Shots et pop-corns

Les meilleurs disques 2020 de la rédac’

Suite et fin des bilans avec notre courte sélection de nos coups de cœur musicaux de l’année 2020. À écouter sans modération sur les Internets, votre portable ou sur votre chaîne Hi-fi si vous assumez votre côté anti-moderne et faites partie des personnes qui achètent encore des disques (voire des vinyles), espèce en voie de disparition s’il en est.

  • The Breakfast, Againsters EP, label Guerilla Vinyl [1]
  • Farewell To All We Know , Matt Elliott, Label Ici d’ailleurs [2]
  • The Great Dismal, Nothing, label Relapse Records [3]
  • Wamono A To Z Vol. I (Japanese Jazz Funk & Rare Groove 1968-1980), DJ Yoshizawa Dynamite.jp & Chintam, Label 180g [4]

Le shoot d’adrénaline nécessaire [1]

Toujours enragée, engagée, la scène punk sait se réinventer et saura, sans nul doute, toujours se relever. Elle s’enrichit et s’abreuve (de bière certes) mais surtout de son environnement et des tensions toujours plus prégnantes dans nos sociétés, aujourd’hui cristallisées internationalement par la crise sanitaire.

Effervescente et moléculaire, la scène alternative espagnole ne déroge pas à la règle, et n’arrête pas de nous surprendre depuis les années ‘80. Prenant son envol dès la fin du régime de Franco, elle suivit le flot ininterrompu du mouvement punk dès ‘77.

C’est en juin 2020 que débarque les Againsters avec leur EP The Breakfast. Ce quatuor, que l’on aurait tendance à qualifier de « super groupe », est né à Barcelone. On y retrouve Macky, chanteuse dans Mostros ; Dr Tonyina, guitariste dans E150 ; Unclu Garrot, bassiste dans Zombi Pujol et Bolo, batteur des mythiques Subterranean Kids.

Ils nous livrent ici cinq titres percutants dont une reprise remarquable de Eurotic Neurotic (The Saints). Savoureux mélange de punk rock, de rock’n’roll et de hardcore, c’est un réveil brutal, un shoot d’adrénaline nécessaire. Co-production entre les frenchie de Guerilla Vinyl (Attentat Sonore, Krav Boca, The Adolescents, The Capaces, pour n’en citer qu’une poignée), BCore Disc, HFMN CREW, et bien d’autres labels !

Il va falloir être patient et surveiller la suite. Pour l’heure, it’s time for Breakfast.

Elodie B.

Entre ombre et lumière [2]

« Farewell to all that we know, All that we’ve left behind, All that we have let go, All we’ll never find… » C’est sur ces mots que s’ouvre le dernier (et huitième) album de Matt Elliott. Si l’année 2020 a eu quelques raisons de vous attrister, la voix grave du Bristolien pourrait sembler ne pas être le plus court chemin vers un réconfort immédiat. Et pourtant… Tout le numéro d’équilibriste (et tout le génie) de Matt Elliott depuis son premier album solo consiste à déployer un univers sombre et touchant sans jamais être pesant ni désespérant.

Sur un album peut-être un peu moins minimaliste que ses précédents, Matt Elliott est accompagné de David Chalmin (aussi croisé aux côtés de Shannon Wright) au piano, de Gaspar Claus au violoncelle, ou encore de Jeff Hallam (un acolyte de Dominique A.) à la basse. Sa musique, aux influences slaves toujours saillantes, n’en a rien perdu de son côté intimiste : la voix de Matt semble chuchoter directement dans notre oreille.

L’album est tout en maîtrise et en nuance : après une progressive montée en tension, culminant sur Can’t Find Undo et le spectral Crisis Apparition, tout s’achève dans la lumière et la rédemption avec The Worst Is Over. On progresse dans Farewell To All We Know comme l’homme dans la forêt brumeuse sur la pochette du disque : guidé par une lumière mystérieuse qui ne s’offre pas facilement à nous.

Frédéric Santos

Brouillard mélancolique [3]

Avec leur quatrième album intitulé The Great Dismal, Nothing est devenu la référence contemporaine de la scène « shoegaze ». Ce style caractéristique du rock où la guitare, la basse et la voix peinent à être distingués par l’usage des effets de saturations ou de fuzz. Cette atmosphère embrumée et saturée, que certains pourraient apparenter à du bruit, fait ressortir la puissance et l’émotion qui se dégagent des compositions de ce dernier album.

Autre fait d’arme du groupe, celui d’être considéré comme « le groupe le plus malchanceux du monde ». Son leader, Domenic Palermo a été incarcéré suite à une condamnation pour tentative d’assassinat à l’arme blanche lors d’une bagarre. En 2015, il manque de perdre son oreille à cause d’une agression à la sortie d’un concert. La même année, il perd son père alors que le bassiste perd également sa mère. Les problèmes existentiels de son leader le poussent la consommation de nombreuses drogues dures, comme ont pu observer le public parisien lors du concert du groupe au Batofar en 2017. Le chanteur, totalement sous l’emprise de substances, peinait à jouer et s’excusait sans cesse du public « sorry I’m so high ! »

Mais le chemin tortueux de son leader est à l’image de la musique de Nothing : tantôt sombre par les nappes d’effets, tantôt entraînante par des accords simples et bien sentis. Ce groupe réussira à vous faire planer grâce à cette lead guitar mélodieuse et saturée à la fois, mais toujours au service de la voix de Palermo. La musique du groupe est un voyage émotif.

Retenons quelques jolies perles dans cet album : L’intro douce et envoûtante. Le single « Say less » fait parler la puissance des guitares pour nous plonger dans l’ambiance « Nothing ». L’efficace « Catch a fade » très rock-pop 90’s. Le splendide « Famine Asylum » qui agit comme une montagne russe passant de la lourdeur de son couplet à la beauté de son refrain. « Bernie Sanders » avec son intro de guitare réussie et son petit son de clavier entêtant. Et enfin, le somptueux « In Blueberry Memories » parfaite chanson shoegaze quoique parfois stéréotypé mais qui saura vous faire vibrer.

Cet album produit en plein confinement explore les thèmes de l’isolement, de l’extinction et du nihilisme de humain face à cette « grande tristesse’ qu’est 2020. Amateur de puissance et de mélancolie, ce disque est pour vous.

AU RL

Le groove japonais jusqu’à l’orgasme [4]

Depuis quelques années, à la faveur d’un mouvement de nostalgie des années 80’s, la musique japonaise qui caractérise cette décennie a connu une vogue nouvelle. Phénomène assez intéressant, amplifié par la culture web de la vaporwave, l’on voit se rejoindre des mélomanes amateurs de sonorités funky, des collectionneurs à la recherche de nouvelles antiquités musicales et des trentenaires bercés par les bandes-son du Club Dorothée, dans une même et commune passion pour ce que l’on appelle aujourd’hui la City pop.

Mais au début de ce millénaire on ne parlait pas de City Pop, et Youtube n’en était encore qu’à ses prémisses. On parlait alors plus volontiers de funk japonaise et seule une poignée d’obsédés, dont le passe-temps consistait à arpenter tout l’internet à la recherche de rarissimes MP3 uploadés sur megaupload ou rapidshare, voire pour les plus fous à se ruiner en imports de vinyles, pouvait se targuer d’en connaître les profondeurs abyssales. Car pour l’amateur de bon son – peu importe lequel, du reste – ainsi que pour le collectionneur, le Japon demeure un Eden mystérieux, une contrée exotique où la musique est reine. On y vend des éditions locales d’albums de grands musiciens internationaux – comprenez des albums diffusés uniquement pour le marché japonais – et on y trouve des compositions au syncrétisme tout à fait stupéfiant.

Les musiquées dites improvisées ne font pas défaut à cette règle générale. Mieux : elles dominent largement l’ensemble. Peu de pays ont par exemple développé un amour si incandescent, une passion si absolue, pour le jazz. Et le groove (soul, jazz, funk, disco…) a apposé sa marque si reconnaissable sur les années 70’s et 80’s comme nulle part ailleurs, Etats-Unis exceptés. Cet album rend hommage à cette faune locale de musiciens obscurs et inconnus en compilant des morceaux introuvables en-dehors du pays lui-même sous le dénominatif de wamono (littéralement “musique japonaise ancienne”). Les compilateurs, le DJ Yoshizawa Dynamite et Chintam, des diggers comme disent les anglo-saxons, ont fait œuvre d’archéologie en dénichant des titres d’une qualité impensable, enfouis dans la production extravagante de ces années-là. Les arrangements sont fous, le rythme est syncopé, mais ce qui sort du lot et offre à ce vinyle une teinte hors-norme, c’est l’irruption au milieu des instruments classiques du genre (saxo, batterie, vibraphone, etc.), d’instruments asiatiques (la flute bambou ou shaku hachi, ou le koto, sorte de harpe japonaise).

On songe alors aux films de yakuza des années 70’s, à Sonny Chiba, aux grosses joues de Joe Shishido, au cinéma érotique japonais (un morceau, diabolique et gras, nous offre d’ailleurs un dialogue inouï entre les instruments des musiciens et les râles d’une femme au bord de l’orgasme !) et on jouit de ce voyage dans le temps jusqu’à en avoir des sueurs. À noter au passage que les auteurs ont refusé de diffuser tout ça sur les plateformes numériques : seul le vinyle est disponible, et aucun CD ni aucun MP3 n’est prévu dans le futur (même si l’on peut trouver toutes les pistes sur Youtube). Une décision très peu commerciale qu’il convient de saluer.

Galaad Wilgos

Nos Desserts :

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