Politique

Jean-Claude Michéa : « La gauche doit opérer un changement complet de paradigme »

Socialiste libertaire, communautarien et décroissant, qui n’hésite pas à tacler la gauche ou la religion du progrès, Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se laissent facilement enfermer dans une case. Une originalité qui lui a valu de nombreuses attaques de son propre camp – Frédéric Lordon, Philippe Corcuff, Serge Halimi, Luc Boltanski, Isabelle Garo et Jean-Loup Amselle, pour ne citer que les plus connus. Pourtant, depuis plus de vingt ans, le Montpelliérain s’échine à mener une critique radicale et originale du libéralisme et à réhabiliter les classes populaires et leurs pratiques – comme le football –, ignorées et méprisées par les politiques de droite comme de gauche. Nous devons en partie au philosophe la popularisation récente de l’écrivain George Orwell, ainsi que l’introduction en France de la pensée du sociologue et historien américain Christopher Lasch. Notre admiration pour ce « penseur vraiment critique », comme le qualifient les éditions L’Échappée, n’est un secret pour personne. Voilà pourquoi nous avons souhaité lui soumettre quelques questions. Vu la densité de ses réponses, nous avons décidé de les publier en deux fois. Dans cette seconde partie, Michéa nos livre son analyse sur la crise de la gauche.

Le Comptoir : La crise de la gauche appelle à s’interroger sur ses méthodes, sur sa pédagogie, sur sa capacité à rallier, donc sur les raisons de ses échecs dans un contexte qui, en théorie, devrait être propice à l’adhésion aux idées socialistes et à l’anticapitalisme. Quelles sont pour vous les raisons de cet échec ?

MichéaJean-Claude Michéa : Cette “crise de la gauche” dans un contexte économique et social qui – comme vous le rappelez – devrait être, au contraire, « propice à l’adhésion aux idées socialistes et anticapitalistes », peut effectivement paraître, à première vue, tout à fait étrange. N’est-ce pas George Orwell qui observait, en 1937, que « tout ventre vide est un argument en faveur du socialisme » ? Mais la clé du mystère se trouve, en fait, dans la remarque d’Orwell elle-même. C’est que le “socialisme” et la “gauche” relèvent en réalité, depuis l’origine, de deux histoires logiquement distinctes, et qui ne se recouvrent que partiellement. La première – née dans le cadre émancipateur et tumultueux de la Révolution française – s’articule, en effet, entièrement autour de cette notion de “Progrès” (elle-même empruntée aux courants dominants de la philosophie des Lumières) qui a longtemps permis à ses innombrables fidèles de justifier idéologiquement tous les combats contre le pouvoir de la noblesse et de ces “forces du passé” – traditions populaires comprises – dont l’Église catholique était alors le symbole privilégié (de là, entre autres, cet anticléricalisme viscéral qui donne à la gauche française une coloration spécifique qu’on ne retrouve guère dans celle des nations protestantes). C’est d’ailleurs ce rôle central joué par la notion de “Progrès” (ou de “sens de l’histoire”) dans l’imaginaire de la gauche qui permet d’expliquer qu’aujourd’hui encore ce soient toujours les concepts de “Réaction” et de “réactionnaire” – qui ne devraient pourtant avoir de sens politique précis que dans le contexte du XIXe siècle et de ce qu’Arno Mayer appelait la « persistance de l’Ancien régime » – qui continuent de définir le noyau dur de toutes ses analyses et le principe de toutes ses excommunications.

Or non seulement, comme chacun peut le voir, il n’y a absolument rien dans cet ADN originel de la gauche qui puisse l’inviter à remettre radicalement en cause la subordination intégrale de la vie humaine – à commencer par celle des travailleurs – aux seules exigences impersonnelles de l’accumulation sans fin du capital (la servitude étant toujours définie, dans l’idéologie libérale des “droits de l’homme”, comme un rapport de dépendance personnelle, conçu sur le seul modèle des relations féodales). Mais dès lors que l’on a compris que le mode de production capitaliste – loin de prendre sa source dans un imaginaire “conservateur” – ne pouvait, au contraire, se reproduire qu’en colonisant sans cesse de nouvelles régions du globe et de nouvelles sphères de la vie humaine (« ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles qui – écrivait Marx en 1847 – distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes »), on est même plutôt amené à en conclure qu’un “logiciel” de gauche immunisera toujours moins ses utilisateurs contre les « utopies d’un progrès marchand peuplées de citoyens-consommateurs responsables » (selon la formule de Jaime Semprun) que toutes les idéologies “réactionnaires” réunies (on connaît d’ailleurs l’admiration absolue que vouait Marx à l’œuvre de Balzac[i]).

Quant aux différents courants socialistes – dont l’unité philosophique tenait, en premier lieu, à leur volonté commune de promouvoir l’« émancipation sociale des prolétaires » (Victor Considerant) – ils apparaissent d’abord comme le fruit, dans les conditions spécifiques de la révolution industrielle naissante, de la protestation des travailleurs anglais, français et allemands à la fois contre la nouvelle organisation capitaliste du travail fondée sur le « mouvement incessant du gain toujours renouvelé » (Marx) et contre la forme de société atomisée, déshumanisante et “benthamienne” qui en était le complément naturel. De là, non seulement, leur critique constante de la soif insatiable de profit de la nouvelle “aristocratie d’argent” et de la mise en concurrence continuelle de tous avec tous (et d’abord des classes ouvrières du monde entier entre elles) mais également – il convient de le rappeler en ces temps naïvement libéraux – de cette vision profondément abstraite de la liberté et de l’égalité qui sous-tendait les principes de 1789 (et dont la loi Le Chapelier avait déjà montré clairement, en 1791, toutes les implications sociales réelles). Autant dire que le rapport à la modernité industrielle des premiers socialistes était donc nettement moins enthousiaste que celui de la gauche républicaine (même si, bien sûr, certaines passerelles politiques entre le socialisme et la petite bourgeoisie jacobine d’extrême gauche ont toujours existé, comme par exemple pendant la Commune de Paris). Et que leur propre conception du “Progrès” – sans même évoquer ici des auteurs comme Gustav Landauer ou William Morris – s’avérait généralement beaucoup plus complexe et dialectique que celle qui soutenait les discours positivistes de la gauche du XIXe siècle (cette dernière ne dépassant d’ailleurs presque jamais la déploration purement humanitaire des conditions de vie du nouveau prolétariat industriel). En un mot, les fondateurs du socialisme prenaient toujours soin de distinguer la République libérale et bourgeoise des “Bleus” (celle qui – quelles que soient les indispensables libertés qu’elle accorde aux individus atomisés – laisse nécessairement intacts le système de l’accumulation du capital et les inégalités de classe) de cette République sociale invoquée par les “Rouges”, et dont ils attendaient qu’elle donne – selon les termes de l’appel lancé, pendant la Commune, par la socialiste libertaire André Léo (pseudonyme de Victoire Béra)« la terre au paysan et l’outil à l’ouvrier ».

« Nous autres en Allemagne n’avons pas encore la mauvaise habitude de confondre les “radicaux d’extrême gauche” avec la social-démocratie. » Rosa Luxemburg

Bien entendu, la plupart de ces premiers socialistes – partisans, par définition, d’une société sans classe – n’hésitaient jamais à joindre leurs forces à celles de la gauche libérale et républicaine chaque fois que cette dernière devait affronter la réaction cléricale et monarchiste, quitte à devoir ainsi, comme l’écrivait Lissagaray en 1876, « défendre cette République qui les persécutait ». CommuneIl va en effet de soi que cet aspect particulier de l’héritage des Lumières – la lutte contre toutes les formes de survivance des institutions inégalitaires de l’Ancien régime (que la plupart des socialistes ne confondaient d’ailleurs pas avec la liquidation libérale des traditions communautaires paysannes ou des structures d’entraide propres au compagnonnage ouvrier) – se retrouvait intégralement dans leur propre programme (je n’ai évidemment jamais prétendu que l’intersection du programme libéral et du programme socialiste formait un ensemble vide !). Mais c’était, en général, sans la moindre illusion sur l’attitude qu’adopterait cette bourgeoisie républicaine de gauche chaque fois que le combat purement politique pour l’extension des libertés fondamentales du citoyen en viendrait à mettre à l’ordre du jour la question cruciale de l’émancipation sociale des travailleurs. Comme l’écrivait encore Lissagaray, dans son Histoire de la Commune, il s’agissait donc pour les socialistes de travailler en toute circonstance à « crever le décor politique » officiel (celui, indispensable mais minimal et abstrait, que l’idéologie des “droits de l’homme” contribue à mettre en place) afin d’amener au grand jour la “question du prolétariat”.

Aussi, ce soutien critique que les ouvriers socialistes apportaient régulièrement à la gauche dans son combat constitutif contre la “Réaction” ne les conduisait-il jamais à vouloir fusionner avec elle sous le seul prétexte d’une défense commune, mais abstraite, des “valeurs républicaines”. Et lorsque, quelques années seulement après le massacre des ouvriers parisiens – massacre accompli sous le commandement impitoyable des principaux chefs de la gauche libérale du temps, d’Adolphe Thiers à Jules Favre –, certains militants socialistes, devant la menace d’une restauration de la monarchie, en étaient venus à envisager la possibilité d’une alliance plus organique avec la gauche (ou, tout au moins, avec son aile radicale), les Communards réfugiés à Londres allaient aussitôt s’empresser, dans leur appel de juin 1874 – et sous la plume, entre autres, d’Édouard Vaillant – de rappeler « à ceux qui seraient tentés de l’oublier que la gauche versaillaise, non moins que la droite, a commandé le massacre de Paris, et que l’armée des massacreurs a reçu les félicitations des uns comme des autres. Versaillais de gauche et Versaillais de droite doivent être égaux devant la haine du peuple ; car contre lui, toujours, radicaux et jésuites sont d’accord » (de nos jours, un tel appel serait, à coup sûr, reçu par les crédules lecteurs du Monde et de Libération comme le signe manifeste d’une “droitisation de la société” et du retour d’un “populisme” particulièrement “nauséabond”).

Rosa LuxemburgC’est donc uniquement, encore une fois, dans le contexte très particulier de l’affaire Dreyfus, et sous l’influence majeure de Jaurès, qu’allait véritablement prendre forme, malgré la vive résistance initiale de Guesde, Vaillant et Lafargue (et, sur un autre plan, du mouvement anarcho-syndicaliste) le nouveau projet d’une intégration définitive du mouvement ouvrier socialiste dans le camp supposé politiquement homogène de la gauche “républicaine” et des “forces de progrès”. Projet qui ne finira du reste par s’imposer définitivement que dans le cadre de la montée du fascisme des années trente (c’est ainsi qu’en février 1921, dans une résolution de son conseil national, la S.F.I.O. elle-même tenait encore à rappeler qu’elle était un parti de “lutte des classes et de révolution” et qu’à ce titre, « ni les blocs des gauche ni les minimalistes – condamnés l’un et l’autre en théorie et en pratique – ne trouveront la moindre chance de succès dans ses rangs »). Or, comme Rosa Luxembourg l’avait immédiatement compris (tout en approuvant sans ambiguïté, par ailleurs, l’appel courageux de Jaurès à intervenir en faveur du capitaine Dreyfus), il s’agissait là d’un projet dont les implications politiques ne pouvaient, à terme, que se révéler désastreuses. C’est pourquoi, après avoir précisé que « nous autres en Allemagne n’avons pas encore la mauvaise habitude de confondre les “radicaux d’extrême gauche” avec la social-démocratie » (pierre lancée dans le jardin de tous les Olivier Besancenot à venir), puis rappelé que « le mérite historique impérissable des vieux partis, des guesdistes et des blanquistes (ainsi que, dans une certaine mesure des allemanistes) était d’avoir su séparer la classe ouvrière des républicains bourgeois » elle n’avait pas hésité à placer les partisans de Jaurès devant leurs immenses responsabilités historiques : « la tactique politique de l’aile jaurèssiste – écrivait-elle ainsi – malgré sa conviction sincère et le plus grand dévouement à la cause du prolétariat, conduisent tout droit à la réintégration de la classe ouvrière dans le camp républicain, autrement dit à l’anéantissement de toute l’œuvre accomplie par le socialisme depuis un quart de siècle » (La crise socialiste en France, ouvrage paru en 1900). Et afin de refroidir, au passage, l’enthousiasme républicain de Jaurès et de ses amis Millerand et Viviani devant la perspective d’une participation imminente des socialistes à un gouvernement de gauche, elle ajoutait, dans la foulée, cette précision aussi lucide que prophétique : « L’entrée des socialistes dans un gouvernement bourgeois n’est donc pas, comme on le croit, une conquête partielle de l’État par les socialistes, mais une conquête partielle du parti socialiste par l’État bourgeois » (analyse qui ne devait pas s’appliquer, en revanche, aux alliances municipales).

À contempler le triste champ de ruines qui s’étend aujourd’hui sous nos yeux, on comprend alors mieux à quel point les sombres prédictions de Rosa étaient entièrement justifiées (à ceci près, bien sûr, qu’il y a déjà bien longtemps que la conquête de la gauche par l’État bourgeois s’est révélée totale, et non plus seulement partielle). Non que le bilan de cette nouvelle gauche née au lendemain de l’affaire Dreyfus soit entièrement négatif. Loin de là. L’alliance du mouvement ouvrier et de la gauche républicaine bourgeoise (celle-ci ayant longtemps été symbolisée, en France, par le parti radical) a non seulement permis, en effet, d’en finir partout avec les derniers vestiges de l’Ancien régime ou encore de sauver à plusieurs reprises la République libérale des griffes du fascisme ou du lobby colonial. Elle a également longtemps rendu possible, dans le cadre du compromis fordiste et keynésien, une amélioration réelle des conditions de vie des classes laborieuses, même si le prix de cette amélioration était presque toujours celui d’une intégration croissante des syndicats dans la gestion directe du système capitaliste (d’où leur incapacité dramatique, aujourd’hui encore, à rompre intellectuellement avec l’illusion que la croissance matérielle illimitée serait, pour reprendre la formule de George Bush, « la solution et non le problème »). L’ennui, c’est qu’un tel compromis entre la classe ouvrière et la bourgeoisie progressiste rendait, du même coup, philosophiquement problématique tout effort sérieux des nouveaux partis de “gauche” pour s’attaquer en commun – et autrement qu’en paroles – aux racines profondes d’un système économique et social qui repose depuis l’origine sur la mise en valeur du capital par l’exploitation continuelle du travail vivant, le pillage suicidaire de la planète, et le règne chaque jour un peu plus déshumanisant de la marchandise et de l’aliénation consumériste.

Il aura donc suffi, au début des années 1970, que la crise généralisée du modèle “fordiste” d’accumulation du capital conduise progressivement les classes dominantes occidentales à tracer une croix définitive sur le compromis keynésien (autrement dit, sur la redistribution aux classes populaires, à travers les mécanismes de l’État-providence, d’une partie non négligeable des “fruits de la croissance”) pour précipiter aussitôt ce qui subsistait encore de la “gauche socialiste” et du vieux mouvement ouvrier organisé dans un état de crise idéologique profonde. Et comme, par ailleurs, se généralisait, parmi les nombreux “repentis” de l’intelligentsia trotskyste et maoïste, l’idée que toute volonté de s’opposer à la dynamique aveugle de l’accumulation du capital conduirait inévitablement au goulag ou transformerait la France en nouvelle Corée du Nord (Michel Foucault et Bernard-Henri Lévy ayant joué ici le rôle intellectuel décisif que l’on sait), toutes les conditions allaient ainsi se trouver réunies – sur fond de déclin de l’empire soviétique – pour que la vieille gauche libérale et républicaine du XIXe siècle (celle que symbolisaient au mieux François Mitterrand et Jacques Delors – dignes héritiers, sur ce point, d’Adolphe Thiers, de Clémenceau et de la “République des Jules”) reprenne définitivement la direction des opérations et entreprenne d’effacer une à une les dernières traces de l’alliance autrefois nouée, sous la présidence d’Émile Loubet, avec le mouvement socialiste officiel (et cela, bien sûr, sous le masque – assurément plus approprié à la fuite en avant continuelle de l’économie marchande – de ce “libéralisme des mœurs” dont Jean-Pierre Garnier rappelait encore récemment que sa fonction première était de « camoufler la perpétuation du libéralisme tout court »).

« La lutte unitaire du “camp républicain” et des “forces de progrès” contre une droite alors incontestablement monarchiste, cléricale et “réactionnaire”, a épuisé depuis déjà longtemps sa raison d’être historique initiale. »

Dans ces conditions, et devant l’ampleur de la faillite morale, politique et intellectuelle de la gauche moderne (n’est-il pas symptomatique, par exemple, que lorsqu’il arrive encore à des intellectuels de gauche “post-modernes” d’utiliser le mot “travailleur” ce soit presque toujours pour évoquer le seul cas des “travailleurs du sexe” ?) peut-on encore raisonnablement croire qu’il suffirait d’en ressusciter la “radicalité” originelle – de revenir, en d’autres termes, à une gauche qui soit “vraiment de gauche” – pour se retrouver aussitôt en mesure de regagner la confiance, ou même simplement l’écoute, de ces classes populaires aujourd’hui réfugiées dans l’abstention ou le vote néo-boulangiste ? Je crains, hélas, qu’il ne s’agisse là, à nouveau, d’une illusion sans avenir. Car de deux choses l’une. Ou bien, en effet, ce qu’on entend sous le nom de “gauche de la gauche” (ou “gauche radicale”) c’est tout simplement la reconstitution à l’identique de l’ancienne alliance défensive que le mouvement socialiste et la bourgeoisie “progressiste” avaient nouée lors de l’affaire Dreyfus, et qui aura donc globalement réussi à se maintenir jusqu’à la fin du XXe siècle (grâce, entre autres, aux vertus unificatrices du combat contre le colonialisme et le fascisme). Mais cela revient à oublier, d’une part, que la lutte unitaire du “camp républicain” et des “forces de progrès” contre une droite alors incontestablement monarchiste, cléricale et “réactionnaire”, a épuisé depuis déjà longtemps sa raison d’être historique initiale (sauf à supposer que l’objectif caché d’Alain Juppé ou de Christine Lagarde serait toujours de faire remonter un Bourbon sur le trône et de rétablir dans sa plénitude le pouvoir temporel de l’Église). Et, de l’autre, que le socle économique du compromis “fordiste-keynésien” sur lequel se sont longtemps appuyées les politiques de redistribution social-démocrate (autrement dit, un mode d’accumulation du capital qui reposait encore essentiellement sur la valeur déjà produite dans l’économie “réelle”, et non pas – comme c’est devenu massivement le cas à partir des années 1980 – sur celle que le recours à l’endettement structurel et aux circuits sophistiqués du “capital fictif” permet de capitaliser par avance) a précisément commencé à voler en éclats au cours des années 1970. Ou bien, au contraire, on entend seulement désigner par gauche “vraiment de gauche”, une gauche définitivement libérée de l’hypothèque socialiste et donc libre d’incarner à nouveau ce simple “parti du Mouvement” – opposé à tous les “partis de l’Ordre” et à toutes les survivances du“ vieux monde” – qui en définissait l’essence sous la Restauration et le Second Empire. Mais, d’une part, c’est exactement là ce que le règne de François Mitterrand a déjà permis d’accomplir (le vieux triptyque républicain – “Liberté, Égalité, Fraternité” – étant rapidement redevenu la seule devise concevable d’une gauche à présent essentiellement “citoyenne”). Et de l’autre, cela suppose un renoncement définitif à toute critique radicale – ou même simplement cohérente – de l’organisation capitaliste de la société, puisqu’il va de soi que la dynamique révolutionnaire (selon le mot de Marx) de cette forme d’organisation ne saurait être saisie dans sa dialectique réelle ni appréhendée de manière réellement critique à partir de la seule antithèse métaphysique et abstraite entre “Progrès” et “Réaction”.

Guy DebordC’est, du reste, cette impossibilité, commune à toutes les pensées de type “progressiste”, de percevoir le système capitaliste autrement que comme une “force du passé” fondée sur un imaginaire “traditionnaliste” et “patriarcal” (et tout lecteur d’Orwell aura immédiatement reconnu dans cette forme extrême d’aveuglement la marque même de la schizophrénie idéologique) qui explique également qu’une gauche “de mouvement” éprouvera toujours les pires difficultés philosophiques à saisir ce mode de production planétaire et culturellement uniformisateur dans sa dimension constitutive de “fait social total”. Autrement dit, à comprendre que c’est bien, en dernière instance, la même logique indissolublement culturelle et marchande (ce que Debord appelait le “Spectacle” et Marx cette « circulation de l’argent comme capital qui possède son but en elle-même«  et qui ne saurait donc admettre “aucune limite”) qui peut, seule, rendre pleinement intelligibles aussi bien le renforcement continuel des inégalités de classe et la chute dans la précarité d’un nombre toujours plus grand de gens ordinaires, que les problèmes de l’École et de la vie urbaine moderne, l’effacement progressif de toutes les frontières offrant encore un minimum de protection aux classes les plus pauvres, le recours grandissant à la gestation pour autrui, à la télésurveillance ou à la “reproduction artificielle de l’humain”, la bétonisation insensée des terres cultivables et la destruction corrélative de l’agriculture paysanne par la chimie de Monsanto et le “productivisme” de l’Union européenne, la corruption croissante du sport professionnel de haut niveau, la prolifération des cancers de l’enfant et le réchauffement climatique, ou encore les progrès continus de l’incivilité quotidienne, de l’insécurité, de la mondialisation du crime organisé et des trafics humains en tout genre. Or il ne fait aujourd’hui aucun doute que les catégories populaires – précisément parce qu’elles en sont toujours les premières victimes – ressentent déjà de manière infiniment plus profonde que tous les sociologues de gauche réunis les effets humainement désastreux de cette intégration dialectique toujours plus poussée entre l’économique, le politique et le culturel. À moins, par conséquent, que la gauche moderne ne parvienne à “changer de peuple” – comme l’y invitait encore récemment Éric Fassin (le vote des étrangers constituant, pour ce clone de gauche d’Agnès Verdier-Molinié, le point de départ indispensable de cette stratégie) – il est donc grand temps, pour elle de commencer à comprendre que si ce flamboyant “libéralisme culturel” qui est aujourd’hui devenu son dernier marqueur électoral et son ultime valeur refuge, suscite un tel rejet de la part des classes populaires, c’est aussi parce que ces dernières ont déjà souvent compris qu’il ne constituait que le corollaire “sociétal” logique du libéralisme économique de Milton Friedman et d’Emmanuel Macron (ce que Jacques Julliard appelle judicieusement « l’alliance, en somme, des pages saumon du Figaro et des pages arc-en-ciel de Libération« ).

Quelles sont, selon vous, les pistes, appelant une “autocritique”, qui permettraient de surmonter cet échec ?

Au point où nous en sommes arrivés, ce n’est certainement pas une simple “autocritique” qui permettra à la gauche de remonter la pente et de retrouver l’estime des classes populaires. Sauf, bien entendu, si cette autocritique devait signifier un changement complet de paradigme et sous réserve encore qu’un tel changement puisse s’accomplir dans des délais très courts (tout en sachant, par ailleurs, qu’il faudrait pour cela remettre également en cause le statut et les privilèges de tous ceux – élus de toute sorte, innombrables dirigeants “associatifs”, intellectuels de métier etc. – qui ont un intérêt personnel évident au maintien des clivages officiels). Cette nécessité d’agir sous le signe de l’urgence n’a rien de rhétorique. Depuis 2008, en effet, l’économie capitaliste mondiale est clairement entrée dans ce qu’Immanuel Wallerstein appelait la « phase terminale de sa crise structurelle ». andre-gorz-color-2-smallPhase qui peut, bien sûr, s’étendre encore sur quelques dizaines d’années et crise qui se caractérise d’abord par le fait – déjà souligné par André Gorz – que la dynamique d’accumulation du capital, parce qu’elle repose essentiellement aujourd’hui sur la productivité de l’industrie financière, « ne se perpétue et ne fonctionne que sur des bases fictives de plus en plus précaires ». Cela signifie, en d’autres termes, que nous appartenons déjà à ce moment de l’histoire (dont Rosa Luxembourg avait prédit, dès 1913, qu’il se présenterait sous la forme d’une longue « période de catastrophes ») où le problème de la déconnexion progressive du système capitaliste et de la vie humaine va commencer à se poser sous des formes de plus en plus concrètes et de plus en plus pressantes. Si, par conséquent, nous tenons vraiment à ce que cette sortie progressive du capitalisme, à terme inévitable, s’opère de manière aussi civilisée et pacifique que possible (ce que personne ne peut aujourd’hui prévoir) il est donc devenu plus indispensable que jamais – comme Engels l’écrivait en 1895 – que « les masses elles-mêmes y coopèrent, qu’elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s’agit, et pourquoi elles interviennent avec leur corps et avec leur vie ». Or un rassemblement aussi large des classes populaires (rassemblement qui devrait, de plus, être suffisamment solide et cohérent pour pouvoir attirer dans son orbite idéologique – comme en Mai-68 – une grande partie des nouvelles classes moyennes urbaines) n’aura strictement aucune chance de voir le jour tant que ces classes ne se verront offrir d’autre alternative politique plausible que celle – imposée en boucle par les médias et les partis du bloc libéral – qui est censée opposer, depuis la nuit des temps, les héroïques défenseurs de la “société ouverte” et du “monde moderne” (le “parti de l’intelligence”) et ceux du “repli sur soi”, du “rejet de l’autre” et de toutes les formes de “passéisme” (et, au passage, on en vient parfois à se demander – à voir le ton moralisateur et méprisant que la plupart des intellectuels et artistes de gauche adoptent dès qu’il s’agit de faire la leçon aux catégories les plus modestes – s’il leur reste encore un minimum de sens psychologique élémentaire).

Dans ces conditions, et si nous ne voulons pas voir se rejouer sous nos yeux une énième version de l’histoire du joueur de flute de Hamelin – avec, cette fois-ci, Marine dans le rôle du chasseur de rats – il devient donc chaque jour un peu plus urgent, d’une part, de travailler à nous déprendre d’un système de classification totémique dont chacun peut constater aujourd’hui qu’il ne fonctionne plus, pour l’essentiel, que dans le seul intérêt de la classe dominante, et, de l’autre, de commencer à réapprendre – selon la belle formule de Juan Carlos Monedero, l’un des théoriciens les plus lucides de Podemos – à « tracer de nos mains un éclair qui montre qui sont ceux d’en bas et qui sont d’en haut » (analyse qui conduisait d’ailleurs Pablo Iglesias à remarquer avec humour qu’on pourrait donc « définir Podemos en disant que nous avons fait tout ce que la gauche disait qu’il ne fallait pas faire »). Gramsci_1922Naturellement, un tel appel à retourner, par-delà trois décennies d’hégémonie idéologique absolue de la gauche libérale et “citoyenne”, aux clivages “transversaux” du socialisme originel (ce n’est assurément pas un hasard si l’une des références politiques majeures de Podemos en dehors de l’apport décisif des mouvements révolutionnaires d’Amérique latine – est l’œuvre d’Antonio Gramsci), ne tombe pas du ciel. Il trouve, en réalité, son origine politique la plus concrète dans cet étonnant Mouvement du 15 mai 2011 – l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid – qui avait conduit une partie du peuple espagnol, sur fond de crise et de précarité grandissantes, à renverser d’un seul coup toutes les tables de la loi politique officielle en osant, pour la première fois depuis très longtemps proclamer avec fierté : « Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes ceux d’en bas contre ceux d’en haut ! ». Mot d’ordre qui retrouvait donc spontanément ceux de la Commune de Paris (« Travailleurs, ne vous y trompez pas, c’est la grande lutte. C’est le parasitisme et le travail, l’exploitation et la production qui sont aux prises. Si vous voulez enfin le règne de la Justice, travailleurs, soyez intelligents, debout ! »). Et dont les grands médias français avaient d’ailleurs aussitôt entrepris de dissimuler l’existence, allant même jusqu’à rebaptiser le mouvement du 15-M en “mouvement des indignés” (histoire de suggérer par-là que ce mouvement populaire devait beaucoup plus aux idées de Stéphane Hessel qu’à celles d’Antonio Gramsci ou d’Ernesto Laclau).

« Quel que soit le destin qui attend par ailleurs Podemos, l’immense mérite historique de ce mouvement est donc d’ores et déjà d’avoir su accomplir cette véritable révolution culturelle. »

Cela ne signifie évidemment pas pour autant que Podemos soit exempt de toute critique. Non seulement, en effet, la base politique et sociale réelle de la classe dominante est assurément beaucoup plus large que ce modeste “1%” que dénonce Podemos dans le sillage du mouvement Occupy Wall Street (et négliger ce fait ne peut conduire qu’à de graves désillusions puisque cela revient forcément à sous-estimer les capacités de mobilisation, y compris militaires, de l’oligarchie régnante). Mais on peut également regretter que le programme de Podemos soit encore extrêmement discret, du moins pour l’instant, sur les moyens concrets (comme par exemple, le recours systématique aux monnaies locales et aux circuits courts) qui devraient permettre de soustraire progressivement la vie des gens ordinaires et des communautés locales à l’emprise destructrice du marché capitaliste mondial et de la bureaucratie européenne (de ce point de vue – et malgré le « pari sur la décroissance » promis par Monedero – Pierre Thiesset a sans doute dit tout ce qu’il fallait dire dans le numéro de février 2016 de la Décroissance[ii]). Il se pourrait même que l’expérience de Podemos – faute, entre autres, de cette solidarité populaire internationale qui a déjà fait si cruellement défaut au peuple grec – ne finisse par s’enliser et tourner court (c’est d’ailleurs une éventualité que les leaders de ce mouvement ont eu l’intelligence et le courage d’envisager). Et cela, sans même prendre en compte le fait prévisible – comme Carolina Bescansa, l’une des dirigeantes de Podemos, le soulignait ironiquement – que tous « ceux qui étaient les bénéficiaires de cette distinction quand elle dominait l’échiquier politique » défendront « avec acharnement l’axe gauche-droite » et ne manqueront pas d’accuser « quiconque le remet en cause ou conteste que c’est le meilleur axe de différenciation pour expliquer ce qui se passe, d’être populiste, de droite, gauchiste, communiste, bolivarien, fasciste, thatchérien, pro-iranien etc. ».

Il reste que Podemos est aujourd’hui le seul mouvement radical européen disposant déjà d’une base de masse à avoir clairement compris que si l’on voulait réellement rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste (et non pas simplement accroître ses privilèges électoraux) il fallait impérativement commencer par remettre en question ce vieux système de clivages fondé sur la « confiance aveugle dans l’idée de progrès » (Juan Carlos Monedero) dont les présupposés philosophiques de plus en plus paralysants (du type “parti de demain” – celui de la Silicon Valley – contre “parti d’hier” – celui de l’agriculture paysanne ou de la culture du livre) ne cessent d’offrir depuis plus de trente ans à la gauche européenne le moyen idéal de dissimuler sa réconciliation totale avec le capitalisme sous les dehors beaucoup plus séduisants d’une lutte “citoyenne” permanente contre toutes les idées “réactionnaires” et “passéistes” (ou même “rouge-brunes” !).

Podemos

Quel que soit le destin qui attend par ailleurs Podemos, l’immense mérite historique de ce mouvement est donc d’ores et déjà d’avoir su accomplir cette véritable révolution culturelle (le retour, par-delà l’opposition gauche/droite, aux clivages anticapitalistes qui étaient ceux du socialisme, de l’anarchisme et du populisme originels) qui, seule, peut encore permettre de maintenir à flot le projet d’unir la grande majorité des classes populaires autour d’un programme réellement émancipateur. A défaut d’une telle révolution culturelle – et donc également de l’alliance politique entre tous “ceux d’en bas” qu’elle rend à nouveau concevable – rien ne saurait, en effet, garantir que l’effondrement inévitable du système économique et financier mondial ou les catastrophes écologiques à venir, pourront tranquillement laisser la place à une société « libre, égalitaire et décente » (selon l’expression de George Orwell) plutôt qu’à un monde, sombre et désespérant, à la Mad Max ou à la Blade runner. Par les temps qui courent, et qui n’inclinent guère à l’optimisme, le seul fait que Podemos existe est déjà, en soi, un véritable bol d’air frais.

Nos Desserts :

Notes :

[i] Dans ses Souvenirs personnels sur Karl Marx, le gendre du philosophe allemand, Paul Lafargue, écrivait : « Il plaçait Cervantès et Balzac au-dessus de tous les autres romanciers. […] Et il avait une telle admiration pour Balzac qu’il se proposait d’écrire un ouvrage critique sur la Comédie humaine dès qu’il aurait terminé son œuvre économique. Balzac, l’historien de la société de son temps, fut aussi le créateur de types qui, à l’époque de Louis-Philippe, n’existaient encore qu’à l’état embryonnaire et ne se développèrent complètement que sous Napoléon III, après la mort de l’écrivain. »
[ii] À la gauche du Progrès, rien de nouveau, par Pierre Thiesset, La Décroissance n°126, Nous sommes des radicaux, février 2016.

Catégories :Politique

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8 réponses »

  1. Très belle interview !

    D’accord avec Michéa sur la bonne nouvelle que représente Podemos. Toutefois, il me semble qu’on ne peut comprendre ce mouvement, comme d’ailleurs Syriza, que dans le cadre national qui l’a vu naître. Certes, son corpus idéologique comme sa stratégie s’inspirent d’exemples puisés ailleurs dans le temps et l’espace (sont cités les expériences en Amérique latine ou Gramsci : on pourrait en trouver d’autres). Mais son efficace tient à sa capacité à traduire ces influences dans le langage politique, historique, culturel de l’Espagne (ou de la Grèce pour Syriza) et dans le contexte socio-économique contemporain de ces pays. Pour le dire autrement : Podemos n’est possible tel qu’il est qu’en Espagne aujourd’hui.

    Ce truisme n’en demeure pas moins lourd de conséquences : tous ceux qui prétendent calquer le « modèle » Podemos à la France sont assurés de se planter. Si l’on peut (et doit) observer avec une attention particulière ce qui se passe de l’autre côté des Pyrénées, il faut surtout s’ancrer dans l’histoire, la culture et la politique françaises. Ce que fait Michéa sans le dire en revenant sur l’histoire du socialisme français et en en soulignant à plusieurs reprises les spécificités.

    S’il est en revanche une leçon que l’on peut tirer sans difficulté de l’exemple Podemos, c’est la nécessité de remporter la bataille culturelle. Or, de ce côté, l’avenir immédiat semble bien sombre malgré les exhortations et tentatives nombreuses (ma petite brique pour cet édifice : https://cincivox.wordpress.com/2016/01/04/que-faire/ ).

    Enfin, si Michéa réhabilite, avec raison, le concept de peuple, ne devrait-il pas aller plus loin en réaffirmant la noblesse de celui de nation, usurpé par la droite et l’extrême-droite après avoir été abandonné avec une mine de dégoût par cette part de la gauche que Michéa sait si bien étriller ?

    Cincinnatus
    https://cincivox.wordpress.com/

  2. Bref, le capitalisme ne cesse de s’étendre, et la gauche s’avère un outil bien souvent pathétique et dérisoire, avec lequel on n’ose à peine rêver de simplement freiner cette extension…Quelle lucidité épatante! J’avoue avoir lu l’entretien en diagonale, la prose crispée de M.Michéa, toute de parenthèses et de guillemets, d’italiques et de tirets, me semblant inutilement compliquée, voire alambiquée et un rien fumeuse. Eau de rose bien plus qu’eau de feu, dont se parfume d’ailleurs volontiers la très souverainiste et très libérale Natacha Polony. Et, d’entrée, ce chapô béatement laudatif laisse tout chose.

    Pour bien distinguer entre la gauche et la sociale, on dévorera avec plus de profit et de bonheur une histoire du mouvement libertaire, de préférence fournie, volumineuse et de parti-pris! Marre de ces maîtres à ne surtout rien penser, qui ne vivent que sur nos diètes et ne nous dispensent leur savoir qu’avec des pincettes et des contorsions!

  3. Il est à craindre que, en dépit de quelques précautions oratoires, JC Michéa ne s’illusionne sur Podemos. Il serait en tout cas intéressant de savoir comment il juge les positions de ce parti par rapport aux indépendantistes catalans.

  4. La gauche a pour objectif de déconstruire, de détruire le prolétariat indigène, par idéologie et pour s’assurer d’aucune remise en cause radicale de ce système, c’est ça son paradigme.
    On nous présente Trump comme « milliardaire », mais Bhl comme philosophe.. alors qu’il est pratiquement milliardaire. Quitte à voter pour des millionnaires et autres milliardaires, autant voter pour ceux qui te crachent pas dessus…
    Enfin, j’ai du mal à comprendre comment la gauche républicaine bourgeoise est présentée comme anti coloniale, j’ai toujours pensé qu’elle était le cœur idéologique du colonialisme ? Peut être l’est elle devenue après la colonisation…

  5. Pierre B. Tu as oublié de citer que la gauche a aussi déconstruit la famille avec le mariage homosexuel, pourquoi ne pas le dire, est ce devenu un tabou à ce point de le dire ?
    Séparer pour mieux régner, et bien oui, foutre le bordel dans les familles, pendant ce temps là, les politiques continuent de tracer la route du libéralisme.

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