Politique

Grèce : manuel de survie en terrain hostile du « oui »

Pas facile de se construire une opinion quand l’ensemble des relais médiatiques sonnent l’hallali avec les institutions européennes. Voilà qui n’est pas sans rappeler le référendum (ou plutôt le hold-up) de 2005. Pourtant, un autre son de cloche est là, à portée de clic. En avant sur la longue route de la sortie de l’aliénation.

Paradoxe 1 : Négocier l’impossible et s’étonner que ça soit intenable

La loi du Marché selon Junker

Alors que des économistes de toute obédience – de Frédéric Lordon à Thomas Piketty, les prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman, en passant par l’ancien chef du FMI Dominique Strauss Kahn – reconnaissent à la fois le caractère biaisé de la négociation et le manque de réalisme des créanciers, l’appareil politico-médiatique s’est mis en marche pour le oui.

Les libéraux les plus convaincus se voient confier les éditoriaux, à l’instar de Jean Quatremer (Libération) ou d’Arnaud Leparmentier (Le Monde). Leurs écrits et paroles sont relayés à une cadence industrielle : il vous suffit d’allumer la télévision ou de feuilleter les journaux de révérence. Pour le plaisir, un petit florilège de ce grand concours des âneries apocalyptiques.

Paradoxe 2 : Informer dans un océan de désinformation : un combat

Pourtant, certains francs-tireurs ressuscitent Charles Péguy en jurant de « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste ».

Quand Jean-Baptiste Roch, à Télérama, expose la soumission totale des médias grecs au camp du « oui », Jack Dion, à Marianne, montre les basses œuvres de la grecophobie médiatique en France. Notons d’ailleurs la une de l’hebdomaire, cette semaine : « L’Euro contre la démocratie », un ovni dans chaque kiosque à journaux.

Une autre solution pour lutter ? Dégainer cet excellent petit guide contre les bobards médiatiques, rédigé par le collectif pour un audit citoyen de la dette publique.

Paradoxe 3 : arguer de la démocratie pour contrer le peuple

Martin Schulz vous met en garde

Le peuple vote mal. Il élit les mauvais dirigeants qui prennent les mauvaises décisions. Vite, un gouvernement technocratique de la Grèce, rempli de cols blancs nommés par la Troïka, réclame Martin Schulz, président du Parlement européen.

L’époque rappelle les heures les plus sombres de la double pensée orwellienne : « La guerre, c’est la paix » est devenu « le référendum, c’est anti-démocratique ». On se demande d’ailleurs pourquoi Bruxelles ne l’a pas (encore) interdit.

Cette démophobie primaire est le propre d’une construction européenne technicienne,  qui imagine une machinerie économique et légale actionnée par des agents économiques atomisés plutôt que par les peuples. Une haine profonde de la démocratie et du peuple brillamment démontrée par Coralie Delaume dans Europe. Les États désunis (Michalon, 2014), et dans cet entretien. De son côté, Jacques Sapir insiste sur l’idéologie européenne sous-jacente : derrière les projets de monnaie unique ou d’union économique, ce mode de gouvernement vise avant tout à imposer les règles du libéralisme contre l’avis des peuples. La dictature du Marché sous couvert d’un discours démocratique bien propret.

Voyant arriver de vraies alternatives en Espagne et en Grèce, la plupart des élites nationales veulent ainsi tuer dans l’œuf l’émergence de forces émancipatrices qui remettraient en cause leur domination. C’est à la fois une course de fond et un sprint, dictés par la peur.

Paradoxe 4 : sur place, la situation est si grave que voter « non » n’est même plus un risque

Tsipras, un renouveau dans la gauche européenne

Sur place, la situation est de plus en plus invivable, comme le montre la vice-présidente de l’Unicef Grèce, Sofia Tzitzikou. Un quotidien qui explique, en partie, la percée de Syriza passé de 4,6 % aux législatives de 2007 à 27 % à celles de juin 2012.

Le Diktat européen pousse d’ailleurs la majorité des Grecs soit dans la colère soit dans l’incompréhension. Et on le serait à moins tant c’est une véritable « stratégie du choc » (Milton Friedman) qui semble se mettre en place : pendant que la crise fait rage, l’État est vendu morceau par morceau aux intérêts privés. En pleine période de soldes, la Grèce est donc offerte aux plus offrants.

Rendez-nous l’Histoire !

Reprenant en partie Hegel, Francis Fukuyama théorise et décréte la fin de l’Histoire : selon lui, l’émergence d’un consensus universel sur la démocratie fera disparaître les conflits idéologiques. C’est ce qui se passe sur le vieux continent.

L’enjeu principal du référendum ? Le retour de l’Histoire, rien que ça ! Comment ? Par le retour des citoyens dans la prise de décision et le contrôle de leurs vies individuelles comme en collectivité. Le retour de l’enfant démocratique en ses terres ancestrales, comme l’annoncent un Jérôme Latta, un Jacques Sapir ou un Bruno Rieth.

Maggie : #JeSuisGrecque (photomontage)

Chez certains, la crise grecque peut réveiller les rancœurs (TCE 2005 à jamais dans nos cœurs), comme elle ravive la flamme : l’espoir perdu est enfin retrouvé, entre confessions et analyse politique. La même émotion étreignait les foules jeudi au rassemblement parisien en soutien au peuple grec.

Convoquons Hegel une deuxième fois : la journée de dimanche est l’occasion d’actualiser la dialectique du maître et de l’esclave, afin que ce dernier renverse enfin la table pour lui et les autres.

Paraphrasons enfin La Bruyère : si le « non » gagne, les Grecs qui auront vécu ce jour auront vécu un siècle et nous leur souhaitons que rien ne ressemble plus à ce jour que demain.

Catégories :Politique

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