Société

Mickaël Correia : « Que tu sois fils de patron ou fils d’ouvrier, sur le terrain, tu ne peux pas tricher »

Sport spectacle, sport populaire, sport de millionnaires, sport des favelas, sport moqué, sport adulé… Le football, sport dialectique par excellence, est au centre de nombre de conversations depuis plus d’un siècle, notamment dans les classes populaires. Mais, loin de l’avidité de certains, de l’aliénation devant la télévision et ses “experts” affligeants, le football est aussi – et surtout – un instrument de libération pour de nombreux laissés-pour-compte – femmes, minorités ethniques, “banlieusards”, peuples asservis. C’est ce football émancipateur qui se retrouve au cœur du livre de Mickaël Correia, auteur d’« Une histoire populaire du football », paru récemment aux éditions La Découverte. Nous l’avons rencontré.

Le Comptoir : En ce printemps 2018, nous assistons aux phases finales de la Ligue des champions, une compétition qui suscite un large engouement populaire tout en étant le symbole parfait de la compétition oligarchique puisqu’elle réunit un club très fermé d’équipes européennes. Quel est ton regard là-dessus ?

Mickaël Correia : Évidemment, comme cette compétition est organisée par des institutions sportives, les enjeux marchands sont omniprésents. On pourrait passer des heures à critiquer une telle compétition, mais je le fais très peu dans mon livre – hormis dans l’introduction – car la critique marchande du football a été déjà explicitée par des universitaires comme Jean-Marie Brohm. Toute la théorie critique du sport des années 1970 a déjà fait ce travail-là, que je trouve parfois dommageable parce qu’il a tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain. On est parfois pas très loin de la condescendance, du pur mépris de classe envers les “masses aliénées par le sport”. Le football est pourtant, et ce n’est pas nouveau, l’un des éléments culturels les plus structurants des classes populaires, à la portée politique évidente.

Retournée de Cristiano Ronaldo face à la Juve

Pour en revenir à la Ligue des champions, c’est un exemple parmi tant d’autres de la contradiction essentielle du football, à savoir qu’une compétition aux enjeux hautement marchands peut parfois se muer en un spectacle superbe, que je regarde avec plaisir. Et je ne suis pas le seul : la soirée de présentation du livre, le jour du match PSG-Real, a rassemblé des gens certes critiques du “sport spectacle” mais qui ont tout de même regardé le match par la suite. C’est paradoxal, mais ça correspond parfaitement au football : une dialectique permanente entre culture de masse et culture populaire. Comme le disait Eduardo Galeano, nous sommes tous des « mendiants du beau jeu ». Et que dire du retourné acrobatique de Cristiano Ronaldo contre la Juve…

« Ce retourné, c’est aussi une énième ambivalence du football moderne : la tension entre préparation physique minutieuse et geste instinctif. »

Il t’évoque quoi, ce geste ?

C’est un geste extrêmement mécanique, presque robotique, et ça correspond à l’image que l’on a de ce joueur, et aussi à l’image qu’il renvoie : celle d’un joueur “froid”, un CR7 qui travaille encore et encore pour parfaire ses gestes en amont. Je ne sais pas combien d’heures ont été nécessaires pour qu’il soit capable de sortir un tel retourné en match, mais c’est sans doute astronomique.

Ce geste incarne deux traits essentiels du footballeur professionnel aujourd’hui. Ce dernier, à l’image de ce que l’on exige du travailleur salarié, se doit de bosser de manière acharnée, de faire preuve d’un sens du sacrifice au travail. D’un autre côté, pour oser faire un retourné en quart de finale de Ligue des champions, il faut avoir une sacrée confiance en soi voire un ego surdimensionné. Dans un certain sens, on peut faire un parallèle entre Cristiano Ronaldo et un cadre d’une grande multinationale : un mélange de sacrifice au travail et de narcissisme viril. Enfin, ce retourné, c’est aussi une énième ambivalence du football moderne : la tension entre préparation physique minutieuse et geste instinctif.

Il est vrai que la question de la préparation physique, et plus largement celle du corps, est centrale dans le foot. Elle entraîne même de nombreux débats, à l’image de celui qui oppose les fans de Cristiano Ronaldo – la “machine” – à Lionel Messi, comme si ce dernier n’était qu’un type ultra talentueux n’ayant jamais vraiment fait de concessions et d’efforts, alors qu’il est extrêmement ascétique.

On a toujours eu ce mythe du footballeur un peu débonnaire, fêtard et ultra-doué, mais aujourd’hui ça devient de plus en plus rare. C’est d’ailleurs ce qui est beau avec le football : que tu sois fils de patron du CAC 40 ou fils d’ouvrier, sur le terrain, tu ne peux pas tricher. Ton corps et ton intelligence du jeu font le travail. Je pense que c’est ce qui gêne pas mal de personnes de droite : voir des gamins, souvent issus de milieux populaires, toucher autant que des dirigeants d’entreprise du CAC 40, ça les dérange. Il n’y a pas à dire, on est bien loin de leurs histoires d’héritage familial, d’oligarchie et de renvoi d’ascenseurs.

Pour en revenir aux enjeux marchands du football, il est devenu presque banal d’évoquer la tension entre sport populaire et spectacle onéreux. Face à cette dialectique souvent irréconciliable, l’une des solutions les plus visibles aujourd’hui est celle d’une défense du football “populaire” par les membres des “professions intellectuelles supérieures”, à l’image du Red Star partenaire de VICE ou du succès de So Foot. Quel regard portes-tu sur ce qui pourrait ressembler à un phagocytage ?

En ce qui concerne le Red Star, je suis le club de près à force de trainer dans la tribune Rino du stade Bauer et l’arrivée de Patrice Haddad a été plutôt bien accueillie même parmi les supporters les plus engagés.

Par rapport à l’accord avec VICE, la plupart des supporters restent très distants, convaincus que ça ne va pas durer, que c’est plus un effet de comm’ qu’autre chose. Le regard reste critique mais ça ne change en rien l’ambiance qui règne dans le kop. Et les pratiques restent les mêmes, malgré l’arrivée de nouvelles personnes, simples curieux ou jeunes qui veulent juste passer une soirée au stade. Si quelqu’un se met à lancer des “arbitre enculé”, ce genre de trucs homophobes, on l’arrête tout de suite.

Et puis, la force inclusive du kop lui permet de ne pas être chamboulé par la dynamique de gentrification qui pourrait toucher le Red Star. Pour moi, il s’agit surtout d’un effet de mode impulsé par David Bellion, qui s’inspire clairement de ce qui a pu être fait à Sankt Pauli en Allemagne. On est en tout cas très loin de la dépossession car la base des Red Star Fans reste éminemment populaire et ancrée dans le coin de Saint-Ouen et de la porte de Clignancourt. Les nouveaux venus sont généralement des alliés, des gens qui savent qu’ils mettent les pieds dans un club à l’identité antiraciste et antifasciste. Une dépossession de leur part serait de toute façon contre-productive pour les classes plus aisées, qui sont à la recherche d’une émotion, d’une ambiance qu’elles ne trouvent plus ailleurs.

Je pense ainsi au PSG où le climat est extrêmement différent : le plan Leproux a “nettoyé” les tribunes, a poussé les populations les plus populaires à quitter les lieux. Mais même au PSG, le retour contrôlé des ultras est demandé et a été accepté par les dirigeants, qui n’ont aucun intérêt à avoir un stade sans ambiance.

Stade Bauer, le stade mythique du Red Star

Quitte à aller à l’encontre des directives des instances dirigeantes du football français et des pouvoirs publics – qui font tout pour empêcher les ultras d’assister aux matchs à l’extérieur, par exemple.

Oui, il n’y a qu’à voir comment ont été traités les Ultramarines bordelais à Strasbourg, par exemple (une cinquantaine d’entre eux ont été placés en garde à vue en février dernier pour avoir pris place dans le stade malgré une interdiction préfectorale). On est en train d’assister à l’établissement d’un rapport de force entre d’une part, les ultras, qui aspirent à plus de liberté dans leurs pratiques d’animation des tribunes et veulent avoir voix au chapitre dans les décisions de leur club et, d’autre part, les instances dirigeantes qui doivent répondre à des injonctions de rentabilité économique énormes

Les aspirations démocratiques que l’on a pu observer dans notre pays depuis quelques années via des mouvements comme Nuit debout et les occupations de places se retrouvent aussi chez les supporters, qui demandent à être écoutés et à être considérés non pas comme des spectateurs-consommateurs mais comme des acteurs à part entière du monde du football. Certains groupes ultras peuvent même être assimilés à des syndicats, car ils portent des revendications, font la grève des tribunes, interpellent les instances dirigeantes comme la Ligue de football professionnel, et défendent avec ferveur leurs intérêts en tant que supporters — animation des tribunes, places peu onéreuses, liberté de mouvement et de rassemblement, etc. — face aux intérêts purement financiers du foot-business.

Plus largement, dans l’histoire institutionnelle du foot, la figure du supporter n’a jamais été mise en avant. On parle des grands joueurs, des grandes équipes, des grands matchs, mais très peu des supporters – il n’y a qu’à constater l’oubli de ce qu’a pu être le kop de Liverpool dans les années 1960.

L’argument avancé par les pouvoirs publics et les représentants des instances pour justifier la répression du mouvement ultra est de vouloir prévenir les “débordements”, les violences. On peut peut-être établir un parallèle intéressant avec la notion de fair-play, qui est à l’origine un argument des classes sociales les plus aisés pour “contrôler” les joueurs issus des classes populaires.

Oui, c’est une chose que j’évoque longuement dans mon livre. À l’origine, le fair-play descend des notions de chevalerie. En ce sens, l’important n’est pas la victoire mais l’honneur individuel. Quand le football se codifie dans les public schools victoriennes du milieu du XIXe siècle, il est imprégné de ces valeurs de fair-play.

Tout cela rentre en contradiction avec ce qu’ont écrit des historiens comme Johan Huizinga au sujet de l’éthique populaire du jeu, qui ne comprend absolument pas cette notion de fair-play, mais plutôt l’éthique de la rivalité, de la confrontation. Cette dernière éthique est souvent liée au sentiment d’appartenance à une même communauté et au fait qu’on met tout en œuvre, quitte à tricher avec la loi, pour gagner – on peut retrouver cette logique lorsque des supporters vont huer des joueurs devant leur hôtel pour les empêcher de dormir. L’important est que l’adversaire perde.

En prenant du recul, il faut analyser la façon dont a été traitée la “main de Dieu” de Maradona en 1986. Dans de nombreuses démocraties occidentales, on a reproché une atteinte au fair-play, une injustice. De son côté, Maradona – qui vient des bidonvilles, qui a dû voler enfant pour survivre – savait que l’infraction pouvait être nécessaire pour gagner face aux puissants Anglais.

Mais c’est un débat : certains affirment que le peuple partage une sorte de common decency à l’image de ce qu’écrivait Orwell. Je n’y crois pas vraiment, je reste persuadé que les rivalités passionnelles et la triche font partie de l’éthique populaire du football – ce qui n’empêche pas d’apprécier le “beau jeu”.

“Mano de Dios

Ne peut-on pas dire que l’utilisation de l’arbitrage vidéo, défendu par les instances dirigeantes du football, découle d’une même volonté bourgeoise d’imposer les thématiques de fair-play, d’équité, de justice ?

Effectivement. L’arbitrage vidéo est un outil de plus qui continue à prolonger un des mythes fondateurs du sport, celui qu’on concourt tous à armes égales et que sur la pelouse doit s’imposer la justice, celle des 17 lois du football.

Mais avec l’arbitrage vidéo, il se joue aussi autre chose. Dans notre société, nous sommes dans un mouvement général d’intrusion des nouvelles technologies dans nos rapports sociaux et on utilise de plus en plus les outils numériques pour mieux “gérer” les situations à problème. L’environnement et nos corps sont de plus en plus appréhendés comme un ensemble de données brutes qu’il faut analyser froidement. Mais quelle est la conséquence de cette dynamique gestionnaire omniprésente ? Eh bien, elle signe la fin de l’imprévu, de l’erreur, de l’humain, de la dramaturgie propre au foot. Avec la vidéo, plus de main de Maradona, tout simplement.

Sachant que l’outil numérique est souvent loin de mettre fin aux polémiques, et donne naissance à des situations ubuesques…

Bien sûr. Et en plus, ça ne renforce pas l’autorité de l’arbitre, loin de là ! Plus largement, la vidéo impose une interface technologique entre l’arbitre et le footballeur et coupe la fluidité du temps propre au football, un temps qui lie joueurs, arbitres, supporteurs et tous les autres acteurs de la partie. Mais encore une fois ce n’est pas surprenant : les outils technologiques s’immiscent partout aujourd’hui, il n’y a qu’à voir le culte des statistiques chez certains…

On peut dire que le “modèle américain” de la statistique, omniprésente dans les sports nord-américains, est clairement en train de s’imposer chez nous. Le data scientist est sans doute le job du futur au sein des équipes professionnels.

Évidemment. Karim Benzema lui-même disait il y a quelque temps qu’on ne parlait plus que de statistiques, de buts marqués, d’occasions produites, de dribbles réussis, etc. Après, cette quantification permanente est tout aussi visible dans le monde du travail et la société en général ! Heureusement, cette évolution reste critiquée, à l’image de certains journalistes sportifs qui ne manquent pas d’insister sur l’intelligence du jeu des footballeurs, chose difficilement quantifiable. L’interview récente de Xavi dans So Foot est à ce titre exemplaire de l’absurdité de la réflexion statistique.

Pour en revenir à Karim Benzema, ce dernier se retrouve très souvent au centre des critiques, la plupart du temps injustement. On l’a catalogué comme footballeur contemporain “typique”, issu des classes populaires et devenu un modèle d’individualisme au fil des années. Bien loin du “footballeur conscient” à la Sócrates. Qu’en penses-tu ?

Dr Socrates

Le statut du footballeur vis-à-vis des instances dirigeantes et des classes possédantes a toujours été complexe. À l’origine, la professionnalisation du joueur a été exigée par les ouvriers-footballeurs, désireux d’être considérés comme des travailleurs à part entière et de se protéger en cas de blessure. De là découle la création du premier grand syndicat de joueurs à Manchester en 1907. Et aujourd’hui, on a abouti à l’ère du mercenariat, de l’agent intermédiaire, de l’auto-entrepreneur – les parallèles à établir avec le monde actuel du travail dit “classique” sont nombreux.

S’ils sont aujourd’hui des incarnations parfaites du fétichisme de la “gestion de carrière”, de l’impératif de performances, les footballeurs reviennent de loin, parce qu’à l’origine, ils se trouvaient presque en situation d’esclavage, en tout cas jusqu’à l’abolition du “contrat à vie” à la fin des années 1960. Ils étaient bloqués par les dirigeants de clubs s’ils désiraient s’en aller. En un sens, la demande de Bosman – le joueur – était légitime : il souhaitait partir de Liège pour aller à Dunkerque, et son club l’en empêchait. Mais de cette jurisprudence est née une situation totalement folle, pour donner naissance à un marché mondial du footballeur dans lequel les bulles spéculatives prospèrent.

« La Fifa s’est toujours arrangée avec les États les plus autoritaires, tant qu’ils mettent suffisamment d’argent sur ou sous la table. »

Bulles spéculatives qui concernent autant les joueurs que les clubs, non ?

Tout à fait, mais même dans les cas de figure les plus symboliques de l’état du capitalisme actuel, des brèches se créent toujours. Le FC Barcelone — que le département marketing aime à comparer à Disneyland — s’est transformé en caisse de résonance de l’indépendantisme catalan. Et pour reprendre le cas de Barcelone, il n’y qu’à voir le nombre de jeunes en Palestine portant ce maillot. Ça en dit long, aussi, sur ce qu’incarne ce club et sa rivalité avec le Real de Madrid, l’équipe assimilée à l’État centraliste espagnol.

Sinon, pour en revenir à l’exemple de Sócrates et Benzema et à la disparition des “footballeurs engagés”, disons qu’il ne faut pas circonscrire cela au football. De quelles célébrités contemporaines pourrait-on dire qu’elles sont vraiment engagées ? L’intégration à des centres de formation lorsqu’ils sont très jeunes n’aident pas vraiment les footballeurs à développer une conscience critique. On peut tout de même citer quelques cas emblématiques, à l’image de Deniz Naki, ce joueur allemand d’origine kurde, soutien du Rojava, victime d’une tentative d’assassinat en janvier dernier, exclu à vie de la fédération turque, et qui s’est lancé dans une grève de la faim devant le conseil des Nations unies à Genève. On parle d’un joueur de troisième division, mais tout de même.

En France, les luttes semblent ne pas exister aux yeux des joueurs…

C’est sûr qu’on aimerait bien entendre un joueur prendre la défense des cheminots, des étudiants ou de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes !

« Et le football étant un bastion masculin, les premières footballeuses ont souffert du patriarcat et du sexisme des institutions sportives et médiatiques. »

Autre actualité bientôt chaude : la Coupe du Monde. Quel regard portes-tu sur la Fifa et son rôle dans l’attribution de cette compétition à la Russie et au Qatar ?

La Fifa s’est toujours arrangée avec les États les plus autoritaires, tant qu’ils mettent suffisamment d’argent sur ou sous la table. Pense à la Coupe du monde de 1978 qui s’est déroulée dans une Argentine sous le joug de la dictature militaire du général Videla… Du côté des États, on nous vend aussi l’importance pour eux d’accueillir des compétitions internationales, d’étaler leur “soft power”. Mais le soft power, ça n’a rien de nouveau. C’est simplement la remise au goût du jour de vieux concepts. Mussolini qui accueille la Coupe du monde 1934, c’était déjà du soft power. Il s’est énormément servi du football comme front diplomatique à l’extérieur des frontières, et comme ciment social à l’intérieur. Il en sera de même pour Poutine – il en a déjà été de même avec les JO de Sotchi – et pour le pouvoir qatari. Il est toujours amusant de voir les similitudes entre les différentes époques. Du culte du corps mussolinien à Poutine torse nu sur un cheval, il y a sans doute plus qu’un simple hasard…

Les Lyonnaises, qui dominent le football européen depuis près de 10 ans.

Et qu’en est-il de la représentation du corps féminin dans le football actuel ?

Dès qu’il y a représentation du corps, il y a enjeu de pouvoir. Et le football étant un bastion masculin, les premières footballeuses ont souffert du patriarcat et du sexisme des institutions sportives et médiatiques. Le football féminin a été populaire au début du XXe siècle en France et en Grande-Bretagne avant d’être rapidement étouffé par les fédérations – aux yeux des hommes, après le massacre de la Grande Guerre, les femmes devaient retourner à leur rôle de procréatrices pour “repeupler la nation”. Quand le football féminin est reconnu dans les années 1970 en Europe, on a peur que les footballeuses deviennent trop masculines, trop musclées avec le fantasme que les vestiaires soient des “nids à lesbiennes”. Et comme les footballeuses véhiculent un autre modèle de féminité (des femmes qui courent, qui suent, qui se blessent, qui gueulent, etc.) bien loin des stéréotypes de genre en vigueur, les fédérations et la presse, même de gauche, ont jusque dans les années 2000 nourrit une véritable obsession sur la beauté physique des joueuses, comme pour rassurer la population masculine que les footballeuses sont de “vraies femmes” qui passent aisément “des crampons aux talons”…

Évolution intéressante, on observe aujourd’hui que les instances dirigeantes du football français mettent “le paquet” sur le foot féminin, dans un contexte où plus de 3 000 clubs amateurs ont fermé au cours des dernières années. Évidemment, c’est un soutien ambivalent, absolument pas dénué d’intérêt économique.

Entretien réalisé par Romain Gonzalez

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1 réponse »

  1. « Si quelqu’un se met à lancer des “arbitre enculé”, ce genre de trucs homophobes, on l’arrête tout de suite. »
    Lol. En gros l’arbitre peut se faire insulter, mais pas avec des termes « homophobes ». Quelle « éthique ». Pensez, la prochaine fois que vous voudrez dire « con », que vous pourriez passer pour un mysogine…
    Pour ce qui est de l’éthique populaire du foot, elle doit varier d’un pays à un autre. Les pauvres argentins ne sont pas les ouvriers anglais. Et il y a sans doute une différence entre une mentalité prolo politisée et une mentalité lumpen qui doit voler pour bouffer. Mais je dois reconnaître que vous posez une question très pertinente. Ça me rappelle un peu la réaction des fans de Johnny Halliday lors de son exil fiscal : certains l’ont condamné fermement, quand d’autres lui ont donné raison, ajoutant qu’ils feraient de même s’ils le pouvaient. C’est peut-être simplement la preuve que dans un même milieu sociologique, des éthiques différentes peuvent se côtoyer. Et que la common decency peut se manifester de manières différentes.

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