Politique

Falk Van Gaver : « L’anarchisme, l’écologisme et l’animalisme sont nés ensemble »

Après avoir complètement changé de camp politique, Falk Van Gaver se décrit aujourd’hui comme “anarchiste, écologiste et végétarien”, et l’un des premiers utilisateurs, en France du terme, “écologie intégrale”, repris plusieurs années plus tard par le pape François dans son encyclique « Laudato Si' » . Un parcours singulier que l’essayiste raconte dans « Comme une herbe sauvage » (éditions L’escargot).

Le Comptoir : Vous êtes, selon vos dires, anarchiste et écologiste. Comment définissez-vous ces termes ?

Falk Van Gaver

Falk Van Gaver : L’anarchiste est, au sens strict, celui qui refuse le pouvoir, l’autorité, la domination, dans les relations entre les hommes (et les femmes…), qu’elles soient politiques, économiques, sociales, domestiques… Anarchiste est un terme privatif et négatif, son pendant positif est libertaire, qui a été forgé au XIXe siècle pour se distinguer de libéral et intégrer la dimension égalitaire : en effet, la liberté des individus nécessite une certaine égalité entre eux. L’anarchiste est donc à la fois libertaire et égalitaire, ce qui le distingue du libéral et du libertarien d’un côté, mais aussi de tout mouvement autoritaire et a fortiori totalitaire, bien sûr nationaliste ou fasciste, mais également socialiste ou communiste : l’anarchisme est  un socialisme – voire un communisme – libertaire.

« L’anarchisme vise idéalement l’abolition de L’État. »

Concrètement, il se traduit par une démocratie directe communale et fédérative, sur le modèle de la Commune de Paris ou de la révolution anarchiste pendant la guerre d’Espagne, avec des mandats impératifs, brefs, responsables, récusables, révocables,  non cumulables et non renouvelables (éventuellement désignés par tirage au sort), et en même temps, à la différence de certaines formes de populisme démocratique, par une primauté de la liberté individuelle – tant qu’elle ne nuit pas à celle des autres et respecte l’égalité minimale. L’anarchie, pour faire bref, c’est l’autogestion, tant politique qu’économique, mais aussi territoriale, éducative, etc., bref, l’auto-organisation sociale sous toutes ses formes. C’est un fédéralisme intégral, autonomiste, coopératif, ascendant et subsidiaire. L’anarchisme vise idéalement l’abolition de l’État, mais sa traduction positive et réaliste, le libertarisme, promeut avant tout l’autonomie individuelle et collective ici et maintenant, la démocratie radicale, c’est-à-dire réelle et maximale. L’anarchiste appuie donc toutes les forces qui vont en ce sens, horizontalistes, égalitaires et libertaires, et combat celles qui vont contre, verticalistes,  hiérarchistes et autoritaires.

L’écologiste est celui qui défend non seulement l’intégrité et la vitalité des écosystèmes mais également l’intégration écologique de l’humanité dans son ensemble. L’écologiste rompt avec l’anthropocentrisme. Loin de placer l’humanité au-dessus de tout le reste, il la replace dans son contexte, dans la biosphère, et réintègre chaque société humaine dans son environnement : c’est le biorégionalisme, qui tend à l’adéquation entre la région écologique et l’autonomie économique et politique. L’écologisme est écocentrique et biocentrique : ce qui compte, c’est l’environnement vivant, c’est-à-dire le vivant dans son environnement, et tout ce qui favorise cette vitalité. L’anarchisme poussé au bout tend à l’écologisme, en défendant une solidarité avec tous les humains, mais également avec les autres vivants. Il y a un lien historique, dès le XIXe siècle, entre l’émergence des courants anarchistes, écologistes, ou plutôt “naturiens” ou “naturistes” comme on disait alors, et aussi végétariens et autres “légumistes”…

Justement, vous êtes végétarien. Est-ce pour vous indispensable lorsque l’on est écologiste ?

Éditions L’Escargot, 2022, 234 p.

Je ne vois pas comment on peut être sérieusement écologiste aujourd’hui sans prôner non seulement l’abolition totale de l’élevage industriel et de la pêche industrielle, mais aussi de la chasse, de la pêche et de l’élevage en général, ou du moins des restrictions telles qu’elles confinent à leur quasi disparition ou leur maintien sur un mode exceptionnel et rare (pour certains peuples dits autochtones, certaines populations indigènes, nomades…, par exemple). Et on ne peut pas être sérieusement animaliste sans être non seulement végétarien, mais végétalien, végane, abolitionniste : pour l’abolition de l’exploitation, l’esclavage et l’abattage des animaux. C’est une question de principes, d’éthique, de morale, mais aujourd’hui c’est aussi une question d’urgence écologique : je ne vois pas comment on pourra faire la révolution écologique nécessaire sans quasi abolir l’élevage, la pêche et la chasse…

« Comment prendre au sérieux un projet ou un programme d’émancipation qui se  cantonnerait aux humains seulement et serait une forme encore de suprémacisme humain ? »

Il faut inventer d’autres façons de vivre avec les animaux, sauvages bien sûr, mais également domestiques, familiers, penser une véritable zoopolitique qui permette à tous les vivants de vivre ensemble. La consommation de produits animaux, qui implique l’esclavage et l’abattage des animaux, n’est non seulement pas nécessaire, elle est non seulement inutile et immorale, mais elle est néfaste, pour les animaux bien entendu, mais aussi pour l’environnement et pour les humains. Comment prendre au sérieux un projet ou un programme d’émancipation qui se  cantonnerait aux humains seulement et serait une forme encore de suprémacisme humain ? C’est pourtant là ce qui caractérise encore par défaut l’essentiel des forces progressistes, socialistes, et même écologistes : le suprémacisme humain, l’indéboulonnable racisme ou spécisme humain…

Comme je l’ai dit plus haut, l’anarchisme, l’écologisme et l’animalisme sont nés ensemble, et s’impliquent mutuellement, comme le soulignaient déjà Élisée Reclus ou encore Louise Michel : « Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants, cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. Des cruautés que l’on voit dans les campagnes commettre sur les animaux, de l’aspect horrible de leur condition, date avec ma pitié pour eux la compréhension des crimes de la force. C’est ainsi que ceux qui tiennent les peuples agissent envers eux ! »

Vous avez un temps été « anarchiste chrétien ». Quel rôle le christianisme a-t-il joué dans votre conversion politique ?

Je suis venu à l’écologisme et l’anarchisme avant de redevenir chrétien, ou plus précisément avant de devenir publiquement et politiquement chrétien. Avant de venir au christianisme politique par le christianisme social notamment et les traditions chrétiennes minoritaires et radicales, pacifistes, égalitaires, libertaires, anarchistes, végétariennes, socialistes, communistes, naturistes, écologistes, etc.

« L’égalité, la liberté, la charité, la solidarité, la compassion, le soin, la sollicitude, la justice, la paix, la non-violence, la tolérance, la proclamation de la dignité de tout être, vivant ou non… »

Ayant grandi dans un milieu catholique conservateur, traditionaliste et contre-révolutionnaire, mais attiré depuis la fin du lycée par les pensées et courants critiques radicaux, anarchistes, socialistes, populistes, luddites, situationnistes, écologistes,  technocritiques, décroissants, etc.,  j’ai retrouvé au début des années  2000, alors que je passais la vingtaine, et que je participais parfois aux actions violentes des black blocs, la portée contestataire, révolutionnaire, libertaire et égalitaire, mais également écologique, du christianisme, qui prône le  salut et promeut l’amour non seulement pour tous les humains, mais toutes les créatures et toute la création – le souci, la sollicitude, la justice pour tout ce qui existe. Cela est entré fortement en résonance avec mon engagement politique et existentiel (auprès des enfants des rues de Calcutta par exemple) et lui a donné une assise spirituelle et religieuse. J’ai donc vécu, pendant une douzaine voire quinzaine d’années, du début des années 2000 au milieu des années 2010, une synthèse de mon héritage chrétien et de mon évolution révolutionnaire, pour faire bref, qui s’est exprimée à travers l’“écologie chrétienne” et l’“anarchisme chrétien”, et ma conception de  l’“écologie intégrale” dont on sait le succès qu’elle a eu ensuite…  On retrouve aujourd’hui cette évolution et cette synthèse notamment autour de la revue Limite.

Avez-vous gardé certaines choses du christianisme ?

Des valeurs évangéliques, certainement. L’égalité, la liberté, la charité, la solidarité, la compassion, le soin, la sollicitude, la justice, la paix, la non-violence, la tolérance, la proclamation de la dignité de tout être, vivant ou non… Mais ces valeurs ne sont pas spécifiquement chrétiennes ni même religieuses, elles font partie des valeurs laïques universelles ou universalisables, universalistes, humanistes, écologistes, animalistes… Il y a des figures chrétiennes engagées que j’aime et j’admire, évidemment, comme François d’Assise, Albert Schweitzer, Ivan Illich et bien d’autres. Mais je ne suis plus chrétien, je ne me dis plus chrétien, même pas chrétien agnostique ou athée comme j’ai pu le dire parfois après ma perte de foi. De par mon parcours, je peux être vu comme une sorte de compagnon de route du christianisme, d’un certain christianisme en tout cas, social, écologique et libérateur.

Ivan Illich (1926-2002)

Je trouve le bouddhisme très intéressant, surtout dans ses dimensions psychologiques, éthiques et pragmatiques, un bouddhisme épuré, non religieux, non dogmatique et laïque me conviendrait assez bien, j’aime beaucoup les tendances anarchistes, écologistes et animalistes du bouddhisme radical, mais on retrouve dans les diverses écoles bouddhiques des dogmes et des croyances spiritualistes et surnaturelles trop infondées ou irrationnelles pour moi qui suis matérialiste et athée… Mais si je soutiens et valorise toutes les dimensions émancipatrices et authentiquement cosmopolites des grandes et petites traditions spirituelles de l’humanité, j’en ai fini pour ma part avec toute religion, toute croyance surnaturelle en tout cas.

L’anarchisme est une doctrine plutôt progressiste. Vous semblez plutôt conservateur ou antimoderne…

Progressiste ou conservateur, révolutionnaire ou réactionnaire, moderne ou antimoderne… Cela dépend pour quoi ! Le progrès de quoi ? La conservation de quoi ? La révolution vers quoi ? La réaction envers quoi ? L’émancipation, la libération de qui et de quoi ? Quelle modernité ? Et à quel prix ? L’apologie du futur à tout prix a aussi donné le profascisme des futuristes italien, et celle de la révolution le communisme totalitaire  et génocidaire…

« J’en ai fini pour ma part avec toute religion, toute croyance surnaturelle en tout cas. »

Günther Anders (1902 – 1992)

Je repense ici à ce que disait si justement, deux ans avant ma naissance, mon semi-compatriote Günther Anders dans Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? : « C’en est arrivé à un tel point que je voudrais déclarer que je suis un « conservateur » en matière d’ontologie, car ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est. D’abord, nous pouvons regarder s’il est possible de l’améliorer. Il y a la célèbre formule de Marx : “Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières, ce qui importe, c’est de le transformer.” Mais maintenant elle est dépassée. Aujourd’hui, il ne suffit plus de transformer le monde; avant tout, il faut le préserver. Ensuite, nous pourrons le transformer, beaucoup, et même d’une façon révolutionnaire. Mais avant tout, nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche comme conservateur n’accepterait. »

Il faut avant tout défendre et conserver tout ce qu’on voudrait faire progresser, mais pour le conserver, il faut justement être progressiste… Aujourd’hui, je me dirais donc, sans aucun problème, au sens courant, progressiste, socialiste, révolutionnaire (ou réformiste révolutionnaire), sans m’enfermer dans aucune étiquette ni aucun des ces faux débats qui polluent l’atmosphère intellectuelle depuis des générations. C’est l’anarchisme, l’écologisme et l’animalisme qui m’ont amené là, depuis mes positions initiales de jeunesse plutôt “conservatives révolutionnaires” et antimodernes, mais déjà écologistes et anarchistes (serait-ce “de  droite” ?). Je suis donc progressiste critique, mais aussi conservateur critique – au sens où l’entendraient Anders ou Orwell, par exemple. Tout dépend ce que l’on entend conserver et faire progresser : pour moi, c’est avant tout la liberté, l’égalité, la solidarité, la dignité et l’autonomie de tous les humains, mais aussi des autres animaux, de la nature, le foisonnement du vivant, le respect et la paix  dans la coexistence non-violente…, autant que possible  !

« Tout dépend ce que l’on entend conserver et faire progresser. »

Vous avez tenu à revenir sur le parcours d’Immédiatement, revue de “droite littéraire”, à mi-chemin entre le royalisme et l’anarchisme chrétien. En quoi était-ce important ?

Pour comprendre pourquoi Immédiatement a été si importante pour moi, il faut revenir un peu en arrière et voir d’où je viens : d’une famille et d’un milieu social très politisés à l’extrême droite, se répartissant entre une majorité de nationaux-catholiques traditionalistes (ou carrément intégristes en rupture avec l’Église), plutôt conservateurs et contre-révolutionnaires – la « droite réactionnaire”, pour faire bref, et quelques nationalistes-révolutionnaires plutôt irreligieux ou paganisants et européanistes – la “droite révolutionnaire”. Mon père, “anar de droite” et même soixante-huitard d’extrême droite, aux cheveux longs et aux idées courtes, pour caricaturer un peu en paraphrasant Johnny, était un ancien d’Ordre nouveau et militait au Front national. Au collège, j’étais un petit facho, et devenir “royco” en entrant au lycée a été une première étape par l’abandon de toute forme de fascisme et l’adoption d’un royalisme révolutionnaire, libertaire, populaire, proudhonien, fédéraliste, une sorte d’”anarcho-royalisme” inspiré notamment de Bernanos, du Cercle Proudhon, du Lys Rouge du Mouvement socialiste monarchique d’après-guerre et des “maorassiens” de la Nouvelle Action française post-68…

« Le véritable héritage de l’évolution globale et finale d’Immédiatement, populiste, écologiste, décroissante, socialiste, anarchiste et chrétienne. »

La création de la revue “post-royaliste” Immédiatement, antitotalitaire, bernanosienne et orwellienne, dont j’étais le benjamin à dix-sept ans, a été l’étape suivante, par le passage du royalisme au souverainisme de gauche comme de droite, la démarcation encore plus marquée avec l’extrême droite, le nationalisme, le Front national, et l’ouverture vers la pensée radicale : Guy Debord et l’Internationale situationniste, les internationalistes comme Ernesto Che Guevara, Serge Latouche et la décroissance, les “néo-situs” de Tiqqun, Jacques Ellul et la critique de la technique, les luddites et néo-luddites, etc.

Outre George Orwell et Georges Bernanos, la revue se réclamait de figures transversales et inclassables comme Léon Bloy, Charles Péguy, Simone Weil, Jack London, et de l’héritage de la France Libre, de la Résistance et du “gaullisme révolutionnaire”… Si les premiers numéros font en effet la part belle à la “droite littéraire” et ses avatars (les “hussards” et “néo hussards”, Michel Déon, Jean Dutourd, Michel Mohrt, Jean Raspail, Michel Houellebecq, Patrick Besson, Christian Combaz, Christian Laborde, Jérôme Leroy et bien d’autres), de nombreux auteurs de gauche participeront à cette “revue politique et littéraire” (dont Frédéric Fajardie, François Taillandier ou Max Gallo), dont la synthèse finale, quand j’en serai devenu directeur de publication, n’aura plus aucune parenté avec la droite ni a fortiori l’extrême droite. Le dernier numéro d’Immédiatement, intitulé “Populisme ou barbarie”, peut être dit sans ambage “populiste de gauche” et ressemble fort par son angle et son contenu au numéro éponyme (sans le savoir) de la Revue du Comptoir

Existe-t-il aujourd’hui, notamment à droite, des héritiers d’Immédiatement ?

Si Immédiatement a servi de sas vers la gauche radicale et libertaire pour des gens comme moi, elle a aussi permis l’ouverture voire le passage à droite d’un certain nombre de personnes issues de la gauche, comme Élisabeth Lévy. On peut dire que Causeur fait partie des héritiers de droite d’Immédiatement, avec un fort virage à droite cependant, ou même L’Incorrect de Jacques de Guillebon, ancien des dernières années “gauchistes” d’Immédiatement pourtant, qui a rompu avec le “ni droite ni gauche” pour prôner le “à droite toute” et l’“union des droites”, ce qui est évidemment très loin du projet initial d’Immédiatement. Mais le véritable héritage de l’évolution globale et finale d’Immédiatement, populiste, écologiste, décroissante, socialiste, anarchiste et chrétienne, se retrouve aujourd’hui plutôt du côté de la revue Limite, dont la création a été parrainée par des anciens d’Immédiatement, et qui a failli s’appeler… Immédiatement !

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3 réponses »

  1. Marre de ces portraits de fils de bonne famille pédants et désoeuvrés, du gars ci-dessus à Sylvain Tesson, et autres « paumés (de droite) qui ont vu la lumière » – en fait qui ont surtout passé leur vie à faire joujou avec l’argent facile en se prenant pour des aventuriers, alors que les deux tiers du monde rament dur pour gagner la croûte ou crèvent carrément de faim. En vérité, je vous le dis: ils me courent sur le haricot.

    • Pour connaître « le gars ci dessus « depuis quelques dizaines d’années, il n’est pas du tout le «  portrait cible »de tes régressions intellectuelles. Il a rencontré des gens qui « rament dur « pour simplement survivre … des vrais ceux là !

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