Société

Alex Tavares : « Le Code noir avait pour but de réaffirmer le pouvoir royal »

Diplômé en sociologie à l’Université de Poitiers, Alex Tavares revient sur la place de l’histoire de l’esclavage des Noirs en Europe et dans le monde à travers les débats qui ont animé la France, notamment à propos du Code noir de Colbert. 

Le Comptoir : Le déboulonnage de statues fait l’actualité depuis quelques semaines maintenant, faisant suite aux manifestations qui ont entouré la mort de citoyen noir américain George Floyd. L’histoire, comme discipline de sciences humaines, a-t-elle pu éclairer les débats ?

Alex Tavares : Forcément. Elle permet d’abord de comprendre que le phénomène de déboulonnage est tout sauf inédit. Déjà sous l’Antiquité, on déboulonnait des statues de pharaons et d’empereurs. Plus près de nous, la Révolution française (même si elle finira par en déplorer les abus) pendant laquelle tout héritage de la période monarchique fut vouée à la destruction. La nécropole de Saint-Denis s’en souvient encore. Sans oublier bien sûr l’après-Vichy où les rues ont été débaptisées du nom de Maréchal. Ou bien la « déstalinisation ». En 2010 encore, une statue à l’effigie du « petit père des peuples » avait été déboulonné dans sa ville natale.  Comment ne pas oublier la manière dont le monde entier a pu assister sur écran TV à la chute de la statue de Saddam Hussein en plein Bagdad. On pourrait se prêter à l’exercice d’énumération encore longtemps. Les sociétés et les individus qui la composent ont toujours ressenti à un moment-clé de leur histoire ce désir de « purification » de la sphère publique et de ses symboles.

Personnellement, le phénomène ne me choque pas. Non par sa pérennité mais parce ces emblèmes n’ont de toute manière pas été créés dans une optique de « raconter » mais de « célébrer ». Qu’un individu veuille faire savoir qu’il ne souhaite pas être convié à la fête est compréhensible. Encore plus quand celui qui ouvre le bal est le même qui a fait sonner le tocsin au sein de votre nation. Je pense à ces figures de la colonisation européenne que l’on trouve érigées dans les pays d’Afrique ou ailleurs. Quelle serait notre réaction face à l’existence d’une statue de Bismarck dans la région Alsace et Moselle ? D’ailleurs pour l’anecdote, suite à la fin de la Première guerre mondiale, le médaillon à l’effigie du chancelier allemand qui se trouvait sur sa tour éponyme à Metz fut criblé de balles.

Je me montre en revanche circonspect lorsque la démarche rentre sous le patronage des déconstructivistes post-modernes et de ses acteurs (conscients ou inconscients). Leur insatiabilité à dénicher le moindre travers moral chez X ou Y rend la dynamique sans fin. Car forcément, vous pourrez toujours trouver sous la plume, la langue, la main d’un écrivain, politicien, commandant, une ligne, une phrase, un méfait qui égratignera vos carcans moraux. Cette critique vaut aussi bien pour eux que pour tout mouvement à la prétention éthique absolutiste.

« Déjà sous l’Antiquité, on déboulonnait des statues de pharaons et d’empereurs. »

Pour revenir au cœur même de votre interrogation, je vais m’appuyer sur le cas Victor Schoelcher dont deux de ses statues ont été détruites en Martinique. Une affaire que j’ai suivie de près et qui nous aiguille, à mon humble avis, sur la manière dont histoire et mémoire se confondent. Loin de moi l’idée de considérer l’Histoire comme étant une discipline neutre. Je ne suis pas naïf à ce point.  Mais une chose est certaine, lorsque la mémoire apparaît comme le premier des leitmotiv, on se fixe forcément un objectif qui servira tantôt des desiderata politiques ou identitaires. Cela vaut autant pour les « pro-déboulonnage » que les  « anti-déboulonnage » même si bien sûr les motifs et les objectifs peuvent varier d’un camp à l’autre.

Bref, pour Schoelcher,  nous avons eu d’un coté ceux qui ont déploré les exactions. Certains d’entre-eux les interprétant comme étant l’expression d’un anti-racisme devenu fou que lorgnerait désormais vers la haine de tout ce qui incarne l’humanité « blanche » et occidentale.  Dans leur esprit, l’abolitionniste n’aurait forcément apporté que du bien. Il a libéré les esclaves Noirs, comment peut-on raisonnablement lui en vouloir ? De l’autre, ceux qui se sont réjouit d’une telle initiative. Dans l’éventail des arguments, la négrophobie inavouable d’un individu dont l’éloge post-mortem incarnerait cette manie qu’a l’historiographie occidentale à laisser entendre que l’abolition de l’esclavage transatlantique serait un produit de la générosité des « Blancs » face à des esclaves « Noirs », toujours sujets mais jamais acteurs de leur destinée.

Premier rappel : Victor Schoelcher fut favorable à ce qu’on indemnise les planteurs esclavagistes de la perte de leurs esclaves. Toutefois lors de ses discussions face à la Commission apparaît en lui le désir de compensation en faveur, aussi, des esclaves. Cependant il nous est difficile d’évaluer s’il a réellement effectué un revirement idéologique ou s’il s’agissait là d’une tactique dont l’objectif aurait consisté à faire plier l’opinion d’une Commission aux opinions si réactionnaires qu’elle jugeait – poussée par un racisme sans bornes – qu’accorder plus que la liberté à tous ces hommes et femmes était un excès.

« Les sirènes de l’idéologie rendent impossible la réalisation d’un juste examen critique. »

Second rappel : l’abolitionniste au nom imprononçable était un pro-colonial. Les contemporains que nous sommes ne le mesurent pas mais c’est un trait commun de l’époque que d’être anti-esclavagiste car pro-colonisation. Le projet d’émancipation se transforme alors en pare-feu qui permet de canaliser l’hardiesse des esclaves et ainsi sauvegarder l’économie des colonies. C’est l’un des fils rouges de l’argumentaire du sus-cité qui n’oubliera jamais de noter que de toute façon, les esclaves allaient finir par se libérer d’eux-mêmes à l’image de ce qui se déroula à Saint-Domingue et qui servi de référence à tout le monde afro-atlantique.

Par ailleurs, il serait effectivement tout à fait compréhensible et légitime que soit mis en avant l’existence d’autres figures de l’activisme abolitionniste martiniquais comme Cyrille Bissette ou Auguste-François Perrinon, tous deux « libres de couleur ».

Pour la qualification de « négrophobie »,  c’est plus compliqué et ce malgré le penchant pro-colonial de l’individu qui joue clairement en sa défaveur. Je n’aurais malheureusement pas le temps ici même de développer de manière exhaustive ce trait de sa personnalité. Quoiqu’il en soit, à l’instar des « pro-Schoelcher » , il y a également d’arguments avancés par les « antis » qui sont infondés. En tête, la manière dont il aurait qualifié  les Noirs, c’est à dire de « vicieux », de « bons à rien », de « brutes », de « mendiants » pour faire court. Pour comprendre dans quel contexte ces attributs leur sont alloués, il faut examiner avec attention l’intégralité du contenu de ses écrits, notamment Des Noirs et Abolition de l’esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés (1840). On se rendra alors compte qu’il ne juge pas les Noirs ainsi parce que Noirs mais parce que la discontinuité de leur mise en servilité durant des siècles les ont amenés à en arriver à ce stade. Stade qui est la conséquence d’un système donc, pas d’une « nature ». Il ne manque d’ailleurs pas de rappeler que sous l’antiquité le même genre de raccourci infondé était émis à l’encontre des personnes asservies. Précisant de plus que les esclavagisés Blancs d’Europe contemporains à son époque subissaient les mêmes effets.

Voilà, j’évoque Victor Schoelcher comme j’aurais pu évoquer n’importe quel autre personnalité qui se retrouve au cœur de la tourmente actuelle pour montrer à quel point les sirènes de l’idéologie rendent impossible la réalisation d’un juste examen critique. Il est donc impératif d’en revenir à l’Histoire pour mieux comprendre, appréhender et à terme, désamorcer les situations « ethnico-conflictuelles » que nous vivons par l’intermédiaire, entre autres, de cette flambée de déboulonnage.  C’est une étape, pas la solution à tout. La connaissance n’efface pas les injustices.  Mais elle permet au moins de comprendre leurs origines  et leur sens. Les acteurs de la société civile dont l’ambition est de combattre l’iniquité sociale agiront ainsi moins à l’aveugle.

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Le Collège de France

Ces polémiques sont-elles la conséquence de l’absence en France d’un lieu (certains parlaient d’un musée) ou d’institutions, où tous les citoyens, notamment ceux issues de l’immigration, peuvent aujourd’hui réfléchir sur l’esclavage et la violence qui s’est exercée sur les Noirs en Europe ?

Comme le rappelle l’historien Pascal Blanchard, nous avons vingt-trois musées du sabot en France mais pas un seul musée – je dis bien musée, pas mémorial – de l’esclavage (même si Paris projette d’en construire un) et de l’histoire coloniale au sein de la métropole.  Cette absence est révélatrice d’un inconfort que nous cultivons autour de ces questions. Elle est aussi significative de la manière dont l’intelligentsia français accuse un retard considérable sur l’étude de ces chapitres de notre récit.

J’entends énormément de complaintes de part et d’autres sur la manière dont en France on importerait une lecture « raciale » à l’américaine.  Cette entreprise d’importation existe bel et bien.  Elle se diffuse au sein de certains cercles estudiantins et groupuscules anti-racistes.  Toutefois, très souvent, sa dénonciation a davantage pour but de porter le discrédit sur toute initiative de réflexion autour de la question ethnico-culturelle en France que de réellement traduire une tendance concrète. Quoiqu’il en soit, on ne peut se permettre de se plaindre de cette importation si nous-mêmes nous nous avérons incapable de bâtir les édifices que nous évoquons. L’humanité a horreur du vide. Ce que le petit enfant Noir ne pourra pas trouver ici en matière d’identification, il finira par aller le chercher ailleurs. Particulièrement dans cette Amérique dont l’historiographie afro-américaine fait figure de véritable épopée.

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Manifestation en soutien à George Floyd

Globalement en France, notre niveau de connaissance en matière de colonialisme et d’esclavagisme négrier est faible, notamment par rapport aux pays anglo-saxons. Tout le monde pense pourtant avoir une idée suffisamment claire de ces événements sous prétexte qu’ils agitent régulièrement l’actualité et que certainement tout y a été à peu près dit. Seulement, au-delà de la fréquence à laquelle on en parle qui sera estimée trop élevée pour certains et pas assez pour d’autres, il y a la façon dont on en parle. Là encore il sera généralement question d’appuyer ou non ses opinions, mais pas d’être factuel.  De tomber dans le simplisme, avec des méchants d’un côté, des gentils de l’autre, mais certainement pas d’analyser la manière dont ce passé impacte notre présent. En somme, mémoire partout, histoire nulle part.

Cela étant dit, pour être honnête, l’afro-descendant que je suis se montre mitigé sur la manière dont ces musées et mémoriaux – qui se doivent néanmoins d’exister, j’insiste – peuvent non seulement nous faire oublier que l’esclavage reste encore un fait d’actualité (sous des formes nouvelles ou non, avec des motifs nouveaux ou non) mais aussi enfermer les Noirs dans un ghetto social et mental.  Il est vicieux de se référer continuellement à l’histoire sub-saharienne et afro-descendante en l’abordant exclusivement sous le prisme  du commerce du bois d’ébène et du colonialisme.  On laisse ainsi entendre que le point de départ de l’histoire du continent africain se situe à partir de l’arrivée des Blancs. Tout ceci ne peut que servir de vivier aux thèses racistes qui laissent à penser que l’Africain ne s’est jamais inscrit dans l’ordre de ce monde, qu’il n’a jamais été en position de majesté, sa nature étant celle de la victime éternelle dont la condition est forcément régie par le bon vouloir des autres peuples.  L’enfer est pavé de bonnes intentions.

« En somme, mémoire partout, histoire nulle part. »

Les polémiques sur la statue de Colbert ont justement ouvert un débat sur le Code noir et l’esclavage. N’y a-t-il pas un intérêt pour mieux comprendre ce qui s’est passé en France à cette époque ?

Un intérêt immense. Le mot anachronisme, c’est celui qui revient le plus souvent lorsqu’on aborde le cas Colbert et son fameux Code noir. Où se situe l’erreur de chronologie ? Dans l’idée que le code a amélioré le sort des esclaves ou qu’il l’a fait reculer ? Il est pourtant facile de trouver la réponse. Il suffit tout simplement de s’intéresser à la réalité de la société antillaise pré-code Noir. Nous avons accès à une documentation tout à fait fournie là-dessus. Fruit des chroniques et carnets de bord de fonctionnaires, capitaines, voyageurs, cléricaux (père J.B Dutertre, père Labat…). En dépit de certaines lois déjà en vigueur, les esclaves étaient bien plus traités en tant que compagnon qu’autre chose. Il y avait une vraie proximité humaine entre eux et le maître. Ils étaient autorisés à porter des armes car il fallait se défendre contre les indiens caraïbes, contre les navires espagnols qui bombardaient les campements. Un nombre non négligeable d’esclaves finirent par devenir de fructueux commerçants, charpentiers, ébénistes, qui grâce au pécule accumulé, se trouvaient en mesure de racheter leur condition.

Ce qu’a donc craint l’État français, c’est que toute cette progression vers toujours plus d’autonomie lui fasse perdre son influence au sein des colonies. Le premier objectif du Code était donc d’y réaffirmer le pouvoir royal. Son intronisation a non seulement fait gommer toutes ces avancées mais a en plus participé à ce que le sillon « racial » se creuse.

En fait, l’erreur communément commise est de juger l’influence du Code noir sur la base de son simple contenu. Oui, si vous vous arrêtez aux texte et que vous vous imaginez qu’avant il y avait un blanc seing sur la manière dont on réglementait la condition servile, vous allez forcément vous dire qu’on est passé d’une situation où les maîtres pouvaient employer tous les moyens coercitifs possibles à l’encontre de leurs esclaves à celui où ce pouvoir s’est restreint. Mais l’analyse de la réalité du terrain de l’époque nous montre totalement autre chose.

De surcroît, il faut se rappeler que sous l’impulsion de la christianisation, l’Europe avait fait reculer (sans pour autant le faire totalement disparaître)  sur son sol la pratique de l’esclavage, remplacé par le servage.  En France, l’Édit royal de l’année 1315 de Louis X est explicite : « l’esclave qui touche le sol de France devient libre, de plein droit, et pour toujours ». Pourquoi le parlement de Paris de l’époque refuse d’enregistrer le Code noir ? Parce qu’il l’estime contraire au droit français, au droit naturel et au droit divin.

« Nous avons vingt-trois musées du sabot en France mais pas un seul musée de l’esclavage »

Certains historiens déplorent une volonté de faire prévaloir les considérations raciales au profit de la lutte des classes dans le travail de recherche historique. Assiste-t-on à un effacement de la lecture marxiste de l’histoire au profit d’une autre qui serait plus décoloniale ?

C’est un reproche audible. La bourgeoisie aux affaires a toujours su se jouer des différences philosophiques, religieuses, culturelles, ethniques, présentes au sein des classes laborieuses. Les exemples en la matière sont nombreux. Aux États-Unis pendant la Reconstruction, on a creusé les antagonismes entre travailleurs irlando-américains et afro-américains. Les premiers ont pu au détriment des seconds bénéficier d’avantages en leur faisant miroiter une meilleure intégration au sein de corps social majoritaire « blanc ». En France, les grèves Talbot-Poissy de 1982 à 1984 portées majoritairement par des travailleurs immigrés marocains, yougoslaves, et turques ont été discréditées au nom de l’origine et la religion des intervenants, érigés comme des ennemis de l’intérieur dont les intérêts iraient à l’encontre de ceux des travailleurs français.

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Manifestation aux États-Unis contre le racisme

En fait, la bourgeoisie dominante (qui elle-même n’est bien sûr pas monolithique) n’a même pas forcément besoin d’y mettre son grain de sel pour qu’une dynamique de la sorte vienne à s’enclencher. La peur de régresser ou de stagner au sein de la pyramide sociale nous amène à nous prendre aux plus démunis. Si moi je n’ai pas assez, c’est peut-être parce que eux ont trop. Pour que mon salaire augmente, il faut que le leur diminue, etc. Lorsque le plus démuni est en plus d’origine « étrangère » la coupe devient pleine. Se retrouver au même niveau que celui qui est non seulement plus pauvre que moi mais dont les luttes civilisationnelles avaient théoriquement fait de lui mon supplétif, c’est en assez.

Preuve que la lecture « raciale »  (il s’agit bien sûr ici de parler de « race » dans son sens socio-historique. Pas biologique évidemment) n’est pas totalement inopérante.  Oui, il est plus confortable d’être un médecin arabe qu’un ouvrier spécialisé blanc. Mais l’arabité de ce médecin peut lui freiner l’accès aux échelons supérieurs parce qu’une clinique estimera que faire de lui l’un des visages principaux de l’établissement en ternira l’image. En réalité, enjeux « sociaux » et « raciaux » peuvent être tout autant dissociables qu’indissociables. Tout est question de circonstances. Il devrait pouvoir y avoir un juste milieu entre ceux qui expliquent tout par la « race » et ceux qui éliminent la moindre de ses incidences au nom d’un universalisme français béat et du « les races n’existent pas ».

Qu’est-ce qui singularise la traite négrière ?

Ce qui a fait de la traite négrière transatlantique un phénomène particulièrement particulier, c’est l’invention de la « race ». Alors oui, on a d’abord déporté des Noirs pour des raisons strictement économiques. Leur profil répondait parfaitement à certains besoins utilitaristes : résistance aux chaleurs tropicales, résistance à la fièvre jaune, emplacement géographique de l’Afrique. Mais la race est apparue ensuite pour consolider le phénomène. L’impact même résiduel de cette construction a encore une permanence aujourd’hui. Dans l’imaginaire collectif de tous, dès que vous pensez à l’histoire de l’Afrique sub-saharienne, de ses habitants, et de ses descendants, vous pensez à l’être esclavagisé, corvéabilisé, assujétisé. Est-ce encore le cas pour les slaves ? Hormis au regard du monde germain, non.

Depuis déjà pas mal d’années est évoqué au sein du débat publique le fait arabo-musulman en matière d’esclavagisme. Énormément de bêtises sont formulées à ce sujet. Peut-être que vous m’offrirez une autre occasion à l’avenir de pouvoir vous en expliquer davantage tous ses tenants et aboutissants. De vous éclaircir aussi sur le pourquoi de l’existence et la persistance d’un sentiment anti-Noir dans cette partie du monde. Quoiqu’il en soit dans la majorité des cas (quelques rares contre-exemples existent, notamment vis-à-vis du royaume du Maroc) lorsqu’un musulman mettait les chaînes à un individu, ce n’était pas sur la base de sa supposée « nature raciale » mais parce qu’il était non-musulman (ou accusé de l’être lorsque la forte demande en esclave faisait qu’on allait jusqu’à razzier d’autres musulmans). Des préférences esthétiques pouvaient tout de même se faire savoir à l’égard d’un certain type de femmes blanches par exemple, notamment celles rousses et blondes. Il est commun pour un possédant d’esclave d’apprécier avoir sous son autorité des profils « atypiques » à l’endroit où il vit.

Par ailleurs, il y a eu un esclavage où les victimes étaient blanches. On pense aux « engagés » blancs qui ont peuplé l’espace nord américain, anglophone comme francophone. On pense aussi à ces européens, notamment slaves, qui ont été déportés dans les territoires musulmans. Néanmoins rien de tout ceci ne fut similaire à la manière dont le trafic négrier a été réglementé au sein du monde occidental. Dans ce contexte, le statut est devenu que ça soit de manière tacite ou via l’intronisation des différents codes (ceux de la Barbade, de Virginie, le Code Noir) héréditaire par le ventre de la mère et surtout a vu son application s’éterniser jusqu’à… la mort (il a pu y avoir quelques précédents en la matière, mais rien de systématique). Sauf cas minoritaires comme affranchissement ou rachat de sa condition.

Seulement ce qu’il est advenu vis-à-vis des Noirs africains pour l’Occident, c’est qu’ils n’ont plus été jugés de condition servile de par leur statut social, leur foi, leur hérédité, leur position de vaincu, de prisonnier de guerre, mais parce que « nègre ». Ce n’est pas un hasard si dans la langue française, noir, nègre et esclave deviennent synonyme au XVIIIe siècle.

« Lorsqu’un musulman mettait les chaînes à un individu, ce n’était pas sur la base de sa supposée « nature raciale » mais parce qu’il était non-musulman. »

Et à ceux qui dans une optique de relativisme rétorqueront qu’après tout, les Noirs s’esclavagisaient bien entre eux, les uns ont vendu les autres aux Blancs. Cette notion de « Noirs entre eux » est absurde. Dogons, Ashantis, Bambaras, etc. Au sud du Sahara comme ailleurs s’y vivait différents peuples qui étaient, et le sont parfois encore, étrangers les uns des autres. En outre, pas un seul instant une population africaine a importé, depuis un territoire lointain, un captif dans ses contrées pour ensuite élaborer tout un théorème qui aurait justifié que sa couleur ferait de lui une personne prédestinée à être asservie. Gare à dissocier le crime de l’alibi du crime. Pour ensuite pouvoir juger au mieux des conséquences qu’entraîne l’invocation de ce dernier à long terme.

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