Société

Un autre « Front Populaire » est possible

Deux articles du Comptoir ont fait beaucoup parler chez nos lecteurs et au sein de la rédaction. L’un traitant des limites du concept de « privilège blanc », l’autre appelant de façon implicite à une alliance « populaire » avec les souverainistes situés bien à droite de l’échiquier politique. Ni l’un ni l’autre n’ont fait l’unanimité au sein de notre rédaction plurielle, capable de débattre sur ses désaccords. Notons également que les articles des auteurs du Comptoir n’engagent pas l’ensemble de la rédaction et le projet collectif qui est derrière. Il n’est donc pas inutile de rappeler quelques valeurs fondamentales du site et de la revue : socialisme, décroissance, anti-utilitariste et critique constructive de la modernité. À ces égards, nous souhaitions donner voix à une contre-analyse afin de proposer une autre stratégie politique.

Le « privilège bourgeois » plutôt que le « privilège blanc »

Le premier article, intitulé « Contre la bipolarisation qui vient », porte sur une critique de la notion de « privilège blanc ». Si le fond de l’article n’est pas véritablement en question, on peut y regretter certains raccourcis ou caricatures qui nuisent au message initial que tout un chacun peut comprendre : la lutte sociale doit prévaloir sur la lutte raciale. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faille privilégier une lutte aux dépens de l’autre. Il semble dès lors plus acceptable de parler de « privilège bourgeois » plutôt que de « privilège blanc ». L’auteure illustre cette mise en compétition des luttes lorsqu’elle affirme : « Un gosse de la bourgeoisie sénégalaise aura bien moins de difficultés à louer un studio en plein centre-ville qu’un gamin monté de province et aux parents non imposables. » Cet exemple démontre que les discriminations qui prédominent sont bien à caractère social, fondées sur le revenu et le patrimoine, mais il semble relativiser le poids de la couleur de peau comme élément aggravant. Pour cette raison, il est assez mal choisi car, dans le cadre d’une coalition politique à l’échelle nationale, le bourgeois sénégalais ne vote pas et il n’est absolument pas touché par les attaques successives des gouvernements libéraux envers nos services publics et notre solidarité nationale.

Si on accepte l’idée qu’il existe bien une discrimination par la couleur de peau, cela ne signifie pas qu’il faille exporter les politiques d’affirmative action appliquées aux États-Unis (bien qu’il serait peu constructif de nier l’aspect institutionnel du racisme américain). Ces dernières sont un leurre dangereux car, si elles ont permis à certains membres des minorités raciales d’accéder à des positions sociales confortables, c’est pour mieux assimiler les codes de l’élite américaine : du conte de fées du self made man à la défense de la philanthropie aux dépens de la solidarité nationale. On observe la même chose en France lorsque l’on entend parler des Noirs ou des Arabes appartenant à la classe supérieure prompte à défendre le culte de l’individu se construisant par l’effort et le mérite. Pire, comme le souligne Serge Halimi dans son édito du mois de juillet 2020 du Monde diplomatique, aux États-Unis, les gestes symboliques antiracistes sont une façon pour les patrons des multinationales américaines de cantonner le mouvement populaire et de le rendre inoffensif.

« La nécessaire union des classes populaires dans leur ensemble, et ce quelle que soit la couleur de peau des individus, ne peut pas se réaliser sans reconnaître la discrimination particulière subie par les personnes non blanches. »

En France, la question du racisme doit se poser en d’autres termes et être mise en relation avec les aspects particuliers de l’histoire française et son rapport ambigu avec la colonisation. Il n’en demeure pas moins que la nécessaire union des classes populaires dans leur ensemble, et ce quelle que soit la couleur de peau des individus, ne peut pas se réaliser sans reconnaître la discrimination particulière subie par les personnes non blanches.

L’Union fait la force

Si nos idées doivent prédominer dans le débat public, ce dernier devra en premier lieu reposer sur les conditions matérielles d’existence. C’est la fameuse question « sociale », qui ne doit pas pour autant relativiser la question raciale ni celle des discriminations. C’est ici qu’apparaît la limite de l’article qui semble vouloir gommer une partie de ces discriminations. Lorsque l’auteure affirme par exemple : « Demandez à un gosse du fin fond de l’Orne qui a dû financer sa licence en bossant au Mac Do s’il a joui d’un privilège quelconque quand un “racisé” de Seine-Saint-Denis n’avait qu’à prendre le métro avec un tarif ultra réduit pour aller à la Sorbonne.  » Cela est une maladresse dommageable qui nuit au cœur du propos de l’article. On peut tout à fait bénéficier d’un pass Navigo à prix réduit (un droit auquel, au demeurant, un étudiant “blanc” de province faisant ses études à Paris aura autant le droit de prétendre qu’un étudiant “racisé” des banlieues) et bosser au Mcdo ou exercer tout autre boulot pénible. Quitte à opposer les uns et les autres, on pourrait alors signaler que l’habitant de banlieue bénéficie rarement d’une chambre (spartiate, certes) individuelle au Crous lui permettant de travailler dans le calme. Souvent il vit et étudie dans le petit appartement familial (spartiate, également) autrement plus sonore et bruyant.

Mais ce type de comparaison n’a fondamentalement aucun intérêt sauf à diviser et à mettre en opposition, au lieu de réunir, des individus appartenant à la même classe sociale.

Ainsi, l’exemple de l’étudiant de province VS l’étudiant de banlieue est peu à propos et laisse à penser que, finalement, les privilégiés seraient les gens de banlieue, notamment car ils bénéficieraient d’un meilleur traitement médiatique (l’exemple d’Assa Traoré faisant le tour des plateaux télé). Quand on souhaite réunir sous la bannière de la lutte sociale des classes populaires, il est inutile d’effectuer une différentiation à situation sociale équivalente, mais il est par contre utile de se mettre en position d’empathie face à certaines discriminations supplémentaires dont sont victimes les individus dits “racisés”. L’article oublie que le contrôle au faciès à l’origine visait assez rarement les Blancs. Pour l’avoir vu de près et avoir senti en tant que Blanc un privilège de traitement de la part des forces de l’ordre, il est compréhensible qu’un habitant de banlieue non blanc considère qu’il est victime d’un traitement policier tout à fait particulier et souvent injustifié. Alors on rétorquera et à raison : « Oui, mais les Gilets jaunes, les yeux crevés par les LBD, etc. » Eh bien justement, la répression sanglante des Gilets jaunes doit créer un effet miroir permettant de rétablir du lien et de la solidarité entre les classes populaires.

« Ne jouons pas ce jeu dangereux de nos ennemis politiques qui voudraient tuer dans l’œuf toute contestation solidaire des classes populaires en nous divisant pour mieux régner. »

Si une union entre classes populaires de banlieue et de province doit avoir lieu, elle doit se faire dans le respect des spécificités de chaque bloc socio-politique. Il serait de mauvais aloi de nier qu’à diplôme équivalent, un employeur préférera en moyenne prendre un candidat dont le patronyme sonne davantage français. Toutes les campagnes de testing le prouvent et encore davantage cette étude de Yannick L’Horty. On constate par exemple, lorsque l’on a un nom d’origine marocaine, que le fait de porter un prénom français (Nicolas Mekloufi plutôt que Soufiane Brahimi) double les chances de décrocher un entretien d’embauche. Il en est de même pour un individu vivant à Paris plutôt qu’à Grigny et encore plus quand il s’agit de trouver un stage dans un cabinet d’avocat, d’audit et autres métiers plus ou moins élitistes. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un racisme explicite de l’employeur, mais d’un racisme plus pernicieux fondé sur des idées reçues qui ont la vie dure et sur le « signal » que le patronyme ou le lieu d’habitation envoient dans le cadre d’une embauche. Est-ce que nier cette réalité nous entraîne forcément sur le chemin de la lutte identitaire nauséabonde d’un Parti des Indigènes de la République? A priori non.

 

Par conséquent, la meilleure des positions à adopter pour unir les classes populaires est celle consistant à exclure l’utilisation du terme de « privilège blanc » car il crée une opposition factice entre individus d’une même classe sociale, tout en ne relativisant pas l’existence des discriminations ou des contrôles au faciès dont sont davantage victimes les individus non blancs. Cette position équilibrée est la seule amenant une coalition socio-politique permettant de faire basculer le camp progressiste et libéral dans les abîmes de la politique. L’épisode des Gilets jaunes a marqué une repolitisation d’une partie des classes populaires, gageons que ces manifestations antiracistes marqueront également une reprise en main politique des banlieues et un retour de la question sociale en son sein. N’est-ce pas Almamy Kanouté du Comité Adama qui affirmait le 3 juillet : « Il ne faut pas racialiser le combat. En banlieue, il y a aussi des Blancs. À Calais la misère sociale se concentre dans des quartiers 100 % blancs… il faut désenclaver les frontières. » Il est donc nécessaire de ne pas jouer le jeu dangereux de nos ennemis politiques qui voudraient tuer dans l’œuf toute contestation solidaire des classes populaires en nous divisant pour mieux régner.

Une union populaire par la souveraineté mais sans fléchir sur la décroissance et le socialisme

Cette coalition des classes populaires est à mille lieues de celle proposée dans le second article intitulé un « Vers un front réellement populaire » mais qui flirte de façon assez dérangeante sur la corde du « souverainisme coûte que coûte et avec n’importe qui ».

Après quelques salves qu’on sentirait presque élogieuses à l’égard de Marine Le Pen du type « dommage qu’elle ait abandonné l’idée de la sortie de l’euro », l’auteur s’attaque à Jean-Luc Mélenchon et son parti. Notamment sur son renoncement au sujet de l’Europe en positionnant en tête de liste Manon Aubry, candidate nous rabâchant le refrain de l’Europe sociale réformable de l’intérieur. C’est ensuite le tour de Clémentine Autain et son discours sur la priorité à la lutte contre les discriminations dans son style particulièrement peu accessible aux classes populaires. Ces critiques de l’auteur ne sont pas injustifiées en soi, mais elles sont une porte d’entrée à d’autres propos qui nous éloignent totalement de ce que doit être notre priorité politique qu’est le socialisme décroissant.

Dans l’article, le passage sur cette fameuse manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 marque un glissement sémantique dangereux qui laisse circonspect. Marwan Muhammad serait donc ce que « la réaction fabrique de plus vil et de plus dangereux ». Il est vrai qu’on ne fait pas moins vil qu’un Éric Zemmour qui, malgré de multiples condamnations pour incitation à la haine, continue de truster les plateaux télé en faisant la pluie et le beau temps sur CNews. Mais M. Muhammad semble être l’ennemi (musulman qui plus est !) à abattre pour l’auteur de l’article. Pourtant, l’extrait vidéo, qui a été relayé des milliers de fois sur les plateformes les plus fascistes et racistes qui soient, a été de nombreuses fois expliqué. Ainsi, l’expression Allahu akbar (« Dieu est grand ») est couramment utilisée par l’ensemble des musulmans. Bien qu’aujourd’hui il soit repris à tue-tête par le terrorisme islamiste, son utilisation n’est absolument pas corrélée à un cri de guerre. En effet, « la formule imprègne tout le quotidien des musulmans, elle n’est pas spécialement belliqueuse», relève Pierre Lory, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), spécialiste de la mystique et des traditions ésotériques musulmanes. Cette expression peut également exprimer la joie (lors d’une naissance par exemple), l’inquiétude dans les moments de détresse ou de solitude, voire d’impuissance.

Alors, à moins que M. Muhammad ait l’idée de faire la guerre à la France (une accusation qui nécessiterait des preuves), l’interprétation qu’en fait l’auteur s’apparente davantage à une forme de lubie et à une aversion profonde envers l’islam, très loin des principes républicains de la tolérance et de la laïcité.

« Une approche “par la droite” des problèmes d’immigration n’est pas compatible avec des socialistes-décroissants dignes de ce nom. »

Mais la principale critique à adresser à l’article se trouve dans l’alternative proposée, qui semble totalement aberrante pour quiconque se réclamant du socialisme et de la décroissance. L’auteur introduit ainsi ce qui semble être LE sujet le plus important pour la présidentielle à venir : « la question migratoire : c’est un enjeu électoral important dont nous ne ferons l’économie qu’au prix de la défaite ». En voilà une sacrée base de programme pour une alliance politique ! Si on voulait foncer tête baissée dans les diversions identitaires, que l’actualité du racisme aux États-Unis a remis au goût du jour, au lieu de parler des vrais sujets économiques et sociaux, on ne pourrait faire mieux. L’expertise du politologue Jérome Sainte-Marie est présentée ici pour donner de la légitimité à ce propos « si face au bloc élitaire, il n’existe pas de véritable bloc populaire, cela tient pour beaucoup à l’immigration à la fois comme réalité et comme représentation. » On est en droit d’être étonné que ces représentations par « bloc » fassent comme si 100 % des représentants de ces blocs votaient. Cette analyse omet les disparités béantes entre des électeurs appartenant à la catégorie des CSP + et les classes populaires.

Ainsi selon une étude de l’Insee, lors des élections présidentielles et législatives de 2017, le « bloc élitaire », qu’on peut considérer comme rassemblant les cadres, s’abstient systématiquement à hauteur de 6,3 %, tandis que les ouvriers le font à 15,5 %. Le bloc populaire, qui réunit les personnes sans diplôme, s’abstient à hauteur de 24 %, contre 8 % pour les diplômés supérieurs au bac. Même constat en fonction de l’âge, où près de 24 % des 25-29 ans se sont totalement abstenus, contre seulement 8,4 % pour les 70-74 ans. On peut donc interpréter ces chiffres de la manière suivante : il n’y pas d’opposition équitable entre un bloc élitaire et un bloc populaire car les premiers représentent un poids critique plus important sur les scores électoraux. En suivant l’analyse de l’auteur de l’article, on peut conclure qu’il s’agit d’amener le bloc populaire à voter en masse pour un projet dont le cœur serait l’immigration.

Il semble pourtant peu concevable qu’au sein du camp socialiste, on souhaite attirer les électeurs sur un sujet tel que l’identité nationale alors que les vrais enjeux sont économiques et sociaux. Surtout s’il s’agit de traiter de notre perte d’identité uniquement au travers du prisme de l’immigration plutôt que de l’américanisation de la société. Il ne faut absolument pas tomber dans le panneau des nationalistes et vrais réactionnaires qui pensent que le mouvement indigéniste gangrène l’ensemble des territoires de banlieue. Rapprochons nous de l’analyse d’un Olivier Roy, beaucoup plus complète et moins manichéenne que celle d’un Gilles Kepel. Une approche « par la droite » des problèmes d’immigration n’est pas compatible avec des socialistes-décroissants dignes de ce nom. En revanche, il est clairement un vrai sujet d’extrême droite et d’autant plus lorsqu’il est relié aux problématiques écologiques. Il suffit de lire Hervé Juvin, le « monsieur écologie » du Rassemblement national (RN), qui compare les migrants à des « espèces invasives » contre lesquelles « l’homme doit défendre son biotope ». C’est ce qu’explique l’essayiste Pierre Madelin dans un article publié sur Terrestres sur l’« éco-fascisme ». Pour ce dernier, ce concept s’articulerait « aux effets écologiques dévastateurs de l’intensification des échanges marchands – qui induisent le développement des infrastructures de production, de transport et de distribution au détriment de l’intégrité des territoires et de leur biodiversité, ainsi qu’une hausse significative des émissions de gaz à effet de serre – s’ajouteraient les effets tout aussi dévastateurs de la multiplication des flux migratoires ». Pourtant les vagues migratoires sont la conséquence « de la division internationale, intrinsèquement hiérarchique, de l’accès au travail, aux richesses et aux ressources, mais aussi de l’exposition aux nuisances. »

Le « Front populaire » n’est pas une alternative souverainiste socialiste

L’alternative proposée par l’auteur est explicitée par la mise en exergue de la citation de Jean-Paule Cruse : il s’agirait, sur le modèle du CNR et de l’après-guerre, d’une suppression de l’axe gauche/droite pour lutter contre les forces macronistes et pro-européennes. Un premier bémol est que la qualité des souverainistes aujourd’hui est largement en-deçà des gaullistes historiques. Sans nul doute que le défunt Philippe Séguin paraissait ainsi plus « à gauche » sur certaines questions économiques que la gauche rocardienne.

Petites lunettes et culte de la personnalité

Bien qu’une sortie du cadre institutionnel européen permette d’accroître les marges de manœuvre économique, de protéger notre industrie, d’utiliser la monnaie dans un projet de transformation profond de la société, de modifier notre rapport à la marchandise ou d’accroître les solidarités, un tel projet ne peut se réaliser dans une espèce de bouillie souverainiste où se côtoieront, Dupont-Aignan souhaitant relancer l’emploi à coup d’exonérations de cotisations, c’est-à-dire en réduisant la part socialisée (et solidaire) du salaire tout en baissant de moitié l’impôt sur les sociétés ; et Phillipe De Villiers qui souhaite « libérer le travail ».

« Le philosophe “toutologue” adulé par Le Point ou Valeurs actuelles souhaite s’imposer comme le porte-parole des classes populaires, mais en excluant les banlieues, tout en donnant des gages anti-marxistes à la droite libérale et conservatrice. »

La défense de Michel Onfray est aussi assez cocasse, notamment lorsque l’auteur affirme que ce dernier essaye « de garder son calme face à une meute de chiens de garde estampillés BFM-TV ». Pour un intellectuel d’accord à 80 % avec un Éric Zemmour, cette sortie ne manque pas de toupet. Le philosophe “toutologue” (pour reprendre l’expression de l’historien Gérard Noiriel), adulé par Le Point ou Valeurs actuelles, souhaite s’imposer comme le porte-parole des classes populaires, mais en excluant les banlieues, tout en donnant des gages anti-marxistes à la droite libérale et conservatrice. L’anarchiste qui aime l’ordre et la police, a fait la une des médias avec son nouveau « Front populaire » qui ressemble davantage à une cour des miracles hétéroclite réunissant tous ces gens qui veulent renverser la table alors qu’ils y sont confortablement assis. Cette revue mériterait un article à part entière tellement sa composition est aussi inspirante que la recette du Kloug et dont le nom fait une référence astucieuse mais fallacieuse au Front populaire de gauche de Léon Blum, qui a farouchement combattu l’extrême droite. À coté du penseur marxiste Peña-Ruiz qui fait de la laïcité façon Printemps républicain son nouveau cheval de bataille, on trouve le libéral souverainiste Alexandre Devecchio qui, dans un incroyable Kamoulox, est capable de parler de n’importe quel sujet pour toujours rebondir sur un seul et unique thème : l’invasion migratoire. Ce même Devecchio qui porte aux nues Jean-Claude Michéa en omettant toujours de développer la dimension fortement anticapitaliste du philosophe montpelliérain. Est-il vraiment nécessaire de s’attarder autant sur l’incohérence de ce machin, qui souhaite une alliance aussi bancale entre un souverainisme de droite et un souverainisme de gauche ?

Autre soutien de poids dans cette alliance « populaire », le parti de l’ancien Insoumis Georges Kuzmanovic, République souveraine, dont l’auteur estime qu’il « mène également un travail salutaire ». On pourrait se réjouir d’avoir enfin un personnage de gauche dans cet article, avec le programme qui va avec. Ici encore, gare à la déception. On est davantage dans un ersatz du programme de l’UPR où se mêlent régulation de l’économie, incantation creuse sur le programme du CNR, blabla sur les entreprises innovantes à la sauce PS. À cela s’ajoute une défense du modèle de cogestion allemande. Modèle qui a été mis en place justement pour éviter la socialisation des moyens de production et sauver le soldat capitalisme de l’ogre socialiste. On y parle également de revalorisation du Smic sans énoncer une seule seconde la répartition du revenu via un meilleur partage de la valeur ajoutée entre capital et travail. Sur la fiscalité, on souhaite rétablir l’ISF sans même parler de contrôle de capitaux. Il ne faudrait sûrement pas faire peur aux investisseurs étrangers, voyons. Enfin, sur l’écologie, on est sur de la mesurette avec la taxe carbone. On est donc davantage dans un programme mitterrandiste à la sauce souverainiste qu’un projet de transformation de la société. On pouvait tout à fait penser la même chose du programme de la LFI, mais certaines propositions étaient davantage innovantes, voire révolutionnaires. Par exemple, la proposition d’intégrer l’Alliance bolivarienne, qui redéfinissait totalement les relations entre nations en les fondant sur la coopération et l’entraide plutôt que sur la concurrence et le commerce.

L’alliance parfaite entre protectionnisme et libéralisme économique

En résumé, l’alliance défendue par l’auteur milite d’une part pour l’effacement du clivage droite/gauche, et d’autre part pour l’absence de toute référence au socialisme et à la décroissance. L’histoire récente d’un Boris Johnson ou d’un Donald Trump prouve une nouvelle fois que le souverainisme n’est absolument pas incompatible avec le capitalisme. Bien au contraire.

En faisant alliance avec autant de personnalités modérées sur les questions économiques et sociales mais radicalement anti-immigration, nous laisserions la voie libre à une victoire éclatante du camp de la réaction, mais aussi, pour certains, au libéralisme économique. Le démographe Emmanuel Todd affirmait ainsi chez France Culture : « La force du souverainisme est un peu proportionnelle à une xénophobie interne (…) quand on connaît les milieux souverainistes, quand on voit les gens qui écrivent, qui parlent du souverainisme, on se rend compte qu’ils n’ont pas une vision fondamentalement optimiste et inclusive de la nation. Comme prémonition à une renaissance de la nation, pour moi, il n’y a pas que la sortie de l’euro (…) avant cette reprise en main de la société française par elle-même et par son système politique et par ses citoyens, il faut fortement déclarer que tous les gens qui sont là, sont des Français. » Et de conclure : « Le projet souverainiste, tant qu’il ne mettra pas dans ses priorités l’intégration optimiste, dans une sorte de nouvelle fête de la fédération, de ces gens d’origine immigrée ,sera condamné à l’échec ». C’est ici que le bât blesse chez ce « Front populaire » déconnecté du désir des Français d’origine immigrée d’être avant tout considérés comme « Français » à part entière. On aura tendance à conforter les classes populaires qui tanguent vers le RN dans une vision pessimiste de la souveraineté en excluant une bonne part de ceux qui la composent. Inclure plutôt qu’exclure, voici ce qui devrait animer l’idée de Nation.

« Il s’agit pour vaincre Macron et ses sbires de faire revenir la masse des abstentionnistes aux urnes en établissant une jonction entre les classes populaires de province et de banlieue. »

Nos idéaux n’ont pas de prix

Pour conclure, on peut considérer que les deux articles en question reposent sur une mauvaise interprétation et un constat biaisé de la situation française. Il ne s’agit pas, d’un côté, de fustiger les banlieues et la faible récupération par la minorité que constituent les militants du parti des Indigènes de la République. Il existe des revendications populaires légitimes qui s’expriment par une jeunesse urbaine, parfois maladroite, loin de la perfection réclamée par certains mieux armés idéologiquement et politiquement. Mais gageons que, par exemple, le Comité Adama qui a appelé, plus rapidement que beaucoup de personnalités de gauche, à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes, dénote un signe positif de reprise en main politique des quartiers.

De l’autre côté, il ne s’agit pas non plus de sacrifier nos idéaux sur l’autel du retour à la souveraineté nationale. Il s’agit, pour vaincre Macron et ses sbires, de faire revenir la masse des abstentionnistes aux urnes en établissant une jonction entre les classes populaires de province et de banlieue. Seule cette stratégie empêchera le camp réactionnaire et anti-socialiste d’emporter les faveurs du vote démocratique. Quitte à devoir miser sur un individu comme le réclame les institutions de la Ve République, François Ruffin semble pour l’instant le mieux armé pour rendre possible cette convergence de la classe populaire autour d’un discours social et de changement de société… S’il résiste, évidemment, aux sirènes de la social-démocratie et renforce son discours décroissant.

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20 réponses »

  1. Intéressant.. pour moi la stratégie consistant à établir une jonction entre classe populaire de province et de banlieue est une impasse dans le sens où si ça ne se fait pas naturellement ça ne sert à rien de forcer le truc. Je m’explique. Les gilets jaunes étaient ouverts à tous sans distinction de couleurs etc.., ils se basaient sur une critique démocratique, économique et social du système. Bref, c’est strictement le discours que l’on doit tenir. Voyant que les banlieues y ont moins (ou pas) participé, les militants de l’extrême gauche parisienne ont voulu forcé la jonction en rajoutant les revendications estampillés « banlieue ». L’effet que ça a produit c’est que les banlieues n’ont pas plus participé et que ça a tué le mouvement. Bref, je crois que si les banlieues ont peu participé aux gilets jaunes c’est plus parce que ils se sentent hors de la communauté nationale que parce qu’ils ont des revendications particulières, donc ça ne sert à rien de forcer, c’est même contre-productif. J’aurais aimé que les banlieues rejoignent en masse les gilets jaunes et j’aime les banlieusards qui les ont rejoint mais si ça ne se fait pas, tant pis. De toute façon ce qui compte, numériquement, c’est les classes populaires de province (on fait de la politique n’est-ce pas ?). Vouloir faire une jonction sur la base des violences policières est une fausse bonne idée tout simplement parce que les gens s’en foutent des violences policières. Ça ne les intéressent pas. Ce qui les intéressent c’est le pognon déjà, et la dignité.

    Maintenant, à propos de Front Populaire c’est à votre tour d’apporter la preuve que Onfray ne considère pas les français d’origine étrangère comme des français à part entière, moi je l’ai toujours entendu dire le contraire.

    Sur la stratégie consistant à réunir tous les souverainistes, moi j’y crois. Nous sommes dans une situation où c’est la souveraineté nationale qui est bafoué, donc cela implique une stratégie permettant dans un premier temps de recouvrer cette souveraineté. Mao et Tchang-Kaï-Tchek se sont bien alliés pour combattre les seigneurs de guerre soutenus par les européens dans un premier temps puis pour combattre les japonais dans un second temps. Une fois la souveraineté chinoise retrouvé, ils se sont combattus à mort.

    S’il y a moyen de monter un programme souverainiste et protectionniste avec des gens de droite, faisons le. De toute façon sans souveraineté pas de socialisme possible. La gauche est tellement faible actuellement que proposer un programme à la fois souverainiste et de transformation social me semble un échec assuré. C’est dans un deuxième temps qu’il faudra reprendre le projet de transformation social.

    Sur la question de l’immigration, ce serait trop long d’en parler ici mais j’ai écris un papier sur le sujet si ça vous intéresse : http://renard-rouge.over-blog.com/2020/05/immigration-emigration-et-socialisme.html

  2. Union des classes populaires ne veut pas forcément dire union avec le lumpenprolétariat, à moins d’avoir sa carte au NPA évidemment. Tant que la « gauche » ne sera pas très claire (j’insiste sur le « très ») sur la délinquance antirévolutionnaire gangrénant les « quartiers » ou sur les indigènes de la république, elle ne pourra jamais réunir le petit peuple honnête des champs et le petit peuple honnête des périphéries des villes. Surtout si sa seule misérable tactique est de renommer ce dernier en « jeunesse urbaine » (la vieillesse urbaine ne vote pas ?)

  3. J’apprécie la précision du propos et cette référence à Emmanuel Todd pleine de bon sens. D’ailleurs je trouve que votre article, fouillé et équilibré, est une très bonne base de réflexion pour l’avenir. Vous ne tombez pas non plus dans la diabolisation simpliste du Comité Adama qui en appelle au peuple français et qui, au fond, représente l’avenir politique des banlieues. Et oui nous sommes d’accord, Onfray est un problème. (Renard) Je reproduis ci-dessous deux extraits d’un propos d’Onfray ordurier et – vous lirez le second extrait – complotiste. Je crois que son point de vue, sur les banlieues, ne souffre aucune ambiguïté :

    « Il est plus facile de faire verbaliser mon vieil ami qui fait sa balade autour de son pâté de maison avec son épouse d’une amende de deux fois 135 euros que d’appréhender ceux qui, dans certaines banlieues, font des barbecues dans la rue, brisent les pare-brises pour voler les caducées dans les voitures de soignants, organisent ensuite le trafic de matériel médical volé, se font photographier vêtus de combinaison de protection en faisant les doigts d’honneur qui plaisent tant au Président, continuent le business de la drogue, crachent sur la police en disant que le coronavirus est une maladie de blancs et qu’Allah les en protège »

    « Les territoires perdus de la République qui refusent le confinement perdent la République toute entière: ils le savent bien, ils le veulent bien, puisque c’est leur projet… »

    https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/faire-la-guerre

    Bien à vous

  4. D’accord sur beaucoup de point. Cependant je trouve qle texte insuffisant.
    Il fait l’économie d’une analyse des raisons du succès du souverainisme et surtout de la débâcle de la gauche, principal fait politique de ces 5 dernières années.
    Pour moi, on ne peut rien comprendre a la vie politique de ces dernières années, a la victoire de Macron comme au succès de Onfray, si on ne comprend pas l’échec fondamental du clivage gauche-droite comme représentation politique du monde.
    L’un des apports essentiels de Michea a été de montrer la porosité originelle de ce clivage avec le libéralisme et les milieux bourgeois. Si ce clivage a pu être radical quand les royalistes représentaient encore une force politique, il n’a cessé de montrer son inconsistance depuis. La gauche ne cesse de se plaindre, comme le fait un peu cet article, du fait que le peuple ne vote plus pour elle, mais que lui propose-t- elle qui justifierait le contraire?
    Pour que cesse les confusions et pour enrayer la montée de la xénophobie, il convient de tuer la gauche. Tuer l’abstraction « gauche » qui n’a toujours représente qu’un contexte bourgeois, et lui préférer des mots ancrés dans le réel, comme décroissance ou socialisme.
    L’auteur ne parviendra a rien en continuant d’invoquer la gauche : il ne fait même que justifier l’élan populaire vers la haine. Il est comme LFI, incapable de comprendre le suçces de 2017 et le trahissant en permanence.

    • Je lis surtout « socialisme » « decroissant ». Le texte ne traite absolument pas de « la gauche » qui recouvre un ensemble de réalité bien différente. Je ne vois pas donc où se situe votre critique. Par contre il existe clairement une dichotomie entre un souverainiste plutot libéral plutot à droite dans ce cas) plutot « pro-marché » et anti-immigration et un souverainiste plutot étatique et régulateur du marché (plutot de gauche sur le Plan economique comme se positionne le mouvement de Kuzmanovic). Or ni l’un ni l’autre ne traite à proprement parlé du socialisme (via une remise en cause de la propriété lucrative par exemple) ni de la décroissance (mais uniquement dans les incantations à la « transition écologique »). Il existe bien un clivage sur les fins mais pas sur les moyens. On sait par contre que ces 2 pendants du souverainisme se trompe totalement de priorité.

      • Désolé pour mon premier commentaire, écris depuis une tablette et donc pas très bien.
        @AU RL : la gauche n’est peut-être pas le sujet de votre article, mais il est la réponse que vous donnez au souverainisme d’Onfray. Vous citez 8 fois le mot « gauche » dans votre article. Et jamais de manière très critique. Vous dites par exemple que l’initiative d’Onfray n’est pas celui, « de gauche », de Léon Blum. Ou bien qu’on « pourrait se réjouir de voir enfin une personnalité de gauche » en citant un ex-FI qui s’est rapproché d’Onfray.
        Vous critiquez le souverainisme en disant qu’il n’est pas incompatible avec le capitalisme, et donc en sous-titre, qu’il serait donc erronné de demander comme eux, « l’effacement du clivage gauche/droite ».
        Mais la gauche ne s’est jamais illustré par son anticapitalisme. Au contraire, c’est elle qui a fabriqué Macron et l’a porté au pouvoir.
        Le clivage gauche/droite n’a pas à être effacé. Il n’existe déjà plus que dans le discours des gens comme vous, des intellectuels et professionnels de la politique.
        L’initiative d’Onfray a beau être confuse et néfaste dans la xénophobie, elle n’en répond pas moins à une demande politique populaire de plus en plus forte : penser le monde et la société en dehors des cadres institutionnels de la Vème République et en dehors des catégories bourgeoises de gauche et de droite que cette dernière n’a cessé d’alimenter.
        Soit vous réagissez en homme de gauche : en vous pincant le nez et en condamnant d’emblée cette nouvelle émergence populaire, comme cela a été le cas avec les gilets jaunes et, dans une moindre mesure, avec le mouvement anti violence policière. Vous posez une chappe de plomb sur ce « peuple » si infréquentable, pour mieux vous en retourner aux formes de luttes autorisées : celles de l’antiracisme mitterandien et des luttes sociétales si tendances chez les nomades attaliens.
        Soit vous réagissez en homme libre, adulte donc maître de sa peur, capable de dialogue, et vous réfléchissez à ce qui motive cette émergence, et à ce que le socialisme a à en apprendre. Donc vous faites le travail que LFI est incapable de fournir depuis 3 ans.

      • Je pense que vous vous méprenez totalement sur ce que j’entends avec le terme « gauche ». Au Comptoir nous sommes proche des critiques d’un Jean-Claude Michea sur cette gauche qui a abandonné les classes populaires. Cette « gauche » a en effet ouvert un boulevard à Emmanuel Macron. Mais de quoi parlons nous ici? De socialisme, d’égalité, de tolérance, d’empathie pour autrui…. si vous considérez que ces idéaux sont ni de droite, ni de gauche. Libre à vous de le penser mais ce n’est pas ma position. Voilà donc ce que j’entends par socialisme de gauche (ça existe un socialisme de droite?).

        Je n’ai donc absolument pas à avoir honte de réagir en homme de gauche car ma gauche n’est pas celle du Parti socialiste, ni des délires du NPA. Par conséquent je n’ai absolument pas à me boucher le nez face à l’émergence de mouvements populaires comme celui des gilets jaunes. Étant l’auteur de l’article « lettre aux bloqueurs », je fus un des premiers à transmettre toute ma sympathie et mon soutien à ce mouvement et spontanée. D’ailleurs à l’époque le mouvement ne s’appelait meme pas gilets jaunes (d’où le terme de « bloqueurs ».

  5. Quelques pendules salutairement remises à leur place. Et surtout une tentative d’élucidation par un organe participant peu ou prou de la galaxie « info », de ses propres idées et a-priori.
    Evidemment barre à gauche. Le « clivage » droite-gauche reste pertinent. Est à gauche, tout ce qui se trouve, se démène et se constitue du mauvais côté du Capital, au sens d’existence et pas de discours, puisque le RN a tenu longtemps des discours anti-capitalistes de carton-pâte.
    Problème central : donner du travail aux classes populaires. Le chômage endémique, voilà la limite, voilà la désespérance. Ventr affamé n’a pas d’oreilles. Les classes populaires n’écoutent pas, ne veulent pas écouter. Il faut un projet de travail pour les quartiers et autres périphéries, un plan Marshall intellectuel et matériel, qui ne soit de l’argent-hélicoptère. Avec ça, on tiendra le meilleur moyen de résoudre le racisme et la violence des gangs. Si on ajoute une lutte mondiale contre les reseaux maffieux. En assècant la fourniture de dope, on assèchera les gangs et leur exploitation de la religion comme moyen de mettre les quartiers à l’écart de la République.
    Problème à venir. L’immigration climatique qui sera ultra-massive et qui excèdera toute tentative d’intégration. Trouver des solutions, maintenant, pour permettre à l’Afrique de rester vivable et autres Australie…On n’a pas le commencement du quart d’une idée,et encore moins les moyens. On a un adversaire prêt à tout, et surtout à déclencher une guerre nucléaire pour dépeupler massivement, sanctuariser (au sens de morts) des pays, des continents entiers pour recommencer « à zéro », le bon temps de l’exploitation maximale. Tout cela dans les dix années devant nous. C’est presque impossible à résoudre, en l’état…

  6. On respire. Mille fois bravo et merci pour ce texte de clarification des enjeux. Il est profondément libérateur !
    Il m’inspire ceci. Pardon c’est long.
    On ne le dira jamais assez : le trompe l’œil politique de l’union des souverainismes de droite et de gauche, c’est, d’abord et avant tout la dernière bouée de sauvetage du capitalisme de catastrophe, jouant à plein régime, pour sa seule survie, la carte de l’identité menacée et de la mise en opposition du peuple périphérique et de celui des banlieues.
    Laissons ça à Natacha Polony et aux grands rebelles du Figarovox, dont on peut mesurer le degré d’«incorrection» et la nature de leur «anarchisme-conservateur », à leur très confortable omniprésence sur les plateaux tv tenus en laisse par le capital.
    Finiront-ils par avoir la décence commune d’au moins laisser George Orwell en paix ?
    Tragi-comiques bourgeois de droite et de gauche qui s’en réfèrent au peuple, mais toujours et surtout à très bonne distance de lui, qui se réclament du peuple mais pour mieux asseoir un ordre bourgeois dont dépend leurs places de péroreurs de tribunes, qui prétendent « défendre le peuple », dont ils ne connaissent fondamentalement rien, en tentant de manipuler son désespoir, de brouiller les ressorts de sa conscience de classe et de réorienter la cible de sa colère.
    Eternelle condescendance de l’éditorialiste et du philosophe bourgeois, venant gracieusement offrir une « grille de lecture » et des «outils intellectuels» à ce pauvre peuple en attente de ses lumières.
    Ouvertement à droite, beaucoup plus insidieusement à gauche, un seul mot d’ordre du bourgeois parlant au peuple : ton ennemi vital n’est pas fondamentalement le capital mais le migrant.
    Le grand socialiste Manuel Valls l’a bien compris : « La lutte des classes disparaît au profit de la guerre entre races », selon la stratégie en vigueur qui consiste à faire semblant de déplorer ce vers quoi on oriente sans relâche les consciences.
    Ne nous y trompons pas. La fuite en avant et la surenchère ethno identitaire, aussi effrayante soit elle, est d’abord le symptôme d’une furieuse panique politique et sociale au sein d’une petite élite bourgeoise inséparablement capitaliste, médiatique et institutionnelle.
    D’où la mobilisation idéologique forcenée, d’où l’union sacrée de la bourgeoisie de droite et de gauche (Ivan Rioufol et Regis Debray, Eric Zemmour et Michel Onfray main dans la main), d’où !a farce des souverainismes unis, d’où l’acharnement à faire diversion en direction du peuple.
    La pire crainte du bourgeois, c’est de voir le peuple lui échapper, intellectuellement et politiquement, de le voir irrésistiblement s’arracher à l’état d’infantilisation dans lequel il cherche à le cantonner, et développer sa vision propre du réel, affermir sa conscience de lui-même, avec toutes les conséquences radicales que cela induit sur le plan de son agir existentiel et politique.
    L’heure est grave : le peuple n’est (presque) plus dupe des ruses idéologiques d’une bourgeoisie prétendant parler en son nom et agir pour son bien.
    Alors, à droite comme à gauche, on réquisitionne en urgence les bavards de talent, vieilles momies et jeunes plumes, pour tenter une dernière fois de ramener le peuple indocile au bercail, et d’abord par la stratégie de la grosse ficelle identitaire, antidote à une conscience de classe en plein éveil et qu’il s’agit d’étouffer avant qu’il ne soit trop tard.
    « La guerre civile qui vient » (cela va sans dire entre «blancs de souche» et «racialisés communautaristes» selon le langage devenu officiel), voilà l’épouvantail favori du bourgeois enfiévré en direction du peuple, (« elle est ineluctaaâaable ! » – Ivan Rioufol, Oeuvres complètes, La Pléiade), feignant de la prévenir pour mieux la susciter, toujours prompt à appeler les gueux à s’entretuer, tant que lui, aussi courageux que ses pantoufles, se contente de commenter le massacre à venir sur twitter ou à la tablée de Pascal Praud.
    Voyons les choses simplement. La plus grande terreur du monde bourgeois, c’est l’émancipation populaire, c’est la conscience de sa force propre par la réconciliation et la fraternisation au sein du peuple de toutes les diversités qui le traversent.
    Le moment gilet jaune incarne ce basculement en cours tant redouté par l’ordre bourgeois. Car mince alors, les choses ne se sont en effet pas du tout passées comme prévu.
    Une révolte populaire soumise aux injonctions et à la « grille de lecture » gracieusement offerte par la bourgeoise, bref infantilisante et donc inoffensive, se serait d’abord contentée d’une jacquerie anti fiscale (pour l’inénarrable bonheur d’Eric Brunet), puis, selon le storytelling bourgeois idéal, aurait pris le visage de la « défense de nos valeurs, de notre civilisation et de notre mode de vie en danger» (pour l’insondable joie de Finkielkraut), avec un bon dosage de venin anti-immigré, anti-écolo et anti-assistés sociaux, consacré par un Une sublime dans Valeurs Actuelles.
    C’eut été parfait ! C’eut été si beau, le fruit merveilleux de la grande lessiveuse idéologique des chaînes d’info continu, lancée à pleine turbine depuis des années, car ne l’oublions pas, il y a urgence.
    Raté ! Mais alors complètement raté. La grossière et puissante lessiveuse est en panne et le peuple jaune ne s’y est pas trompé en en faisant une de ses cibles de choix au cours de ses actes du samedi.
    Et ce qui est très vite devenu de la haine médiatique des gilets jaunes en dit long sur la trouille qui s’est emparée d’une éditocratie bougeoise perdant la main sur un peuple coupable de ne plus croire en ses fables mensongères.
    Nos bourgeois de plateaux n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer : « Les gilets jaunes ont perdu leur âme des débuts», « zont étés récupérés par les gauchistes », snif snif.
    Car que les choses soient bien claires : un bon prolo crie « on est chez nous ! » et «l’écologie ça commence à bien faire !», sinon c’est un islamo-gauchiste traitre à la France.
    Justice sociale, anti capitalisme, écologie, démocratie directe, RIC, jusqu’aux lisières du socialisme et de la décroissance. Puis quoi encore ?
    Pour que la catastrophe eut été totale, et peut-être fatale à l’ordre bourgeois, ne manquait plus que la France populaire des banlieues ne vienne élargir et enrichir la révolte de la France populaire de la périphérie.
    Ne manquait plus que convergent des groupes sociaux à certains égards différents par leurs inscriptions territoriales et leurs filiations culturelles (et tant mieux qu’il en soit ainsi !), partageant en une lutte commune plus que des « intérêts communs », une commune expérience de l’humiliation quotidienne en même temps qu’un commun instinct de l’entraide concrète et de la fraternité populaire.
    « Aaah, comme c’est beau !», diraient Zemmour et Elisabeth Levy, passés maîtres dans l’hilarante posture du bourgeois tellement rebelle qu’incontournable dans les médias du capital, payés par celui-ci pour brouiller intellectuellement cette convergence populaire potentielle, selon une grossière grille d’analyse qui ramène tout à l’esprit de division : promouvoir et « vivre » le vivre ensemble = rêverie, angélisme et bien-pensance gauchiste. Clair, non?
    La convergence tant redoutée n’a pas eu lieu… pour le moment. Non par désintérêt des banlieues pour ce qui s’exprimait à travers les gilets jaunes (il faut n’y rien connaître à ce qui se vit réellement dans les quartiers pour croire en cette fable), mais à coup d’intimidantes et dissuasives descentes de la bac dans les quartiers.
    Puis, une fois passée la très balourde opération de grand confinement de la colère populaire, pour la santé et le bien de tous, survint l’irruption des banlieues dans l’espace public, impulsée justement par la question du racisme et des violences policières.
    La riposte idéologique fut déferlante et immédiate, très largement y compris à gauche, inimitable d’hypocrisie dans sa prétention professorale à «apporter de la nuance et du discernement sur ces questions », (« y’a pas les gentils et les méchants », « y’a des bons et des cons partout » ; merci Marianne), pour si maladroitement masquer sa piteuse soumission intellectuelle aux mots d’ordre de la nouvelle doxa droitière.
    Tout devait donc y passer, en étant jamais trop enfermant à l’égard de ce mouvement : le coup de «la haine de la France», de «la repentance perpétuelle», du « communautarisme », de la «victimisation», de l’« antisémitisme », de « l’émotion qui l’emporte sur la raison », du «racialisme à l’envers», qui caractériseraient le mouvement Justice pour Adama.
    Et cachez moi vite cette magnifique marseillaise chantée place de la République, la grande diversité d’origine ethnique, culturelle et religieuse des manifestants, la dénonciation très claire par l’organisation du propos antisémite proféré par un seul abruti dans la foule, l’articulation de plus en plus prégnante de la question raciale à la question sociale, la convergence de fait déjà à l’œuvre avec les gilets jaunes, conscients eux aussi dans leur chair de ce que signifient les violences policières.
    Cette convergence, c’est la prochaine étape. La brèche est déjà là, ouverte. Soit on l’a compris, soit on feint de ne pas le comprendre. Là, on peut en effet commencer à parler de front et de souveraineté populaire, d’abord incarnés dans la vie réelle des rues, quartiers et campagnes de France.

  7. Je lis : « Le philosophe “toutologue” (pour reprendre l’expression de l’historien Gérard Noiriel), adulé par Le Point ou Valeurs actuelles, souhaite s’imposer comme le porte-parole des classes populaires, mais en excluant les banlieues, tout en donnant des gages anti-marxistes à la droite libérale et conservatrice. »

    L’idée qu’Onfray, dont les propos propagandistes contre le libéralisme dépasse l’entendement, donnerait des gages à la « droite libérale » est très amusante.
    http://fr.liberpedia.org/Michel_Onfray

    • Puisque vous n’avez pas l’air de comprendre l’essence de mon propos. Je vais reprendre un exemple tiré de cet article.
      Alexandre Devecchio a fait l’éloge de Jean Claude Michea dans son ouvrage « Les enfants du siècle ». Michea est un auteur se revendiquant du socialisme et critique de la gauche libérale. À moins de considérer ce rapport au socialisme comme étant de « droite ». Je pense qu’on peut largement admettre que Michea a un discours economique et sociale situé à gauche de l’échiquier politique. Pourtant il est porté au nu par un Devecchio en ne gardant qu’une seule chose de son analyse : la critique de cette gauche qui a abandonné les classes populaires et qui voue un culte au progrès.
      On voit bien ici que l’objectif d’un Devecchio est de s’accaparer des figures à gauche de l’échiquier pour mieux appuyer sa critique de la gauche en général. Ainsi il utilise Michea pour lui donner des gages dans son analyse droitière de la société. Devecchio n’est absolument pas un socialiste au sens noble du terme, il est le premier sur ses publications FB à fustiger la « gabegie » des depenses sociales et de solidarité tout en appelant jamais à l’euthanasie du rentier comme un Michea pourrait le faire.

      Et bien un Michel Onfray, qu’on pourrait considérer comme étant un peu anticapitaliste sur les bords, de part son anticommunisme forcené, devient un argument de poids pour cette droite tendance xénophobe qui sait utiliser les idoles de l’autre camp pour accroître leur légitimité.
      J’espère que maintenant vous avez compris le sens de mon propos. Il faut savoir analyser les stratégies au lieu de sortir des citations (autant anticapitalistes qu’elles soient) que ne révèlent jamais les supporters à droite de Onfray.

      • Bon, choc des cultures…
        Tout d’abord, vous avez fait un lapsus : dans votre sixième phrase, vous avez écrit « Jean-Claude Michéa » au lieu de « Alexandre Devecchio ».
        Ensuite, il se trouve que j’avais parfaitement compris votre propos. Il est vrai que moi je sais d’où vous parlez, l’inverse n’étant pas vrai. Donc, déclaration de transparence : je parle du point de vue du libéralisme (et le libéralisme, c’est ça http://fr.liberpedia.org/Lib%C3%A9ralisme et pas autre chose). Point de vue qui n’est *absolument* pas celui de Devecchio qui est un commentateur vaguement conservateur. Le fait de fustiger le niveau délirant en France des « dépenses sociales et de solidarité » (http://www.oecd.org/fr/els/soc/OCDE2016-Le-Point-sur-les-depenses-sociales.pdf ), ce qui est bien la moindre des choses, n’en fait pas un libéral, tant s’en faut. S’il fustigeait le niveau délirant des dépenses étatiques en général (http://fr.liberpedia.org/Folie_fran%C3%A7aise#endnote_note2 ), on pourrait éventuellement le mettre dans la case « libéral », mais c’est loin d’être le cas.
        Concernant Michéa, je suis à peu près d’accord avec la description que vous en faites et sur le fait que les droitistes/conservateurs reprennent chez lui ce qui les arrange, mais évidemment je n’en tire pas les mêmes conclusions. Voici en effet très exactement ce que je pense de Michéa : http://fr.liberpedia.org/Jean-Claude_Mich%C3%A9a Je crains donc qu’il y ait non pas un fossé mais un gouffre entre nous…
        Il y a peut-être un point sur lequel nous pouvons nous accorder, c’est le fait que Michel Onfray, depuis une vingtaine d’années, raconte absolument n’importe quoi sur la plupart des sujets qu’il aborde (de mon point de vue à commencer par le libéralisme, mais bien au-delà sur à peu près tout, voir les liens externes collectés ici http://fr.liberpedia.org/Michel_Onfray ).

  8. Chibounidia, je crois que vous devriez reconsidérer votre choix de lien. Celui que vous donnez http://fr.liberpedia.org/Michel_Onfray est absolument indéfendable, d’un maximaliste entre triste et stupide. Exemple. Sans avoir lu un seul mot sans doute de Pierre Bourdieux, ils qualifient ses analyses – parmi lesquels, les concepts de « champ » et d' »habitus » qui sont passés dans les outils les plus courants de la sociologie contemporaine – d »absurdes et d’esclavagistes.

    Le lecteur sortira bien vite la bouffonerie liberpedia de ses favoris et lira au moins deux fondamentaux, fondamentaux parce qu’éclairants la compréhension de la société : « Le métier de sociologue » et « La misère du monde », tous deux du regretté Pierre Bourdieux; On peut lire aussi quelques sociologues inspirés par P. Bourdieux : Loïc Wacquant et Patrick Champagne.

    • Tout d’abord, voir mon commentaire précédent (ma réponse à AU RL), ça mettra les choses en perspective… Autant que je sache, Pierre Bourdieu n’était pas seulement un « scientifique » mais aussi (et beaucoup) un militant idéologique et politique (un exemple parmi x autres https://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/3609 ). C’est à ce titre qu’il est qualifié sur le site Liberpédia d’« absurdiste » et d’« esclavagiste ». Pour en savoir plus, voir : http://fr.liberpedia.org/Pierre_Bourdieu Bonjour chez vous !

      • Ce site « liberperdia » est un véritable trou noir intellectuel. J’ai osé perde 2 minutes de mon temps en cliquant sur le lien concernant Pierre Bourdieu. Et là je me retrouve face à un argumentaire d’à peine 3 lignes avec un « superbe » ouvrage en guise de « références » écrit par un « grand penseur » et « spécialiste » de la sociologie (je ne ménage pas mes guillemets vous remarquerez) : Henry De Lesquen ! Bon si vraiment c’est ça votre critique de Bourdieu, j’ai envie de vous dire « quand on ne sait pas, on s’abstient ». On peut tout à fait critiquer la pensée de Pierre Bourdieu mais son apport à une approche empirique de la sociologie fondé sur le holisme en opposition avec l’individualisme méthodologique d’un Aron (qui est aussi intéressant à certains égards), reste absolument primordial. Mais encore faut il avoir les moyens de pouvoir critiquer celui qui a appliqué le concept d’habitus, des tables de reproduction et tant d’autres. Au Comptoir on apprécie assez les Pinçon-Charlot.. et voyez vous leurs travaux s’appuient sur la méthodologie bourdieusienne en terme de stratégies et de luttes symboliques. Quand au militant qu’était Bourdieu, il le fut surtout à la fin de sa carrière.

      • Une précision (purement technique et formelle). Quand j’ai écrit « voir mon commentaire précédent (ma réponse à AU RL), ça mettra les choses en perspective… », cela fait référence au commentaire mis en ligne après (15 juillet 2020 à 12 h 05 min), mais que j’avais en fait posté auparavant (pour une raison inconnue, il n’était pas passé).

  9. « Par conséquent, la meilleure des positions à adopter pour unir les classes populaires est celle consistant à exclure l’utilisation du terme de « privilège blanc » car il crée une opposition factice entre individus d’une même classe sociale »

    Je ne comprends pas le sens de cette phrase. L’article semble être d’accord avec l’idée selon laquelle il existe effectivement des différences de traitement entre blancs et non-blancs, quelques exemples en sont même donnés, et par conséquent un « privilège blanc ». Dire que ce terme créé une opposition entre blancs et non-blancs au sein d’une même classe sociale revient à renier tout cela il me semble.

  10. chibounida, Pierre Bourdieu était un homme avec des idées, et non pas une idéologie, comme les Parangon de cette idéologie malade qui se nomme « libéralisme » comme s’il y avait qqch de libre dans cette volonté délirante de promouvoir les loups et la lutte perpétuelle pour faire société. Il l’a amplement prouvé, ce dès ces débuts où il critiquait sa propre position, dans un mouvement réflexif sur ses premières recherches et ses origines familiales, pour justement traquer les biais. Verrait-on un Minc, un Attali, ou autre penseurs de l’idéologie qui voudrait sanctifier « les eaux glacées du calcul égoöste » ? Non, bien sûr. Et vouloir s’attribuer Michéa est à la fois une indigence de la pensée et une malhonnêteté car Michéa n’est pas libéral, mais un critique déterminé et féroce du système/monde que le libéralisme a appelé des ses voeux et qui nous tue de plus en plus vite.

    Encore une pincée de Liberpedia (trique), pour rire un peu devant ce que ces « penseurs » appellent « la folie française ».
    « Elle consiste d’abord à décrire le monde ou l’Occident ou en particulier la France comme régis par un système libéral, voire « ultralibéral », alors que partout[2], et en particulier en France[3], l’emprise des institutions étatiques et paraétatiques n’a jamais été aussi importante,
    Il suffit d’écouter un des penseurs autorisés, pourtant, pour voir la stupidité crasse et datée de ce propos. Je pense à gael Giraud, ex chef économiste à l’Office Français du Dévelloppement, qui n’a pas de mots assez dur contre l’idéologie mortifère du libéralisme, néo ou ultra, qui a conduit à une réduction drastique, depuis au moins vingt ans, du périmètre de l’Etat. Sans parler du soutien fanatique aux firmes privées, sous forme d’exonérations – ISF et autres – et de dons financiers gigantesques, sans aucune contrepartie. On ferme peu à peu tous les services publics, on vante le start-upeur, le capitaine d’industrie, on relève la canaille bancaire à coup de milliers de milliards, sans jamais même penser à remettre de l’Etat, enfin, nationaliser. Le Monarque actuel refuse, contre toute raison, de mettre de l’argent dans des structures de recherche qui ne soient pas privées ou sous contrôle privé, pareil pour l’hopital, exemple paradigmatique de la destruction réelle de l’Etat, en l’occurence les masques, l’usine à produits pour test, la création d’ARS qui détruise le soin public méthodiquement et qui veulent continuer, dans une logique d’intérêt parfaitement libéral, sauf qu’elle enrichit de manière obscène quelques-uns en laissant crever les gens en masse, comme des chiens, dans les EPHAD.

  11. [l’auteur introduit ainsi ce qui semble être LE sujet le plus important pour la présidentielle à venir : « la question migratoire : c’est un enjeu électoral important dont nous ne ferons l’économie qu’au prix de la défaite ». En voilà une sacrée base de programme pour une alliance politique ! […] En suivant l’analyse de l’auteur de l’article, on peut conclure qu’il s’agit d’amener le bloc populaire à voter en masse pour un projet dont le cœur serait l’immigration]

    Ce n’est quand même pas très honnête de votre part, il dit que c’est un sujet “important”, n’en consacre qu’un demi paragraphe dans tout l’article, et vous essayez de le décrédibiliser en le faisant passer pour un lepeniste… Mais du coup je n’ai pas combien compris quelle position vous proposez d’adopter sur le sujet. Je peux comprendre qu’on estime qu’un mouvement politique qui souhaiterait rassembler les classes populaires devrait accorder le moins d’importance possible à la question migratoire, pour ne pas risquer de mettre en opposition les autochtones des français issus de l’immigration (je crois qu’il s’agit d’ailleurs plus ou moins de la stratégie de l’UPR). Mais lorsque le candidat sera interrogé dessus il faudra bien un minimum qu’il ait quelque chose à répondre..

    [Une approche « par la droite » des problèmes d’immigration n’est pas compatible avec des socialistes-décroissants dignes de ce nom.]

    Mais alors ne pourrait-on pas envisager de l’approcher “par la gauche” ? Pour rappel le PCF des années 70-80 (c’est à dire l’époque où les classes populaires votaient massivement pour lui) militait pour une régulation de l’immigration, en insistant d’avantages sur les enjeux sociaux et économiques que sur la problématique de l’assimilation culturelle. Voir par exemple ce passage d’un discours de Marchais https://t.co/t2L96jA2Fq Etant donné que la gauche a délaissé la question, on a laissé le sujet à l’extrême droite, et du coup on a pris l’habitude d’interpréter toute proposition visant à réguler l’immigration comme l’expression d’un rejet ethnique. Mais en termes d’intérêts matériels ce n’est pas entre les français blancs et non-blancs que les intérêts divergent, mais entre les membres des classes supérieures et des classes populaires. Pour les premiers, l’afflux de main d’oeuvre étrangère non-qualifiée a tendance à augmenter leur pouvoir d’achat, alors que pour les seconds elle a tendance à le diminuer (qu’ils soient ouvriers à Roubaix ou livreurs Deliveroo à Clichy). En présentant les choses sous cet angle il ne me paraît pas totalement aberrant d’envisager qu’on puisse réussir à mettre d’accord sur la question à la fois les banlieues et la France périphérique.

    [Bien qu’une sortie du cadre institutionnel européen permette d’accroître les marges de manœuvre économique, de protéger notre industrie, d’utiliser la monnaie dans un projet de transformation profond de la société, de modifier notre rapport à la marchandise ou d’accroître les solidarités, un tel projet ne peut se réaliser dans une espèce de bouillie souverainiste ]

    L’analyse des souverainistes est que dans le cadre supranational actuel il n’y a qu’une seule politique économique possible. Celle qui a été appliquée par tous les gouvernements de droite et de gauche depuis 83 et qu’auraient probablement aussi appliqué – à quelques nuances près – Mélenchon ou Hamon s’ils avaient été élus il y a 3 ans. Ainsi, l’idée est que dans un premier temps la priorité est de sortir de ce cadre et que pour y arriver il faut réunir tous ceux qui s’accordent sur cette question. Lorsque l’on aura repris le contrôle de notre économie et que l’on sera de nouveau maître de notre destin, cela aura de nouveau du sens de débattre de la meilleure politique économique à mettre en oeuvre, et la coalition formée pour en sortir se dissoudra probablement.

    [où se côtoieront, Dupont-Aignan souhaitant relancer l’emploi à coup d’exonérations de cotisations, c’est-à-dire en réduisant la part socialisée (et solidaire) du salaire tout en baissant de moitié l’impôt sur les sociétés ; et Phillipe De Villiers qui souhaite « libérer le travail ».]

    Même si c’est sûr que ce ne sont pas de rouges il est quand même très exagéré d’essayer de les faire passer pour des ultralibéraux. Si c’était le cas ils ne militeraient pas pour que l’Etat puisse reprendre le contrôle de l’économie. Mais d’ailleurs, je me demande si vous auriez autant de complexes à soutenir une coalition dont serait par exemple membre Jadot (lui qui n’a pas de problème à louer les vertus de l’économie de marché) ou quelqu’un comme Glucksmann qui est passé par Alternative Libérale.

    [L’histoire récente d’un Boris Johnson ou d’un Donald Trump prouve une nouvelle fois que le souverainisme n’est absolument pas incompatible avec le capitalisme. Bien au contraire.]

    Les deux exemples me paraissent mauvais. La question de la souveraineté ne se pose pas vraiment aux Etats-Unis puisqu’ils ne sont pas comme nous soumis à une entité supranationale. Donc concernant Trump, vous pourriez simplement dire que cela illustre le fait qu’il n’est pas incompatible de défendre à la fois un protectionnisme et une politique intérieure libérale.
    Pour Johnson, même s’il vient de la droite libérale il est fort à parier que sa politique prenne un tournant social étant donné qu’une grande partie de son électorat se trouve dans les classes populaires. On peut d’ailleurs noter par exemple qu’il a augmenté le salaire minimum de 6% au début de l’année. Et quoi qu’il arrive, si aux élections suivantes un parti arrive au pouvoir avec un programme vraiment socialiste, il aura désormais les manettes pour le mettre en place. Tout ça grâce aux souverainistes « de droite »..

    [Quitte à devoir miser sur un individu comme le réclame les institutions de la Ve République, François Ruffin semble pour l’instant le mieux armé pour rendre possible cette convergence de la classe populaire autour d’un discours social et de changement de société… S’il résiste, évidemment, aux sirènes de la social-démocratie et renforce son discours décroissant.]

    Dans la pratique, un tel rassemblement “rouge vert” séduira avant tout les milieux aisés des centres-villes et ceux là ont des intérêts complètement antagonistes avec les milieux populaires. Ce sera donc peu ou prou le même électorat que Hollande, et étant donné le point de vue d’EELV sur la question européenne, je ne me fais pas beaucoup d’illusions concernant la politique économique qui serait mis en place si une telle coalition arrivait au pouvoir.

    A part ça c’est agréable de voir que le débat est ouvert ici, malheureusement ce n’est pas forcément très courant de nos jours..

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