Shots et pop-corns

Les meilleurs films 2021 de la rédac’

L’équipe du Comptoir aime la politique, les débats d’idées, la littérature, la musique et… le cinéma ! La rédaction a opéré une petite sélection des films les plus mémorables de cette année 2021 : la quête mystique du plus valeureux chevalier arthurien ; l’ascension journalistique d’un jeune parvenu dans le Paris de la Restauration ; la lutte sans fin d’un soldat japonais durant la seconde Guerre Mondiale. Bon visionnage !
  • The Green Knight de David Lowery [1]
  • Illusions perdues de Xavier Giannoli [2]
  • Onoda, 10 000 nuits dans la jungle d’Arthur Harari [3]

La tentation du mal [1]

C’est la veille de Noël. Gauvain (Dev Patel), neveu du roi Arthur, se réveille à moitié saoul dans un bordel du château, la bouche encore grasse de vin, le corps engourdit par les ébats nocturnes. Convié, ainsi que les chevaliers de la Table ronde, aux festivités de la naissance du Christ, Gauvain prend place aux côtés de son oncle fatigué lorsqu’un guerrier massif et menaçant – mélange d’homme et d’Ent échappé de la Terre du Milieu – fait son apparition et lance un défi à l’assemblée. Vierge de toute gloire, le jeune Gauvain relève la bravade… Débute ainsi une quête mystique qui mènera le chevalier novice aux confins nordiques du royaume, à la recherche d’une mystérieuse chapelle verte, lieu d’un ultime affrontement. Mais il devra traverser sept épreuves pour éprouver son courage et sa vertu, s’éloignant toujours plus du monde des hommes à mesure qu’il approche de son but.

Voilà des mois que le nouveau film de David Lowery fait trépigner d’impatience les cinéphiles qui – la faute à un studio excessivement gourmand – devront très certainement s’asseoir sur une sortie en salles françaises. Ce qui n’enlève en rien à la sidération de l’expérience proposée. The Green Knight est à la croisée de l’héroic-fantasy et du conte introspectif, en opérant une relecture d’un classique de la littérature médiévale. Le film est en effet adapté du roman de chevalerie Sire Gauvain et le Chevalier Vert datant de la fin du XIVe siècle. On remarque tout d’abord que le personnage de Gauvain tranche avec le parangon de vertu communément décrit dans la légende arthurienne. Le chevalier courtois, brave et mesuré devient à l’écran un débauché prétentieux et hâbleur. Ce n’est qu’au terme de son voyage initiatique, après avoir affronté brigands, revenants et autre manifestation surnaturelles, qu’il abandonnera sa vanité pour accepter son sort avec honneur et dignité. Son combat le plus âpre étant celui qu’il livre à son âme torturée.

D’un point de vue formel David Lowery articule assez brillamment la mise en place d’une ambiance gothique dont le mal semble imprégner tant le château fort que la nature environnante, à l’image du Dracula de Francis Ford Coppola (1992) ; que l’insistance sur l’expressivité douloureuse des visages souvent filmé en gros plans, à l’instar de La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer (1927). Moins versé dans les apories arty et toc que A Ghost Story (2017), le réalisateur favorise une aventure au rythme contemplatif, aux plans lents et recherchés, que viennent enrichir des visions fantastiques et mémorables (une marche de géants dans la brume, une revenante à la recherche de sa tête, une hallucination d’un avenir sanglant…) tranchant avec le réalisme du Dernier Duel de Ridley Scott (2021), l’ironie désopilante du Kaamelott d’Alexandre Astier ou la bouffonnerie affligeante du Roi Arthur de Guy Ritchie (2017). La superbe photographie d’Andrew Droz Palermo, tout en frimas inquiétants, nature pourrissante et atmosphère onirique venant renforcer l’inquiétant mystère d’une œuvre grave et poétique, marquée du sceau de la magie noire.

Sylvain Métafiot

Splendeur et misère d’un parvenu [2]

Tandis que la Restauration tente de faire oublier la parenthèse républicaine, au début des années 1820, Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin) – Chardon de son vrai nom –, petit poète orphelin d’Angoulême rêve de gloire littéraire. Afin d’exaucer son rêve, il décide de « monter à la capitale » avec Madame de Bargeton (Cécile de France), petite noble locale dont il est l’amant. Très vite, le jeune poète embarrasse sa maitresse, qui décide de le quitter. Mais peu importe, car à l’époque, « s’il fallait rater sa vie, il valait mieux la rater à Paris ». Malgré sa peine de cœur, Lucien est optimiste : « Si le présent est froid, nu, mesquin, l’avenir est bleu, riche et splendide », écrit-il à sa grande sœur, qui lui envoie de l’argent d’Angoulême. Sa vie parisienne bascule réellement lorsqu’il rencontre Etienne Lousteau (Vincent Lacoste), jeune journaliste libéral et cynique, qui rêve lui aussi de gloire littéraire, mais qui est surtout prêt à vendre sa plume au plus offrant. Initié à la critique littéraire et dramatique, Lucien s’épanouit dans un monde où « tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes ». Dans le même temps, il tombe éperdument amoureux de Coralie (Salomé Dewaels), comédienne entretenue par un bourgeois parisien, qui fera tout pour exaucer ses rêves de grandeur… jusqu’à la perte du couple.

Les adaptations de roman sont rarement une franche réussite, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un des plus grands monuments de la littérature française. Pari réussi pour Xavier Giannoli, qui réalise un magnifique film. Du jeu des acteurs, à la voix off, en passant par les décors, les dialogues ou la bande originale (qui célèbre la musique classique de Vivaldi à Schubert), Illusions perdues réalise presque un sans-faute. On peut néanmoins déplorer l’absence du Cénacle, sympathique groupe d’intellectuels que fréquente Lucien, et quelques petits anachronismes. La critique sociale balzacienne, tout comme l’hypocrisie et le règne de l’argent dans la société à peine industrialisée sont parfaitement mis en scène. À la fin des 149 minutes, on comprend ce que voulait dire Marx, lorsqu’il disait que « Balzac [avait] écrit Le Capital avant [lui] ».

Kevin Boucaud-Victoire

Le Don Quichotte du Pacifique [3]

30 ans, seul dans la jungle, à mener une guerre sans ennemis, voilà le sort des « soldats japonais restants », dont le plus connu fut le sous-lieutenant Hiro Onoda. Après la défaite du Japon dans la bataille du Pacifique et la capitulation de l’empereur Hirohito, consécutive aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, le 14 août 1945, ils furent quelques centaines à continuer de se battre, refusant de croire à la défaite, dans une guerre qui n’existait dorénavant plus que dans leur tête. Idée chevaleresque de l’honneur, ou capacité de l’esprit à transformer le réel, à se convaincre qu’il existe une menace et une ruse en dépit du bon sens ? En adaptant l’histoire de ce soldat au cinéma, c’est de ce thème-là, celui de Don Quichotte et de sa folie sublime, que s’est emparé le réalisateur Arthur Harari pour son second long-métrage sorti sur les écrans au cours de l’été 2021. Et quelle réussite !

Le fait d’être parvenu à faire un film aussi ambitieux, tourné au Cambodge, avec des acteurs japonais, en japonais, par un réalisateur français, est déjà en soi une prouesse, mais ce ne serait pas rendre justice à cet Onoda que de le réduire à des considérations techniques. Onoda, 10 000 nuits dans la jungle est une œuvre de maître aussi bien en matière dramaturgique, dans son approche de la psychologie du personnage principal, que visuelle. Dans un entretien accordé au site afcinema.com, Tom Harari, le directeur de la photographie et frère du réalisateur, expliquait que la composition des plans était inspirée de classiques cinématographiques comme les films de Samuel Fuller et que l’équipe avait voulu éviter le cliché visuel de l’ambiance tropicale, avec des jaunes et des verts pouvant tirer vers le doré. Au lieu de cela donc, une teinte « bleu/magenta » pour un film envoûtant comme le bruit d’une pluie de mousson sur un abri de fortune, dont on sort le souffle coupé après avoir été tenu en haleine pendant plus de 2h45. Et si, avec le contexte sanitaire, le film n’a pas eu toute la publicité qu’il méritait, il deviendra à n’en pas douter un film culte, que tout bon cinéphile pourra ranger sans hésiter à côté de La Ligne Rouge de Terrence Malick, dans l’étagère réservée aux films qui laissent une trace indélébile sur leur spectateur.

Louis Raymond

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