Shots et pop-corns

Les pop-corns

Au Comptoir, on aime beaucoup le cinéma, surtout après un weekend chargé. Comme on est des serveurs sympas, on vous propose de partager avec nous ces moments de convivialité en vous offrant quelques uns de nos films préférés les dimanches après-midi. Comme on est quand même là pour cultiver la révolution dans les cœurs et dans les esprits, on tâche de vous proposer une sélection qui n’endorme pas trop, mieux, qui attise la flamme.

[Ces films n’ont évidemment pas été réalisés gratuitement alors, si vous avez le budget pour aider leurs réalisateurs à continuer, on vous encourage à vous les procurer par des canaux qui les rémunèrent.]

La Stratégie du choc : D’après le livre de Naomi Klein, de Michael Winterbottom et Mat Whitecross

Naomi Klein est la célèbre auteur canadienne de No Logo (2000), l’un des livres les plus connus de la littérature alter-mondialiste, où elle démontrait au terme d’une enquête fouillée comment le capitalisme s’est immiscé dans tous les recoins, ou presque, du monde au travers de la pub et de la sous-traitance à moindre coût (financier mais pas humain). En 2008 paraissait en français La Stratégie du choc : La montée du capitalisme du désastre, dans lequel elle détaillait comment le capitalisme de la dérégulation économique absolue (ou de la “libre concurrence” selon les termes de ses apôtres) que nous connaissons aujourd’hui, a pu s’imposer. La journaliste décrit les techniques de lavage de cerveau développées au Canada par la CIA au milieu du XXe siècle qui mettent les individus dans un état de consternation tel que leurs repères sont bouleversés. Du Chili de Pinochet à l’Irak de l’invasion américaine en passant par les années Thatcher et Reagan, elle raconte ainsi comment l’avènement des doctrines de Milton Friedman, l’un des prêcheurs de l’ultralibéralisme, n’ont pu être mises en place uniquement parce que les populations, à un moment donné de leur histoire, ont été mises dans un état de choc tel qu’elles ne pouvaient plus se défendre. Loin de nous pousser au pessimisme, le film de Michael Winterbottom et Mat Whitecross, tiré de plusieurs conférences données par Naomi Klein et illustré de nombreuses images d’archives, est là pour nous montrer qu’il est encore temps de s’organiser pour défaire l’oligarchie qui ne tiendra que tant qu’elle continuera à creuser les inégalités et à détruire l’humanité qui nous unit.

« Seule une crise réelle ou supposée, produit un vrai changement. » Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976

Le documentaire est disponible en dvd sur le site web des éditons Montparnasse.

Propaganda de Jimmy Leipold

Le nom d’Edward Bernays vous dit-il quelque chose ? Le publicitaire austro-américain, neveu de Sigmund Freud, a été classé par le magazine Life comme l’un des Américains les plus influents du XXe siècle en 1990. L’homme dont le nom n’est pas tout à fait passé dans la postérité au-delà de quelques cercles renseignés, a été l’auteur de livres aux titres éloquents : Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, L’ingénierie du consentement – Une approche scientifique des relations publiques… Des années 1920 à sa mort en 1995, Bernays a été le marionnettiste œuvrant dans l’ombre pour les plus gros conglomérats internationaux. Son fait d’arme le plus connu est probablement celui qui a fait passer la cigarette pour un un outil d’émancipation sexuelle féminin, ouvrant ainsi le marché du tabac à la moitié de la population. Le documentaire de Jimmy Leipold sorti en 2017 nous donne à voir comment la démocratie est devenue en moins d’un siècle le prête-nom d’une immense machinerie à faire toujours plus de profit grâce au travail de manipulation de publicitaires visionnaires.

Le documentaire est disponible en location sur le site d’Arte.

In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni de Guy Debord

Le sixième et dernier film de Guy Debord décrit la société de consommation et d’aliénation capitaliste, s’appliquant à mettre en évidence la condition d’esclaves modernes. En plus d’être un des films les plus désinvoltes à l’égard de la société moderne, il livre de manière incisive les quelques étapes de la vie de l’homme qui a, en un an, énoncé les sujets de lutte pour un siècle (hommage à Ivan Chtcheglov), dresse à la fois le tableau affligeant de cette société en guerre contre ses propres possibilités, et l’autobiographie où le regret n’a pas sa place. L’aspect est austère (noir et blanc, utilisation d’images fixes le plus souvent, voix narrative monocorde, écrans blancs qui durent plusieurs minutes).

Le titre du film est une locution latine dont l’origine est ancienne, mais incertaine, faisant référence aux papillons de nuit qui tournent autour de la chandelle avant de s’y brûler, et qui signifie : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ». C’est aussi un palindrome, c’est-à-dire un texte qui se lit dans les deux sens. Ce palindrome a été repris et intégré par la suite par Umberto Eco dans son roman Le Nom de la rose (1980).

La dialectique peut-elle casser des briques ? de René Viénet

La dialectique peut-elle casser des briques est un film se rattachant au mouvement situationniste initié entre autres par Guy Debord. Il s’agit du détournement d’un film de kung-fu chinois (唐手跆拳道, 1972) dans lequel des pratiquants de taekwondo coréens s’opposent à des oppresseurs japonais. Le détournement cinématographique est une pratique visant à récupérer un film déjà réalisé et commercialisé en changeant le discours des personnages (post-doublage). Le dialogue original est remplacé par un autre dialogue, généralement à portée humoristique.

Le scénario détourné relate comment des prolétaires tentent de venir à bout de bureaucrates violents et corrompus grâce à la dialectique et à la subjectivité radicale. La violence est finalement choisie du fait de l’incapacité des bureaucrates à suivre un argument logique.

Le dialogue contient de nombreuses allusions à des révolutionnaires anticapitalistes (Marx, Bakounine, Wilhelm Reich), et évoque au passage des thèmes contemporains : conflits syndicaux, égalité des sexes, mai 68, gauche française et les situationnistes eux-mêmes.

La Ricotta de Pier Paolo Pasolini

Troisième des quatre sketches du film Rogopag sorti en 1963. Un réalisateur reconnu tourne une version de la Passion du Christ. Sur le plateau entre les prises, les acteurs passent le temps. L’un d’entre eux, Stracci n’a qu’une idée en tête : trouver à manger… Le film déclencha un énorme scandale, accusé « d’insulte à la religion d’État » et vaudra à Pasolini l’un des nombreux procès et condamnations qui parsèmeront sa vie d’artiste et d’intellectuel. Scandale plus scandaleux que le film lui-même, mais qui en dit long sur les forces réactionnaires, les mentalités hypocrites et le pouvoir du Vatican dans l’Italie du boom économique. Alberto Moravia dira : « L’accusation était celle d’insulte à la religion. Beaucoup plus juste aurait été d’accuser le réalisateur d’avoir insulté les valeurs de la petite et moyenne bourgeoisie italienne. »

La Rabbia de Pier Paolo Pasolini

En 1962, le producteur d’actualités cinématographiques Gastone Ferranti eut l’idée de donner au cinéaste Pier Paolo Pasolini, déjà célèbre, l’accès aux archives de ses bobines d’actualités de 1945 à 1962, afin de répondre à la question : pourquoi cette peur d’une guerre partout dans le monde ?

« Chant » et « Discours » pourraient être les termes pour rendre compte de l’organisation particulière du film pour lequel Pasolini eut l’ambition d’inventer un nouveau genre cinématographique, de faire « un essai idéologique et poétique avec des séquences neuves » et pour lequel il inventa une voix en poésie et une voix en prose.

L’Enfance d’Ivan de Tarkovski

Pour son premier long-métrage, récompensé du Lion d’or à la Mostra de Venise, Andreï Tarkovski suit les aventures cruelles d’un jeune garçon éclaireur dans l’armée russe. Les marques de son cinéma y sont déjà : des images d’une puissante beauté, un goût prononcé pour la contemplation et une mise en scène poétique des difficultés de l’existence.

Andreï Roublev de Tarkovski

Dans cette biographie d’un peintre d’icônes religieuses, Tarkovski réalise un portrait réaliste mais grandiose de la Russie du XVe siècle, et livre une méditation sur le conflit religieux, le rôle de l’art et la puissance de la nature.

The Big Shave de Martin Scorsese

Cinq minutes au son de I Can’t Get Started , morceau du trompettiste et chanteur de jazz des années 1930 Bunny Berigan. Cinq minutes de cinéma en rouge et blanc qui dessinent déjà quelques unes des lignes de force de l’œuvre à venir d’un grand cinéaste.

En 1967, lorsqu’il réalise ce court métrage, Martin Scorsese a 25 ans et il est complètement déprimé. The Big Shave est le premier film qu’il réalise en sortant de l’Université de New York. Au départ, il voulait l’appeler Viet’67 et le présentait comme un film pamphlétaire contre la guerre du Vietnam. Plus tard, comme le rapporte Jean-Baptiste Thoret dans son livre Le Cinéma américain des années 70 (Cahiers du Cinéma 2006), Martin Scorsese dira : « En réalité, c’était surtout une vision de la mort strictement personnelle. Il y avait en moi quelque chose qui n’avait rien à voir avec la guerre. C’était juste une très mauvaise période de ma vie, très mauvaise période ».

Yūkoku (憂國) ou les Rites d’amour et de mort de Yukio Mishima

Le film est une déclinaison filmographique de la nouvelle Patriotisme (Yūkoku) écrite par l’écrivain en 1960 et publiée en 1961. L’histoire raconte le suicide par seppuku (éventration) d’un lieutenant japonais et de sa femme après l’échec du coup d’État fomenté par un groupe militaire nationaliste le 26 février 1936.

Il met en scène pendant trente minutes les derniers instants du lieutenant Shinji Takeyama (Yukio Mishima), à la fois membre de la Garde impériale et de la société secrète à l’initiative du coup d’État, et de sa femme Reiko (Yoshiko Tsuruoka). Devant le dilemme posé par l’échec du coup perpétré par ses camarades officiers qu’il doit désormais combattre et la fidélité à l’empereur du Japon, le lieutenant n’a qu’un seul choix pour conserver son honneur : accomplir le suicide rituel (seppuku) des anciens samouraïs. Il accomplit ce geste après une dernière étreinte amoureuse avec Reiko, l’épouse fidèle qui va le suivre dans la mort.

En compagnie d’Antonin Artaud de Gérard Mordillat

Mai 1946 : Après neuf ans d’internement, Antonin Artaud sort enfin de l’asile de Rodez pour revenir à Paris parmi les siens. Ce jour est l’illumination de Jacques Prevel. Jeune poète, il va suivre Artaud dans ses pérégrinations entre la maison de santé d’Ivry et Saint Germain-des-Prés, tout en poursuivant la même quête de poésie, de drogue et d’absolu. Prevel devient le disciple et le pourvoyeur, le compagnon de cet homme de génie dont il relate la chronique jusqu’à sa mort, deux ans plus tard. Dans ce Paris de l’après-guerre où il connaît la misère et la souffrance, Prevel partage sa vie entre deux femmes, Rolande et Jany, en même temps qu’il s’attache à tout jamais à Antonin Artaud, celui qui fut son seul ami.

Lessons of Darkness de Werner Herzog

Ce film relate les conséquences de la Guerre du Golfe et plus particulièrement sur l’incendie de 732 puits de pétroles koweïtiens par les forces irakiennes. Utilisant une musique religieuse et une narration détachée, le documentaire essaie de transporter le sujet barbare de la guerre dans une autre dimension, poétique et méditative.

Le Casanova de Fellini

Venise XVIIIe siècle. Le carnaval annuel bat son plein. Parmi la foule, un homme masqué reçoit un pli mystérieux qui l’enjoint de se rendre à un rendez-vous coquin. Giacomo Casanova, dépouillé de son masque de Pierrot, fait la connaissance d’une charmante nonne qui l’invite à faire l’amour devant les yeux de l’ambassadeur de France, son amant, caché derrière une fresque. Sur le chemin du retour, le célèbre séducteur est arrêté par les autorités et mis en prison. Un soir de pleine lune, il parvient à s’en échapper et quitte l’Italie. Commence alors pour Casanova un long périple à travers quelques grandes villes d’Europe dans lesquelles sa renommée le précède régulièrement et l’oblige à enchaîner les exploits amoureux.

Le temps, c’est de l’argent de Cosima Dannoritzer

Au début du XXe siècle, le monde se synchronise. Alors qu’avant la révolution industrielle chaque ville avait son propre rythme, l’Observatoire de Paris crée le « temps universel » en 1912. Grâce à six antennes qui descendent depuis le troisième étage de la tour Eiffel et se déploient sur toute la longueur du Champ-de-Mars, Paris donne le signal horaire international. Dans les usines, chaque minute est désormais comptée. Un siècle plus tard, aux États-Unis, des ouvriers de l’industrie du poulet se voient refuser le droit d’aller aux toilettes pour éviter toute perte de temps. Au Japon, pays du karoshi – la mort par surmenage –, la pression à « travailler plus » qu’exerce la société a des effets dramatiques : chaque année, plus de 10 000 Japonais succomberaient au burn out. Des initiatives émergent pour lutter contre ce mal du siècle. Alors qu’en France la loi Mathys permet depuis 2014 aux parents d’enfants gravement malades de bénéficier de dons de jours de repos, en Allemagne, une association de consommateurs se bat contre les nouveaux maîtres du temps que sont devenus les réseaux sociaux.

L’An O1 de Jacques Doillon

Jouissif, L’An 01 est le témoignage filmé d’une France où tout le monde aurait décidé de tout arrêter en même temps. Réalisé par Jacques Doillon, Alain Reisnais et Jean Rouch comme un reportage sur le monde depuis le moment où un pas de côté collectif est décidé, jusqu’à son effectivité et les réactions des autres pays, ce film est celui du début d’une ère nouvelle sans Capital ni production. On y reconnait nombre d’acteurs et personnalités français des années 1970 (Coluche, Miou-Miou, Jacques Higelin, le Splendid, l’équipe de Charlie Hebdo, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil…) qui forment un seul personnage principal, le peuple. L’An O1 permet de se débrider l’imaginaire en mettant en scène un genre de décroissance malicieuse en actes. « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés — avec réticence — que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire “Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’an 01, et maintenant une page de Mécanique céleste”. »

Tous au Larzac de Christian Rouaud

Réalisé par Christian Rouaud et sorti en 2011, Tous au Larzac est devenu l’une des références pour la mémoire de la lutte mise en branle par 103 paysans du Larzac entre 1971 et 1981 contre l’extension du camp militaire. Non violente et menée de concert entre locaux et néo-arrivants (dont José Bové à l’époque) dans le causse, cette lutte emblématique a été remportée contre l’État et ses décideurs déconnectés de toute réalité de terrain par ceux qui voulaient que le Larzac reste un lieu de vie plutôt qu’un camp d’entrainement à la mort. Le film-documentaire retrace le chemin parcouru, les difficultés d’une bataille au long cours et nous offre les mots de ceux qui l’ont emprunté. Le monde d’aujourd’hui aurait bien besoin de s’inspirer de l’intelligence collective mise en place par des individus qui n’avaient rien demandé et que le gouvernement aurait aimé faire passer pour négligeables.

La version matérielle du film est à commander sur le site larzac.org.

Earthlings

Violemment antispéciste, Earthlings ne peut laisser indifférent. Librement diffusé en ligne, ce documentaire militant est un compte-rendu en images et sons du traitement réservé aux animaux dans le système économique capitaliste et industriel que nous connaissons. Il est divisé en cinq parties plus difficiles à regarder les unes que les autres : animaux domestiques, nourriture, vêtements, divertissement et science. Film référence pour les vegans, il n’est pas une ode au végétarisme pour autant, simplement une manière de ne plus jamais pouvoir regarder indifféremment les paquets de viande lyophilisés, vidés de leur sang et ainsi rendus neutres de toute souffrance par la grande distribution.

À l’occasion de l’anniversaire des dix ans de sa sortie, le film dans sa version originale a été mis en libre diffusion par la société qui l’a produit, NationEarth.

La loi de la banane de Mathilde Damoisel

Ce documentaire qui raconte les débuts de l’histoire d’amour entre le capitalisme et les agences de communication dans le prisme de la banane. On y comprend que le Capital a assis sa domination en Amérique centrale en se substituant au service public et en soumettant ainsi populations et gouvernements. Le documentaire rappelle l’article de Jean-Baptiste Mallet paru au Monde diplomatique où il raconte l’histoire du capitalisme via le ketchup. La conclusion est quasi-unanime : les multinationales n’ont que faire des conséquences de leurs actes et n’hésitent pas à créer le chaos pour leur profit. Dans le cas de la banane, la collusion entre le politique et les intérêts privés de la United Fruit Company a ainsi donné lieu à cinquante ans de guerre civile. Édifiant à l’heure où il n’est même plus nécessaire de montrer que les Gafa dominent le monde tant c’est devenu une évidence et où le service public et les droits de travailleurs sont réduits à peau de chagrin pour favoriser encore et encore l’accumulation du Capital.

Le documentaire est disponible en location sur le site d’Arte.

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