Shots et pop-corns

Les meilleurs films 2018 de la rédac’

L’équipe du Comptoir aime la politique, les débats d’idées, la littérature, la musique et… le cinéma ! Amateurs de salles obscures, la rédaction a sélectionné pour vous les films les plus mémorables de cette année 2018 : le périple d’un tueur psychotique, une histoire d’amour au cœur de la guerre froide, un retour au pays mélancolique, la survie d’un enfant dans les bidonvilles de Beyrouth, l’exploration luxurieuse d’une île fantasmatique, un éveil à la foi religieuse, un documentaire sur la récolte du vin bio, une série dystopique… Bon visionnage.

  • The House that Jack built, de Lars von Trier [1]
  • Les garçons sauvages, de Bertrand Mandico [2]
  • Seule sur la plage la nuit, de Hong Sang-soo [3]
  • Capharnaüm, de Nadia Labaki [4]
  • Wine calling, de Bruno Sauvard [5]
  • La Prière, de Cédric Kahn [6]
  • 3 %, série de Pedro Aguilera [7]
  • Cold War, Paweł Pawlikowski [8]

« J’ai une certaine faiblesse pour les criminels et les artistes; ni les uns ni les autres ne prennent la vie comme elle est. Toute histoire tragique doit être en conflit avec les choses comme elles sont. » Stanley Kubrick

L’homme du souterrain [1]

Lars von Trier aurait-il réalisé son grand oeuvre, sa grande farce macabre ? Celle qui boucle le cercle noir entamé dès Element of crime en 1984, point de départ d’une trilogie (suivront Epidemic et Europa) sur une Europe transformée en purgatoire urbain jalonnée d’histoires labyrinthiques et poisseuses. Ce n’est sans doute pas un hasard si, dans ce premier film, on entend la comptine populaire anglaise qui donne son titre au dernier long-métrage du cinéaste danois : plus qu’un indice, un memento mori filmique qui rappelle, à plus de trente ans d’écart, son obsession, teintée d’ironie, pour les pulsions criminelles et auto-destructrices nichées au cœur des hommes.

Les « incidents » qui parsèment The House that Jack built constituent les chapitres d’un conte moderne à la noirceur exacerbée et à l’humour grinçant. Construit sous la forme d’un long flash-back, Jack, le tueur psychotique et méthodique, raconte ainsi à Verge cinq meurtres avec une minutie et un détachement qui, en sus de l’horreur des actes proprement perpétrés, confinent à une drôlerie inattendue. Ainsi, des talents d’acteur et de bonimenteur de Jack pour tromper ses victimes, ses TOC qui l’obligent à nettoyer plusieurs fois la même scène de crime, son cynisme lorsqu’il avoue ses crimes à un policier indifférent, la chance insolente qui lui permet d’échapper à la justice et lave littéralement ses forfaits. S’estimant le bâtisseur d’un monument glorieux et immortel, Jack ne cesse de justifier ses actes ignobles en s’estimant le continuateur esthétique du génocide nazi, des purges staliniennes et autres massacres de masse, faisant de la « pourriture noble » son emblème oxymorique. De fait, seuls les geignards professionnels auront le tort de confondre le personnage et le cinéaste. Lars von Trier s’amuse de son anti-héros et de sa propre oeuvre. Verge, le confesseur antique de Jack, ne cesse de se moquer de son narcissisme, de son maniérisme, de ses pseudo alibis culturels, de ses rêves de grandeur. À la figure du nihilisme le plus destructeur qu’incarne Jack, Verge lui répond en tant que son adversaire humaniste, celui qui, tout en l’entraînant aux gouffres infernaux, lui fait prendre conscience de ses péchés.

Si parmi la kyrielle de références (William Blake, Dante, Delacroix, Glenn Gould, Virgile, David Bowie, le surréalisme…) on pense inévitablement à l’ouvrage de Thomas de Quincey, De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts (1827), c’est à son Mangeur d’opium (1822) que fait songer la dernière partie du film, enchaînement de fascinants tableaux pandémoniaques ne laissant aucun doute sur le sort funeste réservé à Jack, ce « pathétique architecte raté » passé de la chambre froide du crime au neuvième cercle de l’enfer : « J’avais chaque nuit l’impression de descendre, non au sens métaphorique, mais de descendre littéralement, dans des gouffres et des abîmes sans soleil, des profondeurs infinis desquelles mon éventuelle remontée semblait désespérée. »

Sylvain Métafiot

L’île aux sorcières [2]

À ceux qui considèrent que le cinéma français se résume aux bluettes exaspérantes de Louis Garrel ou aux comédies braillardes et vulgaires de Christian Clavier et Jean-Paul Rouve, le premier long-métrage de Bertrand Mandico vient infliger un démenti aussi radical que magnifique. On n’était clairement plus habitué à une telle inventivité visuelle. Et pourtant, depuis quelques années, le cinéma de genre français reprend incontestablement du poil de la bête : Alléluia de Fabrice du Welz (2016), Grave de Julia Ducournau (2017), Laisser bronzer les cadavres d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (2017), Ghostland de Pascale Laugier (2018), La Nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher (2018), Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (2018) ou encore Revenge de Coralie Fargeat (2018). Quelques exemples certes inégaux mais portés par une audace que l’on peine à déceler dans la plupart des réalisations traditionnelles.

C’est là que le vaisseau étincelant de Mandico dépasse de plusieurs coudées ses confrères hallucinés en direction du monde des rêves spongieux, sexuellement détraqués et sans retour possible. Soit le récit initiatique de cinq jeunes garçons (« unis pour le meilleur et surtout pour le pire ») qui, après avoir commis un meurtre sauvage, sont embarqué de force sur le navire d’un capitaine autoritaire et répressif afin de les remettre dans le droit chemin. Peine perdue : les cinq sauvageons se rebiffent et accostent sur une île à l’écart de toute civilisation. Tout en explorant les lieux, leurs corps commencent à se métamorphoser… Le film de Mandico relève de l’incantation maléfique, monstre d’argile assemblé de manière surréaliste sous l’empire de drogues de synthèses inconnues. Porté par un noir et blanc intemporel duquel jaillit d’intempestives séquences bariolées, le voyage suinte délicieusement le stupre et la mort. Résolument transgenre tant sur la forme que sur le fond le film ondule du masculin au féminin, de Burroughs à Borowczyk, du sensoriel au sensuel, des sexes tatoués aux arbres phalliques, de l’ultra-violence au plaisir lascif. C’est une valse des contraires qui se cherchent, s’apprivoisent et s’étreignent : une copulation fantasmatique entre les formes premières du cinéma et la sève subversive des désirs primitifs.

Les amoureux non rassasiés de cette croisière raffinée et luxurieuse pourront se plonger dans les eaux troubles d’Ultra Rêve triptyque fiévreux de courts-métrages réalisés par Caroline Poggi et Jonathan Vinel, Yann Gonzalez et… Bertrand Mandico.

S.M.

Fragments d’un exil amoureux [3]

« Il faut mourir avec élégance », répète Younghee en portant la bière à ses lèvres, main sur le front et regard triste, passablement éméchée par l’alcool et usée par une déception amoureuse. « Personne n’est qualifié pour l’amour ! » ajoute-t-elle, exaspérée, à ses amis réunis autour de la table, installant un moment de gêne rapidement dissipé par un baiser saphique et une cigarette partagée sous la pluie. La joie reprend ses droits, pour un temps au moins. Aucun doute, nous sommes bien chez Hong Sang-soo. Promenades nocturnes en pleine ville, conversations sur la dilution des désirs dans le temps et la contrariété des sentiments qui refont surface, variations infimes des destinées, rencontres incongrues et repas bien arrosés, le style du réalisateur coréen est aisément repérable pour le spectateur qui, de films en films, accompagne ses personnages débonnaires et mélancoliques au gré de leurs beuveries mi-pathétiques mi-truculentes. Son antépénultième long-métrage, Seule sur la plage la nuit, ne fait pas exception. Et l’on retrouve cet art délicat de filmer l’ébranlement des passions amoureuses par une mise en scène épurée et un regard caressant qui, s’il privilégie les plans fixes, joue des mouvements formels pour distiller une bizarrerie burlesque au sein de cette fable tragi-romantique.

Si fait, d’un hochement de caméra, d’un léger balayage de droite à gauche, les personnages se perdent dans leurs songes ou disparaissent du champ (ce qui revient au même). D’un zoom, la détresse de l’une se fige, la honte d’un autre devient palpable et le Quintette en ut majeur de Schubert retentit, étreint les cœurs. D’un changement de perspective, la même scène ouvre une nouvelle gamme dans la répétition de gestes et de paroles anodines, inclinant les personnages vers une toute autre fatalité. Si Hong Sang-soo s’amusait délibérément, à la faveur des variations d’angle, avec le thème du dédoublement dans Un jour avec, un jour sans et dans Yourself and Yours, il laisse ici son héroïne se perdre sur les rives hivernales des rêves enfouis, faisant de l’épuisement existentiel, plus que de la gémellité sentimentale, l’étoffe sablonneuse sur laquelle elle imprime son vague à l’âme. Portrait d’une jeune fille solitaire hantée par ses fantasmes, le récit brode ainsi une brisure intime sur des souvenirs épars, un désenchantement doux et amer face à l’absurdité du monde. En somme, le motif sublimement incarné de la désillusion des certitudes.

S.M.

Un pied de nez face à la misère [4]

Comment un enfant peut en venir à intenter un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde ? C’est à ce cheminement que nous invite Capharnaüm, le film de Nadia Labaki. À travers Zain, le fils aîné d’une famille dans l’extrême pauvreté, à l’âge incertain mais aux responsabilités d’adulte, c’est à la fois le meilleur et le pire de la vie dans la misère que nous présente ce film, vue avec empathie, mais aussi avec un regard ancré dans la réalité.
Issu d’une famille dans une grande pauvreté, et aux réflexes dus à la misère, mais aussi à l’héritage d’obéissance et de tradition de ses parents, les rendant impuissants à faire vivre leur famille autrement, et soumise aux profiteurs en tout genre, Zain porte à bout de bras sa famille, subvenant à la fois aux besoins matériels de la famille et protégeant ses frères et sœurs tout en partageant l’affection avec eux. C’est cette charge impossible à porter, qui finit par le faire basculer dans des petits larcins et surtout, hors de l’autorité de ses parents. Une ènième trahison de ses parents finit par le faire s’évader.

Il se lance alors dans une sorte de quête éperdue, entre bus et bidonvilles, qui lui fait rencontrer d’autres personnes dans d’autres situations, d’autres portraits, avec d’autres chemins mais dans la même misère, à laquelle il ne semblent pas non plus pouvoir échapper. Même avec toute la volonté, la débrouillardise et les activités illicites, la solidarité et l’affection inconditionnelles, il semble impossible de concrétiser des projets de vie meilleure, autres que ceux de survie et d’insécurité, et d’échapper aux profiteurs qui vont avec.

Quand on ne vous enlève pas en plus les personnes qui vous sont chères. À l’abandon, il finit par revenir dans sa famille. La trahison de sa famille a coûté la vie à sa sœur à laquelle il vouait la plus grande tendresse et le mène à l’irréparable, pour ne pas dire l’inéluctable et il finit en prison. En procès pour ce dernier acte, cette question est posée à ses parents comme elle le serait à la face du monde, comme une contre-attaque pour enfin reprendre le dessus. Pourquoi venir au monde ? Qu’est-ce qu’on attend de vous dans un monde où vous êtes condamné d’avance ?

Thomas Milan

“Le vin se lève” [5]

Centré sur l’Occitanie et plus particulièrement le Roussillon, le documentaire Wine calling nous fait partager le quotidien de quelques “vignerons divergents”, travaillant en bio et de la manière la plus simple ou la moins mécanisée possible. Un mérite clair : dès les premières minutes, le film ne fait pas l’impasse sur les difficultés (financières, matérielles, et parfois familiales) que rencontrent les vignerons qui ont fait ce choix, bien loin du mythe d’un paradis viticole où tout se ferait tout seul sans jamais rencontrer aucun accroc. Mais une fois passée cette attaque légèrement astringente, le film révèle toute sa rondeur et son fruit : si le travail d’un vigneron “nature” n’est pas tout rose, au moins est-il plein de solidarité festive avec les collègues, et de liberté dans les vignes. Face aux aléas climatiques et techniques qui menacent régulièrement leurs récoltes, ces vignerons n’ont pas les puissants moyens d’intervention (chimiques notamment) de leurs homologues conventionnels, mais ils en maîtrisent un au plus haut point : le fait de se serrer les coudes (« ici, quand on a un problème, on n’est jamais tout seul », dira en substance l’un d’entre eux).

Wine calling, sur fond de musique punk-rock, est pétillant, réjouissant, souvent émouvant. Et mérite bien que l’on tire-bouchonne à Noël quelques bouteilles de ces punks de la vigne.

Frédéric Santos

Prise de recul et ascension [6]

Loin des nombreuses œuvres anticatholiques ou bien des histoires de prêtres bienveillants au diapason de la modernité, le film La Prière s’arrête sur un thème peu traité ces derniers temps : L’énergie de l’esprit.

Thomas, jeune drogué en perte total de repère, confie son destin à une communauté chrétienne perdue dans les montagnes. La finesse de la mise en scène, le jeu d’acteur humble et sincère permettent une profonde communion entre le spectateur et ce monde spirituel qui lui est présenté. Tout comme les acteurs partent en randonnée, nous aussi entreprenons un voyage vertical sur notre siège. Les soubresauts du récit résonnent en nous pour réveiller notre âme bien trop souvent délaissé au profit de l’immédiateté et du superficiel. Ce film, par moment lent et contemplatif, nous laisse toute la possibilité de renouer avec cette part intime.

Détail important, la sexualité est amenée avec une tendresse infinie, avec une sensibilité propre aux âmes qui se rencontre. De la simplicité, de la beauté et aucune forme de performance ou de vulgarité des corps. Cette partie, somme toute mineure, n’est pas sans importance tant elle procède d’un pied-de-nez avec tout l’esthétisme pornographique actuel.

Dans ce climat positif, au sens littéral du terme, le retour au monde du personnage principal semble merveilleux comme s’il avait pu changer le cours du monde en même temps que son intériorité. Pour le spectateur, le retour au monde est brutal mais permet de mesurer l’écart entre la sérénité d’une vie posée, respectueuse de l’âme humaine et le foutoir pulsionnel moderne.

Luc Parvaux

La dialectique du maître et de l’esclave [7]

Une fois n’est pas coutume, Netflix, acteur de la globalisation culturelle, produit une série brésilienne politiquement pertinente, qui jette un regard critique sur le système de valeurs ultra-libéral actuel et son paradigme hobbesien. Le darwinisme social est bien la problématique centrale de 3%, qui illustre avec talent les luttes auxquelles toute conscience se trouve en proie, une fois jetée dans la jungle capitaliste : de quel côté de la barrière souhaitons-nous nous trouver ?

Dans un futur proche, le Continent, une ville qui pourrait être n’importe quelle grande mégapole, s’est effondré face à l’explosion démographique couplée à une mauvaise gestion des ressources. La catastrophe, d’origine anthropique, a conduit la population à vivre dans des conditions misérables. Une mythologie, doublée d’un projet socio-politique redoutable, émerge de cet échec : le Processus sélectionne chaque année 3% des citoyens âgés de 20 ans pour partir vers l’Autre Rive, une île artificielle autarcique où leur est promis un avenir merveilleux, digne de la seule élite.

La compétition est féroce, puisque seuls les candidats les plus “méritants” sont retenus après avoir passé une série d’épreuves discriminantes, tandis que les autres retournent à leur quotidien la queue entre les jambes, psychologiquement et socialement détruits par la défaite. « Si vous n’atteignez pas l’Autre Rive, c’est que vous ne le méritez pas », car « le Processus est juste et égalitaire, il donne sa chance à tous. » Mais qu’est ce qu’une sélection juste, et peut-elle seulement exister ? Est-ce vraiment l’identification de forts et de faibles, en fonction de l’adaptabilité de chacun à un environnement hostile ? Vaut-il mieux devenir bourreau ou victime, proie ou prédateur, maître ou esclave ? Faire partie des 3% qui ont tout ou des 97% qui n’ont rien ? Serions-nous l’un de ces agents doubles, l’un de ces infiltrés révolutionnaires de la Cause qui cèdent à l’appel des sirènes du pouvoir, du confort et du luxe, ou lutterions-nous jusqu’au bout pour la majorité délaissée ? La conscience malheureuse tremble, et risque de voir ses idéaux gentiment s’échouer sur une plage de sable fin. À l’heure où une véritable crise de la représentativité interroge sérieusement la légitimité des gouvernements, 3% est une série miroir, éclairante à bien des niveaux.

Andreea-Maria Luna

Guerre froide, sang chaud [8]

cold warPeu de films ont pu atteindre si parfaite représentation de cette beauté dont « la mélancolie est l’illustre compagnon » selon Baudelaire. Mais comment définir cet intrigant Cold War de Pawel Pawlikowski ? Est-ce un cinéma de pure esthète, ou une étude tragique d’un amour absolu en proie aux affres de la solitude et de l’exil ? Une poésie en images, ou un prétexte pour du clair-obscur sophistiqué mais creux ? Difficile de trancher (la courte durée de ce film n’aidant pas), mais l’un dans l’autre, le Beau est au centre de cette histoire qui s’étale sur plusieurs décennies. L’histoire d’un attachement sans limite sur fond de misère, de communisme d’Etat et de jazz… Où s’entrelacent les multiples incarnations d’Eros et Thanatos.

Le film débute à la manière d’un documentaire, les premiers protagonistes parcourant toute la Pologne à la recherche de chansons populaires pour un futur spectacle. C’est l’occasion de touchantes découvertes d’une culture qui, depuis, a peut-être disparu. On comprend alors que la musique sera un élément central, enveloppant cette histoire d’amour tragique comme un vêtement, s’accordant à la thématique, rehaussant le pathétique ou approfondissant la profonde tristesse de leurs déboires ; en somme, au centre ou ailleurs, la musique y est omniprésente. Le héros, Wiktor, est le chef d’orchestre de ce projet. Pianiste beau et talentueux, il est interprété avec cette petite pointe de cynisme désabusé qui rajoute cette nécessaire épaisseur à ce personnage symbolisant, en apparence, la perfection et la réussite sociale.

Arrive alors Zula. Joanna Kulig interprète cette mystérieuse jeune femme avec un brio des plus surprenants, passant d’une émotion extrême à une autre avec la désinvolture des possédées. Zula est impulsive, tourmentée, lâche, sublime, ridicule et grandiose, tout cela et plus encore. Elle est de ces figures féminines pleines de vie et de folie, capables de guider ou tourmenter le plus solide des hommes – quelque chose qui rappelle les personnages interprétés par Jeanne Moreau. Kulig a cependant réussi le tour de force de laisser transparaître, à travers ses caprices, toute la profondeur de l’abîme creusé en elle : c’est dans son regard que Zula affiche ses cicatrices. Et c’est ce brin de folie doublée d’une intense profondeur qui va rendre Wiktor, d’abord curieux, fou amoureux d’elle… Et elle de lui. Un amour dont l’absolu les entraînera, conjointement, vers quelques précipices ultimes. Wiktor veut rejoindre l’Ouest, mais Zula décide à la dernière minute de ne pas le suivre. Leur amour est alors obligé de se vivre par ellipses… 

Les années passent, les passages de frontières – sociales, géographiques, etc. – s’enchaînent, mais l’amour demeure, comme un rocher inamovible face aux cataclysmes de la vie. Nous pouvons donc peut-être esquisser enfin une définition : Cold war, c’est le récit de deux petites âmes ballottées par l’histoire et leur propre condition d’Hommes, dans ce qu’elles ont de grand comme de médiocre, et qui s’affrontent sur le territoire de leur amour comme les deux belligérants de cette guerre froide : loin l’un de l’autre, avec cependant une passion inextinguible et toute intérieure. 

Galaad Wilgos

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