renvoyer sans cesse la faute de ses échecs électoraux sur les médias, le débat public, le PS, ce n’est pas très sérieux. Le FdG et toute la « gauche de la gauche » devraient se poser sérieusement la question de savoir pourquoi, alors qu’ils sont convaincus d’avoir la meilleure analyse de la situation et le meilleur projet politique, ils sont systématiquement derrière le PS et la gauche « sociale-libérale », derrière la droite et derrière le FN aux élections. Accuser les gens de faire le jeu du FN, des gens qui, comme moi, essaient de montrer pourquoi ils sont derrière et non devant électoralement, ne les aidera pas à convaincre les électeurs.

Vous critiquez le concept d’« intersectionnalité »[ii], qui selon vous « est utilisé, aujourd’hui, en France – tout particulièrement à gauche – pour justifier les revendications identitaires et culturalistes de minorités en les assimilant à des luttes sociales menées au nom de l’égalité ». Ne croyez-vous pas, comme l’expliquait Christopher Lasch,  que le vrai problème provient du fait qu’il est de plus en plus difficile « de formuler les revendications des groupes en termes universels »[iii] ?

Ça va ensemble. La difficulté à se projeter dans le « commun » – sans même parler d’universel – vient à la fois du fait que c’est beaucoup plus difficile en période de crise économique et sociale, et aussi du fait qu’une large partie des acteurs politiques et intellectuels qui devraient canaliser les différences vers ce commun ne jouent plus leur rôle. Ils préfèrent se battre sur la mise en exergue des différences et des identités particulières afin de s’assurer un bénéfice politique immédiat – c’est le cas au FN bien sûr mais aussi dans toute cette gauche dont on parlait plus haut, avec les minorités notamment.

Le commun, l’égalité et l’universalisme sont devenus des incongruités pour toute cette gauche. Ces idées apparaissent comme les créations et les instruments de domination d’une « majorité » mâle, blanche, hétérosexuelle, occidentale, etc. Ce qui permet de reléguer la lutte et la dialectique sociales au second plan, d’où ma critique de l’usage fait en France de « l’intersectionnalité des luttes ». Les élites, y compris les intellectuels et les chercheurs de cette gauche identitaire et culturaliste, y trouvent parfaitement leur compte.

« S’entendre dire toute la journée que l’on pense mal et pis encore que l’on vote mal… sans que rien soit proposé comme alternative ou même comme explication, c’est tout simplement indécent. »

Selon vous, si la France est un pays multiculturel dans les faits, ce multiculturalisme ne peut pas être un moteur de politiques publiques. Mais comment recréer du commun dans une société où toutes les institutions fabriquant traditionnellement du vivre-ensemble – de l’école républicaine au Parti communiste, en passant par le service militaire obligatoire – sont toutes en crise, quand elles n’ont pas carrément disparu ?

Recréer du commun, c’est-à-dire se remettre à valoriser d’abord ce qui est commun plutôt que ce qui nous différencie et nous distingue, c’est se remettre à faire de la politique. C’est reprendre la discussion permanente sur la France (et pourquoi pas aussi sur l’Europe) comme un projet politique, civique, jamais achevé, en perpétuelle évolution, mais qui permet d’agréger chacun, quelles que soient ses identités particulières – et nous en avons tous plusieurs.

Je ne suis pas certain que cela passe par des institutions au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Le temps des institutions – celles que vous citez par exemple – est même sans doute révolu. Non qu’il faille s’en remettre à une sorte de postmodernité individualiste totalement déstructurée comme le voudraient certains (notamment dans le multiculturalisme normatif) mais plutôt à des formes nouvelles de mobilisation et de coopération ou de mutualisation politiques. Le lieu du commun sur lequel j’insiste n’est plus l’État ou l’espace institutionnel préconstitué, c’est la communauté des citoyens, un ensemble qui ne peut exister que de manière collective et pleinement souveraine à la fois. On retrouve là la définition originale de la République et de la liberté républicaine qui permet de s’opposer philosophiquement et pratiquement à la seule définition libérale de la liberté (celle de l’individu et des communautés identitaires) répandue aussi bien économiquement que culturellement, à gauche entre autres.

Nos Desserts :

Notes :

[i] Friedrich Engels et Karl Marx, Manifeste du Parti communiste, 1848

[ii] L’intersectionnalité est un concept utilisé en sociologie et en science politique — principalement dans les pays anglo-saxons (« intersectionality ») — qui est apparu dans le milieu universitaire pour la première fois sous la plume de la féministe américaine Kimberlé Crenshaw (en 1991). Elle désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société (exemples : les femmes noires ou les ouvriers homosexuels).

[iii] Cornelius Castoriadis et Christopher Lasch, La Culture de l’égoïsme, Climats, 2012

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3 réponses »

  1. Interview très intéressante, merci! Je ne comprends pas ce que Laurent Bouvet veut dire par là: « L’idée d’égalité étant d’ailleurs totalement étrangère aux intérêts spécifiques des groupes culturalistes supposés le constituer. » N’y a-t-il pas chez ces groupes, outre la volonté de voir leurs revendications reconnues dans l’espace public, un désir d’égalité (salariale et sociale)?

  2. Excellent entretien. Qui ouvre sur beaucoup de questionnements. Perso, la critique de l’économisme, qui renvoie dos-à-dos libéraux et marxistes, ne me convainc pas vraiment. Le fait de revenir à la chose économique, sur des bases marxistes (j’entends par là, non seulement une autre répartition des richesses, mais surtout un changement du mode de production, avec le pouvoir aux travailleurs), ne peut-il pas participer du combat contre l’inflation identitaire dans la société? Dit autrement, les replis identitaires ne sont-ils pas d’abord nourris par la désespérance sociale face au chômage, au creusement des inégalités…? Je ne dis pas que régler ces questions supprimerait mécaniquement l’insécurité culturelle des classes populaires, mais ça y contribuerait grandement, je pense.

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