Politique

Covid-19 : de la crise sanitaire au marasme économique

Comme nous l’avons vu précédemment, la gestion sanitaire et économique du Covid-19 s’apparente davantage à une rustine au secours du système économique dominant qu’à une volonté de repenser notre modèle comme l’avait hypocritement sous-entendu notre cher président dans son premier grand discours du 12 mars 2020. La société post-Covid ne sera pas celle de la reprise en main de notre destin, ni de notre appareil de production ou de notre monnaie. Au contraire, si cette épidémie a marqué une pause dans la casse de notre modèle de sécurité sociale, la suite des hostilités ne fait guère de doute.

Le Covid n’a pas seulement été un révélateur de l’incapacité de notre système de santé à absorber une crise sanitaire de grande ampleur. Cette pandémie est également à l’origine d’une crise économique et sociale majeure. On dénombre déjà un million de travailleurs pauvres supplémentaires, alors que les faillites de milliers de petites et moyennes entreprises pointent le bout de leur nez comme l’a bien démontré l’économiste David Cayla. Quant aux grands gagnants, il s’agit des multinationales du numérique et avec elles, leurs travailleurs précaires, atomisés, sans protection et sur lesquels reposent entièrement le risque économique. La crise du Covid est une véritable usine à GAFA tandis que les commerces à taille humaine garants d’une certaine idée du lien social sont littéralement dépouillés.

Le soi-disant plan de relance de 100 milliards visant à répondre aux conséquences économiques de la crise n’en est pas un, comme le souligne l’économiste Xavier Timbaud (OFCE) aux Échos : « Il baisse les impôts de production, une mesure dont chacun sait que les répercussions ne se feront pas sentir avant cinq ans. C’est une mesure structurelle, pas conjoncturelle. Le Covid-19 ne la justifie pas. Or, la crise est là, maintenant. En 2021, l’économie sera exsangue. Baisser les impôts de production au moment où le chômage va culminer à 12 %, ce n’est pas faire le choix de l’efficacité d’une relance conjoncturelle. C’est avoir une confiance aveugle dans les politiques structurelles et de l’offre. On ne sait même pas si nous allons pouvoir dépenser 30 milliards d’euros du plan de relance l’an prochain. Alors que nous aurions besoin d’au moins 70 milliards de relance dès 2021. Ce plan, c’est une sorte de suicide. »

L’austérité de demain

Le suicide c’est de vouloir continuer à fonder nos politiques économiques sur le schéma néo-libéral de ces trente dernières années. Sauf qu’ici, la crise économique qui se profile est d’une toute autre nature que celle de 2008 et ses conséquences économiques seront bien pires. Alors qu’en 2008, la crise était générée par les contradictions internes du système d’accumulation et de l’irrationalité des marchés, la crise post-Covid résulte à la fois d’un choc externe (la pandémie) auquel vient se coupler une incapacité des États à relancer l’économie par une capacité à s’endetter déjà bien entamé qui réclament des politiques d’austérité pour « rassurer les marchés ».

La proposition du 19 janvier du directeur du bureau européen du Fonds Monétaire International (FMI) ne fait aucun doute quant à la suite des événements : « La dette en France est élevée et nous pensons que le moment est venu d’élaborer et d’approuver un plan assainissement budgétaire crédible à moyen terme ». Autrement dit, c’est un scénario à la grecque qui nous attend sans modification fondamentale de notre système socio-économique. Cela signifie une augmentation du chômage, du taux de suicide, une chute des revenus des ménages, mais avec une dette continuant de s’accroître malgré tout.

Les pauvres seront encore plus pauvres, les classes moyennes déclassées mais le haut de l’échelle des revenus continuera de profiter de la bonne santé des marchés immobiliers et des actions. Selon le dernier rapport d’Oxfam, les dix hommes les plus riches du monde ont vu leur richesse augmenter de 540 milliards de dollars, soit assez pour vacciner chaque personne dans le monde ou inverser la hausse de la pauvreté causée par la pandémie.

« Le suicide c’est de vouloir continuer à fonder nos politiques économiques sur le schéma néo-libéral de ces trente dernières années. »

Gaël Giraud

À titre d’illustration, sur les 86,6 milliards d’euros d’épargne cumulés en France pendant la crise du Covid, 56 % concernaient les 10 % les plus riches. Ces mêmes riches qui voient leurs placements boursiers engranger des profits toujours plus importants alors que toutes les économies (réelles) vont mal. Il faut dire que les cadeaux aux entreprises donnent le moral aux actionnaires et agissent comme un booster de dividendes. Comme le souligne l’économiste Gaël Giraud « la bonne santé des marchés ressemble à une euphorie des derniers instants, avant le crash final ». John R. MacArthur, rédacteur en chef du Harper’s Magazine, estime que l’effondrement des marchés financiers proviendra des fonds de pensions américains. C’est-à-dire de l’épargne retraite des Américains dont le modèle est une référence pour Macron et qui sera encouragé par sa réforme des retraites. En effet, elle prévoit la stagnation de la richesse consacrée aux retraites (autour de 14 %) dans une conjoncture de vieillissement de la population et d’une croissance faible. De fait, cela encouragera, pour ceux qui peuvent épargner, la constitution d’une épargne retraite complémentaire par capitalisation. « La réforme des retraites doit être la priorité absolue » martèle le ministre de l’économie Bruno Le Maire en couverture du Parisien Dimanche du 29 novembre 2020. On ne peut pas dire qu’on n’aura pas été prévenu.

Les dettes creusées par la crise sanitaire, déjà bien entamées par la crise financière de 2008, obligeront les gouvernements à appliquer des politiques d’austérité. Le principe est déjà entériné au sein de la Commission européenne. Il est prévu qu’en contrepartie du plan de relance européen, les gouvernements doivent engager des « réformes structurelles« , notamment la maîtrise du déficit budgétaire et une réforme du système de retraites dans le cas de la France.

L’austérité pointe le bout de son nez et s’explique par l’attachement aveugle de nos élites politiques médiatiques et intellectuelles au capitalisme. La casse de notre modèle de protection sociale sera la prochaine victime du dogme libéral-européiste.

Un coup de massue pour notre Sécurité sociale

La nouvelle dette contractée par le gouvernement a servi à réduire l’impact économique (chômage partiel, aides aux entreprises…) des confinements et de l’arrêt complet de nombreux secteurs d’activité au lieu d’investir massivement dans notre système de santé. À court terme, il eut semblé difficile de faire autrement. Cependant, cet accroissement des dépenses dans une période de faible activité où les recettes fiscales diminuent, fait automatiquement exploser le déficit des budgets sociaux. Une véritable aubaine pour justifier de futures coupes dans les dépenses sociales comme le préconise la stratégie du « Starve the Beast1 » dont nous avons déjà développé les ressorts dans nos colonnes.

Ainsi, la loi de finances 2021 a prévu de transformer la « dette Covid » en dette sociale (CADES). Une manipulation comptable tout à fait sournoise entraînant l’explosion de la dette de la Sécurité sociale. Résultat de la manœuvre : un trou supplémentaire de 136 milliards pour la Sécu et une prorogation du prélèvement sur la dette sociale (CRDS). Jusqu’ici, le déficit des régimes de sécurité sociale était surtout à chercher dans plus de vingt ans de cadeaux fiscaux aux entreprises.

Il faut dire que la vision économique éculée de nos ministres en matière de finances publiques est une arme de destruction massive de notre modèle social, comme l’illustre Olivier Dussopt, le ministre délégué aux comptes publics, qui affirme « les Français sont pleins de bon sens, ils savent que lorsqu’ils empruntent de l’argent à un ami, ils doivent rembourser ». Eh bien non, cher monsieur ! la dette d’un Etat ne se gère pas comme celle d’un ménage et d’une entreprise. Même Les Échos ont compris qu’historiquement la dette publique n’est jamais remboursée. Il est en effet possible de la faire « rouler2 » et d’autant plus qu’elle reste toujours un placement financier préférentiel pour les investisseurs dans une stratégie de diversification de portefeuille. L’État ne peut pas faire faillite et possède un actif net positif3. La solution proposée par le gouvernement « d’isoler » la dette Covid du budget de l’État, en empêchant d’amortir le coût qu’elle représente, se fonde une nouvelle fois sur la tactique « d’assoiffer la bête» pour mieux justifier les futures politiques d’austérité.

C’est bien là la limite d’une dette publique dépendant du bon vouloir et des attaques des marchés financiers, ainsi que des mécanismes de solidarité de la BCE. Tant que la France ne retrouvera pas le pouvoir de « battre monnaie » et restera dépendante de la finance internationale, il sera impossible de remettre à niveau notre hôpital, d’embaucher du nouveau personnel et de faire face à de nouvelles pandémies. Attendons-nous donc à subir une nouvelle cure d’austérité, bénéficiant du soutien des technocrates de Bruxelles, qui viendra engrosser les assurances privées (réforme retraite, chômage et santé), affaiblir les protections des travailleurs précaires (réforme du marché du travail), externaliser nos services publics (augmentation du prix de l’énergie, du transport ferré) pour finalement perdre toute possibilité d’agir sur notre quotidien.

La résistance idéologique des élites face au changement

Face à une situation sanitaire sans précédent caractérisée par une incapacité du capitalisme à assurer la survie de l’économie, il est surprenant qu’aucune perspective radicale de changement ne se manifeste. Il semble, de ce point de vue, que la consanguinité intellectuelle de nos élites soit un blocage permanent. Les conseillers du Prince, Ministres, et autres hauts fonctionnaires sont obnubilés par la défense d’un modèle de développement qui nous a déjà fait subir en 2008 une crise financière sans précédent en sus de sa capacité à exploiter toujours autant la nature et les hommes.

« Tant que la France ne retrouvera pas le pouvoir de « battre monnaie » et restera dépendante de la finance internationale, il sera impossible de remettre à niveau notre hôpital, d’embaucher du nouveau personnel et de faire face à de nouvelles pandémies. »

Ce modèle repose sur la maîtrise des dépenses publiques, la compétitivité, la réduction des réglementations (dont la facilité de licencier permise par les lois El Khomri et Macron) ou encore la réduction des budgets de la Sécurité sociale via de généreuses exonérations de cotisations sociales. Il s’agit également d’encourager l’accumulation et la richesse patrimoniale des plus aisés. Ils pensent, à l’instar d’un ange descendant du ciel, que les revenus vont ruisseler et enrichir exploiteurs et exploités. Ce modèle n’est pas le fruit d’une minorité qui souhaiterait installer un « nouvel ordre mondial » comme l’affirme la théorie fumeuse du documentaire Hold-up4. Il y a en vérité une convergence de vues des promoteurs de la concurrence libre et non faussée, persuadés que ce modèle est le meilleur car « there is no alternative5 »… du moins tant qu’il protège leur condition sociale et matérielle.

Nous avons expliqué auparavant qu’ils sont incapables de modifier les priorités budgétaires alors que « nous sommes en guerre ». Pourtant, à voir la manière dont le « monarque présidentiel » gouverne tel un chef de guerre autour de son conseil militaire de défense, on pourrait y croire.

Pire encore, le ton se durcit face aux résistances. La radicalisation de la politique sécuritaire du pays a mis en émoi la presse étrangère. Sur la loi Sécurité globale, la RTBF dénonce un texte « dangereux » et une « atteinte grave au droit de la presse ». Tandis que les Allemands de Die Zeit décrive une France devenue un « Absurdistan autoritaire ». Rappelons que le « pays des Droits de l’homme » a rétrogradé à la 34ᵉ place du classement de Reporters Sans Frontières, derrière la Slovaquie, la Slovénie et l’Afrique du Sud. Cette surenchère sécuritaire ne s’estompera pas de sitôt, tant le duel annoncé entre le général Macron et Marine Le Pen aura comme conséquence de radicaliser toujours plus la posture sécuritaire des néo-républicains6 au détriment de la reprise en main de notre destin économique et social. Elle n’est pas seulement le fruit d’une course à l’échalote entre ces deux candidats. La stratégie politique du président est de dépasser sur sa droite les républicains les plus réformistes et ainsi devenir le principal candidat de la droite française pour achever son projet néolibéral post-Covid.

La croissance ne fait pas le bonheur

La gestion de l’épidémie du Covid a été la démonstration explicite que notre quotidien, nos vies, notre bien-être psychique comptaient peu face à l’économie, la croissance et les marchés financiers.

Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les mots de notre président envers nos jeunes lors de son discours du 14 octobre 2020 : « Je pense qu’il faut qu’on réussisse à réduire nos contacts un peu inutiles, parfois nos contacts mais les plus festifs, ». En filigrane on comprend que le contact humain, les interactions sociales, les moments de joie partagés, comptent peu face à la croissance et aux forces de l’économie de marché. Pour ces gens-là, la santé restera un coût, le financement de nos retraites une charge pour les entreprises et les allocations chômage une forme d’assistanat. Comment ne pas citer la cure subie par le secteur de la culture ? Il a semblé que la lutte contre la pandémie devait passer par l’agglutinement des travailleurs dans les métros et les supermarchés, au lieu de donner les moyens aux salles de spectacle et aux cinémas de respecter les mesures sanitaires.

Ces schémas de pensée sont englués dans une vision obnubilée par la croissance de ce sacro-saint PIB, qui « mesure tout sauf ce qui vaut la peine d’être vécu » pour paraphraser la célèbre phrase de Robert Kennedy. À force de fustiger le poids des « charges patronales », nos dirigeants oublient que la cotisation sociale est une partie du salaire. Ce n’est donc pas un prélèvement sur la richesse créée, c’est de la richesse. La cotisation sociale permet, par exemple, de reconnaître monétairement la production des personnels de l’hôpital public. Par conséquent, les attaques successives sur le poids des cotisations sociales, vise aussi à réduire la part socialisée de la richesse. Cela est autant de revenus en moins pour la part des salaires7. Face à tant d’inertie et de manque d’imagination, on en vient à se demander comment un pays comme la France, qui a su créer l’un des plus formidables systèmes de sécurité sociale au sortir de la ruine causée par la Seconde Guerre mondiale, est incapable aujourd’hui de repenser notre modèle et de chercher des solutions alternatives.

Vers une véritable socialisation de la richesse

Une partie de notre salut peut venir du modèle de sécurité sociale pensé par ses créateurs, à l’image d’Ambroise Croizat. L’idée était de centraliser la valeur produite en prélevant sur la production une cotisation sociale. Plus cette cotisation est élevée, plus le revenu hors du chantage capitaliste (à l’emploi notamment) est important. Il ne s’agit pas d’un retour à l’URSS, lui-même étant un ersatz centralisateur et autoritaire du capitalisme productiviste. Mais au contraire de retrouver l’autonomie et le contrôle des moyens de production par ceux qui produisent la richesse : les travailleurs. Cela passe par la suppression (au sens figuré) de la classe des capitalistes via l’asséchement du profit à visée lucrative. Ce n’est malheureusement pas le combat politique d’une gauche qui préfère prioriser sur l’assistance contre la précarité via un revenu d’existence (qui n’est qu’une généralisation des prestations d’assistance type RSA ou allocation parent isolé, déjà existantes) ou bien que l’Etat joue le rôle d’employeur de dernier recours comme proposé par Dany Lang notamment. Ces propositions, aussi intéressantes soient elles, ne remettent pas en cause les rapports de force capitalistes qui structurent notre économie. Par exemple, le revenu d’existence ne permet pas la maîtrise collective des moyens de production et maintient la propriété lucrative tiré du droit actionnarial. Quant à l’emploi en derniers recours, il consacre la division du salariat entre les « employables » et les autres. Tout en laissant libre court aux entreprises d’embaucher et de licencier à leur guise puisque l’État sera là pour jouer le rôle de pompier. On a déjà pu observer lors de la dernière crise financière de 2008 comment l’État avait socialisé les pertes en laissant le privé privatiser les profits.

Ambroise Croizat (1901-1951)

Dans cette optique de socialisation du revenu, le modèle des coopératives est une alternative parmi tant d’autres. Il a le mérite de ne plus rémunérer l’apporteur de capitaux extérieur et coupé de toutes réalités du terrain, pour favoriser au contraire la coopération entre membres de la coopérative et à la mise en réserve des profits visant à l’investissement productif. Cela exclut de fait la dépendance de nos entités productives à la finance spéculative. Elle redirige les capitaux vers l’économie réelle et non plus fictive. Elle suppose d’être accompagnée par une nationalisation du système bancaire et un retour à un circuit de financement indirect par le crédit sans intérêt. Ainsi, nous supprimerons le chantage de celui qui possède le capital sur nos emplois et nos vies.

« La seule écologie réaliste consiste à réduire l’impact humain sur la biosphère et les quantités d’énergies et de métaux rares extraits pour la fabrication de nos biens de consommations électroniques et futiles. »

Contrairement à l’antienne de nos décideurs, ce n’est pas la réduction du coût du travail qui apportera prospérité aux travailleurs et aux petits entrepreneurs, mais au contraire une augmentation des cotisations pour accroître la part du salaire socialisé, tout en érodant le profit lucratif. En redistribuant une plus grande part de la valeur ajoutée vers les salaires, les individus ne seront plus contraints d’acheter les produits les moins chers dans des grandes surfaces qui maltraitent leurs salariés mais engrossent leurs actionnaires. C’est l’idée de la sécurité sociale alimentaire qui propose le prélèvement d’une cotisation de 8 % sur l’ensemble des salaires afin de pouvoir distribuer 150 euros par membres du foyer uniquement utilisables dans les magasins conventionnés. Cette Sécu alimentaire peut s’apparenter à ce qui se passe pour les médecins libéraux qui sont financés en grande partie par la cotisation sociale grâce au conventionnement.

Nos têtes dirigeantes estiment évidemment que la hausse des cotisations sociales augmenterait le coût du travail et réduirait notre compétitivité. Ceci est un leurre capitaliste, car la cotisation sociale est du revenu distribué dans l’économie. Par conséquent en augmentant les cotisations, on augmente le salaire super-brut et donc la part des salaires dans l’économie. Il sera alors beaucoup plus facile de réduire le temps de travail pour lutter contre le chômage. La consommation sera redirigée vers des commerces et services de proximité à taille humaine. Le tout en libérant du temps libre pour cuisiner, s’occuper de ses proches, voir grandir ses enfants ou se cultiver. Les fables sur la « nécessaire réduction des charges sociales » omettent qu’une meilleure redistribution de la valeur de la production vers les salaires permet de réduire la puissance, et donc le chantage, des grands groupes et des investisseurs rapaces qui ponctionnent la richesse créée.

Le monde d’après sera décroissant ou non

Vaclav Smil

Dans le cadre de la lutte pour la biodiversité et contre le réchauffement climatique, il s’agit aussi de repenser notre mode de production et sortir du capitalisme extractiviste et productiviste. La seule écologie réaliste consiste à réduire l’impact humain sur la biosphère et les quantités d’énergies et de métaux rares extraits pour la fabrication de nos biens de consommations électroniques et futiles. La bonne conscience des colibris pensant que leurs petits gestes vont changer la face du monde font des « amateurs des petits gestes » les tartuffes de la lutte pour l’environnement. Leur moraline ne privera pas le capital de sa capacité de nuisance et de réduction du pouvoir de ceux qui produisent la valeur : les travailleurs. La même critique peut être faite pour les défenseurs de la « transition énergétique » ou de la « croissance verte ». Comme l’explique Vaclav Smil, Professeur émérite à la faculté de l’environnement de l’Université de Manitoba : « le domaine de la transition énergétique est un monde de fictions et de rêves, à la fois de la part de ceux qui pensent qu’il suffit de le vouloir pour se passer des énergies fossiles et de ceux qui croient que l’on peut continuer comme si de rien n’était et que la technologie va nous sauver. »

Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre comme voudraient nous le faire croire les ignorants du courant décroissant. Être décroissant, c’est aussi considérer que la croissance économique n’est pas un indice de bien-être et de ne pas occulter le lien entre dérégulation de l’économie et dérèglement climatique. Dans ces conditions, avons-nous encore besoin de faire croître le PIB ? Entre les inégalités de revenus, le gaspillage alimentaire, le consumérisme et la course à la technologie, comment peut-on affirmer que les moyens de production d’aujourd’hui ne sont pas suffisants pour subvenir aux besoins primaires de chaque individu et lui fournir la sécurité d’existence que chacun réclame ? La décroissance ne peut plus attendre. Elle doit abolir ce mode de régulation marchand qui oppose des propriétaires du capital d’un côté et des travailleurs de l’autre. Elle doit faire table rase de notre croyance en la croissance et redéfinir nos priorités quotidiennes. Sans cela, la pandémie n’aura servi qu’à accroître l’exploitation de l’homme par l’homme.

Nos Desserts :

Notes :

1« Assoiffer la bête ».

2 C’est-à-dire en empruntant pour investir au lieu de rembourser coûte que coûte et désinvestir.

3 Si l’on doit observer une dette publique comme une dette privée, alors il faudrait avoir une approche en termes de bilan. Or, si on compare les actifs français (son patrimoine) avec son passif (ses dettes), alors on obtient un actif net positif garant de la solvabilité de l’État.

4 Ce type d’analyse complotiste est incapable d’analyser les forces matérielles et les conflits de classe au sein de la société qui structurent la domination des possédants sur les autres.

5 Puisque pour intelligentsia et beaucoup d’individus, le socialisme « on a déjà essayé et ça donne l’URSS ». Une remarque démontrant surtout le manque criant de culture sur la doctrine socialiste de nombreux commentateurs et intellectuels de premier plan.

6 Selon Emmanuel Todd, le « néo-républicanisme » est une idéologie véhiculée par les classes moyennes, qui affirme en surface son attachement à la République et à la laïcité, mais qui trouve son origine dans les anciennes régions catholiques, qui ont été les plus opposées à la tradition républicaine. Ce néo-républicanisme s’oppose trait pour trait à la France républicaine qui s’est affirmée au moment de la IIIème République. Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’homogénéité laïque n’existe pas à l’époque, puisque culture laïque et culture catholique s’affrontent dans cette période de l’histoire, mais au sein d’un pluriculturalisme assumé, qui s’accompagne d’une grande tolérance à l’égard de la religion catholique alors qu’aujourd’hui on les néo républicains définissent l’islam comme problème majeur de la société.

7 De façon schématique la valeur ajoutée (donc crée) des entreprises se divise entre le travail (salaires, cotisations sociales) et le capital (rémunération des parts détenus, remboursement des crédits…).

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1 réponse »

  1. Comme toujours G. Giraud est fort côté synthèse des dynamiques congruentes menant à l’Efffondrement.

    Mais bien épars, faible du côté solution. Il se situe touijours – restant d’esprit de corps ? – dans un face à face entre l’opposant raisonnable – lui – et l’Etat-patron, les patrons, les économistes patronaux. A ce jeu-là, il peut juste tenter ce qui est voué à l’échec : sauver le capitalisme. Baisse tendancielle du taux de profit, et autres impasses mortifères le condamnent, comme il sait très bien le dire.
    Giraud, avec son intelligence remaquable et son savoir encyclopéique ne sera jamais un de ceux qui paient la note. C’est peut-être là sa limite, et sûrement même. Comme disait l’immense Eric Clapton « Il faut avoir marché dans des godasses trouées, pour faire réellement du blues ». Ceux qui paient, et qui paieront à en crever, si personne ne met le feut au FMI, ce sont les mêmes qui ont inauguré un cycle inédit de révolte : les Gilets Jaunes. Avec un symbole, dont aucun philosophe, aucun essayiste, aucun politique progressiste n’a eu l’idée. Un symbole concret et fédérateur, le rond-point. Carrefour, ouverture sur tous les possibles, toutes les prises de pouvoir.

    G. Giraud devrait penser que ceux qu’il veut sauver, sont capables de se sauver eux-mêmes. L’homme providentiel es mort, comme Dieu, comme le Pays de la Liberté. Il devrait humblement mettre ses immenses capacités à donner les moyens à ceux qu’on dit « d’en bas » de se fédérer et d’exprimer leur potentiel, leurs exigences, leurs moyens qui sont la seule chose à même de changer réellement le monde finissant en quelque chose de, peutt-être, encore vivable.

    C’est urgent, bien plus urgent qu’une énième synthèse devant Sces-Po, ou d’une énième adresse détournée aux décideurs corrompus. Oui, ça aussi, ça ne peut que difficilement sortir d’une bouche qui a connu les Ors, si je puis dire, du Pouvoir.

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