Société

Yves Bonnardel : « Sortir la question animale de la case purement animaliste est un enjeu politique »

Yves Bonnardel est un militant antispéciste, se définissant comme égalitariste et libertaire. Il est co-auteur de l’essai Espèces et éthique, paru en 2001. La première partie de notre entretien, publiée le 21 octobre, portait sur le rôle de l’exploitation des animaux pour l’humanité. Voici la seconde partie de notre entretien centrée sur la nécessité de la politisation de la question animale, et du rejet du naturalisme comme porte-bannière de l’animalisme.

Le Comptoir : Comment percevez-vous le traitement de la cause animale par les partis politiques actuels ?

Yves Bonnardel : À vrai dire, je n’attends pas grand chose des partis politiques. Les partis adoptent peu ou prou le point de vue qui prévaut dans la société, sauf lorsqu’ils sont particulièrement inféodés à un lobby particulier. C’est ce qu’on constate à propos de la question animale; aucun ne se démarque et tous sont plutôt conservateurs en la matière. Les lobbies de l’élevage, de la chasse et de la pêche, sont très puissants, et ont le soutien des partis de gouvernement. Le seul parti qui développe un peu la question animale, et c’est extrêmement récent, est le parti écologiste EELV. C’est une évolution qui reste timide, même s’il est certain que son implication devrait croître dans les prochaines années.

« L’industrie de la viande (…) est la première pollutrice des eaux, la première émettrice de gaz à effet de serre, la première utilisatrice planétaire de terres, la première responsable des déforestations, la première consommatrice de produits agricoles, l’une des premières gaspilleuse d’énergie… »

On peut d’ailleurs se scandaliser que les écologistes aient mis tant de temps, non seulement à se préoccuper un peu du “bien-être” animal [i], mais aussi à s’apercevoir des immenses dégâts environnementaux que cause l’industrie de la viande : c’est la première pollutrice des eaux, la première émettrice de gaz à effet de serre, la première utilisatrice planétaire de terres, la première responsable des déforestations, la première consommatrice de produits agricoles, l’une des premières gaspilleuse d’énergie… De fait, les écologistes d’EELV ne s’en sont alarmés ni plus ni plus rapidement que le reste de la population, ils ne l’ont découvert qu’en lisant les mêmes journaux que le grand public. Je pense que leur traitement superficiel de la cause animale peut être dû à l’adhésion à une idéologie écologiste implicitement naturaliste qui les a aveuglés : la production et la consommation de viande et de poissons restant dans leur esprit une pratique naturelle, elle était fd520f66donc saine, normale, inquestionnable !

L’idéologie naturaliste est un véritable fléau dans nos sociétés modernes, dont les conséquences sont désastreuses à plus d’un titre. L’idée de Nature a sournoisement pris la place de celle de Dieu et fait les mêmes dégâts en restant très peu visible, et donc très peu attaquable. Comme tout rapport religieux au monde, l’invocation de la Nature permet de court-circuiter une véritable réflexion éthique. Tout mouvement qui se veut progressiste devrait engager une réflexion sur la nocivité de l’idée de nature et la combattre résolument, au risque sinon de prendre des chemins de traverse réactionnaires et de se révéler lui-même partie du problème plutôt que de la solution [ii].

Personnellement, si je devais soutenir un parti politique, ce serait un parti qui se revendiquerait de la notion d’égalité et qui œuvrerait pour mettre réellement cette notion au cœur de la vie politique. La question animale, bien que fondamentale, ne serait qu’une conséquence parmi d’autres de cet égalitarisme. Un parti de l’égalité se donnerait pour tâche de revoir l’ensemble des questions politiques à l’aune de l’idée d’égalité. Un véritable souci d’égalitarisme devrait d’ailleurs, en toute logique, remettre en cause le système de démocratie représentative lui-même ; la démocratie dans laquelle nous vivons étant en fait très clairement une oligarchie.

« Pour faire évoluer la société de façon générale vers des rapports plus égalitaires, c’est à toutes les institutions sociales de domination qu’il faut s’attaquer, et aux idéologies qui les accompagnent. »

Des partis politiques se consacrant à la cause animale existent déjà en Autriche ou aux Pays-Bas, certains ayant même des élus. Souhaiteriez-vous qu’un tel parti voie le jour en France ?

Le logo du parti néerlandais pour les animaux

C’est une question difficile. Un tel parti contribuerait à faire éclore un débat public autour de la question animale. Mais dans le même temps, il aurait sans doute prétention à représenter la question animale — ou bien les journalistes lui prêteraient cette représentation — alors que celle-ci est multiple et n’a peut-être pas intérêt à laisser déterminer les débats et les agendas par des enjeux électoraux. Un tel parti risquerait de squatter le débat dans une perspective restreinte qui serait la sienne. En outre, comment prendrait-il position sur les thèmes politiques autres que “animalistes” ? Quelle connotation politicienne, et même politique, risquerait-il de donner à la question animale ?

C’est aussi en soi un problème que la question animale soit vue comme une question spécifique, particulière : une question qui nécessite un parti spécialisé, comme si elle n’était pas une question sociale et politique normale demandant d’être traitée comme les autres. Comme je le disais, quitte à se lancer dans l’arène électorale — qui n’est pas ma tasse de thé, parce que je ne considère pas la démocratie représentative comme un régime social et politique souhaitable — il me semblerait plus intéressant de lancer un parti de l’égalité, se donnant pour mission de faire évoluer la société de façon générale vers des rapports plus égalitaires. C’est à toutes les institutions sociales de domination (la démocratie représentative, le capital, le statut de mineur, l’oppression raciale, le patriarcat, l’élevage et la pêche, etc.) qu’il faut s’attaquer, et aux idéologies qui les accompagnent (le démocratisme, le libéralisme ou le capitalisme, l’âgisme, le racisme, le sexisme, le spécisme, etc.). Mais, encore une fois, je doute que la forme “parti politique” soit la plus adaptée à la volonté de changer la société. Près de deux siècles de vie “démocratique” nous enseignent plutôt le contraire et il serait temps d’en prendre note.

Il me semble en tout cas que sortir la question animale de la case purement “animaliste” est un enjeu politique majeur. Il s’agit d’une question de justice sociale et politique, et non d’une question… animale. De la même façon que la “question féminine” n’est pas la question spécifique “des femmes”, mais porte plus généralement sur la société que nous voulons et constitue, en ce sens, une question de justice universelle. Il ne s’agit pas d’un problème spécifique, mais au contraire d’un projet global qui implique l’ensemble de l’organisation sociale.

La sensibilité animaliste a donc partie liée avec le socialisme…

animal_liberation_human_liberationTout dépend de ce qu’on entend par sensibilité animaliste – et par socialisme. Si l’on entend par animalisme le souci du sort des individus animaux, en tant qu’ils sont sentients et qu’il faut donc prendre en compte leurs intérêts, alors il me semble qu’il y a tout lieu de penser, comme je l’ai dit, que l’animalisme se rapproche d’un égalitarisme qui peut effectivement avoir beaucoup à voir avec un socialisme… si ce qu’on entend par socialisme, c’est se soucier collectivement du sort de chacun, organiser socialement la solidarité de tous pour chacun, demander de chacun selon ses capacités, accorder à chacun selon ses besoins… Mais il s’agit alors d’un socialisme qui se situe au-delà de la société strictement humaine, ou du moins au-delà de ce qu’on considérait jusqu’à présent ressortir du domaine de la société humaine. Tendanciellement, un socialisme du monde entier – véritablement du monde entier. Un socialisme qui ne se réduit plus à un particularisme (en ne prenant pour objet que la seule espèce humaine), mais qui devient un véritable universalisme.

Si l’on a en tête un socialisme avec une telle vision, qui ne se cantonne plus à la seule espèce humaine, mais qui organise une solidarité au-delà des frontières d’espèce, une solidarité inter-espèces, alors oui, je suis sans doute socialiste.

À l’opposé de tout cela, la cause animale rencontre parfois des sympathies à l’extrême-droite. Symétriquement, certaines associations animalistes tiennent parfois des propos dignes du FN… On est pourtant ici assez loin du camp de l’universalisme. Comment l’expliquer ?

Je crois qu’il y a erreur. Je ne pense pas qu’il y ait de sympathie de l’extrême-droite pour la question animale ; je trouve au contraire qu’elle est remarquablement absente. Et, clairement, on ne peut pas être égalitariste et d’extrême-droite, ou bien alors au prix d’extraordinaires contorsions mentales que je peine à imaginer.

« La considération pour ce que peuvent vivre et subir des individus n’a jamais été le fort de l’extrême-droite qui s’est toujours, au contraire, caractérisée par la mise en avant de mythes, d’entités abstraites, de totalités aux intérêts fantasmagoriques visant justement à dénier aux individus l’importance de leurs intérêts propres. »

Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’entends par question animale la prise en compte d’individus sentients, sensibles. Je pense que l’extrême-droite ne s’intéresse pas à cette question. Elle s’intéresse à la question des animaux sauvages (qui incarnent le mythe de la sauvagerie, le mythe de la nature, le mythe des espèces — comparable au mythe de la race [iii]), elle s’intéresse éventuellement à l’indignation que suscitent les mauvais traitements des animaux de compagnie (des animaux qui sont nos propriétés mais aussi nos “frères inférieurs”, des “membres de la famille”), ou bien encore elle s’intéresse à l’indignation que suscitent certains dispositifs particuliers comme la vivisection (des animaux victimes d’une “science sans conscience” qu’on peut condamner comme un symbole de l’immoralité de la modernité). Mais elle ne s’intéresse guère à ce que peuvent vivre et subir des individus animaux. De façon générale, la considération pour ce que peuvent vivre et subir des individus n’a jamais été le fort de l’extrême-droite qui s’est toujours, au contraire, caractérisée par la mise en avant de mythes, d’entités abstraites, de totalités aux intérêts fantasmagoriques dont l’invocation vise justement à dénier aux individus l’importance de leurs intérêts propres.

« Comme tout rapport religieux au monde, l’invocation de la Nature permet de court-circuiter une véritable réflexion éthique. »

Si par contre on entend par animaliste tout ce qui touche aussi à “la nature” ou aux espèces, alors, effectivement, il y a bien un certain intérêt de l’extrême-droite pour la question animale ; qui reste tout de même moindre que dans d’autres milieux, comme le milieu écologiste. Un bon exemple de ce mélange des genres autour de la question animaliste entendue comme un naturalisme est le Cercle national pour la défense de la vie, de la nature, et de l’animal (CNDVNA) du FN. Alika Lindberg en était une éminente militante et était également bien connue dans les milieux de la défense animale d’avant l’antispécisme (avant les années 1990) qui mélangeait allègrement la question de la sauvegarde des espèces, de l’écologie et de la nature, dans un grand fourre-tout naturaliste, anti-humaniste et anti-moderne [v] — gloubi-boulga idéologique qu’on retrouve aujourd’hui totalement banalisé dans les milieux écologistes et même dans la majeure partie de la population. Mais, je le redis ici, je ne pense pas que l’on puisse amalgamer la question animale et le souci d’un “ordre naturel” fantasmatique ou la question de la “survie des espèces”. Il s’agit de choses très différentes que l’on ne confond que parce que l’idéologie spéciste nous amène à confondre intérêts individuels animaux et intérêts “de l’espèce” ou “de la nature”.

La Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals, première organisation mondiale de “défense animale” (créée en 1824), très régulièrement sujette à controverses

On a également le cas de Brigitte Bardot qui a, longtemps, été la seule voix des animaux en France et qui, pour cette raison, a encore beaucoup d’admirateurs. Brigitte Bardot (à ne pas confondre avec sa fondation) a été condamnée à cinq reprises pour propos “incitant à la haine raciale”, a souvent tenu des discours sexistes et homophobes, et appelle à voter pour le Front national. Elle est typiquement représentative de ce qu’on appelait naguère la “défense animale”, ce mouvement de protection animale qui ne remettait pas en question le spécisme et se cantonnait à défendre les chiens, les chats, les chevaux, ainsi qu’à dénoncer la vivisection avec des arguments purement spécistes selon lesquels l’expérimentation animale constituerait une fraude scientifique, serait inutile ou nuisible, et nous coûterait de l’argent. Ceci dit, Brigitte Bardot a eu le mérite d’attirer l’attention, la première, sur le sort des animaux de boucherie, en produisant dans les années 1990 des documentaires sur l’élevage et les abattoirs. Elle est effectivement admirable en ce qu’elle a su tenir bon contre le mépris qui pleuvait sur quiconque se souciait alors de la question animale, mépris qu’elle a subi publiquement et plus que n’importe qui pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, ce milieu de “défense animale” reste important. Il représente une sensibilité réactionnaire, naturaliste, anti-moderne, moraliste sur un mode identitaire d’indignation vertueuse, focalisant sur la figure du “monstre” qui fait du mal à des “victimes innocentes”, souvent misanthrope et teinté de racisme, d’antisémitisme, de misogynie, d’homophobie. Il y a vingt-cinq ans, c’était cette sensibilité réactionnaire et délétère qui imprégnait l’ensemble du mouvement animaliste. Aujourd’hui, elle me paraît clairement en régression, du moins pour ce qui est des apparitions publiques. Elle perdure à travers les campagnes ciblées contre les abattages rituels [iv] mais, même là, n’est pas toujours prédominante. De façon plus globale, c’est plutôt la sensibilité antispéciste, égalitariste et anti-discriminatoire qui tient aujourd’hui le haut du pavé animaliste, au moins pour ce qui est des apparitions publiques, militantes.

« La propension mainstream à se définir simplement comme vegan ou végétarien est un problème si l’on veut que se développe un mouvement politique actif contre l’exploitation animale et pour l’égalité. »

La présence de personnes affichant des idées d’extrême-droite dans des événements animalistes était rarissime jusqu’à présent en France. Cela a parfois pu arriver, mais ça reste véritablement anecdotique. Il s’agit d’une remarquable exception au niveau international. Dans beaucoup d’autres pays (Angleterre, Italie), il y a une culture végane fortement développée à l’extrême-droite et de nombreux militants de groupuscules fascistes se réclament du véganisme.

Mais un tel phénomène n’existe pas encore en France, alors que la sympathie pour un parti d’extrême-droite s’y développe rapidement…

L’anarchisme végane, théorisé dans le livre Animal Liberation and Social Revolution de Brian A. Dominick.

C’est à mon avis parce que pendant longtemps la plupart des militants animalistes francophones se sont définis de préférence par un projet socio-politique à tendance égalitariste (ils se présentaient comme antispécistes, comme égalitaristes ou comme “militants des droits des animaux”), plutôt que par une identité personnelle liée à un mode de vie (végane [vi]). Une personne aux idées fascistes s’identifiera éventuellement comme végane, en en adoptant le mode de vie, mais ça lui sera en revanche impossible de s’identifier comme antispéciste – à moins d’être convaincue par la rhétorique égalitariste et de dès lors renoncer aux idées réactionnaires, ce qui arrive parfois.

Puisque l’extrême-droite existe, elle devrait développer elle aussi à l’avenir à sa façon une sensibilité animaliste, tout comme d’ailleurs d’autres courants de pensée, comme les divers catholiques, juifs, musulmans… Je souhaite qu’une telle sensibilité croisse dans tous les milieux, mais c’est important qu’un pôle animaliste progressiste reste clairement distinguable quant à ses principes et à ses orientations politico-morales. Je pense que la propension mainstream à se définir simplement comme végane ou végétarien est un problème si l’on veut que se développe un mouvement politique actif contre l’exploitation animale, contre le spécisme et pour l’égalité.

Si cette identité politique, antispéciste ou égalitariste, est supplantée par les identités de végétarien-ne ou de végane, on se définit alors plutôt comme ne participant plus personnellement à l’oppression des animaux (comme objecteur de conscience, en quelque sorte), plus que comme luttant activement contre cette oppression, en ayant en vue son abolition. Cette dépolitisation de la question animale est préoccupante : se définir comme végétarien-ne ou végane permet à la population spéciste d’entendre que la question animale serait plutôt une question personnelle, une affaire de vertu individuelle et de panier de courses, et non plus une exigence de justice, une question sociale et politique. Cette dépolitisation par la “consomm’action” se retrouve dans d’autres champs politiques : on la retrouve dans l’écologie (la mise en avant de la consommation bio en lieu et place de l’action politique), dans la critique du capitalisme ou de l’impérialisme (la consommation équitable), etc. On a l’impression qu’il s’agit plus de faire sa B.A. que de changer le monde.

Nous serons peut-être plus de 10 milliards d’humains d’ici trois décennies, engendrant une pression écologique a priori peu compatible avec l’échelle actuelle de l’alimentation carnée. Pensez-vous qu’à terme, le discours politique officiel se résoudra à prôner le végétalisme, non pas par conviction mais parce qu’il n’y aura plus le choix ?

Hélas, je ne crois pas une seconde à cette idée qu’un jour nous n’aurions plus le choix. Je crois qu’elle présuppose deux choses peu plausibles, mais qui correspondent à l’idéologie que véhicule notre système politique : l’une, que les “décideurs” dans leur ensemble se soucieraient du bien commun, ou que les populations auraient vraiment un pouvoir décisionnel ; l’autre, que les décideurs ou les populations, bien que vivant dans une société de domination, prendraient nécessairement des décisions éthiques et rationnelles.

« Lorsqu’il n’y aura plus suffisamment à manger pour tout le monde, cela n’empêchera pas les habitants des pays riches de rouler aux biocarburants ou de manger de la viande provenant d’animaux nourris à base de céréales et légumineuses produites dans les pays pauvres. »

Je pense que si nous ne luttons pas avec la dernière des énergies pour une répartition égalitaire des ressources, les pauvres continueront de subir de plein fouet les conséquences des politiques des riches [vii]. Lorsqu’il n’y aura plus suffisamment à manger pour tout le monde, cela n’empêchera pas les habitants des pays riches de rouler aux biocarburants ou de manger de la viande provenant d’animaux nourris à base de céréales et légumineuses produites dans les pays pauvres. C’est déjà ce qui se passait hier, c’est ce qui se passe aujourd’hui, et je ne vois pas par quel miracle cela ne se passerait pas ainsi demain.

La question animale émerge aujourd’hui à toute vitesse comme question sociale et politique, et je suis convaincu qu’elle constituera la raison, ou l’une des raisons principales qui feront que l’on changera d’alimentation. Mais bien sûr, tout cela ne se fait pas tout seul. Il faut se battre pour que cela advienne.

Si quelque chose change, c’est que nous aurons imposé le changement, et cela demandera des luttes importantes qui rencontreront des résistances acharnées. C’est dès aujourd’hui qu’il nous faut mettre ces luttes en place, répandre de nouveau l’esprit de combat dans la population, revitaliser une culture de la lutte politique. L’enjeu est colossal : des milliers de milliards d’animaux ne se sauveront pas tous seuls, et c’est aussi à terme le sort de centaines de millions d’humains qui est en jeu. Au-delà, c’est à une redéfinition des fondements mêmes de notre civilisation que nous appelons.

Nos Desserts :

Notes :
[i] Vous noterez qu’à chaque fois qu’on parle de bien-être animal dans la novlangue contemporaine, c’est en fait pour désigner la souffrance animale.

[ii] Sur cette question, voir notamment Pour en finir avec l’idée de Nature… et renouer avec l’éthique et la politique, éd. tahin party, 2005.

[iii] Cf. David Olivier, Les espèces non plus n’existent pas, Cahiers antispécistes n°11, déc. 1994.

[iv] Ces campagnes sont, par ailleurs, injustes en ce que les abattages sans étourdissement sont légion en France, et que les abattages rituels n’en constituent qu’une partie totalement dérisoire. Jusqu’à 10% des animaux qui passent par les abattoirs “normaux” sont néanmoins exécutés sans étourdissement à cause des impératifs de productivité ; des dizaines de millions de poussins mâles de souche pondeuse, de canetons femelles de souche “à gaver” sont broyés vivants ; les pigeons et cailles sont, par dizaines de millions, étouffés dans des caissons à vide, etc. Et, surtout, ce sont des dizaines de milliards de poissons pêchés ou élevés qui sont tués sans aucune anesthésie, agonisant lentement à l’air libre, mourant dans les chambres froides, ou bien égorgés ou éviscérés en pleine conscience.

[v] Cf. Alika Lindberg, Quand les singes hurleurs se tairont, Presses de la Cité, 1976. Comme le reste du mouvement de défense animale à l’époque, Alika Lindberg était très violemment anti-végétarienne.

[vi] Le véganisme est un mode de vie fondé sur le refus de la « cruauté » envers les animaux. Il implique d’adopter un régime végétalien (sans aucun produit d’origine animale, ayant nécessité une exploitation animale : donc, ni viande ni poisson ni œufs ni laitages) et de refuser d’utiliser des produits comme le cuir, la laine, etc. Un certain nombre de véganes définissent explicitement le véganisme comme un projet politique visant à rendre l’ensemble de la société végane. Mais il suffit de se rendre sur un forum végane sur Internet pour voir que l’immense majorité des échanges concerne des histoires de nourriture ou d’habillement, bref, de mode de consommation et de mode de vie, et qu’on n’y débat pratiquement jamais de projet politique, de stratégies militantes, etc. (sauf éventuellement lorsqu’il s’agit de se distinguer des végétariens). Le positionnement politique est bien souvent remplacé par une posture identitaire.

[vii] Cf. par exemple Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007.

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