Shots et pop-corns

Les meilleurs films 2020 de la rédac’

L’équipe du Comptoir aime la politique, les débats d’idées, la littérature, la musique et… le cinéma ! Malgré la grave crise sanitaire et les restrictions gouvernementales qui nous ont privés des salles obscures pendant de longs mois, la rédaction a tout de même sélectionné pour vous les films les plus mémorables de cette année 2020 : la beauté entremêlée des sentiments amoureux, la ferveur hallucinée d’un génie, les emmerdes abyssales d’un joaillier new-yorkais, un tandem tendre et burlesque, l’antiracisme pour les nuls, une lutte loufoque contre l’oppression technologique, la Grande Guerre en plan-séquence, le poison capitaliste, les destinées de deux sœurs dans le Brésil des années 50. Bon visionnage !

  • Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret [1]
  • Michel-Ange d’Andreï Konchalovsky [2]
  • Uncut Gems de Benny Safdie et Josh Safdie [3]
  • Adieu les cons d’Albert Dupontel [4]
  • Tout simplement noir de Jean-Pascal Zadi et John Wax [5]
  • Effacer l’historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern [6]
  • 1917 de Sam Mendes [7]
  • Dark Waters de Todd Haynes [8]
  • La vie invisible d’Eurídice Gusmão de Karim Aïnouz [9]

Toutes ces histoires qu’on aurait pu vivre [1]

« La beauté sauvera le monde », écrivait Dostoïevski. À l’heure où le monde culturel souffre démesurément des conséquences de la crise sanitaire liée au Covid-19, nous autres, passionnés de théâtre et de cinéma, souffrons en silence, privés de la part de beauté que chaque œuvre nous délivrait. Et c’est ainsi, désormais, qu’on sauvera le monde, paraît-il… Dans l’attente d’une réouverture prochaine, lorsque, peut-être, on estimera que la culture est certainement plus « essentielle » que de pouvoir s’offrir une machine à raclette chez Darty, on se remémorera quelques bons moments passés dans les salles obscures. Et parmi eux, ce drame d’un peu plus de deux heures, Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret, qu’on a eu la chance de voir entre deux confinements.

Si vous aimez les récits enchâssés façon Jacques le Fataliste de Diderot (1796), Erik Satie et ses Gymnopédies qu’on connaît par cœur, les interlocuteurs qui se parlent sans jamais se couper la parole, qui utilisent le passé simple et qui ne font même pas les élisions du langage parlé, foncez voir ce bijou. Voilà pour la forme. Pour le fond, il est question d’amour, parce que c’est tout ce qui compte. D’amour, de désir, d’histoires qui auraient pu et d’histoires qui ne pourront pas. Il est question de ces attirances insensées qui viennent perturber le quotidien, tout bousculer jusqu’à rebattre totalement les cartes de nos existences. Il est question de jalousie, de possession, de cet autrui si distant, si présent… Et si jamais… ? Les histoires racontées sont celles qu’on a vécues ou qu’on a fuies, dont on a eu l’audace ou la lâcheté, selon les points de vue. Le tout sans aucune mièvrerie, sans malhonnêteté, avec toujours un ton très juste et des acteurs – quatre principaux – particulièrement doués. Un film à voir, dès que les autorités nous en redonneront l’occasion.

Ludivine Bénard

Gravé dans la roche [2]

Sculpter des corps parfaits pour expier les démons de son âme. Tel semble être la ligne de crête qu’arpente le Michel-Ange de Konchalovsky, évitant ainsi de tomber dans l’écueil du biopic hagiographique et convenu, et concentrant plutôt son propos sur quelques années déterminantes de la vie de l’artiste florentin. Cette période tumultueuse de l’Italie de la Haute Renaissance où, entre crises politiques et succession pontificale, Michel-Ange se débat dans les rets du pouvoir afin de s’assurer une sécurité financière et une certaine autonomie artistique. Bénéficiant de la protection de la famille Della Rovere, sa position sociale devient incertaine lors de la mort du pape Jules II et du retour des Médicis qui installent Léon X au Vatican, chassant de force les Della Rovere de Rome. Afin d’honorer la commande de l’imposant tombeau de Jules II, il fait route vers Carrare afin d’y trouver le plus beau marbre d’Italie.

Arrivé à la carrière on touche au cœur du film. Jetant son dévolu sur un « monstre » (un bloc de marbre immaculé si massif que même les ouvriers en appréhendent le transport), Michel-Ange dévoile la démesure de ses obsessions artistiques en même temps que sa folie égoïste. Pour réaliser son chef d’œuvre, il n’hésite pas à mettre en danger la vie des carriers, à trahir ses amis et à s’attirer les foudres de ses mécènes. Car, au-delà du problème d’indépendance artistique vis-à-vis du pouvoir politique et d’une misère financière qui le suit comme un chien galeux, Michel-Ange est dépeint comme un exalté colérique, menteur et cynique. La prestation hallucinée Alberto Testone y est pour beaucoup. Sans doute que Konchalovsky a mis un peu de son propre orgueil dans ce portrait peu flatteur. Reste que, dans un même élan titanesque et insensé, le tour de force de la descente – réelle – du monstre de la carrière, rappelle celle – tout aussi réelle et éprouvante – de l’ascension du bateau dans le Fitzcarraldo de Werner Herzog (1982) en pleine forêt amazonienne. 

Et ils sont rares et précieux ces rapports bruts à la matière, cette façon de scruter toute l’exigence technique que demande la pratique et le savoir-faire artisanal, loin du simple « élan créateur » vaporeux et impalpable qui sert de cliché aux portraits paresseux. Ces rouages de la création on les retrouvent, par exemple, dans Amadeus de Milos Forman (1984) lorsque, au seuil de la mort, Mozart dicte la partition du Requiem à Salieri ; ou dans Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski (1969) lors de la fonte de la cloche géante de Souzdal. Konchalovsky, qui a participé au scénario de Roublev, saura se souvenir des larmes du jeune Boriska en entendant le son pur de la cloche lorsqu’il confronte Michel-Ange aux affres d’une dévotion religieuse contaminée par des visions cauchemardesques et qu’il tente de faire éclater dans ses œuvres. Seul Dante Alighieri, le divin Dante, demeure un phare pour le sculpteur tourmenté qui, en comparaison du génie du poète, s’enfoui de honte la tête sous le fumier. C’est une constante : bien que d’une arrogance volcanique, Michel-Ange n’a de cesse de déprécier son travail, ce n’est jamais fini, jamais parfait, il faut refaire les couleurs, le pape attendra, je vais tout détruire et tout refaire, si t’es pas content va bosser pour Raphaël, etc. Cette quête infinie de la perfection reflète son combat mystique intérieur : rendre gloire à Dieu c’est vaincre les tentations du Diable. Malgré la corruption qui le ronge, son être tout entier tend vers la beauté, à l’image de la main d’une jeune fille, frêle et nacrée, langoureusement pendante après un ébat amoureux.

Trop longtemps habitués à des biopics médiocres et ronflants – et par là enlaidissant les sujets auxquels ils croient rendre les honneurs – on en aurait presque oublié que le cinéma peut représenter la vie d’hommes illustres avec grâce et ferveur. Michel-Ange est de ceux-là.

Sylvain Métafiot

Money Time [3]

La dernière fois que nous étions allé rendre visite aux frères Safdie, Robert Patinson ne s’était pas remis de sa cuite post Twilight, errant avec son frère handicapé dans les artères crades d’un New-York qui n’aurait pas subit la politique hygiéniste de Rudolph Giuliani, à la recherche de billets faciles et d’un rêve américain imaginaire (Good Time, 2017). Entamée avec The Pleasure of Being Robbed (2009) et prolongée avec Mad love in New-York (2014), les frères terribles du cinéma indépendant américain poursuivent ainsi l’exploration nerveuse de la « grosse pomme » comme un ver gourmand se repaît d’un fruit pourri avec ce survolté Uncut Gems.

Soit Howard Ratner, joaillier juif du Midtown Manhattan, magouilleur, infidèle, hypocondriaque et accro aux paris sur les matchs NBA. Lorsqu’une opale non taillée arrive d’Ethiopie, Howard voit l’occasion idéale de rembourser toutes ses dettes en tentant une arnaque aux enchères. Mais ses créanciers sont du genre dubitatif et seraient plutôt partisans de lui casser les rotules à la barre à mine. Le nombre de ses ennemis s’accumulant au fil de ses dépenses… La première bonne idée de Bennie et Josh Safdie fut de ressusciter Adam Sandler – acteur plus habitués aux Razzie Awards qu’au tapis rouge des Oscars – en lui offrant ce qui restera peut-être comme le rôle le plus marquant de sa carrière. Howard est propulsé d’une dette de jeu à une embrouille avec un client, à un nouveau crédit, à un pari risqué, à une dette supplémentaire, etc. Exaspérant, il n’en demeure pas moins attachant, notamment dans cette croyance un peu folle que la chance va enfin lui sourire. Le verbe scorsesien vole haut et fort chez les frères. Pas étonnant que l’ancien gamin de Little Italy ait produit le film quand on voit les ressemblances avec l’univers trépidant des Affranchis (1990), Mean Streets (1973) ou Le Loup de Wall Street (2013). Mais cette explosion de logorrhée verbale, loin de résonner dans le vide, constitue le moteur d’Howard, son carburant auto-généré. Si le silence est d’or le phrasé mitraillette d’Howard a l’éclat des diamants tape à l’œil qui viennent orner les grillz et autres médaillons des rappeurs bling-bling et autres stars du showbiz en manque de lustre.

Cette énergie démente qui parcourt tout le film intensifie les obsessions ludiques et dramatiques des frères Safdie. Suivre Howard à la trace s’enliser et essayer de se dépêtrer de toutes ses combines pendant plus de deux heures est épuisant. Mais terriblement drôle et excitant. Porté par la bande-originale électro stratosphérique de Daniel Lopatin et la photographie iridescente de Darius Khondji, le polar fiévreux des Safdie – à la manière des films de genre d’Abel Ferrara – ne tient pas en place, conférant aux rares moments d’accalmie l’élan nécessaire pour repartir à pleine vitesse. De là cette impression que l’hystérie contamine tous les protagonistes du Diamond District, même les plus éloignés de l’œil du cyclone : la frénésie chaotique d’Howard entraînant une véritable tempête d’emmerdements dans son sillon. Loser pathétique qui se voudrait le roi du monde, Howard est comme un gosse irresponsable qui refuserait les règles du monde réel pour s’inventer un rôle à la hauteur de ses ambitions matérialistes. Son excentricité masque pourtant un profond besoin d’amour et une quête spirituelle. Et c’est une inconscience toute enfantine qui déterminera son pari le plus décisif. Pour lui, le jeu est à l’image de sa vie : un mouvement perpétuel hors de la réalité mais qui (en apparence) le maintien en vie. Jouer c’est défier le destin en lui faisant son plus beau sourire.

S. M.

Le cœur se rebiffe [4]

Après le succès de son adaptation à l’écran du roman de Pierre Lemaître Au revoir là-haut, Dupontel revient avec un film vraiment, totalement, Dupontelien. On y retrouve l’humour plus que grinçant, les gags, la mélancolie, les personnages loufoques, marginaux poétiques et anarchisants, une mise en scène à cent à l’heure, des aventures farfelues, bref, tout ce qui signe la patte du réalisateur de Berni (1996), Enfermés dehors (2006) et Le Vilain (2009).

Adieu les cons raconte l’histoire de Suze, une coiffeuse condamnée par la maladie, qui décide de se mettre en quête de son fils qu’elle a été obligée d’abandonner à la naissance, 23 ans plus tôt. L’aventure semble d’emblée vouée à l’échec, mais elle rencontre Jean-Baptiste Cuchas (JB), un informaticien de l’administration, doué mais placardisé, recherché par la police en raison des conséquences rocambolesques d’une tentative de suicide manquée. Au fil de cette aventure, on croise pêle-mêle des policiers absurdes et zélés, un archiviste aveugle et charmeur, un médecin atteint d’Alzheimer et un jeune cadre supérieur isolé et triste. Tous ces personnages, que le réalisateur traite comme toujours avec beaucoup de tendresse, sont aussi de géniaux pourvoyeurs d’absurde. Dans cette épopée que l’on pressent devoir mal finir, le comique burlesque tape souvent dans le mile : on rit beaucoup devant Adieu les cons.

Dupontel ignore la nostalgie tout autant que le cynisme. On n’en trouvera pas une trace dans ce film aux accents plein de franchise et de sincérité. C’est sans doute ce qui déplaît à ceux qui n’y voient qu’un conte lourdingue et l’esthétique grossière d’un enfant turbulent. Mais Dupontel ne dénonce pas une politique, ne s’indigne pas d’un fait divers, ne regrette pas le « monde d’avant ». Il donne au contraire une forme à un cri de révolte, celui d’individus malmenés par le monde contemporain, avec tout ce que ce cri comporte de violence et de contradictions, de peur et d’enthousiasme, d’espoir et de désespoir. Il faut ici saluer la prestation de Virginie Efira, nouvelle venue dans cet univers où l’on retrouve les visages connus de Nicolas Marié et Jackie Berroyer. L’actrice apporte ce qui parfois pâtit de ce côté « cartoonesque » et d’une certaine pudeur des sentiments, toujours palpables chez Dupontel. Elle parvient en effet à rendre cette fragilité accessible, cette sensibilité à fleur de peau et le tragique de cette révolte.

Paul Feutz

Les Noirs n’existent pas ? [5]

Jean-Pascal (JP), acteur sans succès et rappeur de seconde zone, veut s’impliquer dans la lutte antiraciste. Il décide d’organiser une grande marche d’hommes noirs à Paris pour protester contre la sous-représentation des Noirs dans la société et dans les médias. Afin de médiatiser sa cause, il décide d’aller voir des membres influents de la “communauté noire »” : les rappeurs JoeyStarr et Soprano, les humoristes-comédiens Claudia Tagbo, Fary, Fabrice Éboué, Éric Judor ou Omar Sy, le réalisateur Lucien Jean-Baptiste, mais également des militantes afro-féministes ou la Brigade anti-négrophobie (BAN). Un projet qui embête sa femme, qui a la peau blanche et se sent exclue, des Noires, qui critiquent le sexisme de sa démarche, ainsi que des Français d’origine arabe comme Ramzy Bedia, ou juive, comme Jonathan Cohen. Ces derniers estiment que la marche devrait aussi leur être ouverte, du fait de l’arabophobie ou de l’antisémitisme. Dans le même temps, JP tente de réussir dans le milieu du cinéma et reçoit une aide certes intéressée, mais précieuse, de Fary, qui a besoin de redorer son blason après un bad buzz.

Le film se présente comme une succession de sketchs, parfois hilarants comme la scène avec Fabrice Éboué et Lucien Jean-Baptiste. Au fur et à mesure, une conclusion semble s’imposer : celle que “les Noirs n’existent pas”, comme le proclame l’écrivain Tania de Montaigne (L’Assignation, Grasset, 2018). En effet, plusieurs problèmes se posent. Il y a d’abord la définition floue des Noirs, qui repose sur la couleur de la peau et les cheveux crépus (qui inclut JoeyStarr, mais exclut Vikash Dhorasoo, pourtant plus foncé). Ensuite, le dilemme des métis, quand Éric Judor proclame qu’il n’est pas noir, mais autrichien, avant de découvrir subitement son africanité. Enfin, cette “communauté”, composée des personnes originaires de pays ou régions différentes, manque d’unité. La fracture entre Africains et Antillais, notamment sur l’esclavage, apparaît au grand jour lors de la scène avec Fabrice Éboué et Lucien Jean-Baptiste, déjà évoquée.

Des visions différentes de l’antiracisme s’opposent : JP n’est pas assez radical pour la BAN, ni assez intersectionnel pour les afroféministes – dont l’une lui reproche hypocritement d’être mariée à une blanche. Pour les Blancs, il n’est pas assez universaliste. Enfin, l’individualisme semble également s’opposer à une organisation communautaire de la société. Tout simplement noir n’est peut-être pas le meilleur film de l’année 2020, mais c’est probablement celui qui fait le plus réfléchir sur notre société, le communautarisme, mais aussi les violences policières et le racisme.

Kévin Boucaud-Victoire

Enfer techno-libéral [6]

Dans un petit lotissement populaire du Pas-de-Calais, trois Français sont en proie à de gros problèmes liées au numérique. Il y a d’abord Marie (interprétée par la désormais incontournable Blanche Gardin), mère divorcée et dépressive, est victime d’un chantage à cause d’une sextape, réalisée sans le vouloir avec un coup d’un soir (Vincent Lacoste). Elle veut à tout prix empêcher que son fils ne tombe pas dessus.  Bertrand, veuf endetté, découvre que sa fille est harcelée au lycée, et tombe amoureux de sa seule interlocutrice, une hôtesse de centrale d’appel… qui n’existe pas. Enfin, Christine, chauffeuse VTC, ne comprend pas pourquoi les notes données par ses clients refusent de décoller. Ils décident donc tous les trois de partir en guerre contre les GAFAM, jusqu’à rejoindre la Silicon Valley.

À travers ces trois personnages dépassés par leur époque, qui ont le profil de parfaits Gilets jaunes, Benoît Delépine et Gustave Kervern, duo d’une efficacité redoutable, nous dépeignent une société rongée par l’emballement technologique, fer de lance du capitalisme. Triste, souvent drôle, mais parfois excessif, Effacer l’historique a des airs de Ken Loach à la française.

K. B. V.

Sur la corde raide [7]

1917 est un énième film de guerre mais sur un conflit au demeurant peu filmée, la Première Guerre mondiale. À part le chef d’œuvre de Stanley Kubrick, Les Sentiers de la gloire (1957), peu de cinéastes de renom si sont finalement attardés. Celle qui était pourtant appelée la « Der des Ders », est une guerre qui mérite plus d’intérêt par son importance historique et l’horreur du quotidien des tranchées. C’est donc ce que Sam Mendès a voulut nous transmettre à travers ce film, transversal a bien des égards. Il est en effet presque exhaustif tant il traite de toutes les thématiques autour de la réalité de ce conflit international. Le terrain tout d’abord : le champ de bataille, les lignes de tranchées, les no man’s land, l’arrière. Les individus : du général au soldat en passant par les civils. Sans oublier : la peur, la mort, la fraternité, la tendresse, le courage. Il n’y avait donc pas une seconde à perdre pour passer en revue tout cela.

Sam Mendès a décidé d’un film entièrement en (faux) plan séquence où chaque seconde doit justifier sa présence. Tout ceci dessine une fresque qui apporte la chaleur redoutable de la mémoire de nos aïeux poilus comme ces ombres projetés dans la fameuse séquence de nuit dans les ruines et les flammes. C’était bien le but définitif, s’y croire, descendre dans l’horreur sans rappel, une chute vertigineuse suivi d’un atterrissage brutal, hypnotique, désespéré. La dernière séquence esquisse le résultat de cette affrontement infâme, des gémissements, de la tétanie. Puis un repère, un arbre printanier et le soleil têtu au-dessus des plaines vertes rougies par le sang. Plans séquences, temps réel, caméra portée, 1917 s’inscrit dans la lignée générationnelle des Il faut sauver le soldat Ryan (1998). Les codes de ce genre (si on peut l’appeler ainsi) à bout de souffle sont ici utilisés une dernière fois avec maestria mais sans génie, comme un testament de cette inspiration cinématographique mais peut-être aussi des films sur les guerres du XXe siècle.

Luc Parvaux

La guerre contre le téflon [8]

Rob Bilott, un avocat qui a grandi dans une petite ville de Virginie-Occidentale, est destiné à une carrière brillante dans un cabinet qui défend les intérêts des grands groupes industriels. Un jour, il est sollicité par un nouveau client inattendu, un vieil agriculteur dont la ferme est voisine de la maison de sa grand-mère, et chez qui, enfant, il a passé ses vacances à jouer. La plainte de l’agriculteur n’est pas anodine : ses vaches, qui ont l’habitude de s’abreuver dans la rivière Ohio, ont été contaminées par les déchets toxiques déversés par l’usine DuPont, qui fabrique des poêles en Teflon.

Profondément attaché à ses racines qu’aux petites gens de sa jeunesse, éloignés des lieux de pouvoir et du glamour, Rob Bilott comprend qu’il est préférable de risquer sa vie et ses ambitions personnelles que de perdre son âme. Dès lors, l’avocat, incarné brillamment par Mark Ruffalo, mène un combat qui semble perdu d’avance, en étudiant toutes les failles possibles concernant le groupe DuPont. Il découvre à ce titre les propriétés nocives C8, dérivé du fluor utilisé dans le revêtement des poêles en Teflon, qui a eu un impact sur des millions de vies aux États-Unis. Dans ce thriller à l’ambiance mélodramatique, le capitalisme est dépeint des décennies après son triomphe d’après-guerre comme une machine destructrice de la nature et des modes de vie traditionnels, au nom de la vanité de leaders industriels et politiques sans foi ni loi.

Agnès Delaunay

Deux sœurs cherchent un destin [9]

À Rio de Janeiro dans les années 1950, Eurídice et Guida sont deux sœurs que rien ne sépare. Alors que la première songe à une carrière internationale de pianiste, la seconde rêve de vivre le grand amour. Bridée par l’autorité d’un père aux valeurs patriarcales, Guida décide un soir de s’enfuir retrouver son amant, duquel elle tombe enceinte. Quand son père apprend la nouvelle, il expulse la jeune femme de la maison et décide de dissimuler les circonstances de sa disparition à sa fille cadette, bouleversée.

Durant toute leur existence, les deux sœurs ne cesseront de chercher à se retrouver, tout en imaginant à quoi ressemble la vie de l’autre. Au-delà du lien qui les unit indéfectiblement, ce film témoigne à la fois de la violence morale et de l’hypocrisie des valeurs familiales qu’engendrent le patriarcat dans le Brésil des années 1950, où naître fille est synonyme d’une vie tracée à l’avance faite de soumission à tous les niveaux.

A. D.

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