Société

Le revenu de base, faux-ami du progrès social

Loués la semaine passée par le Premier ministre Manuel Valls, les revenus de base inconditionnels sont dans l’air du temps. Si leurs définitions sont multiples, tous prétendent cependant assurer la subsistance de chacun d’entre nous, afin de nous libérer de la contrainte de l’emploi et du chômage, et permettre l’épanouissement individuel au sein de la société. Leur principe : verser un revenu à chacun, sans condition et tout au long de la vie. Cette idée, portée en France notamment par l’économiste de gauche Baptiste Mylondo, séduit dans des milieux politiques très divers, des jeunes écologistes à Christine Boutin, en passant par les think-tanks libéraux et leur ami Emmanuel Macron. À l’orée d’une automatisation grandissante, du chômage de masse et de la perte de sens au travail, le revenu de base est-il vraiment la solution ?

Le revenu de base est souvent présenté en miroir du salaire à vie et assimilé à tort avec lui. Leur opposition anime régulièrement les débats des milieux alternatifs, et a même été mise en scène sur le service public télévisuel. Pourtant, si les partisans du salaire à vie ont contre eux de devoir expliquer un système singulier face aux logiques économiques qui nous paraissent naturelles, ceux du revenu de base ont pour eux l’extraordinaire simplicité de leur idée : un revenu pour tous, sans condition (donc non soumis à l’impératif de travailler), pour toute la vie. L’idée est énoncée en peu de mots, immédiatement compréhensible, et animée des meilleurs sentiments de lutte contre l’exclusion : rien d’étonnant à ce qu’elle ait fait son chemin au point de donner naissance à une galaxie d’associations et collectifs, garnis de nombreux militants et sympathisants.

La galaxie des revenus de base

Les plus connus d’entre eux sont le Mouvement français du revenu de base (MFRB) et l’Association pour l’instauration d’un revenu d’existence (Aire), cette dernière étant soutenue par Alain Caillé ainsi que par le think-tank libéral Génération libre. La dénomination de ces deux associationfriots laisse entrevoir une vertigineuse diversité lexicale [i] : revenu de base, revenu inconditionnel, revenu universel, d’autonomie, d’existence… Proposition assurément plus collective que le salaire à vie – explicitement rattaché à la personne de Bernard Friot –, elle est également plus marketée, et plus floue en raison de ses nombreuses variations. Avec une communication rodée, punchy et quasi-publicitaire, elle joue avant tout sur l’affect et le sentiment autour d’idées consensuelles (la « dignité humaine », la « reconnaissance de chacun »). Ses militants font preuve d’un activisme à toute épreuve, qui par certains côtés fait penser à celui des gentils virus d’Étienne Chouard. Et ratissent large, en s’affichant aussi bien à Alterniba ou à Nuit Debout que dans des contextes plus institutionnels.

Le revenu de base bénéficie également du retentissement de nombre d’initiatives comparables à l’étranger et, depuis peu, d’expérimentations locales en France. Pour autant, la simplicité de l’idée ou la mobilisation de ses militants ne sauraient expliquer à elles seules l’ampleur de son succès : il séduit également parce qu’il entre en résonance avec nombre de préoccupations.

Tout d’abord, notre système social apparaît aux partisans du revenu de base comme défaillant, stigmatisant, laissant du monde sur le bord de la route, et ne palliant pas un chômage parti pour rester élevé. Les stages et les CDD à répétition semblent acter la fin du CDI et des carrières longues, tandis que la prise de pouvoir de l’automatisation et des technologies numériques dressent un futur de travail instable, de courte durée ou à temps partiel, auquel nous devons cependant nous soumettre pour vivre. En réponse, le revenu de base promet de nous affranchir du marché de l’emploi en permettant, d’un côté, d’avoir le choix de ne pas s’y soumettre et, d’un autre côté, d’avoir d’autres activités personnelles ou associatives. Proposition séduisante sur le papier, œcuménique et semblant répondre aux problématiques socio-économiques actuelles : la fiancée n’est-elle pas trop belle pour être honnête ?

Soyons dépendants

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La pyramide de Maslow.

Selon ses promoteurs, le revenu de base doit être suffisant, c’est-à-dire assurer l’accès aux besoins essentiels : eau, énergie, logement, alimentation, transport, indépendamment d’un emploi. Si permettre de détacher ces besoins d’un emploi est une idée séduisante, le revenu de base considère toujours l’humain comme l’être de besoin de la pyramide de Maslow et non comme un individu à émanciper du marché du travail et des rapports de subordination. Bien qu’il s’en défende, il s’inscrit dans la continuité des politiques sociales menées depuis plusieurs décennies : une redistribution qui ne cherche plus à améliorer le sort du plus grand nombre mais accompagne les situations de misère et de précarité engendrées par la prégnance des politiques néolibérales.

Plutôt que renforcer le régime général de la Sécurité sociale, ces politiques ont créé de nouveaux régimes particuliers et culpabilisants comme le RSA et la CMU. Ils ont aussi remis au goût du jour la distinction assistance / assurance que la Sécurité sociale cherchait à dépasser, concrétisée notamment par l’obligation d’assurances santé obligatoires remplaçant la couverture auquel devrait pourvoir le régime général. C’est là que le revenu de base tombe à pic. Kit de survie supposé remédier aux défaillances de la protection sociale, il permet à qui s’en empare de se présenter comme sauveur de la complexité et porteur d’émancipation. C’est pour cela que Manuel Valls peut si facilement se l’approprier, alors qu’il est dans la lignée des politiciens qui contribuent à dégrader la protection sociale… tout en prétendant la sauver.

« Le revenu de base traite chaque individu de manière indifférenciée, pour ne pas dire impersonnelle, et laisse les individus seuls. »

Mais, en réalité, le revenu de base remet en cause plus profondément notre système de protection sociale. D’abord, au niveau de son financement : le principe originel de la Sécurité sociale repose sur la cotisation – soit un prélèvement direct sur la valeur produite par le travail – et une gestion directe par des représentants élus des travailleurs, bien que ce principe ait été depuis longtemps remis en cause et les élections associées suspendues. L’État n’intervient en principe que comme garant financier. Le revenu de base, lui, propose, selon ses versions, un inventaire à la Prévert d’impôts et de taxes possibles. On mesure toute la différence entre les deux : la cotisation intervient avant répartition de la valeur ajoutée, l’impôt, après, non compte-tenu de la fraude ou de l’optimisation fiscale. Autant le produit de la cotisation est affectée à la protection sociale, autant le produit d’un impôt ou d’une taxe n’a pas d’affectation a priori. Enfin, il confirme la suite de la remise complète des clés à l’État, mettant la protectionbec sociale à la merci de revirements politiques et rendant plus difficile le retour à un contrôle démocratique. Plus grave, selon ses variantes, il pourrait entraîner la suppression pure et simple d’allocations et de pans entiers de la protection sociale.

Finalement, le revenu de base est le constat d’un échec : celui des politiques publiques de traitement du chômage ou de réinsertion, dont le “contrat de génération” était le dernier avatar. Et officialise le renoncement des politiciens actuels à influer sur l’économie. Le revenu de base, s’il doit permettre d’avoir le nécessaire (et on aura beau jeu, dans ce contexte, de plaider la nécessité de la décroissance), oblige malgré tout à aller sur un marché du travail inchangé pour chercher un deuxième chèque. S’il est présumé donner du poids au salarié pour choisir un employeur, il laisse concrètement le salarié seul face à l’employeur, ce qui dans un contexte de flexibilisation du droit du travail par la loi El Khomri, le rend plus démuni. En outre, il est peu probable qu’un employeur paiera un titulaire du revenu de base au même niveau qu’il l’aurait payé sans, car avec ou sans revenu de base, l’objectif d’une entreprise privée dans une économie capitaliste est et reste de faire du profit.

Le revenu de base, loin de libérer le salarié ou de lui permettre de ne plus travailler, le rend au contraire plus dépendant. Plus dépendant de l’État qui le finance. Plus dépendant de son employeur, puisque la nécessité de travailler reste prégnante, et que le lien de subordination employeur / employé n’est pas remis en cause. En outre, autant la Sécurité sociale prenait en compte la situation particulière de l’individu – ce qui, il est vrai, rend les démarches plus compliquées et plus coûteuses en temps – autant le revenu de base traite chaque individu de manière indifférenciée, pour ne pas dire impersonnelle, et laisse les individus seuls et isolés. S’inspirant d’une égalité des chances libérale, le revenu de base n’est donc pas un nouvel outil de progrès social.

Jean-Jacques et la vertu

Une critique récurrente du revenu de base porte sur son inconditionnalité, à savoir le fait que chacun puisse le recevoir sans être obligé de fournir quoi que ce soit en retour. Ses partisans reconnaissent qu’il s’agit là de « parier » sur l’honnêteté de chacun : « L’insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit. » [ii]

Pour l’heure, les quelques expérimentations conduites dans différents pays n’ont effectivement pas montré d’abandon massif du travail. Mais, menées à des échelles relativement modestes et sur des temps relativement courts, elles n’offrent pas le recul suffisant pour garantir partout la réussite d’un tel “pari”. Et surtout, le problème est ailleurs : le corps social étant profondément accoutumé à l’idée que tout droit doit nécessairement s’assortir de devoirs, comment le faire consentir à une proposition bousculant aussi violemment cette idée, et offrant de manière aussi manifeste la possibilité de payer éternellement pour des “passagers clandestins” ?

Le philosophe André Gorz, venu tardivement dans sa vie à l’idée d’un revenu universel, proposait donc de l’assortir d’un service de « vingt mille heures de travail socialement utile ». À l’inverse, Baptiste Mylondo réfute catégoriquement de renoncer à l’inconditionnalité, même par des travaux d’intérêt général. Et le MFRB fait carrément du revenu de base « un dû de la collectivité à chacun de ses membres ». La société nous doit donc nos moyens d’existence, y compris si nous ne lui rendons rien. Sauf à considérer notre simple existence comme une contrepartie valable, cela revient à nier la réciprocité comme fondement du rapport social.

« Vous êtes sûrs que c’est une bonne idée ? »

Le camarade Jean-Jacques Rousseau (qui s’y connaissait quand même un peu en rapport social) donnait au contraire la reconnaissance de ce que l’on doit à autrui comme première vertu de l’homme social : « Je crois qu’en devenant homme civil, j’ai contracté une dette immense envers le genre humain ; que ma vie et toutes les commodités que je tiens de lui doivent être consacrées à son service […]. Tant qu’il y a des hommes, je suis obligé de rendre à l’humanité les bienfaits que j’ai reçus d’elle. » En clair, la société ne nous doit rien a priori : ce que l’on reçoit d’elle, on le reçoit parce qu’on accepte d’entrer dans un processus de réciprocité, qui fait précisément de nous des « hommes civils » pris dans la dialectique des droits et des devoirs qui est la base de la socialité.

Baptiste Mylondo objecte qu’il s’agit d’une vision étriquée de la réciprocité : même “improductif” au sens classique, tout homme participerait par sa seule vie à « la création de lien social », ne serait-ce qu’en « jouant à la belote » avec son aimable voisin octogénaire, et mériterait pour cela une reconnaissance de son apport à la vie collective.

Nul ne niera que ce joueur de belote mérite une reconnaissance symbolique, pour son caractère jovial ou sa gentillesse, et il l’aura sans nul doute. Le problème est d’en faire une reconnaissance monétaire – et on l’imaginerait d’ailleurs difficilement accepter une rétribution directe de la part de son voisin octogénaire pour avoir joué avec lui ! La sphère de l’utilité sociale et la sphère de la reconnaissance économique ne se superposent pas – ou, pour parler en termes marxiens, la valeur d’usage n’appelle pas automatiquement une valeur d’échange. Outre une curieuse monétisation de tout rapport social, cette confusion pose surtout le problème de savoir d’où proviendra la monnaie qui rétribuera la partie de belote… sinon d’un détournement du fruit du travail productif “classique” – le cultivateur de betteraves devant consentir à se casser le dos pour rémunérer « l’utilité sociale » de la partie de belote de ses voisins, quitte à caricaturer un chouïa.

« Nul ne niera que le joueur de belote mérite une reconnaissance symbolique, pour son caractère jovial ou sa gentillesse, le problème est d’en faire une reconnaissance monétaire. »

Mylondo rétorque là encore qu’il nous appartient de définir ce qui est pour nous une valeur économique ou non : « Qu’est-ce qui nous empêche de définir la belote comme activité amicale à rémunérer pour sa valeur sociale ? » Rien, en effet – sinon la faculté à y faire consentir le corps social, ce qui n’est pas exactement un détail. Mais on ne peut décider et voter pour chaque activité ! Comme le note l’économiste Jean-Marie Harribey, cela pose donc le problème de la validation sociale de notre activité économique : présupposer que chacun d’entre nous sera créateur de valeur économique revient à faire de chacun le propre juge de l’utilité sociale de son activité. Or, par définition, cette validation ne peut être que collective, et cette validation sociale s’appelle… le travail [iii].

Des limites de l’auto-stop

Au-delà de la question de la réciprocité, la promesse d’offrir à chacun la possibilité de choisir entre le fait de se contenter du revenu de base ou de le compléter par un salaire en travaillant, peut également laisser dubitatif : si tout le monde fait le choix de la frugalité et refuse le travail, le pouvoir d’achat distribué par le revenu de base n’aura guère d’utilité au milieu des étals vides… À moins de croire en un équilibre spontané des choix individuels (axiome d’inspiration plutôt libérale) entre emploi et refus de l’emploi, le revenu de base ne permet donc pas à chacun de se libérer du travail productif, mais permet au mieux à certains de prélever une partie du travail des autres. En quelque sorte, le bénéficiaire oisif du revenu de base serait l’auto-stoppeur de la société : la généralisation de son propre choix détruirait la possibilité même de son existence.

mylondoAvec honnêteté, Baptiste Mylondo le reconnaît : « Le risque, c’est que certains décident d’arrêter de travailler, ou de réduire fortement leur temps de travail. » Mais comment concilier cette réserve avec la prétention du revenu de base à nous libérer de la contrainte du travail ? Nous savons pourtant depuis le bon vieux tonton Marx que, le travail étant la seule source de richesses, on ne peut distribuer de revenus avant d’avoir produit ce qu’ils servent à acquérir.

Tout aussi incertaine est la promesse de faire du revenu de base un revenu universel. Une des questions non tranchées au sein des partisans du revenu de base concerne l’attribution de ce revenu aux immigrés. Deux possibilités : l’une, restrictive, serait d’en limiter l’attribution aux seuls citoyens français, à l’instar du RSA actuel. C’est semble-t-il la position de l’Aire, qui propose sur son site que « tout citoyen [n’ait] droit qu’au revenu de son pays d’origine ». L’autre possibilité, plus extensive, serait d’attribuer le revenu de base à tout résident sur le sol français, quelle que soit sa nationalité.

« En quelque sorte, le bénéficiaire oisif du revenu de base serait l’auto-stoppeur de la société : la généralisation de son propre choix détruirait la possibilité même de son existence. »

Aucune de ces deux solutions n’est dénuée de difficultés. Réserver le revenu de base aux seuls citoyens français générerait des situations aussi absurdes que révoltantes : un immigré qui serait employé à temps partiel pour de rudes travaux agricoles gagnerait ainsi moins d’argent qu’un oisif français vivant sur son revenu de base, et ce du seul fait qu’il est immigré. Forme étrange de réintroduction d’inégalités sociales uniquement liées au sang et à l’origine géographique, cette solution est aussi un véritable encouragement à l’esclavage moderne : les tâches les plus rudes et avilissantes, que le revenu de base incitera les Français à délaisser, seraient alors mécaniquement dévolues à la main-d’œuvre immigrée… qui n’aurait quant à elle pas le doux loisir de se prononcer sur son rapport à la contrainte du travail salarié.

La seule solution moralement acceptable serait donc évidemment l’attribution du revenu de base à tout résident français. Cependant, sa compatibilité avec plusieurs principes louables (frontières ouvertes, régularisation automatique des sans-papiers, etc.) ne va pas forcément de soi, et le MFRB se montre fort peu disert sur ces difficultés. L’universalité du revenu de base, en cela même qu’il est dissocié du travail, n’a donc rien d’une évidence.

L’inconditionnalité… et ses contreparties cachées ?

Finalement, le revenu de base se définit surtout négativement, comme un renoncement à la mise au pli du Capital, et un accompagnement de ses mutations récentes. Face à “l’uberisation”, la disparition programmée des CDI, la multiplication des contrats précaires très courts et des temps partiels, il semble être un outil idéal pour simplifier la protection sociale. Dans un contexte où chacun deviendrait un genre d’“intermittent de l’économie”, ou mieux, d’auto-entrepreneur, le revenu de base offre la possibilité de faire consentir plus facilement les citoyens à la flexibilité, totem patronal numéro un aujourd’hui. Ne rien changer aux rapports de domination économiques, mais garantir la survie élémentaire des prolos afin d’en assurer la docilité malléabilité, désactivant par le versement d’une aumône tout esprit de révolte.

On a coutume d’entendre que « si Google est gratuit, c’est parce que c’est vous le produit ». Au doux pays du capitalisme, rien n’est jamais totalement gratuit, rien ne vient jamais sans contrepartie. Les libéraux intelligents et les patrons qui défendent le revenu de base le savent mieux que quiconque : la philanthropie, c’est pas leur truc. Mais alors, que veulent-ils acheter avec cette allocation ? Il suffit de voir leur propre business model (le PDG de Chauffeur privé est un soutien inconditionnel du RdB) pour le deviner : ce que le revenu de base compte acheter, ce sera l’individualisation totale du rapport au travail, le désamorçage des luttes collectives (salaire, durée du travail, droit du travail), le consentement au travail le dimanche et aux contrats moisis, et la possibilité de licencier plus aisément. Ce que le revenu de base compte acheter, c’est le passage du salariat “à la papa” à une économie sauvage des biens et des services, le passage du droit du travail au droit du commerce. Faire en sorte que les désirs du salarié épousent enfin ceux du patron : le travail étant facultatif et ne servant qu’à améliorer l’ordinaire lorsqu’on le souhaite, à bas le CDI, et contrats pourris pour tous [iv] ! Protéger un peu pour exploiter beaucoup plus : avec ce bélier de la “flexisécurité”, encore une fois, ce sera vous le produit.

Boris Lasne et Frédéric Santos

Nos Desserts :

Notes :

[i] Ce foisonnement de termes et de définitions ne facilite pas la discussion sur le revenu de base. Face aux critiques, ses partisans ont beau jeu d’objecter que leur version est exempte des défauts que possèdent les versions “concurrentes”. La réponse d’un partisan du revenu de base aux critiques de Franck Lepage illustre assez bien cette stratégie.
[ii] Ces mots sont de l’économiste libéral Jacques Marseille. La rhétorique de la “confiance” est utilisée par les mêmes dans le discours patronal pour l’accord non contraignant embauches contre baisse de charges… avec le résultat que l’on sait. À l’inverse, on peut aussi considérer avec Frédéric Lordon que « les individus se comportent toujours de la façon dont les contraintes dans lesquelles ils sont plongés les poussent à se comporter », et que ce qui importe en politique, c’est surtout de bâtir un cadre dont l’efficacité ne dépende pas de la supposée vertu individuelle.
[iii] Cela ne signifie évidemment pas que tout travail est intrinsèquement souhaitable et utile : on sait suffisamment la capacité du capitalisme à créer tout un imaginaire de faux besoins, et les “boulots à la con” qui leur sont accolés. Mais le fait que la propagande publicitaire soit parvenue à les faire valider socialement ne signifie pas pour autant que l’on peut par conséquent abandonner toute idée de validation collective.
[iv] C’est exactement ce que disait un article de Madmoizelle.com daté du 10 mars 2016 : « Libérons-nous du sacro-saint CDI, passons au revenu de base ! » On ne peut l’exprimer plus clairement : pour être libre, à bas le CDI ! Le Medef n’aura jamais été défendu de façon aussi branchouille, et le projet du revenu de base comme casse sociale et extension indéfinie de la précarité n’aura jamais été exprimé aussi clairement, même par ses partisans les plus farouchement libéraux.

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21 réponses »

  1. Une remarque :

    S’il sera bien nécessaire de « toujours » devoir travailler, le revenu universel peut il me semble permettre de tenir compte et donc de négocier la pénibilité et l’attrait du travail aussi…. et ainsi il redonne du poids à l’employé face à l’employeur.

    Si le travail me plait et m’enrichit autrement que financièrement, je peut accepter un salaire moindre, voir nul (créatif, entreprenariat, engagement humanitaire, associatif…) et au contraire si le travail est pénible, fatiguant, risqué… le salaire versé peut être majoré pour tenir compte de l’offre et de la de demande.

    Compte tenu du caractère universel et individuel du revenu de base, il est clair que chaque cas sera individuel s’il n’est pas encadré et/ou soutenu par des dispositions légales et/ou syndicales mises à jour pour tenir compte de ce nouvel état de faits.

    • Bonjour et merci pour votre commentaire,
      Petit teasing : nous publierons mercredi l’interview d’un économiste à qui nous avons posé cette question, et il n’est pas du tout convaincu par cet argument… 😉
      (Nous lui avons posé cette question car nous aussi, justement, on trouvait cette perspective intéressante, tout en doutant assez fortement que les choses puissent se passer aussi facilement…)

    • J.J.Rousseau était philosophe, non économiste. Le revenu d’existence égal pour tous de la naissance à la mort doit être admis comme un concept philosophique, et non une mesure sociale.Un revenu d’existence serait perçu non pas pour vivre (montant insuffisant) mais PARCE QUE l’on vit. Dès notre naissance,( qu’on n’a pas revendiquée) la société nous inflige un certain nombre de contraintes tout au long de la vie. Il serait donc juste de recevoir un dédommagement sous la forme d’un revenu.

      • Et rien n’est plus étranger à la pensée de Rousseau que ce que vous venez de dire. 🙂

  2. Il est vrai qu’il y a certains « risques », mais je pense que les auteurs de cet article sont passés à côté de l’intérêt fondamental et de ce que certaines formes pourraient permettre en plaquant leurs propres préjugés, suivant leur lecture idéologique et leur projection de ce que cela engendrerait. Alors certes, la projection, c’est ce que font aussi ceux qui louent certaines formes du revenu de base. Mais si vous avez l’intention de faire un débat ouvert, cela me semblerait hachement plus intéressant que de lire d’énièmes articles à charge qui ne sont que des points de vue parmi d’autres, des points de vue qui se discutent. Comme les propositions ? Peut-être. Toujour est-il que rebondir sur des parties de l’argumentation sur ce qu’un tel a dit, sans prendre en compte ce qu’il pourrait ensuite répliquer à l’antithèse, cela me semble pas très honnête comme procédé. Et le sujet me semble trop important pour être traité de manière si légère intellectuellement. La revue Ballast a fait un dossier assez intéressant avec lettres ouvertes entre Bernard Friot et un de ses contradicteurs, par exemple, que je trouve plus constructif journalistiquement, informativement.

    Et ayant pas mal creusé le sujet, m’étant intéressé aux divers avis autours, pro-anti, certaines réflexions me piquent un peu les yeux. Ou alors des formulations, tournures (et déductions) se discutent, tel que « Proposition assurément plus collective que le salaire à vie ».

    Et puis comme l’article l’évoque, il existe plusieurs variantes. Et paradoxalement, si c’est évoqué, la réponse qui est faite ne peut être collective et ce genre d’article, de mon point de vue, tourne plus au procès d’intention dont le mérite n’est que de pointer du doigt d’éventuels écueils et le risque suivant ce qui serait appliqué, sans s’intéresser toutefois à un véritable champ des possibles.

    Par ailleurs, si on pourrait considérer que les idées doivent être éprouvées, il est souvent question d’expérimentation autour du revenu de base. Sauf que dans l’histoire des hommes, certaines formes d’une autre répartition des richesses avaient été mises en place et ont fonctionné pendant un certain temps (voir le film Vivre l’utopie). Si cela ne l’a pas été plus, à comprendre l’histoire des hommes, le contexte d’une époque. Et je pense que le principal problème de nos jours n’est pas tant de savoir si ça fonctionnera, mais plutôt, une fois bien posé le cadre (comment ça fonctionnera, ou plutôt pourrait fonctionner), de faire que ça advienne. On pourrait parler, comme du fait que certaines alternatives mises en place ont été balayées par un rouleau compresseur guerrier au XX ème, d’une réflexion d’un contexte international, mais c’est ce qu’ils font. Alors bon, pour moi, la question n’est pas tant est-ce que c’est faisable inconditionnellement, mais plus, pour certaines variantes assez radicales, comment arriver à révolutionner le cadre pour que cela advienne ? Au sens est-ce que les gens habitués à une doxa vont savoir sortir de leurs préjugés, de l’aliénation au travail dans un cadre capitaliste (ce que je pense possible avec les débats, échanges, discussions autour), au sens des forces en présence formatées et au pouvoir d’autoreproduction sur un plan massif (ce qui me semble faisable mais plus délicat).

    Bonne continuation.

  3. Pas franchement convaincu par l’argumentaire qui comporte encore pas mal d’impensé et tire des liens de manière parfois hâtive selon moi. Quelques points qui me viennent à la première lecture que je me permets de souligner:
    * « rendant plus difficile le retour à un contrôle démocratique.  » -> l’une des premières conditions d’un débat démocratique, c’est l’intelligibilité des mécanismes redistributifs. Le millefeuille actuel d’aides conditionnelles n’offre aucunement un terrain de discussion ouvert, accessible et « démocratique » à l’heure actuelle, et de ce point de vue, la simplicité d’un « revenu de base » constituerait à mon sens un grand pas en avant vers la lisibilité du système redistributif, et donc vers son ouverture au débat démocratique. La « crise de l’Etat providence » tient en partie à cette interface redistributive complexe, labyrinthique sinon opaque que l’Etat propose, et qui brouille les rapports sociaux.
    * Vous avez probablement raison de critiquer l’argumentaire utilitariste de Mylondo , mais pourquoi ne pas explorer dans ce cas les réflexions de Gorz (qui est peut-être arrivé « tard » sur ces questions, mais qui les a creusées plus loin que d’autres…Vous en trouverez une synthèse très accessible dans « Capitalisme, socialisme, Ecologie » par exemple), ou le point de vue d’Alain Caillé? .
    * « la Sécurité sociale prenait en compte la situation particulière de l’individu – ce qui, il est vrai, rend les démarches plus compliquées et plus coûteuses en temps – autant le revenu de base traite chaque individu de manière indifférenciée, pour ne pas dire impersonnelle, et laisse les individus seuls et isolés. » -> huh?sophisme? En quoi traiter la situation particulière d’un individu (et non l’individu lui-même) – de manière purement administrative soi dit en passant- est-il un progrès social? Vous mentionnez plus haut les « régimes particuliers et culpabilisants du RSA et de la CMU »: Le traitement indifférencié du revenu de base ne permet-il pas d’éviter cet effet stigmatisant? Quant à « laisser les individus seuls et isolés », je ne suis pas partisan de confier la gestion du lien social organique à une megamachine institutionnelle telle que celle qu’est l’Etat de nos jours.
    * « Plus dépendant de son employeur, puisque la nécessité de travailler reste prégnante, et que le lien de subordination employeur / employé n’est pas remis en cause. » -> certes, ce lien n’est pas remis en cause, mais en quoi un RdB rend-il « plus » dépendant? Au pire, il n’améliore pas la situation, c’est tout. Il ne faudrait pas rejeter l’idée sous prétexte qu’elle n’offre pas une solution globale à l’ensemble des problèmes sociaux-écologiques etc. En revanche, il serait constructif de la comparer avec les autres idées qui émergent dans l’espace public et qui entendent adresser les mêmes problématiques: que proposeriez-vous d’autre? Le statut Quo vous parait-il être une bonne alternative?
    * quant à la flexibilité, ce n’est pas parce que c’est une idée de droite qu’elle ne mérite pas un examen attentif de la question. Car celle-ci doit en effet se poser si l’on s’intéresse à la transition écologique, à la décroissance, etc. Le maintien de l’emploi pour l’emploi est un objectif aussi absurde que la croissance pour la croissance. Il serait certainement souhaitable que la structure de l’économie évolue, et la question de la « flexibilité » doit être posée. Si on ne veut pas que les néolibéraux monopolisent le sujet, il serait bon de s’y atteler aussi.

    Bref, je m’arrête là pour le moment. Vous pouvez trouver dans le travail de thèse de Marc DeBasquiat des éléments de réflexion intéressants concernant le revenu de base. Vous pouvez en trouver d’autres, moins spécifiques, dans une thèse (sur la modélisation prospective autour de la décroissance) parue récemment à l’école des mines…

    Cordialement

    • Merci pour votre commentaire, c’est très intéressant. Quelques réponses (qui n’engagent que moi) :

      -* Je souscris à votre premier point. Le millefeuille que vous évoquez, on le sait, est une conséquence de la multiplication des « soins palliatifs » face aux dommages d’un système qu’on ne veut pas réformer globalement. A force de pétasser à droite à gauche et d’amender à la marge de tous les côtés, c’est effectivement totalement illisible. Mais même si le revenu de base peut offrir une lisibilité bienvenue, je ne m’attends pas à le voir changer les rapports de force ou à rendre le capitalisme moins nocif. Avec le revenu de base, le soin palliatif devient effectivement plus simple… mais reste du soin palliatif, avec des effets secondaires potentiellement redoutables qui plus est.

      -* « Le traitement indifférencié du revenu de base ne permet-il pas d’éviter cet effet stigmatisant ? » : si, absolument ! C’est une vertu qu’il faut lui reconnaître. Mais justement à cause de cela, il n’est pas, toujours pas, un outil de justice sociale (une interview que nous publierons demain en parlera). Le principe du revenu de base, c’est de verser une allocation qui ne correspond pas nécessairement aux besoins de l’individu qui la reçoit : ce sera toujours trop, ou trop peu. En somme, la société se désintéresse de la situation particulière de chaque individu et se désintéresse de son sort une fois son allocation versée. La même perfusion générique pour tous : ce n’est pas ça, la justice sociale (en tout cas, pas pour moi !). « A chacun selon ses besoins », c’est peut-être un principe suranné et ringard, mais jusqu’ici ça a toujours été le principe social de base (plus ou moins bien réalisé, j’en conviens).

      -* « que proposeriez-vous d’autre ? Le statut Quo vous parait-il être une bonne alternative ? » : ce n’est pas comme si le RdB était seul sur le marché des alternatives (le RdB sinon rien, c’est un peu court!), et on ne prétend pas réinventer la roue de notre côté… 😉 Ne serait-ce que du côté de Nuit Debout, on entend tout un tas de slogans (là encore ringards et surannées, bon) : « réduction et partage du temps du travail », « démocratie en entreprise » (« tout le pouvoir aux salariés dans les entreprises », disait même Lordon de façon un peu vague), « salaire à vie », « fin de la propriété lucrative des moyens de production », etc. Les pistes à creuser et à débattre ne manquent pas, et parmi ces solutions-là, aucune ne séduira jamais le think-tank Génération Libre. Mon petit doigt me dit que ce n’est pas un trop mauvais indicateur pour savoir où regarder, mais là c’est parce que je suis taquin.

      Cordialement

  4. Je rajouterai que la question du périmètre (territoire ou nationalité) est en revanche une vraie question que vous avez tout à fait raison de souligner…

  5. Pour écrire un article pareil, il faut ne pas avoir de problèmes de fin de mois. Demandez aux 12 millions de pauvres s’ils sont pour le revenu inconditionnel, demandez aux chômeurs qui se tapent humiliation sur humiliation pour toucher leur RSA s’ils sont pour le revenu inconditionnel. ça va bien là, les coupeurs de cheveux en quatre !

  6. Une des bases de la lutte sociale depuis plus d’un siècle et demi est « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ». Les tenants du revenu de base font disparaître purement et simplement la première partie, et sont curieusement muets sur la seconde.
    Il y a de quoi être méfiant…

  7. Trois précaires chez moi qui naviguent entre missions de courte durée et rsa. Le revenu inconditionnel d’existence, ils sont pour, car pour l’instant, impossible de louer un logement ou de se projeter dans le futur. Donc, vous êtes précaire, ça ne fait pas de votre avis l’opinion générale de tous les précaires.

    • Et… vous avez récolté l’avis des « 12 millions de pauvres », de votre côté ? En quoi seriez-vous un meilleur dépositaire de l’opinion générale des précaires que Kévin ? (Vraie question amicale : c’est vous qui le suggérez.)

      D’autre part, vous utilisez un procédé argumentatif fort répandu chez les partisans du revenu de base : poser une alternative « le revenu de base ou le chaos », à l’exclusion de toute autre possibilité. Soit on soutient le revenu de base, soit on se moque de la pauvreté, voire on s’en réjouit. C’est un truc que j’entends partout, et je trouve ça un peu osé. N’existe-t-il plus rien d’autre que le revenu de base dans l’horizon politique ?

  8. ouh là, je ne savais pas que j’avais dit tout ça ! En tout cas, l’avis de Kevin ne vaut pas plus que le mien, même s’il vous plaît davantage. Je ne veux pas entrer dans votre débat d’intello, je suis juste concrète et ne parle que de mon expérience personnel : si mes fils pouvaient le toucher, ce revenu inconditionnel, ça nous sortirait de la merde et de l’angoisse des fins de mois, voilà tout.

    • « En tout cas, l’avis de Kevin ne vaut pas plus que le mien » : Mais je n’ai jamais dit le contraire… Personne ici ne fait de ventriloquie, et personne ne prétend parler au nom des « 12 millions de pauvres », ni même au nom de qui que ce soit… Rassuré de voir que c’est aussi votre cas.

      Soyons tout autant concrets : actuellement, à part Mylondo et les jeunes écologistes, personne en France ne plaide ouvertement pour un revenu inconditionnel qui dépasse significativement le RSA. Chez Boutin, il serait même inférieur (200 à 400 euros, dit-elle) : certainement pas de quoi sortir de l’angoisse, donc.
      En prenant la version Mylondo (800 euros par mois environ), et en supposant que ce soit possible (ça fait beaucoup de si…), bien sûr que cela pourrait localement améliorer la situation de milliers de personnes. Ce serait idiot de dire le contraire : si des braves types comme Mylondo (au contraire du PDG de Chauffeur privé) avancent cette idée, c’est bien parce qu’ils ont conscience de ça, et c’est évidemment respectable. Mais au-delà de l’amélioration locale de certains cas, il faut aussi se demander quel modèle de société cela induit, quels dangers cela présente, et au prix de quoi on va prétendre améliorer le quotidien d’une fraction de Français. Améliorer la vie de certains pour nous plonger tous… dans quoi ? Ce n’est pas une discussion d’intello : ça nous concerne tous, et ça vous concerne aussi.
      Typiquement, avec la salaire à vie proposé par Friot, la société se dote d’un écart de salaire maximum, les gens se réapproprient leurs outils de production, maîtrisent leur travail et leur temps, et le chômage disparaît. Avec le revenu de base, on verse une aumône à tous, sans se préoccuper de leur sort et sans se préoccuper de ce qu’ils font. Vraie question : que peut-on souhaiter à tous les jeunes et moins jeunes sans revenu aujourd’hui : une aumône, ou un vrai boulot stable au sein d’une entreprise dans laquelle ils sont un vrai pouvoir, une vraie utilité, un épanouissement et une maîtrise de leur temps ? Évidemment, tout ça n’apparaît pas magiquement. Mais la question est là, et c’est extrêmement concret. Vraiment.

  9. Pour découvrir davantage la proposition alternative du salaire à vie, je vous propose de découvrir, ou de redécouvrir pour certaines et certains, ces deux vidéos centrées sur l’économiste, sociologue et théoricien du salaire à vie, Bernard Friot 😉 .

  10. L’article est très intéressant car il pose je crois la vraie question centrale du RdB : la répartition de la VA. C’est bien le nerf de la guerre si je peux me permettre. Il s’agit en réalité de finir de déconstruire le régime des cotisations, subordonné par un régime d’imposition globalisé et centralisé par l’Etat. Il me semble assez évident, comme le dit l’article, que cela entraîne une individualisation et une dépendance accrue des bénéficiaires vis-à-vis de l’Etat (qui récolte l’impôt et détermine le niveau de redistribution) mais aussi vis-a-vis des employeurs (qui dispose alors d’une main d’oeuvre plus corvéable).

    Mais pour bien comprendre la logique des choses il faut en étudier la dynamique et le contexte et non pas se contenter d’en analyser l’objet. Or dans quelles conditions se développe cette idée de RdB ? Dans un contexte d’affaiblissement du pouvoir des Etats (notamment en Europe) et de libéralisation des flux (limitant l’efficacité de l’impôt). Il apparaît dès lors compliqué d’assurer son financement si ce n’est par les recette de la TVA, c’est à dire par notre propre financement. C’est une manière, il me semble, de généraliser la dite « ubérisation » de la société, à savoir du travail à la tâche sans aucune protection sociale qui de plus fait du « dumping social » à l’encontre des salariés protégés (conditions de travail du 18ème siècle).

    Plutôt que d’évoquer des philosophes, il serait plus pragmatique me semble-t-il de se référer à l’histoire des luttes sociales. N’oublions pas que celles-ci ont toutes eu pour finalité l’appropriation de la richesse produite considérée comme abusivement capturée par les possédants, les patrons, les capitalistes. C’est donc le fruit d’une longue lutte qui a permis de socialiser une bonne partie de la création de richesse via les cotisations sociales et patronales. C’est à ce jour le seul moyen efficace qu’on a trouvé pour répondre à l’emprise des capitaux. Mais c’est aussi un moyen de faire du travail un objet d’émancipation. C’est en effet le travailleur et les syndicats qui le représentent qui gèrent alors les taux de cotisation et le niveau de redistribution des caisses (même si dans un tel système les droits sociaux sont rattachés au travail ce qui pose aussi des problèmes je le concède). Puis les syndicats patronaux ont obtenu la co-gestion des caisses, l’Etat s’est immiscé dans leur gestion, a défini les taux, s’est porté garant des défauts de paiement (légitimant la non hausse des cotisations sociales et donc des salaires) pour enfin pourrir le système de l’intérieur en y insérant des impôts (CSG,…). Aujourd’hui je perçois le RdB comme la continuation de cette logique contre-révolutionnaire.

    Une logique qui nous conduira vers un système de protection sociale par capitalisation avec un RdB tout juste suffisant à nous nourrir et nous loger (logements qui subiront une inflation des prix car qui dit système de capitalisation généralisé dit financiarisation de l’économie et donc spéculation) et qui nous obligera à travailler, à la merci de l’employeur, pour tout juste pouvoir financer nos assurances chômages, retraites, maladie dont les coûts auront largement augmentés (voir système santé américain).

    Même si j’extrapole sans forcément appuyer mes propos de démonstrations, le RdB m’apparaît comme tel. Et le fait que des think tank libéraux fassent pression pour l’émergence de celui-ci est à mon sens significatif.

    Le salaire à vie de Bernard Friot est quant à lui l’exact opposé du RdB, proposant une socialisation complète du travail nous libérant de l’emprise du possédant. De plus il orchestre une répartition du travail bien plus raisonnable que le chaos proposé ici sous prétexte de « libérer le citoyen du travail ».

  11. Personnellement le RdB je suis tout à fait pour, ce n’est peut-être pas la panacée, mais c’est mieux que rien du tout! On ne touche pas aux aides sociales actuelles sauf le RSA et les ASS!! On refile un RDB de 500 € à tous les Français inscrits sur les listes électorales, de fait on autorise les étrangers résident en France depuis X années à voter en France, ce qui semble normal s’ils sont soumis aux lois et conditions de vie de ce pays, on oblige par la même occasion les gens à s’inscrire sur les listes électorales. On conserve le smic et les grilles de salaires dans l’ensemble des professions afin de ne pas permettre aux employeurs de tirer les prix vers le bas. On peut également envisager de diminuer le temps de travail, on peut aussi imaginer qu’avec le RDB, les gens qui le souhaitent pourront travailler à temps partiel voir a mi-temps, et pourront ainsi emmener leurs enfants a l’école et les récupérer le soir… Quant à l’investissement pour financer ce RdB, il y a peu de chances que le petit peuple aille planquer son fric dans les paradis fiscaux, de fait l’argent va circuler et donc une fois la pompe amorcée, je suis convaincu qu’un cercle vertueux va se mettre en marche. Les gens ne sont pas fainéants, ils sont juste ecoeurés d’un système qui les rinces pour des cacahuètes.
    Quant au salaire à vie, c’est un concept intéressant, mais cela reste un projet de société dans lequel il faut prévoir de couper pas mal de têtes avant de le mettre en place. Les 1% ne se laisseront pas piller ainsi, je pense au contraire que le RdB et le chemin a suivre pour permettre au petit peuple de s’émanciper vers une société qui pourra mettre en place un salaire à vie. Pour finir, je comprend le craintes des sceptiques du RdB, mais il faut le voire comme un conquête social qui viendra en complément et non en replacement des acquis sociaux existants.

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