Politique

Pour une République décente

Représentants politiques pris dans des affaires judiciaires et police violente, la décence semble bien avoir déserté notre République. À travers Fillon et l’affaire Théo se dessine un système à bout de souffle.

Entre le PenelopeGate et les violences policières inacceptables subies par Théo Luhaka, les occasions de contester notre régime ne manquent pas ces derniers temps. Derrière ces affaires se cache un seul et même problème : celui du manque d’exemplarité de la République, de ses institutions et de ses représentants. Car à travers ces polémiques, l’État, censé détenir le « monopole de la violence légitime » (Max Weber), nous montre qu’il est capable de se comporter en mafieux au détriment des citoyens qu’il gouverne. Pourtant, l’exemplarité de la République est le premier pas vers la République sociale et démocratique, et vers une société décente.

« J’vole comme les politiciens, j’le fais parce que j’les ai vus faire » Swift Guad

Fillon et la République des tricheurs

fillonDans une République digne de ce nom, François Fillon aurait déjà abandonné la course à l’Élysée. Certes, il n’y a pas eu de condamnation. Mais les faits reprochés sont assez graves : emplois fictifs, trafic d’influence, détournement de fonds publics, etc. Les soupçons qui pèsent sur le candidat des “Républicains” à l’élection présidentielle sont trop forts pour rester sans conséquences. Car un élu se doit d’être exemplaire. Le prétendu acharnement vis-à-vis de l’ex-Premier ministre ne tient pas à un amour honteux pour le lynchage public, mais à un désir de justice. Car comment accepter que celui qui veut faire subir à l’État un régime drastique – 500 000 fonctionnaires en moins – et qui exige des Français qu’ils se serrent la ceinture, se gave de manière indécente avec les deniers publics ? Après les casseroles de Chirac et celles de Sarkozy, il faudrait une fois encore se résoudre à avoir un tricheur comme candidat ?

Fillon est le symptôme d’un régime malade. De Jérôme Cahuzac à Charles Pasqua, en passant par le couple Balkany, Alain Juppé – ex-chouchou de nos médias – ou Serge Dassault, nos hommes politiques collectionnent les affaires judiciaires, sans être réellement inquiétés. Ajoutons au tableau que 20 % des députés embaucheraient un membre de leur famille. Si cette pratique n’a rien d’illégal, elle est de nature à semer le trouble. Dans de telles conditions, comment croire au système ? Comment s’étonner ensuite que les citoyens se détournent de la chose publique ou se réfugient dans le vote d’extrême droite, prétendument antisystème ?

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L’impunité policière

« On dit que la police nous protège, mais qui nous protège face à la police ? » Youssoupha

theo_0Les  affaires politiciennes ne sont pas les seules à décrédibiliser l’État républicain. Entre morts suspectes et “bavures” dans “les quartiers” en passant par les brutalités lors de manifestations, une large partie de la population n’a plus aucune confiance dans les forces de l’ordre. Le viol du jeune Théo Luhaka, 22 ans, à Aulnay-sous-Bois (93), à l’aide d’une matraque est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà trop plein.

Alors que les plaintes pour bavures – avérées ou pas – augmentent, les policiers bénéficient d’une impunité presque totale : en dix ans, une seule maigre condamnation (dix-huit à vingt-quatre mois de sursis pour les policiers qui ont provoqué la mort d’Abdelhakim Ajimi, à Grasse, en 2008). Pourtant, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), disparue en 2010, relevait un ou plusieurs « manquements à la déontologie » dans 65 % des plaintes. De même, d’après l’ONG chrétienne l’Acat, en 2005, la police aurait causé 26 décès, aurait blessé de manière irréversible 29 personnes et fait subir 22 blessures graves, en toute impunité.

Dans le cas de Théo, l’abject se mêle à la violence intolérable. Du « viol non intentionnel » à « l’accident », la défense de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ferait rire si elle n’était pas aussi révoltante. Il n’est évidemment pas question de verser dans le discours anti-flics facile. Nous avons également conscience de la difficulté d’un métier où le taux de suicide est supérieur de 36 % au reste de la population. L’État – et Sarkozy en particulier, notamment avec la suppression de la police de proximité – a évidemment sa part de responsabilité, exigeant toujours plus avec des effectifs de plus en plus réduits, mal formés et devant gérer des situations difficiles. Mais le résultat est qu’aujourd’hui, les citoyens en général et les jeunes de banlieue en particulier n’ont aucune raison d’avoir confiance dans une instruction pourtant censée assurer leur protection. D’autant plus qu’une loi vient d’être votée afin d’assouplir les règles de légitime défense pour les policiers. Dans ces conditions, comment déplorer le repli communautaire de populations qui se sentent de plus en plus marginalisées ? Comment demander aux jeunes, et aux moins jeunes, issus de l’immigration d’être patriotes, quand tout semble indiquer que la patrie se moque des bamboulas et n’apprécie pas plus les bougnoules ? Si rien ne change, les banlieues resteront longtemps des « territoires perdus de la République », et la fracture avec le reste de la société ne fera que se creuser.

La Ve République semble à bout de souffle et incapable de surmonter ses démons internes. Pourtant, si elle ne le fait pas, elle disparaîtra, sans que personne la regrette. En attendant, la balle est dans le camp du peuple français. À lui de se souvenir de la leçon d’Orwell, à savoir qu’« un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime : il est complice ».

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3 réponses »

  1. Et l’affaire Marin tabassé par… parce qu’il défendait un couple s’embrassant dans la rue ?
    Vous n’en parlez pas. Ce pauvre gars de 20 ans vient de passer des mois dans le coma et est à présent handicapé à vie.
    Vous n’en parlez pas pourquoi ? Parce que ses agresseurs sont des jeunes des cités ? C’est ça ?

    • Peut-être que nous n’en avions pas forcément entendu parlé. Mais quel rapport ? Devons-nous forcément diviser les combats ? Les racailles pourrissent malheureusement la vie de trop de gens, mais rapport avec l’Etat et la République (comme invoqué dans l’article) ? Peut-être que c’est vous qui faites une focalisation sur les jeunes de cités.
      Bisette

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