Shots et pop-corns

Les meilleurs disques 2019 de la rédac’

L’heure des bilans arrive, et 2019 a été une année riche en bons albums. Nous vous avons concocté une courte sélection de nos coups de cœur musicaux de l’année. À écouter sans modération sur les Internets ou sur votre chaîne hi-fi, si vous assumez votre côté anti-moderne et faites partie des personnes qui achètent encore leurs disques, espèce en voie de disparition s’il en est.
  • Crash Talk, Schoolboy Q, Top Dawg Entertainment et Interscope Records [1]
  • Les étoiles vagabondes, Nekfeu, Seine Zoo, Polydor et Universal [2]
  • Jesus is King, Kanye West, GOOD Music et Def Jam [3]
  • Malsamaj, Geysir, Figures Libres Records [4]

Le Black Hippy confirme [1]

Les années 2010 ont sans conteste été les années Kendrick Lamar, tant le Californien a dominé le rap game. Cette décennie a néamoins vu l’émergence d’autres pépites. Parmi elles, Schoolboy Q, membre du Black Hippy, collectif auxquels appartiennent les MCs Ab-Soul, Jay Rock et… Kendrick Lamar. Après Oxymoron et Blank Face LP, deux skeuds qui ont plus que tenu leurs promesses, l’artiste confirme avec Crash Talk.

Annoncé pour septembre 2018, le disque est repoussé de plusieurs mois, en raison de la disparition de son ami, le très talentueux Mac Miller, autre étoile née dans les années 2010. Pour ne rien simplifier, Schoolboy Q admet avoir repris deux fois de zéro ce cinquième album, parce qu’il n’arrivait pas à convaincre Jay Rock et Kendrick Lamar. Accouchement douloureux pour un résultat réussi. Au cours des quatorze titres, Schoolboy Q se réinvente et propose un rap légèrement différent de celui de ses deux précédents succès, avec notamment un tempo plus lent et un flow plus calme. Alternant entre gros titres et morceaux plus mélodieux, le rappeur propose plusieurs facettes de lui. Moins énervé dans la forme, le rappeur est aussi plus apaisé dans le fond, même si le thème de la mort revient souvent. Moins bon que les précédents, sûrement parce que l’artiste n’a plus rien à prouver, cet album est plus contesté. Il reste néanmoins solide et au-dessus de la concurrence.

Kévin Boucaud-Victoire

Entre rap et varièt’ [2]

Celui qui s’est fait connaître lors de la première journée des Rap Contenders, face à Logik Konstantine, en 2011, a aujourd’hui parcouru beaucoup de chemin. Après avoir contribué à la redécouverte de l’âge d’or du rap avec le groupe 1995, deux albums avec son autre groupe le S-Crew, obtenu une Victoire de la musique, un César et pris des positions sociales très engagés, Nekfeu est devenu un artiste reconnu. Les étoiles vagabondes, son troisième opus, est une confirmation.

Nekfeu réussit à se réinventer à chaque skeud. Dans LEV, il navigue entre rap pur et sonorité à couleur plus “varièt’”. Un morceau symbolise cette évolution : « Dans l’univers », avec Vanessa Paradis, l’icône de la fin des années 1980. Une magnifique chanson, qui alterne entre déclarations d’amour et la réalisation que leur histoire est vouée à l’échec. « T’es obsédée par le vide et j’déteste ton mode de vie / Et puis t’as ta part de vices mais c’est toi qu’j’veux », chante-t-il en chœurs. L’autre morceau emblématique est « Tricheur », avec Damso, la révélation rap de ses dernières années. Un titre qui réunit deux MCs mélodieux.

Mais Nekfeu reste aussi un vrai kickeur et il continue de l’être dans ce disque, comme le montre « Cheum », qui ravira tous ceux qui ont été adolescents au début des années 2000 (« Au collège, j’étais cheum mais déter’ comme un chleuh / J’volais des PlayStation, j’les revendais, j’m’achetais des jeux / Y a quoi dans la tête des jeunes ? / J’traînais dans tout Beriz /J’faisais des pics avec du gel, j’avais la coupe de Reese »). Comme à chaque fois, Ken invite ses potos Alpha Wann (« Compte les hommes ») et Nemir (« Elle pleut »), toujours aussi en forme. Comme dans ses deux précédents albums, l’artiste nous livre une introspection « Ολά Καλά », qui ramène à ses origines grecs. En plus de ce disque réussit, l’artiste nous a aussi livré une version “Expansion”, avec 16 titres en plus, ainsi qu’un film-documentaire, disponible au cinéma et sur Netflix.

K. B. V.

Kanye se met au gospel [3]

Génie et démon à la fois, innovant sans cesse, Kanye West semble toujours en quête de rédemption. Cela semble encore plus vrai dans son dernier opus Jesus is King. Converti au christianisme, tendance évangélique, l’artiste aux multiples frasques a expliqué : « J’ai été radicalement sauvé. Je crois ce message et je veux le faire passer au monde. » Le mari de Kim Kardashian a ainsi décidé de tourner la page et d’abandonner le hip hop – au moins pour le moment –, au profit du gospel.

Durant les 11 titres, il n’est donc question que de Jésus, de foi et du Dieu créateur. Avec une sonorité dépouillée, Ye veut sans doute nous montrer sa nouvelle ascèse. Les musiques sont principalement composée à partir de samples. S’il s’agit d’un vrai album de gospel, Kanye n’hésite pas à inviter le prodo hip hop Timbaland, qui réalise plusieurs titres, le rappeur californien Ty Dolla Sign ou les frères du duo Clipse, qui avaient pourtant juré de ne plus collaborer, sur l’excellent « Use this gospel ». Ye ne fait pas de vrais progrès au micro. Il demeure néanmoins un des plus grands compositeurs de son époque. Certes, Jesus is God n’est pas son meilleur disque. Mais l’essai est plus que réussi.

K. B. V.

Différent et universel [4]

Après une premier EP paru en 2013 (et resté alors assez confidentiel), le duo Geysir revient avec un album enthousiasmant, taillé pour accompagner les veillées hivernales. Son nom, Malsamaj, intriguera un peu : c’est le mot espéranto pour « différence ». Cette singularité revendiquée par Geysir n’est pas usurpée : pour qui a suivi le parcours de ses deux membres, Lionel Laquerrière et Marie-Céline Leguy, elle est même évidente. Anciens membres du groupe de rock indé Nestorisbianca, également amoureux de krautrock et de musique électronique, parfois auteurs de morceaux plus folk, leur musique semble être en quête de ponts et de fusion entre genres musicaux. Malsamaj porte en lui toutes ces influences, et surprend souvent par ses changements de paysage d’un morceau à l’autre, voire même au sein d’un même morceau (Heat Me).

Tout différent et inclassable qu’il soit, indéniablement « signé », l’album reste accessible et chaleureux. Les textures suaves des synthés analogiques, habillées par de calmes lignes de basse et par une mandoline audacieuse, invitent à se caler au fond du canapé et à se laisser porter sur une route qui traverse bien des territoires musicaux. Différent et universel : toute la recette d’un album réussi est là.

Frédéric Santos

Nos Desserts :

  • Nous vous proposions déjà notre sélection de disques à la fin de l’année 2018, 2017 et 2016

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