Culture

Renaud a-t-il laissé béton ?

À l’heure où son nouvel album sort, le chanteur Renaud, connu pour ses textes tendres (“Morgane de toi”, “Mistral Gagnant”) ou politiques (“Hexagone”, “Où c’est que j’ai mis mon flingue”), laisse sidérés certains de ses admirateurs historiques avec ses récentes déclarations dans la presse (“Le Parisien”, “Le Journal du Dimanche”), parfois contradictoires – à moins que le traitement journalistique ait provoqué cette transformation.

Renaud« Toujours vivant, rassurez-vous. » C’est le message officiel de Renaud, se surnommant volontiers le phœnix. Son retour musical avec un nouvel album en vente le 8 avril ne peut laisser insensible ses milliers de fans à travers l’Hexagone. Certaines chansons figurent déjà sur le web telles Toujours debout ou J’ai embrassé un flic. La machine médiatique tient visiblement à appuyer sur le champignon, avec des interviews dans la presse généraliste ; car le “chanteur énervant” ne peut rester de marbre face à l’actualité politique et sociale en France. Mais sur ce point, il y a de quoi être assez décontenancé.

Double discours politique ?

Que ce soit dans ses interviews accordées au Parisien ou au Journal du Dimanche, Renaud semble montrer que « la vie [lui] pique les yeux », notamment au regard de l’actualité politique ou de l’élection présidentielle de 2017. Dans le quotidien du groupe LVMH, il déclare :

« Je ne vais pas voter Fillon, quand même ! »

Mais dans l’hebdomadaire du groupe Lagardère, le son de cloche est diamétralement opposé :

« Je vais peut-être voter pour François Fillon que je pense être un parfait honnête homme, un vrai républicain. »

De quoi laisser bouche bée, étant donné que l’ancien Premier ministre sous le mandat de Nicolas Sarkozy tient pour référence Margaret Thatcher, que Renaud égratignait avec le titre Miss Maggie, dans l’album Mistral Gagnant, avec des vers comme ceux-ci :

« Pas une femme n’est assez minable
Pour astiquer un revolver
Et se sentir invulnérable
À part, bien sûr, madame Thatcher ! »

mélenchonNéanmoins, pour couper court à la polémique suscitée par ces interviews, Renaud a réexpliqué sur RTL qu’en cas de deuxième tour entre la droite et l’extrême-droite, il voterait à droite, sauf si c’est Sarkozy, auquel cas il irait « à la pêche à la ligne ». Quant à la gauche, Renaud ne se fait guère d’illusions. Lui qui s’est décrit comme « anarcho-mitterrandiste » dans la chanson Socialiste, ne se montre pas manchot envers le gouvernement actuel, dont la politique le « débecte profondément », qu’il s’agisse de la déchéance de nationalité ou de la loi Travail. Il n’est pas motivé pour voter en 2017, sauf en cas de candidature de Nicolas Hulot. Une chose est sûre : il ne porte pas Jean-Luc Mélenchon dans son cœur, considérant dans l’interview au JDD que le cofondateur du Parti de gauche est « le gauchisme, l’amateurisme, un idéalisme désuet » incarné. À croire qu’à gauche du PS, il n’y aurait que Mélenchon et que le mouvement Nuit Debout compterait pour du beurre dans son esprit. Toujours est-il que les rapports entre Renaud et les médias n’ont guère été cordiaux tout au long de sa carrière. Surtout dans les années 1980, où par exemple Bayon, dans Libération, le dézinguait dans son article “Séchan séché” de mars 1986.

« Si Renaud Séchan est si déplorable, ce n’est pas parce qu’il joue au rouge, ni parce qu’il est esthétiquement trois fois nul et non avenu (auteur compositeur interprète), c’est parce qu’il est faux comme les blés (qu’il ramasse) : de la pointe des cheveux à celle des santiags, en passant par l’accent. »

« Renaud c’est mort, il est récupéré »

Renaud2Depuis Amoureux de Paname, son premier album datant de 1975, Renaud a bercé des générations. Mais comme disait le personnage éponyme dans le western Mon nom est Personne : « Pour certains, c’est mauvais de trop vieillir. » Faut-il estimer que Renaud ait atteint cette limite ? Pour certains fans historiques, c’est le cas. La chanson J’ai embrassé un flic est assez marquante. Ce titre, en hommage à la marche du 11 janvier, décrit la sympathie d’un citoyen qui « pour la première fois de [sa] vie d’anarchiste, [il] est allé embrasser un flic ». Dire qu’en 1980, il affirmait, à propos des forces de l’ordre :

« Moi, j’ crache dedans et j’ crie bien haut
Que l’ bleu marine me fait gerber »

Les « matraqueurs assermentés » n’ont pas tellement changé depuis le temps. Les étudiants de Paris I, de Paris VIII ; les lycéens de Bergson ou encore les Français “non-blancs” victimes des violences policières ou des contrôles au faciès peuvent en témoigner. Les fans qui ont encore en mémoire les idées d’extrême-gauche chantées par Renaud dans sa jeunesse, sont déçus de sa participation à des manifs « républicaines et laïques ». Lui qui gueulait dans Où c’est que j’ai mis mon flingue :

« C’est pas d’main qu’on m’ verra marcher
Avec les connards qui vont aux urnes
Choisir celui qui les f’ra crever
Moi, ces jours-là, je reste dans ma turne »

Bref, il est assez notable de remarquer une évolution de la part de Renaud, avec l’impression que le Rubicon est franchi depuis un moment. Le vieux Renaud se ferait mitrailler par le jeune Renaud. Malgré tout, il a toujours une aura auprès des fans, qui tiennent à former une bande avec lui, à l’instar de La bande à Lucien et ne veulent pas qu’il Marche à l’ombre. Mais d’autres, fidèles aux textes engagés du chanteur, ont l’air d’avoir en face d’eux un Soleil immonde.

Jonathan Baudoin

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Jonathan Baudoin

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4 réponses »

  1. Dans un documentaire de Jacques Royer (et Cédric Klapisch), La Jeunesse a-t-elle une Histoire, Renaud apparait. Et passe déjà pour un réac, qui ne comprend plus rien à la jeunesse. Avec le temps, je suis presque certain que ça ne s’est pas amélioré. Et pourtant… critiquer Renaud, c’était pour moi quelque chose d’impensable à une époque.

    Sur France Culture la semaine dernière, dans l’émission Les Nouvelles Vagues, dont le sujet hebdomadaire était « la Police », il se laissait entendre, qu’avec son ami Val, il avait reçu des gendarmes chez lui. Loin de « La France est un pays de flic, à tous les coins de rue y’en a 100, pour faire régner l’ordre public, on assassine impunément »

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