Société

Football : Une soirée dans les locaux du Ménilmontant FC 1871

Le Ménilmontant FC 1871, à Paris, et le Football du Peuple, à Montpellier, mènent un vrai combat politique et culturel en promouvant un football populaire et socialiste. Rencontre avec deux clubs atypiques.

Le football est aujourd’hui pour beaucoup de non initiés, un rituel de beaufs s’affalant dans un canapé Ikea, une kro dégueulasse à la main, avec le tout aussi répugnant Stéphane Guy en fond sonore. Le football est aujourd’hui pour beaucoup de gens ignorants, un entre-soi de bourgeois courant après la baballe. Pourtant, chaque weekend, ce sont des milliers de jeunes, moins jeunes, hommes, femmes qui se retrouvent pour partager cette passion du ballon rond. Loin des caméras Canal + et autres chaînes financées par de l’argent souvent sale, des passionnés jouent leur vie chaque dimanche, relâchent la pression d’une société toujours plus anxiogène. En témoigne une conférence de presse organisée le samedi 26 janvier, par le Ménilmontant FC, dans le XIe arrondissement de Paris. Lorsque on discute football à la LFP, on le fait avec du champagne, des petits fours et des mecs en costards mais taillés qui discutent millions et répression.

Le MFC 1871 : foot, Palestine et autogestion

Ce soir-là dans les locaux du Ménilmontant FC, on cause Football, le vrai, celui avec un grand F, qui a encore quelque chose à raconter. La soirée “Coup Franc Populaire”, ce sont tous ces gens qui s’investissent dans ce football d’en bas qui décident de parler ensemble, de leur passion, de leur vision de ce joli sport.

« On est un club de foot sur Paname et la banlieue, autogéré, militant. »

En début de soirée, on discute Gilets jaunes. « C’est la première nocturne à République ce soir, les fafs viendront pas nous faire chier. »

L’entrée est à prix libre, par conviction : « On n’est pas comme les autres, on vit sans subventions, on veut garder notre indépendance. On est autofinancés et c’est bien comme ça ! »

Dans la salle principale, on vend le nouveau maillot du club hôte. Rien ne laisse place au doute, couleurs de la Palestine, étendard antifa, on affirme ses couleurs. Plusieurs stands sont présents. Autour de ces chaises disposées en rond, on rencontre plusieurs exposants. Féministes engagées dans le sport, tifosis italiens…. Tous prêchent pour leur paroisse, avec passion. La pluralité des intervenants est impressionnante. Ils viennent des quatre coins de la France, même plus.

Greg, un des organisateurs de la soirée, prend la parole en premier « On est un club de foot sur Paname et la banlieue, autogéré, militant. » La différence avec une association sportive lambda est simple : joueurs, supporters, staff, tous prennent des décisions. « On met en avant la solidarité et l’importance du collectif. »

Ici, on assume son appartenance antifasciste. Logique pour un club, crée au Saint-Sauveur. La référence à la Commune de Paris dans son blase n’est pas anodine.

SI les avis parfois divergent, tous sont d’accord sur une chose : la lutte contre le football moderne, contre l’hyper-sécurisation des stades, contre l’argent en masse qui pourri leur sport. « Ce constat n’es pas seulement local, on peut le constater dans toutes nos rencontres, de Bilbao à Milan, en passant par Bruxelles. »

C’est ensuite un intervenant italien, du site sportpopolare.it qui prend la parole à l’aide d’un traducteur. Il attaque fort, avec une citation de Winston Churchill : « Les Italiens perdent la guerre comme si c’était un match de foot et perdent un match de foot comme si c’était une guerre. » Le décor est posé, il parlera avec passion, la gestuelle en prime.

« On met en avant la solidarité et l’importance du collectif. »

« Le foot populaire est notre dernière satisfaction en Italie. Dans un moment où la classe populaire voit ses droits rongés, nous sommes le seul milieu à briser cet élitisme. À Bari, qui n’est pas du tout un fief communiste, notre équipe obtient des résultats plus que satisfaisants. Il ne faut pas nécessairement dépenser des tonnes d’argent pour obtenir des résultats. Dans le monde moderne, quand tu es jeune, il faut beaucoup d’argent pour jouer au foot. Ce que l’on rêve, c’est qu’il suffise de jouer pour gagner. »

Avec leur approche, au contact du peuple, d’un sport plus que populaire en Italie, sportpopolare.it souhaite accrocher des personnes qui n’auraient jamais eu accès à leur vision du monde par un autre biais. « Aujourd’hui, nous nous retrouvons à des matchs de 8ème division, avec 400 supporters dans les tribunes. »

« On n’est pas là pour faire des exploits personnels à la Neymar. Chez nous, il faut jouer collectif, transmettre le ballon. Le plus important c’est la passe, que tout le monde se sente concerné »

Michéa chez les antifas

Avec ses allures de prof de philo anarchiste, l’intervenant suivant ne laisse personne indifférent. Il est le représentant de l’association, “Football du Peuple“ de Montpellier, crée à l’université Paul Valéry qui pourrait aussi s’appeler “Le foot pour tous.”

Leur unique objectif : jouer au ballon le dimanche, s’amuser. Qu’on soit bon ou nul, français ou pas.

Son porte-parole s’exprime. « Dans les cours d’écoles, ce sport a toujours mis de côté les filles, les petits binoclards ! On voulait rompre avec ça. On inclue tout le monde, pas que des gens d’extrême gauche, c’est juste exclu aux cons. »

Leur terrain, situé en centre-ville, est à l’opposé de ce qu’on trouve dans une collectivité arrosée aux subventions. « C’est un stabilisé tout pourri, les WC sont condamnés. Mais il a une histoire pour tous les jeunes issus des classes populaires. Dans son superbe ouvrage Le plus beau but était une passe (Climats, 2014), Jean-Claude Michéa en parle. Ce terrain, c’est le cœur de notre cité, tous les gamins pauvres le connaissent. »

Pour l’intervenant, le foot n’est pas qu’un sport ! C’est une revendication sociale. « Jouer au foot le dimanche, c’est politique ! Proposer une vision des choses, ce n’est pas que faire des manifs. »

Tout comme le philosophe montpelliérain, le “Football du peuple” revendique le passing game. « On déconstruit ce sport en quelque sorte. On n’est pas là pour faire des exploits personnels à la Neymar. Chez nous, il faut jouer collectif, transmettre le ballon. Le plus important c’est la passe, que tout le monde se sente concerné. On ne joue pas le hors-jeu, on interdit les tacles… »

Comme le refus d’une société compétitive omniprésente, ils ne tiennent jamais compte du score. « On passe notre vie à compter notre fric, la société nous y pousse. Si on peut oublier tout ça quelques heures, ce n’est pas plus mal. »

Bref, ici, pas de locaux, pas d’infrastructures, on fout les plots sur le terrain et on joue.

D’autres intervenants suivront, jusque tard, lors de cette belle soirée qui démontre une fois de plus, que le football populaire, facteur d’intégration, n’est toujours pas mort.

Bruno Morris

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