Culture

David Desgouilles : « La gauche a eu tort de snober le débat de l’identité nationale »

Blogueur politique s’intéressant particulièrement à la droite française, David Desgouilles vient de sortir son premier roman, « Le bruit de la douche » (éditions Michalon). Dans cette uchronie pleine d’humour, l’auteur narre ce qui se serait passé si le scandale du Sofitel n’avait pas eu lieu et que Dominique Strauss-Kahn s’était présenté à l’élection présidentielle de 2012. Afin de ne pas passer pour le candidat des « élites mondialisées », l’ex-directeur général du FMI décide de prendre tout le monde à contre-pied et engage une jeune militante socialiste, Anne-Sophie Myotte, conseillère d’Arnaud Montebourg et proche de Jacques Sapir et Emmanuel Todd. Elle réussit à pousser DSK à mener une campagne anti-Terra Nova, afin de reconquérir les classes populaires, contre l’avis des strauss-kahniens de la première heure, dont Pierre Moscovici…

Le Comptoir : Pourquoi un roman plutôt qu’un essai politique ?

David Desgouilles : Sans doute, parce que je suis joueur. Pour donner du plaisir au lecteur, il faut savoir en prendre pendant qu’on écrit. Un essai politique demande un plan, une discipline, de « l’académique ». Le roman demande évidemment du travail. Mais on a moins l’impression de travailler. Je me serais sans doute ennuyé en ayant l’impression de rédiger une dissertation géante. D’autre part, je me suis rendu compte que mes deux articles les plus populaires sur internet sont « La dictée du Petit Louis » et « Rendez-vous en terre inconnue – sueurs froides pour Jean Quatremer ». Ce sont deux fictions. Il me restait juste à me convaincre que j’étais capable d’en réaliser une sur plus de deux cents pages.

Est-ce que certains auteurs de roman politique – comme l’écrivain communiste Jérôme Leroy, que vous mentionnez dans votre livre – vous ont inspiré ?

Nous sommes tous forcément influencés par nos lectures. Jérôme Leroy est un peu un grand frère pour moi, dans ce milieu inédit. J’adore le lire et peut-être que son écriture m’a influencé inconsciemment. Je ne saurais dire à quel degré. Mais si on compare son dernier livre, L’Ange gardien – que j’ai lu pendant la période où j’écrivais Le Bruit de la douche –, on remarque qu’il écrit au présent, alors que j’écris au passé, et que je ne fais pas dans le roman noir. C’est un livre garanti sans meurtre, et même sans mort.

« Pour pouvoir donner du plaisir au lecteur, il faut savoir en prendre pendant qu’on écrit. »

En début d’année, le dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, a été au centre de tous les débats. Pensez-vous que la littérature a un rôle à jouer dans la société et dans le débat politique ?

Je ne me souviens plus à l’occasion duquel de ses départs — en 1946 ou en 1969 — le Général de Gaulle avait répondu , à l’un de ses proches qui lui demandait ce que les gaullistes allaient bien pouvoir faire quand il serait parti : « Écrivez ! » Houellebecq ne semble pas croire à ce rôle du roman par rapport aux essais. Je ne suis pas d’accord avec lui. D’ailleurs, son ami, le regretté Bernard Maris, l’a démontré magistralement dans Houellebecq économiste, que j’ai lu juste après Soumission.

Le plus grand écrivain politique du XXe siècle, George Orwell, expliquait : « Il me serait impossible d’écrire un livre (…) si cela ne représentait pas aussi pour moi une expérience esthétique. » (in Pourquoi j’écris). Quelle place avez-vous accordé au style dans l’écriture de votre roman ?

C’était une expérience esthétique, évidemment. Je l’ai eu en tête, en particulier lorsque je me relisais. Mais c’est au lecteur de décider s’il apprécie ou non mon style.

Ancien militant du RPR, tendance séguiniste, vous seriez plutôt classé à droite. Votre livre est-il une main tendue à une partie de la gauche eurosceptique ?

Vous oubliez mon passage au Pôle républicain en 2001-2002. J’ai beaucoup de mal à me situer sur un axe gauche-droite. Sur les thèmes économiques, je pioche davantage à gauche qu’à droite. Sur les thèmes sociétaux, je suis davantage conservateur. Mais, je ne suis plus un militant, je m’adresse à tous les lecteurs potentiels. Surtout ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que j’écris dans mes chroniques.

Politiquement, je me sens chez moi autant dans un colloque organisé par Jean-Pierre Chevènement qu’à un congrès de chez Dupont-Aignan. Ni plus, ni moins. Autant. Mon livre est dédié à Philippe Cohen qui était une cheville ouvrière de la Fondation du 2-Mars (Ex-Marc-Bloch), laquelle avait souhaité s’affranchir du clivage gauche-droite. J’ai écrit pour Causeur et pour Marianne.

L’histoire d’amour entre l’héroïne du livre, Anne-Sophie Myotte, militante socialiste, et un militant UMP serait-elle un symbole de la réconciliation des « républicains des deux rives », dont rêvait Jean-Pierre Chevènement ?

Peut-être inconsciemment, puisque je viens de vous expliquer que je me sentais aussi bien avec les uns qu’avec les autres. Mais ce n’était pas calculé. J’ai construit un personnage dont on sait au début qu’elle a un « amant de droite », lequel est un collaborateur de Patrick Buisson (sans qu’on sache d’ailleurs s’il est encarté ou non à l’UMP). Peu à peu, ce dernier a pris de l’importance dans le roman, bien davantage que je ne l’avais pensé au départ. Il n’y avait pas d’intention d’envoyer là un message politique. C’est, d’une part, ma volonté de donner de l’épaisseur au personnage d’Anne-Sophie et, d’autre part, l’intrigue qui s’est développée d’elle-même, tout cela a fait le reste. Et puis, cela m’amusait. Ce n’était pas prémédité. Mais si cela envoie ce message, après tout, tant mieux.

« Chaque parti a le devoir de développer sa conception de l’identité nationale, mais à une condition : que ce ne soit pas un alibi pour faire passer la question de la souveraineté sous le tapis. »

Dans votre livre, le PS fait campagne sur l’identité nationale, sans pour autant stigmatiser les immigrés ni l’islam. Est-ce une manière de tenter de réhabiliter ce concept tout en critiquant l’instrumentalisation qui en a été faite par l’UMP ?

L’identité nationale n’a pas à être réhabilitée tant elle est aujourd’hui présente. Dans une mondialisation effrénée, la question de la Nation se pose chaque jour. Qui sommes-nous, d’où venons-nous, que devenons-nous ensemble ? Ces questions se posent à tous les citoyens, quel que soit leur vote, ou surtout leur non-vote. La gauche a eu tort de snober ce débat. Quelqu’un comme Julien Dray l’a expliqué très récemment et j’ai l’impression que Jean-Luc Mélenchon est en train de travailler sérieusement la question. Chaque parti a le devoir de développer sa conception de l’identité nationale, mais à une condition : que ce ne soit pas un alibi pour faire passer la question de la souveraineté sous le tapis. C’est le principal reproche que je fais à Patrick Buisson et à Nicolas Sarkozy. D’autre part, je suis persuadé que la grande distribution, l’urbanisme commercial, le prochain traité Tafta, l’américanisation de notre culture gastronomique ont autant d’impact sinon davantage sur l’identité de notre nation, sur son histoire et sa géographie, que la montée du communautarisme, sans pour autant négliger cette dernière. Le reproche que je fais à une grande partie de la gauche, c’est d’avoir refusé le débat – par paresse ou par indignation grandiloquente – et d’avoir expliqué :  « ce débat pue ». C’était complètement idiot. D’ailleurs, vous remarquerez qu’aujourd’hui, ils y viennent, et sur le seul terrain de la droite, pas sur les thèmes que je viens de citer. C’est profondément désespérant.

Jean-Luc Mélenchon est plutôt absent de votre roman, à part à la fin de l’intrigue, alors qu’il a été l’une des attractions principales de la campagne de 2012. Est-ce parce que vous estimez que, si le PS avait fait une campagne anti-Terra Nova, le Front de gauche n’aurait pas eu d’espace politique ?

Dans le roman, il me semble bien que Jean-Luc Mélenchon ne fait pas un score inférieur à celui qu’il a réalisé face à François Hollande ! Je crois même qu’il est légèrement supérieur. Il a donc eu le même espace politique. Et vous remarquerez que Marine Le Pen, qui a été une autre attraction de la campagne de 2012, n’est pas davantage présente dans le roman. L’intrigue du roman commandait une narration de la campagne surtout à travers le duel UMP-PS. Cela ne signifie pas que les autres n’existaient pas.

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1 réponse »

  1. Point de vue très intéressant, et je me réjouis de lire ce roman. Ça fait quelque temps que je sèche sur un essai abordant ces sujets à contre-courant de la doxa des élites parisiennes. Le choix stylistique de Des gorilles me donne des idées. Bravo.

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