Politique

Christian Laval : « Il faut s’attaquer à l’idée de propriété »

Christian Laval, professeur de sociologie à Paris-X a publié avec Pierre Dardot « L’Ombre d’Octobre : La révolution russe et le spectre des soviets » en octobre 2017. Ce livre est un solde de tout compte intellectuel avec la révolution qui a nourri l’imaginaire des jeunesses militantes. C’est aussi un coup de projecteur mis sur les révolutions espagnole et mexicaine, bien moins connues mais plus en ligne avec le sujet de prédilection des auteurs depuis quelques ouvrages, le principe du commun. C’est pour évoquer ces révolutions et les leçons à en tirer que nous avons posé quelques questions à Christian Laval.
« Actuellement, les pratiques du commun se font contre ce qui s’est appelé communisme au XXe siècle »

Le Comptoir : Pourquoi ce livre  L’Ombre d’Octobre ?

Christian Laval : On a toujours eu pour préoccupation de s’intéresser à ce que Lénine, Trotski et les bolcheviks avaient fait de Marx. Avec ce livre sur la révolution russe, il s’agit pour nous de montrer comment ce qui se passe actuellement dans les pratiques du commun – c’est-à-dire la forme que prend la révolution aujourd’hui – se fait contre ce qui s’est appelé communisme au XXe siècle, c’est-à-dire un communisme de parti et d’État. Nous avons la conviction qu’une autre forme, une autre pensée et d’autres pratiques, sont en train de renouveler aujourd’hui la signification de la révolution.

L’Ombre d’Octobre, c’est le voile qui a recouvert l’ensemble du processus révolutionnaire russe dans la mémoire collective et dans d’autres mouvements révolutionnaires. Aujourd’hui, il n’est plus question de répéter “Octobre”. Toute cette affaire est terminée.

Avec Pierre Dardot, votre co-auteur, vous avez milité à la LCR [Ligue communiste révolutionnaire, NDLR] dans les années 1970. Pourquoi la révolution russe a-t-elle pris la première place dans l’imaginaire de votre génération devant des épisodes comme la révolution française ou la Commune ?

À l’époque, cette révolution que nous appelions significativement la “révolution d’Octobre”, ou plus brièvement “Octobre”, avec un O majuscule, avait pour nous l’immense mérite d’avoir réussie, même si, dans la grille de lecture trotskiste qui était la nôtre, elle avait été finalement trahie. Mais sa régénérescence était possible, les trotskistes attendaient la révolution politique contre la bureaucratie parasitaire et usurpatrice. Cette révolution nous apparaissait bien plus importante que les autres révolutions qui s’étaient soldées par des échecs : celle de 1848, la Commune de Paris ou encore Juin 1936.

Nous pensions qu’il était possible de refaire la révolution sur le modèle bolchevique en France comme dans les autres pays capitalistes développés tout en espérant qu’elle ne “dégénère” pas. Comme vous le voyez, nous participions à ce mythe et l’on peut même dire que nous parlions plus la langue de Lénine que de Marx que nous lisions d’ailleurs surtout à travers les relectures qu’en avait fait Lénine. Je pense particulièrement à L’État et la révolution, qui nous semblait parfaitement fidèle à la pensée de Marx en matière de théorie de l’État. On vivait notre engagement par analogie avec la révolution russe en quelque sorte. Ces phénomènes d’identification sont d’ailleurs classiques. Marx les avait bien analysés quand il disait à propos des révolutionnaires de 1848 que les « générations mortes pèsent comme un cauchemar sur les cerveaux des vivants ».  Ce n’était pas nouveau d’ailleurs, les révolutionnaires français de 1793 ne s’identifiaient-ils pas déjà à des héros antiques ?

Aujourd’hui, il semble que les nouvelles générations se soient libérées de ces imaginaires. Certains y voient un grand vide, une perte irrémédiable. Nous préférons voir cette période comme un temps d’émancipation vis à-vis de certains aprioris historiques. Il faut maintenant nous intéresser aux pratiques et aux processus réels, se demander comment aujourd’hui un certain nombre de gens transforment la société en transformant leurs vies et leurs activités.

« Le phénomène le plus typique de la révolution russe est la capacité des masses à créer des institutions d’auto-organisation de la vie collective, dans les usines, à l’armée ou au village, dans les administrations, les quartiers, les théâtres. »

Pour revenir à la révolution russe, les trotskistes voient souvent dans les grandes purges débutées en 1934 ou l’exil de Trotski en 1929 un point de non-retour pour la révolution. Dans votre livre, vous affirmez que le problème commence dès octobre 1917 et la prise du pouvoir par les bolcheviks. Un moment que vous qualifiez de « liquidation du rêve égalitaire de Février »

Les bottes de Staline, Budapest

Notre thèse est que la Russie connaissait un processus révolutionnaire depuis 1905. On sait que certains historiens remontent même à la fin du XIXe siècle. En février 1917, il y a une insurrection générale de la société russe contre toutes les formes de pouvoir de l’époque pour se donner de nouvelles institutions. Comme l’ont montré aussi bien Marc Ferro que Nicolas Werth, ce sont tous les secteurs de la société, urbains et ruraux, ouvriers et intellectuels, qui remettent en question les structures hiérarchiques et inégalitaires d’une société jusque-là étroitement enserrée dans l’État tsariste, lequel État n’a pas supporté l’ébranlement provoqué par la guerre. Il s’agit de beaucoup plus qu’une simple contestation ou d’une “prise de parole”. Le phénomène le plus typique de la révolution russe est la capacité des masses à créer des institutions d’auto-organisation de la vie collective, dans les usines, à l’armée ou au village, dans les administrations, les quartiers, les théâtres.

Avant octobre 1917, les bolcheviks sont plutôt suivistes. Ils n’ont pas déclenché ce processus d’auto-organisation, pas plus en février 1917 qu’en 1905 d’ailleurs. Mais ils arrivent à prendre dans le processus révolutionnaire une place centrale en mettant en avant, sauf un bref moment en juillet, le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux soviets ». Ils ont en quelque sorte chevauché le processus révolutionnaire, en le stimulant sans doute mais sans le « diriger » selon la formule typique de Lénine. Ce qu’ils ont fait, c’est plutôt préparer la prise du pouvoir par le parti juste avant la réunion du Congrès panrusse des soviets. Une fois au pouvoir, la maxime qui guidera la pratique sera « Tout le pouvoir au parti ». Mais même avant la prise du pouvoir, c’était déjà la ligne et l’objectif de Lénine. Octobre est bien d’une certaine façon un point d’inflexion où l’un des partis impliqués dans le processus révolutionnaire s’arroge le droit de prendre la place des organes démocratiques non seulement dans la décision de la prise du pouvoir mais dans l’organisation des nouveaux pouvoirs, comme dans la nomination des nouveaux gouvernants.

Les circonstances, la guerre notamment, sont souvent évoquées pour justifier la dureté des révolutionnaires russes.

Certes, l’époque était à la violence extrême, notamment dans les relations internationales avec la guerre, marquée par un isolement tragique de la Russie face aux forces de l’Entente et le tout dans un contexte économique désastreux. Mais justement, cette situation appelait plutôt le pluralisme, la coalition, la coopération de toutes les forces socialistes, anarchistes compris, et surtout le renforcement des structures démocratiques de la société. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre de bolcheviks ont longtemps objecté à Lénine, lui qui voulait à tout prix mettre les soviets devant le fait accompli pour imposer la direction d’un parti censé maîtriser le cours des choses. Décider de prendre le pouvoir seul était une décision très lourde de conséquences et beaucoup le savaient.

Pour une formation extrêmement minoritaire comme l’étaient les bolcheviks, le seul moyen qui est resté pour garder le pouvoir fut la terreur appliquée à tous ceux qui ne voulaient pas accepter le monolithisme politique. Pas seulement appliquée aux gardes blancs ou aux bourgeois, mais à tous ceux qui pensaient autrement et qui seront vite interdits de parole avant d’être exilés ou exterminés quelques années plus tard. Les facteurs objectifs n’expliquent donc pas tout. Le contexte a même été le grand alibi. Lénine a fait le choix délibéré de faire reposer l’avenir de la révolution sur le parti et même sur la direction du parti, puisque dès 1902, au moment où il théorise ce que doit être l’organisation révolutionnaire dans son Que faire ?, il soutient que la direction doit être fermement assumée par quelques dizaines de personnes à peine, par une très mince oligarchie dont le modèle se trouve dans le parti social-démocrate allemand. Il ne se doute absolument pas, en dépit des critiques prémonitoires de Trotski ou de Rosa Luxemburg, des dangers de l’hyper centralisation du pouvoir.

« Lénine a pensé le parti à la fois comme un miroir de l’État et comme une réplique de la grande entreprise moderne. »

Vous faites aussi de l’interdiction du droit de tendance dans le parti en 1921 un moment décisif de la révolution.

C’est l’un des moments clés, à la suite des autres déjà évoqués, qui accentue le poids de la petite oligarchie dirigeante, bientôt soumise à l’emprise du groupe stalinien. Une fois que la Constituante a été dispersée en janvier 1918, que la plupart des journaux d’opposition ont été interdits, que les anarchistes, et les autres, dont les socialistes révolutionnaires ont été pourchassés et exclus de la vie politique, il ne restait que le parti comme lieu de débat.

Au moment de l’insurrection de Kronstadt, en mars 1921 à la toute fin du Xe congrès du parti, Lénine prend la décision, encore une fois extrêmement lourde de conséquences, d’interdire les tendances oppositionnelles internes. Il le fait probablement en cohérence avec sa théorie du parti. Pour lui, et pour les autres bolcheviks d’ailleurs, chaque classe a un parti et un seul. Le parti bolchevique est “naturellement” le parti de la classe ouvrière, sa direction est “naturellement” la conscience des intérêts historiques du prolétariat. On en conclut assez facilement que les opposants à la direction du parti sont des représentants d’intérêts extérieurs à ceux de la classe ouvrière. Quand Lénine met en place la Nouvelle politique économique (une libéralisation relative de l’économie) précisément à cette même époque, il craint que cela n’entraine la création d’une classe bourgeoise qui pourrait trouver une voix au chapitre dans le parti via l’une ou l’autre des tendances. De façon générale, s’il avait dû s’accommoder des débats internes jusque-là, le pluralisme et la démocratie interne dans le parti étaient depuis longtemps suspects pour Lénine.

Pourquoi la “régénérescence” de la révolution russe espérée par les trotskistes a-t-elle été impossible ?

À l’extrême gauche, il y a eu longtemps l’espoir que les masses allaient faire l’expérience des impasses bureaucratiques et que par “pans entiers”, elles allaient passer sur des positions révolutionnaires. Nous avons connu cette attente collective dans les années 1970. Nous pensions qu’en URSS et dans les pays satellites, il existait une couche parasitaire appuyée sur un socle qui était sain car toute l’économie avait été socialisée. Certes les travailleurs avaient été dépossédés de leur pouvoir, mais nous pensions qu’il était possible de faire sauter la couche bureaucratique qui avait capté son exercice.  Nous avions sous-estimé la force et l’emprise de l’organisation totalitaire. En fait l’État-parti tenait très profondément sous sa domination cette société, il avait détruit tous les ressorts démocratiques susceptibles de permettre une nouvelle révolution politique. Et puis le discours alternatif le plus attrayant a quand même été celui du modèle capitaliste. Bref, nous avions sous-estimé les effets profonds du stalinisme qui ont interdit à la révolution démocratique de se réaliser dans les sociétés bureaucratiques, et ce en dépit de moments aussi importants que la révolte ouvrière de Berlin en 1953, la révolution hongroise de 1956, le printemps de Prague en 1968 ou la révolte de Solidarność en 1980.

« Un parti  discipliné, vertical et centralisé ne mettra pas en place une société horizontale, démocratique et autogérée. »

C’est le principal reproche que vous faites à Lénine : le primat du parti sur tout le reste ?

Oui. Quand le parti prend le pouvoir en octobre 1917, il ne le fait pas pour le remettre aux masses, puisqu’il prétend incarner les masses à lui tout seul. Marx voyait dans la Commune le gouvernement des producteurs par eux-mêmes. Lénine instaure le gouvernement des commissaires du peuple supposés représenter les producteurs. Ce n’est pas la même chose du tout. C’est même la raison pour laquelle il y a un abîme entre la pensée de Marx et ce qui a été concrètement réalisé en Russie après la prise du pouvoir en octobre 1917.

C’est un enseignement à retenir pour la critique des partis aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le modèle du parti discipliné est en pleine crise. On ne peut plus penser une forme d’organisation si contraire à son but. Un parti  discipliné, vertical et centralisé ne mettra pas en place une société horizontale, démocratique et autogérée.

Finalement, Staline est-il déjà dans Lénine ?

C’est un peu plus compliqué. À la fin de sa vie, Lénine dit pis que pendre de Staline notamment dans un écrit qu’on appelle son testament. Cependant, Lénine ne s’est jamais attaqué physiquement à ses propres camarades, alors que Staline en a fait sa méthode et son objectif. Néanmoins, il est incontestable que Staline a grandi dans l’ombre de Lénine, c’est grâce à lui qu’il est devenu secrétaire général. Le léninisme comme théorie de l’hyper-centralisation du pouvoir de l’État et du parti sans contre-pouvoir a facilité l’accession au pouvoir de Staline. Mais attention, il n’y a pas de causalité et de linéarité dans l’Histoire. Staline n’est pas la conséquence nécessaire de Lénine. Boukharine et Trotski auraient pu ouvrir d’autres voies au sein de la petite oligarchie bolchevique. Rien n’était joué avant l’avènement de Staline. Et lui-même le savait d’ailleurs.

Vous êtes aussi très critique de Trotski dans le livre…

Trotski s’est rallié à Lénine en juillet 1917 au prix d’un aveuglement volontaire sur ce qu’il avait pu critiquer avant Octobre sur l’organisation du parti. Une fois dans l’action, pris dans la dynamique du renforcement du pouvoir d’État, il devient l’un des bolcheviks les plus zélés. Son texte Terrorisme et communisme [publié en 1920, NDLR] est absolument terrifiant lorsqu’on le relit aujourd’hui. Il est en même temps très instructif sur le mythe bolchevique qui consiste à croire que la concentration du pouvoir dans l’État conduira à son dépérissement plus tard. En tout cas, ce livre nous a permis de redécouvrir certains de ses textes antérieurs comme Nos tâches politiques [publié en 1904, NDLR] mais aussi certaines œuvres de Rosa Luxemburg. Ces deux révolutionnaires étaient à cette époque extraordinairement lucides sur les dangers contenus dans l’organisation politique voulue par Lénine. Trostki, par exemple, a bien vu comment Lénine a pensé le parti à la fois comme un miroir de l’État et comme une réplique de la grande entreprise moderne.

« Au Mexique, la révolution se fait dans un pays sans base industrielle, sans parti, et consiste dans le partage des terres par les paysans pauvres. »

Vous parlez aussi des révolutions espagnole et mexicaine et déplorez « l’ombre » qui a été jetée dessus par la mémoire écrasante de la révolution russe.

En 1919, avec la formation de la IIIe Internationale, les bolcheviks ont voulu imposer un modèle unique de révolution, dans laquelle les masses sont guidées par une avant-garde éclairée, qui décide de quand et de comment faire la révolution. Ce modèle a été imposé à tous les partis communistes du monde. Or, il se trouve qu’il y a eu bien d’autres formes et dynamiques révolutionnaires, notamment les révolutions mexicaine et espagnole, avant et après la révolution russe. Au Mexique, la révolution commence en 1910. Elle dément le modèle bolchevique et même marxiste. Elle se fait dans un pays sans base industrielle, sans parti, et consiste dans le partage des terres par les paysans pauvres.

En Espagne, vingt ans après la révolution russe, les révolutionnaires espagnols largement influencés par les idées libertaires construisent des institutions nouvelles adossées sur des coopératives et des assemblées ouvrières pour gérer les entreprises. On a vu à l’échelle d’un pays tout entier émerger de nouvelles formes de démocraties locales pour décider de choses aussi radicales que l’abolition de l’argent – dont on peut discuter la pertinence –, à Fraga par exemple. Les paysans ont organisé eux-mêmes la redistribution des terres. Nous voulions rappeler que par-delà le modèle bolchevique, la volonté de faire descendre la démocratie dans le domaine de la production, qui était au principe du socialisme originel a continué à animer les mouvements révolutionnaires.

Une idée court tout au long de votre livre : la révolution russe a donné beaucoup trop de place à “l’État-parti”.

Un exemple de « restructuration des rapports monopolisés par les États entre peuples » ?

C’est fondamental. Nous avons consacré l’un de nos ouvrages précédents à la “révolution du XXIe siècle” qui doit tourner le dos au modèle de l’État-parti. La révolution russe a échoué faute d’avoir été véritablement “soviétique”. Et ceci parce que, de façon contraire aux objectifs démocratiques de transformation de l’État avancés par Lénine avant la prise de pouvoir, le parti a étatisé toute la société. Une révolution, c’est le moment où une société s’auto-organise sur des bases démocratiques. Ce moment se caractérise par le réveil de formes démocratiques locales, par la mise en place de conseils ou de comités qui restructurent les rapports sociaux. C’est l’instauration d’une démocratie complète qui s’étend à la vie locale et aux lieux de production. On doit même aujourd’hui envisager la restructuration des rapports monopolisés par les États entre peuples du monde. Il nous faut créer une “cosmopolitique du commun” qui repensera les relations mondiales autrement que sur la base des rapports entre États.

Vous différenciez ce que vous appelez « les communs » de la propriété publique.

Dans l’histoire longue de l’Occident, la logique de la propriété privée, celle du dominium, s’est appuyée sur la logique de la souveraineté, l’imperium. Il n’y a pas d’opposition entre propriété et souveraineté mais appui réciproque, solidarité organique. Dans l’histoire récente, la propriété publique est passée sous le contrôle d’oligarchies politiques et bureaucratiques liées par mille fibres aux puissances capitalistes. Ces oligarchies étatiques ont bradé la propriété d’État. Il faut en tirer les leçons. La gauche au XXe siècle a cru que la voie royale pour le communisme et le socialisme était l’extension de la propriété étatique au nom de la nation ou du peuple. Le programme commun de 1981 en est un exemple typique avec ses alinéas qui précisaient que cette propriété d’État devait s’accompagner de modes de gestion démocratiques dont on n’a jamais vu la couleur.

En réalité, le pouvoir dans les entreprises nationalisées a toujours été aux mains des représentants de l’État. Il faut sortir du face à face secteur privé/secteur d’État pour s’attaquer à l’idée même de propriété. Le droit d’usage peut et doit devenir un substitut à la logique de la propriété. Le commun repose sur une logique d’inappropriabilité. Cette idée s’impose pour des raisons sociales et politiques aussi bien qu’écologiques.

« Une révolution, c’est le moment où une société s’auto-organise sur des bases démocratiques. »

Les vieux États-nations ont le mérite d’organiser la vie collective de dizaines de millions de personnes pourtant…

Les nations sont des produits de l’histoire. Il n’est pas question d’en faire abstraction. Mais leur organisation politique par des États centralisés doit être transformée si l’on veut redonner vie à la société. Le centre étatique doit être en quelque sorte relativisé par des démocraties locales et économiques bien plus actives comme par des nouvelles relations cosmopolitiques non étatiques. Le principe fédératif inventé par Proudhon reste une idée importante. Une fédération de communs, comme nous le proposons, régie par des règles générales, pourrait faire prévaloir des logiques de coopération sur des logiques de concurrence dans l’ensemble de la vie sociale.

Pour le moment les pratiques du commun semblent réunir l’entre-soi militant. Comment en sortir ?

Tout peut changer très vite. L’inattendu, cela existe. En 1968, en quelques jours, la France s’est mise en grève et couverte de “comités d’action” débordant totalement partis et syndicats. Depuis 2010 ou 2011, on a assisté à l’ouverture d’un cycle étonnant d’insurrections démocratiques. Il a débuté en Espagne, puis s’est étendu à la Tunisie, à la Syrie, et jusqu’aux États-Unis avec Occupy Wall Street. En France, le “dégagisme” qui a balayé les vieux partis montre aussi que les plaques telluriques bougent. Des éruptions démocratiques peuvent aussi avoir lieu n’importe où, avec une puissance instituante dont on ne peut encore mesurer les effets. En tout cas, et c’est la leçon du XXe siècle : on ne doit pas attendre qu’un parti ou qu’un État décide de la forme de nos existences, c’est aux peuples eux-mêmes de l’inventer.

Entretien réalisé par Dimitri Sikiotakis

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